Publié par : hirofarepote | septembre 5, 2015

Microentrepreneuriat polynésien : émergence ?

Pendant que l’Adie déploie son accompagnement aux microentrepreneurs sur l’ensemble de la Polynésie française et multiplie les initiatives de rencontres avec des porteurs de projets potentiels, pendant que vont se dérouler les matinées de l’e-business, l’Assemblée de la Polynésie française organise ses traditionnelles journées pour la création d’entreprises, journées lancées et structurées par la représentante Armelle MERCERON.

Cette dernière, très sensible de par son métier initial, à la gestion d’entreprise, fait preuve de constance et de détermination dans l’encouragement aux créateurs d’entreprise potentiels pour passer à l’acte. Elle a conscience que notre Pays ne sortira de la crise que par l’esprit d’initiative des entrepreneurs, petits ou grands. Il faut souligner cette prise de conscience remarquable, encore trop peu partagée par notre classe politique locale.

Se pose alors la question du financement des entreprises. Le dispositif actuel est-il suffisamment accessible et diversifié pour répondre aux besoins de financement de ces entrepreneurs ?

Système bancaire, Sofidep, Adie, épargne personnelle : ces financements classiques sont bien sûr présents. Mais est-ce suffisant pour répondre aux multiples problématiques de financement qui se posent aux entrepreneurs ? 

A mon sens, il manque encore certains dispositifs d’incitation et d’accompagnement financiers ou matériels : mobilisation de l’épargne de proximité par le crowdfunding (financement participatif), business angels polynésiens qui financeraient des start up polynésiennes, notamment dans l’économie numérique (création de plate-formes internet pour la satisfaction d’une multitude de services, comme cela se passe partout dans le monde) à la condition que l’on puisse faire se rencontrer l’offre et la demande de financement, pépinière d’entreprises et incubateurs, zones d’activités viabilisées et aménagées (sur les terrains rétrocédés par l’armée, notamment)….

Je sens comme un bruissement dans la volonté de nombreux polynésiens de passer à l’acte. Les 1500 porteurs de projets accompagnés par l’Adie depuis son implantation récente en sont l’illustration concrète. L’émergence des premières plate-formes de services digitales et des premiers projets d’économie collaborative ( amap, la ruche qui dit oui…) en est une autre. Ce mouvement peut et doit être amplifié par un accompagnement volontariste du ministre en charge de l’économie. C’est là un enjeu essentiel.

En effet, un nombre croissant de polynésiens opteront pour le micro-entrepreneuriat pour en retirer des revenus significatifs, complémentaires ou non. Cette tendance est observée dans la majorité des pays développés dans lesquels, en raison du contexte économique dégradé, il peut paraître plus aisé de créer soi-même son emploi que de le trouver.

En France, par exemple, tirant parti de la flexibilité introduite par la création du statut juridique d’auto-entrepreneur et s’appuyant sur des places de marché digitales en plein essor (accessibles par des apps sur mobiles phones), plus de 200.000 personnes proposent leurs services pour des missions ponctuelles (bricolage, transport de personnes, déménagement, location de vélos, de matériels, etc.). La demande existe : l’achat sur internet est appelé à croître rapidement, pour peu que ces services de proximité soient proposés aux ménages polynésiens et que l’offre et la demande se rencontrent facilement, en tout temps et en tout lieu.

En ce qui concerne les plate-formes digitales, il existe deux sortes de plateformes dont les logiques et les modèles économiques s’opposent : les opérateurs, d’une part, et les plateformes d’intermédiation, d’autre part. Les premiers visent une qualité de service homogène et, à cet effet, sélectionnent leurs prestataires, exigent d’eux qu’ils aient un statut juridique, tentent de les fidéliser via des systèmes de primes, des formations ou des services d’accompagnement, encadrent les prix et gèrent entièrement la relation avec le client. A l’inverse, les plateformes digitales limitent leur intervention à de l’intermédiation et favorisent un large accès au marché, avec les risques que cela peu présenter.

Prémices d’une révolution du travail, celle du « travail à la demande », ou manifestation de la précarisation croissante de nos sociétés : parce qu’elle touche, au-delà de nos modes de consommation, notre relation au travail, l’économie collaborative et le « jobbing » basé sur l’existence d’un capital personnel initial ( logement, véhicule, biens d’équipement, savoir faire et compétences transformées en services aux particuliers…) fait l’objet de débat. On y viendra aussi ici, quand ce foisonnement d’activités existera. Il faudra, bien sûr, adapter davantage le statut de l’auto-entrepreneur et le rendre plus incitatif (fiscalement) et plus flexible pour que celui-ci puisse être adopté par tous ces nouveaux micro-entrepreneurs.

Une fois cette nouvelle économie bien déployée, il sera toujours temps pour le ministère de l’économie de la réguler et de l’encadrer pour éviter dérives et dérapages vers un statut de « précariat » inacceptable socialement.

Publié par : hirofarepote | août 21, 2015

Milieu innovant et politique d’animation du développement local

Il ne suffit pas de décréter « innovons, innovons » pour que l’innovation se réalise. Notre environnement local incite-t-il à l’innovation ? Les porteurs de projets actuels ou potentiels existent-ils ? Croient-ils en l’avenir du Pays ? Ont-ils confiance ? Postulent-ils l’existence d’une demande locale ou extérieure à satisfaire selon une nouvelle forme pour une bonne réussite de leurs projets ?

L’environnement fiscal ou règlementaire leur est-il favorable ? Les leviers d’appui publics existent-ils ou doivent-ils être complétés pour inciter ces porteurs de projets à passer à l’acte ? Les ministères sectoriels sont-ils sur le terrain à animer les collectifs de professionnels qui se sont organisés pour mener de véritables stratégies ? Sont-ils à l’écoute de ces porteurs de projets individuels ou collectifs ? Les accompagnent-ils efficacement ? Faut-il attirer des investisseurs extérieurs faute d’initiatives locales suffisantes dans nos secteurs porteurs ? …

Autant de questions très opérationnelles pour une concrétisation de ces projets.

Car l’innovation peut être partout et dans toutes les activités. Les consommateurs, locaux ou extérieurs, évoluent. Les tendances de consommation changent et il s’agit d’anticiper le premier sur l’évolution de cette demande. Cela concerne l’économie de la santé, l’hôtellerie et le tourisme, la « silver économie », l’économie « bleue » ou « verte »,l’économie numérique, les activités de la transition énergétique ( économie circulaire, prosommateur en énergie solaire…), le logement, la mobilité des personnes, les activités de services aux personnes qui prendront de plus en plus de place ( avec les « emplois relationnels » qui vont avec…)….

En économie, rien n’est figé. Au contraire, tout bouge de plus en plus vite, et, dans un contexte de mondialisation et de concurrence de plus en plus intense entre acteurs, tout incite à l’excellence.

Il faut un milieu de fertilisation croisée, un écosystème, des mises en réseau qui articulent milieux de recherche, entrepreneurs, business angels, capitaux-risqueurs, organismes de formation et « administrations de développement » qui discutent conception de projets porteurs et réalisation de ces projets. Une stratégie en réseaux qui vise le marché local comme les marchés internationaux, qui bouscule le fonctionnement « en silos » du chacun chez soi ou pour soi, les cloisonnements administratifs ou ministériels, où , à force de rester dans son coin, rien ne se passe…

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Le grand Papeete peut être la nouvelle capitale de cette fertilisation croisée. Elle y concentre déjà toutes ces activités, du secondaire au « quaternaire » et même, si on le veut du primaire, avec de micro-fermes urbaines hors sol…. Mais reste à combiner toutes ces énergies orientées vers la mise en place de stratégies opérationnelles et ces projets.

Cette alchimie ne se fait pas spontanément. Il faut y ajouter des politiques d’animation et de développement actives de la part du Pays, de la municipalité de Papeete et de grands donneurs d’ordre ( OPT, EDT, autres établissements publics tels que le Port autonome, ou l’OPH, les SEM…). Animation au sein de laquelle la CCISM pourrait avoir un rôle de coordination « efficace » plus important.

Il manque certainement des leviers d’appui concrets pour que de nouvelles « start up » éclosent. A ce titre, l’urgence d’un incubateur se fait sentir. Cet incubateur pourrait déjà accueillir un premier noyau de start up du numérique. Un incubateur qui pourrait, une fois aménagé par le Pays, s’autofinancer par l’accueil des activités et des prestations délivrées aux porteurs de projets. Sa gestion autofinancée pourrait en être confiée à la CCISM, représentation consulaire des entreprises.

Reste aussi à compléter les moyens de financement de ces projets par l’apport en fonds propres ou en « love money » (financement familial ou des amis), le capital-risque, le capital développement, le financement participatif direct des citoyens qui parieraient sur la réussite de tel ou tel projet.

Il y a certainement encore beaucoup d’initiatives possibles pour la matérialisation de cet écosystème favorable à l’éclosion d’une nouvelle génération d’entrepreneurs. Mais ce n’est qu’à cette condition que la Polynésie mutera d’une société administrée et assistée à une société de projets.

La jeune génération polynésienne en a de plus en plus les compétences et les talents. Encore faut-il qu’on la mette en confiance, qu’on lui mette à disposition toutes les facilités nécessaires, que cela soit des outils de financement ou matériels… pour qu’elle se jette à l’eau dans un cadre facilitateur optimal.

Tout un tas de stratégies et de schémas sectoriels ont été élaborés ou sont encore en voie d’élaboration par nos ministères sectoriels et nos clusters. Il reste à mobiliser toutes les parties prenantes au développement, à y mettre les budgets de programmes ou d’intervention nécessaires pour accompagner les acteurs et à déployer ces programmes effectivement sur le terrain.C’est souvent là où le bât blesse…

Après le stade du diagnostic, de la délibération, de la concertation et de la réflexion, il est donc temps de passer à l’ACTION et au déploiement opérationnel de ces stratégies. Larguons les amarres et passons à l’offensive au grand large!

Publié par : hirofarepote | août 15, 2015

Innovation à tous les étages !

La Polynésie a régressé. Son économie s’est rétrécie. Sa compétitivité est très médiocre.

Son attractivité s’est largement érodée, sauf – est c’est heureux – pour des pools d’investisseurs originaires de la nouvelle puissance économique du monde. Ne loupons pas cette dernière chance par des comportements irresponsables.

Actuellement, plusieurs dizaines de milliers de polynésiens en âge et capacité de travailler sont au chômage (non indemnisé…) ou en sous-emploi.

Pour remédier à ce constat alarmant, il y a une absolue nécessité de redresser la compétitivité globale de notre économie.

Pour retrouver une économie dynamique et maintenir notre niveau de vie, il ne nous reste plus que l’innovation, seule à même de créer de nouvelles richesses avec une productivité et efficacité accrues, sans avoir à réduire les acquis sociaux.

Il y a quatre catégories d’innovation :

  • Une innovation de produit correspond à l’introduction d’un bien ou d’un service nouveau ou sensiblement amélioré sur le plan de ses caractéristiques ou de l’usage auquel il est destiné. Cette définition inclut les améliorations sensibles des spécifications techniques, des composants et des matières, du logiciel intégré, de la convivialité ou autres caractéristiques fonctionnelles.
  • Une innovation de procédé est la mise en œuvre d’une méthode de
    production ou de distribution nouvelle ou sensiblement améliorée. Cette notion implique des changements significatifs dans les techniques, le matériel et/ou le logiciel;
  • Une innovation de commercialisation (marketing innovation) est la mise en œuvre (implementation) d’une nouvelle méthode de commercialisation ou de rupture impliquant des changements significatifs de la conception ou du conditionnement, du placement, de la promotion ou de la tarification d’un produit;
  • Une innovation d’organisation est la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de l’entreprise.

Or, notre Pays ne fait rien de significatif pour favoriser l’innovation. Et c’est grave…

Un pôle d’innovation, le pôle Tahiti Faa Hotu, initié par quelques entrepreneurs-pionniers et quelques hauts-fonctionnaires conscients de l’enjeu, a bien vu le jour, mais, depuis 5 ans, les gouvernements locaux n’ont jamais amorcé de partenariat gagnant-gagnant avec ce pôle qui vise la valorisation de substances marines et terrestres (biotechs, clean techs, énergies renouvelables, agro alimentaire, cosmétiques…) par convention d’objectifs ou par appel à projets clairement délimité.

Divers clusters ont émergé, dont un dernier en date, le cluster maritime polynésien, mais ces collectifs ont bien du mal à concrétiser des projets, par manque de capacité de financement de leurs programmes (lorsque ceux-ci sont bien élaborés, ce qui reste à démontrer…)

Les grandes entreprises polynésiennes (petites PME à l’échelle nationale) sont dans une posture défensive et ne consacrent quasiment pas de ressources à la création de nouvelles activités et à la diversification vers des activités d’avenir, tant elles sont occupées à sauver et à « rationaliser » leurs activités « traditionnelles » ou à restaurer leurs marges qui ont fondu dans la crise.

Regardons, par exemple, le projet aquacole de Hao. Un projet de recherche-développement et d’élevage de quelques espèces de poissons lagonaires pour nourrir de riches consommateurs chinois, tellement friands de produits marins de qualité alors que le milieu naturel chinois est très pollué…. Que n’a -t-on fait avec notre recherche-développement de produits marins portée depuis plusieurs décennies par le Cnexo, l’Ifremer et le Centre technique aquacole Vaia ? Les chinois sont-ils meilleurs que nous, ou y mettent-ils vraiment les moyens que l’on a pas mis, nous ?

Il faut dire aussi que la fiscalité n’est pas incitative et n’est pas orientée de manière pertinente, en encourageant, par exemple, la recherche-développement orientée vers le marché.

Il faudra donc définir une vraie politique d’innovation pour que tous les projets dont on parle, notamment dans le domaine des énergies renouvelables, se concrétisent enfin.

Les parties prenantes seront d’abord les acteurs-moteurs de l’innovation : les entrepreneurs, les dirigeants et les salariés ; les chercheurs, les ingénieurs, les stratèges et autres vendeurs, l’école, l’Université, nos petites structures de recherche-développement, les banques, les investisseurs, les institutions publiques et privées… et le grand public, consommateur, actionnaire et citoyen.

Ce n’est que par l’innovation que nous allons construire nos nouveaux avantages compétitifs dans la mondialisation. Il est donc temps que notre gouvernement, accompagné par l’Etat (qui a la compétence de la recherche), nos grandes entreprises locales …et les investisseurs étrangers ( pour cause de déficiences locales…), y consacrent des moyens significatifs et que l’on sorte du bricolage actuel.

Publié par : hirofarepote | août 12, 2015

Sortir de la crise :poursuivre les réformes structurelles

La Polynésie est tombée bien bas.Notre classe politique en a pris conscience et essaie de faire preuve de pédagogie pour que notre population, qui subit douloureusement la crise,comprenne que l’heure est à un sursaut collectif.

Notre population a conscience qu’il faut faire des sacrifices et passer par des réformes douloureuses à court terme. C’est un passage nécessaire pour repartir sur des bases saines.

Les efforts de remise à niveau pour être plus compétitifs dans tous les domaines, mais en premier lieu dans notre fer de lance économique qu’est le tourisme, doivent se poursuivre.

Nous sommes sur la bonne voie du redressement, mais nous n’avons fait que le tiers du chemin qui reste à accomplir. Notre économie, à peine convalescente, ne crée pas encore d’emplois, alors que depuis 5 ans, de 12 à 15.000 personnes n’ont pas trouvé à s’insérer sur le marché du travail. Ce sont donc 25 à 30.000 personnes qui sont en attente d’emploi, soit l’équivalent de plus de 40 % des salariés qui travaillent. L’enjeu social est considérable à l’échelle du Pays.

Le gouvernement poursuit la consolidation budgétaire progressivement engagée depuis quelques années. Depuis 2013, il a agi sur deux leviers : augmentation des recettes fiscales et baisse des dépenses de fonctionnement. L’essentiel de l’effort devra dorénavant se focaliser sur la baisse des dépenses publiques (hors investissement).

La diminution de la masse salariale se poursuivra en 2016 (-400 millions de F CFP annoncés) grâce au gel du point d’indice, au gel des recrutements et au non remplacement des départs à la retraite. La revue des programmes de dépenses publiques visant à distinguer les dépenses qui devraient être réduites de celles qui peuvent être « sanctuarisées » et l’évaluation critique de leur efficacité produiront leurs effets à moyen terme. Les missions et le périmètre du secteur public doivent être redéfinis rapidement : en parler ne suffit plus, il faut maintenant passer à l’acte.

Sur le marché des biens et services, si les bases d’une régulation concurrentielle sont posées avec l’installation de l’autorité de la concurrence, la stratégie d’amélioration de notre compétitivité globale doit être déployée de manière volontariste sur tout notre tissu productif.

Par contre, faute de réformes structurelles, les dépenses sociales sont en forte augmentation : retraites et dépenses de santé sont encore hors de contrôle.L’heure de la décision dans ce domaine a sonné.

La réforme du marché du travail reste à faire: coût, durée du travail et flexibilité n’ont pas encore été mis sur la table.

Le gouvernement doit mener la bataille contre la crise sur tous ces fronts. Il en a la légitimité. Il doit agir plus vite avec détermination, dans la transparence et la pédagogie.

Baisser les dépenses, redéfinir le rôle du Pays et du périmètre de ses missions, fluidifier le marché du travail, rééquilibrer les comptes sociaux, accroitre la concurrence sur le marché des biens et services pour sauvegarder le pouvoir d’achat des consommateurs polynésiens, maitriser les dépenses des communes. Les chantiers sont immenses !

L’entrepreneuriat sera au coeur de la reconquête économique. Il appartiendra aussi au gouvernement de l’encourager, car ce n’est que par un secteur privé beaucoup plus dense que la Polynésie française s’engagera plus avant dans la voie du développement.

Monsieur Nuihau LAUREY, inspirateur du programme économique du Tahoeraa, a une situation privilégiée : il assure la continuité de l’action, depuis l’élaboration de ce programme jusqu’à sa mise en oeuvre, toujours en cours.

Sa logique argumentaire rejoint, sur de très nombreux points, les réflexions que j’ai pu vous adresser grâce à ce blog.

Résumons-en les principales lignes.

  • Redressement des finances publiques et désendettement

Après avoir hésité entre plus d’endettement pour lancer la politique de grands travaux voulue par le Président Gaston FLOSSE et une plus grande prudence dans les montants de prêts à mobiliser, le Vice-Président a arbitré : ce sera une politique de désendettement. D’un peu plus de 14 milliards d’emprunts mobilisés en 2014, le Pays est passé à 8 milliards en 2015.

L’amélioration du ratio dette/PIB (inférieur à 20%, ce qui est tout à fait correct) a pour finalité d’améliorer la notation de la Polynésie française et, in fine, d’obtenir des taux plus bas pour nos futurs emprunts. Car il n’est pas normal que pour une collectivité moins endettée que la France métropolitaine, le différentiel de taux d’emprunt « subi » soit de l’ordre de 2% entre le Pays et l’Etat.

Pour 2015 et 2016, la commande publique peut quand même s’accroître en « optimisant la consommation des crédits de paiement ». Derrière ce jargon, l’Administration, notamment celle de l’Equipement, est appelée à faire preuve de plus d’efficacité dans la dépense d’investissement ( taux de liquidation de 42 % en 2013, de 50% en 2014 et objectif entre 60 et 65% pour 2015).

La priorité en faveur du logement social, pour laquelle je milite beaucoup, car cette activité du bâtiment est intensive en main-d’oeuvre peu qualifiée, est réaffirmée. J’ai , en ce qui me concerne, proposé un véritable « plan Marshall » en partenariat avec l’Etat, une sorte de contrat de projets « spécial logement social » pour compenser l’échec du précédent contrat de projets dans ce domaine. Reste à savoir si les capacités de financement et de réalisation opérationnelle par l’opérateur historique et de nouveaux opérateurs suivront...

Dans l’un de mes billets précédents, je constatais que l’investissement public (19 milliards en 2013 à 24 milliards en 2014) a été le facteur principal de la croissance réelle positive de 2014 (+1,8%), encore trop faible pour créer des emplois durables. L’investissement public peut être encore au rendez-vous pour 2015, voire 2016… mais pas plus, sauf à se réendetter, toutes choses égales par ailleurs.

  • L’investissement privé, en panne, ne relaie pas l’investissement public

Selon le Vice-Président, entre 2007 et 2012, l’investissement global en Polynésie est passé de 137 milliards de F CFP à 95 milliards de F CFP. Nous sommes repassés à 106 milliards en 2014 (+11 milliards de F CFP, soit le quart du terrain perdu).Son objectif est de reprendre 5 à 10 milliards d’investissements supplémentaires (public et privé) jusqu’à la fin du mandat.

J’ai déjà eu l’occasion d’expliciter ce problème. La fragilisation des structures financières de nombre d’entreprises (dégradation des ratios de rentabilité) durant la longue crise que nous avons connu et les paris plutôt pessimistes des chefs d’entreprise sur le court terme peuvent expliquer cette absence de relais.

J’y rajouterais que la « réforme fiscale » de 2013 a été la réforme de trop, car elle s’est traduite par un accroissement substantiel des prélèvements sociaux sur les ménages et les entreprises face aux importants besoins de financement de notre protection sociale et à la politique d’aide sociale voulue par le Président Gaston FLOSSE.

A un moment donné, le « trop d’impôt, tue l’impôt » dans un contexte dépressif devient une réalité….Comme je l’ai suggéré, il faudra encore poursuivre la baisse des dépenses publiques de fonctionnement pour alimenter la dépense publique d’investissement et le financement des stratégies sectorielles d’accompagnement des entreprises. Et progressivement, avec le retour à meilleure fortune de nos finances publiques, commencer une politique d’allègements fiscaux ciblés en faveur des entreprises.

Il faudra donc poursuivre une politique de réduction des dépenses sur deux gros postes budgétaires : les dépenses de personnel et les aides financières « aux tiers », à savoir, les établissements publics, satellites du Pays et les myriades d’associations- partenaires qui gèrent des activités sur financements publics.

A ce titre, il faudra bien effectuer une revue très précise et opérationnelle des programmes en cours, de décider résolument d’arrêter les programmes qui n’ont pas fait preuve d’efficacité ou d’efficience et de réorienter les financements vers de nouveaux programmes ou les programmes qu’il faut amplifier (logement social, accompagnement ciblé des entreprises offensives…). La « politique du rabot budgétaire » est épuisée et il faut passer à autre chose…Cela passe par un audit opérationnel de toutes les dépenses publiques en vue de leur optimisation.

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  • De modestes signes de reprise : frémissement des créations d’emplois, recettes fiscales au premier semestre 2015

Le Vice-Président est aux premières loges pour observer l‘évolution des recettes fiscales. Il nous annonce une hausse de 6 à 7% de ces recettes au premier semestre 2015 par rapport au premier semestre 2014, ce qui est un indicateur favorable pour mettre en place une politique économique et fiscale vertueuse telle que je la préconise.

  • Pas d’instabilité politique

Je passerai vite sur cette dimension, car on ne peut comparer les épiphénomènes actuels avec ce qu’on a connu dans la « décennie perdue » ( 2002-2013). Le gouvernement peut mener son action, principalement orientée sur la réalisation du programme budgétaire voté par l’Assemblée de la Polynésie française. Quant au programme règlementaire, il faudra bien trouver un modus vivendi avec les représentations politiques de l’Assemblée pour faire passer l’intérêt général avant les intérêts partisans. En effet, la population ne comprendrait pas que les jeux politiciens du passé reviennent au premier rang des préoccupations de nos élus.

On nous annonce une « clarification majoritaire » pour la session budgétaire. Wait and see…

  • La concrétisation des investissements étrangers

Après les effets d’annonce qui nous ont faire croire que tout était facile, vient le temps de la concrétisation des investissements annoncés… Et ce temps est plus long qu’on ne le croyait. Les phasages actuels nous amènent à des réalités de démarrage des travaux vers la fin 2016.

La Polynésie française doit proposer à ces investisseurs une attractivité maximale, tant nous avons encore des handicaps sérieux, tel notre coût du travail excessif. J’ai fait des propositions d’allègement de ce coût, qui, bien sûr, hérissent le poil de nos syndicalistes, mais c’est une question de survie de notre économie, et surtout, de re-création d’emplois durables au bénéfice des milliers de chômeurs non qualifiés que compte la Polynésie.

Ce qui est rassurant : 3 pools d’investisseurs étrangers et locaux sont encore intéressés à investir dans notre Pays. Espérons que le pool choisi sera le bon, et, surtout,qu’il respectera ses engagements dans le déploiement de son modèle d’affaires.

  • la continuation maitrisée du traitement social du chômage par les CAE

J’ai commis pas mal de billets à ce propos. Ei dire que le Président de l’APF souhaite faire passer leur nombre de 3.000 à 6.000, soit passer de l’ordre de 3 milliards de dotation budgétaire consacrée à cet effet à 6 milliards de F CFP ! Avec quel argent, quand les besoins de financement, notamment de notre protection sociale, sont immenses ? Faut-il encore une réforme fiscale du type 2013 pour aller chercher les ressources nécessaires dans la poche des entreprises et des ménages ?

L’objectif de léger accroissement affiché est raisonnable, mais il faudra une vraie décrue de ces emplois aidés dès retour à meilleure fortune de notre économie, car ce traitement social comporte de nombreux effets pervers et n’est qu’une emplâtre sur une jambe de bois. Viendra cependant le temps (le temps d’une conjoncture beaucoup plus favorable) où il faudra bien aborder avec les partenaires sociaux la question de l’indemnisation du chômage et l’équivalent d’un RSA polynésien qui serait un droit, et non pas une aide sociale octroyée à la « tête du client »… Se posera surtout la question de quel mode de financement à mettre en face, alors que le mode de financement de notre protection sociale est déjà une épée de damoclès sur la tête du Pays et des partenaires sociaux… Les chantiers sociaux qui nous attendent sont gigantesques…

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  • Le rappel de la réforme fiscale de 2013 dont les effets peuvent être discutés

Le Vice-Président ne rappelle que le volet fiscal en faveur des entreprises, mais les prélèvements fiscaux et sociaux significatifs ont été aussi une réalité. Il eût été souhaitable qu’il procède à une analyse systémique plus globale pour nous dire si, in fine, les effets positifs de cette réforme l’ont emporté sur les effets négatifs. Mais peut être estimait-il qu’il fallait, dans ce cas là, qu’il fasse une analyse critique de son action….puisqu’il a été le principal artisan de cette réforme menée sous la commande d’un Président du gouvernement qui souhaitait mettre en oeuvre une politique sociale largement au-dessus de nos moyens budgétaires de l’époque

  • Quelques axes budgétaires pour 2016

Poursuite du redressement des finances publiques par la réduction de la masse salariale du secteur public et par la maitrise des subventions aux établissements publics et satellites du Pays;  stabilisation de l’endettement public; réorientation dominante des investissements publics vers le logement social, après la gestion catastrophique du précédent contrat de projets dans ce domaine (40 % de l’enveloppe globale perdue, du fait principalement de la déficience du seul opérateur de logement social du Pays).

Le gros morceau sera, bien sûr, la réforme de la protection sociale généralisée et la maitrise des dépenses de santé. Il est bien que le Président monte au créneau sur ce sujet, car, au regard des enjeux sociaux très importants, cette réforme, attendue depuis trop longtemps, engage l’avenir du Pays.

Sur la base des propositions mises sur la table depuis de nombreuses années, j’ai amorcé quelques pistes de solutions dans de nombreux billets récents. Vient le moment tant retardé de la vraie décision politique en matière de niveau de développement social de notre Pays. Une décision courageuse, car forcément impopulaire. Mais ce sont dans des moments comme celui-là que l’on voit la « trempe » des vrais hommes politiques…

Publié par : hirofarepote | août 7, 2015

Ne pas tout attendre du Politique ou du Pays-Providence


En économie et surtout en matière de création d’entreprises, les anglo-saxons ont coutume de dire que la principale fonction du gouvernement est de créer l’environnement le plus favorable possible, mais de laisser la société civile à sa libre initiative. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, les entrepreneurs ne demandent rien à l’Etat lorsqu’il s’agit de créer et de développer leur entreprise. Le marché est là, l’offre et la demande se rencontrent, la concurrence s’exprime librement, les investissements permettent de grandir et que le meilleur gagne au plus grand bénéfice des consommateurs libres de leur choix face à la pluralité de l’offre.

En Polynésie, nous avons pris un peu de l’esprit français. Nous nous tournons vers l’Etat ou le Pays-Providence pour lui poser la question de ce qu’il peut faire pour nous, jusqu’à nous sécuriser nos débouchés par la commande publique ou nous protéger totalement de la concurrence extérieure. C’est ainsi que de larges pans de notre activité économique, notamment dans le BTP, sont étroitement dépendants de la commande publique, alors que celle-ci devrait avoir une part minoritaire dans une économie de marché normale.

Ainsi, à la question de : pourquoi n’investissez-vous pas ? Les représentants des entreprises nous répondent : la faute à l’instabilité politique… Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de marché, pas de demande à satisfaire, pas d’opportunités de faire mieux que ce qui existe ! Non, c’est la faute à « l’incompétence » politique… N’oublions jamais que c’est nous qui élisons ces femmes et ces hommes politiques et que nous avons la classe politique que nous « méritons »…

Aux Etats-Unis, les choses se passent-elles ainsi ? Le politique, dans ce pays, est un épiphénomène. La conception la plus répandue est que l’Etat doit « laisser faire ». A la limite, moins il s’occupe des entrepreneurs, mieux c’est… C’est une société de la libre initiative où se retrouvent, se concentrent et s’expriment les meilleurs talents. Ils y investissent leur propre argent, y trouvent de l’argent au meilleur prix auprès du marché, des banques ou des investisseurs prêts à risquer leur propre argent. Les entrepreneurs y réalisent leur idée et FONT.

C’est à croire que « l’opinion », les commentateurs, les esprits chagrins, et malheureusement aussi, la représentation des entreprises, ont besoin d’un bouc émissaire pour expliquer l’inaction ou l’inertie.

Combien de facilités ou d’incitations existent pour permettre l’éclosion des entreprises ? Combien de dispositifs qui mobilisent des milliards de F CFP de la collectivité pour soutenir de larges pans d’activité ? Combien de mesures d’exonération et de défiscalisation mises en place pour faciliter la création et le développement des entreprises? Plus l’Etat ou le Pays en crée, plus certains estiment qu’il n’en fait pas assez…. Jusqu’où aller, alors que tous ces dispositifs n’existaient pas dans le passé, et pourtant, à l’époque,les entreprises se sont créées et les investissements se sont réalisés?

Crée-t-on une entreprise ou investit-on par ce qu’il y a une aide ou parce qu’il y a un marché et une opportunité de profit ?

L’Afrique décolle enfin, et à la base de ce décollage, il y a l’esprit d’entreprise. Dans des Pays où les infrastructures manquent, les entrepreneurs qui avaient vécu dans un esprit de survie et dans la « débrouille » (le système D…) font étalage de leurs talents et créent de multiples activités, notamment dans l’économie numérique. Au Kénya, ils ont inventé le M Paiement, le paiement par mobile, avant les pays développés…. Dans de nombreux pays, où la téléphonie fixe était déficiente, des milliers d’entrepreneurs ont créé des activités grâce au mobile qui a littéralement explosé.

Ils ont compris que le succès ne pouvait tenir qu’à soi-même, sans aucune aide du gouvernement. Grâce aux nouvelles technologies et au développement d’internet, les chefs d’entreprises – petits ou grands – peuvent désormais pallier les défaillances de l’Etat.Le « smartphone » est à l’origine de multiples applications qui facilitent la vie des agriculteurs, des investisseurs, des épargnants, des déposants… Ils ont radicalement changé leur manière de faire du « business ».

Au Nigéria, il existe même des centres commerciaux en ligne où vous êtes livré à votre porte. Leurs fondateurs envisagent même de livrer leurs clients grâce à des drônes pour contourner les immenses embouteillages et les engorgements que connaissent les capitales de ces Etats !

Ce qui compte, c’est le marché. Et les entrepreneurs prennent leurs risques, car ils savent que c’est au bout de l’aventure qu’est le succès.

Ces exemples sont, bien sûr, caricaturaux. Mais ils révèlent un état d’esprit. Celui de ne pas tout attendre de l’Etat ou du Pays.

Que, par exemple, nos entrepreneurs-vendeurs de solaire profitent de la compétitivité accrue de cette énergie (en raison du progrès technique de ces dernières années) pour élargir leur marché auprès des consommateurs polynésiens. Qu’ils leur vendent la possibilité d’une autonomie énergétique individuelle à prix de plus en plus raisonnables, plutôt que de pester en disant « le gouvernement ne fait rien pour nous »… Le marché est là, il vous tend la main… Allez-y et qu’EDT se réinvente face à cette nouvelle concurrence…

Le Pays-providence, c’est à dire nous tous, ne peut pas tout. Laissons le à sa place et faisons plutôt en sorte qu’il fasse bien ce qu’il doit faire. Ce sera déjà bien.

Publié par : hirofarepote | août 4, 2015

Economie collaborative : émergence en Polynésie

L’esprit d’innovation est-il suffisamment présent ici ? Je me le demande quelquefois, tant la tendance insulaire est de reproduire l’existant, de s’enfermer dans des comportements routiniers, quitte à entretenir des structures dépassées ou des rentes de situation avec, chez certains, le secret espoir que cela dure le plus longtemps possible.Rester entre soi dans un marché captif à promouvoir une logique de fermeture est un esprit très présent dans certains milieux économiques.

C’est ainsi que je ne voyais pas émerger, ici, de nouvelles formes d’organisation économique qui prennent de plus en plus d’ampleur ailleurs, regroupées sous le vocable d‘économie collaborative ou d’économie du partage (sharing economy), souvent portée par la jeunesse. Une jeunesse immergée dans le numérique et qui crée des modèles économiques « disruptifs« .

L’économie collaborative est l’économie fondée sur le fait que chacun de nous peut échanger ses propres biens et services: louer son appartement de manière éphémère, assurer un co voiturage ou un transport de personnes, donner un coup de main à son voisin, échanger des services.

Cette économie collaborative est dopée par la société numérique. La représentation digitale des besoins et de la capacité à rendre des services permet de les satisfaire en temps réel, de manière géo localisée et très précise. Elle crée de l’activité et permet de baisser le prix de certains services, les rendant accessibles à de nouvelles parties de la population, notamment à la jeunesse. Un modèle où l’on satisfait les besoins du « bas de la pyramide ».

La floraison d’applications numériques combinées à des services innovants portées par des « start up » créés par de jeunes talents est une réalité en France et dans le monde : covoiturage, logement chez l’habitant (AirBnB, couchsurfing, co location, habitat collectif), échanges de services, co-working, finance participative (crowdfunding, prêt d’argent de pair à pair, monnaies alternatives), production contributive (fabrication numérique, fablabs, imprimantes 3 D, maker space…)…. une liste infinie d’activités qui bouleversent les pratiques de production et de consommation et qui instaurent de nouveaux rapports sociaux.

Les nouvelles générations portent une attention plus grande à l’empreinte écologique, à la lutte contre le gaspillage (notamment alimentaire), à des expériences humaines enrichissantes et éventuellement festives, à l’optimisation des coûts et des dépenses, à la valorisation de l’activité locale.

Le souhait de ces nouveaux entrepreneurs est de pouvoir concilier activité, engagement citoyen, plaisir et demande de sens. On ne croit plus dans la politique, mais on n’en peut plus d’entendre parler de la crise, nous devons cesser d’être passifs, agissons : tel est le message qu’ils transmettent. Ils privilégient une société basée sur les échanges et la coopération, plutôt que sur la rivalité. Ils préfèrent l’activité indépendante au salariat dans une grande entreprise.

C’est d’ailleurs pour cela que certaines de nos définitions du vieux monde devront évoluer, car la frontière entre salariat et activité indépendante va devenir de plus en plus mouvante, car la recherche d’autonomie et de liberté va bousculer cette catégorisation dans les statuts habituels. Multiplier différents emplois, certains rémunérés, d’autres pas, figure comme un modèle choisi plutôt que subi.

Des modèles hybrides à base de sponsorisation de grandes entreprises, de communauté associative à base d’effet de réseaux et de plate-forme internet, de consulting, de formation,  de financements publics … émergent, mais ce qui est sûr, c’est que la logique entrepreneuriale imprègne ces démarches.

La régulation de cette économie n’est et ne sera pas une tâche facile. Est-ce au droit de s’adapter à cette nouvelle réalité ou à celle-ci de s’adapter au droit ? Quand on voit les débats et conflits violents qui ont opposé Uber et les taxis, avec un gouvernement au pouvoir de régulation limité, la question sur « faut-il règlementer ? et comment ? » est loin d’être close.

La démarche de nombre de ces jeunes s’inscrit dans une volonté de « FAIRE » et donc, sur des actions concrètes et immédiates.

Et la Polynésie dans tout cela ?

Le modèle AirBnB avance à grands pas pour satisfaire une nouvelle demande touristique, au grand dam des pensions de famille et des hôtels.

La location « low cost » de voitures apparait, alors que le co voiturage n’a pas véritablement pris. Peut être parce que cette nouvelle solution de mobilité n’était pas suffisamment articulée à des applications numériques ? Pourtant les besoins de mobilité sont insuffisamment satisfaits au sein de notre société, notamment dans les quartiers populaires excentrés et en milieu rural.

A l’occasion du marché des terroirs, organisé chaque fin de mois sur le parking de Mamao, je vois émerger cette économie collaborative à base de circuits courts, de nouveaux modes de production agro alimentaire et d’échanges avec les consommateurs. De nouvelles offres et de nouveaux échanges se font jour. L’agriculture bio sort petit à petit de la confidentialité et une esquisse d’AMAP existe.

Feu de paille ? point de départ d’un mouvement qui va aller en s’élargissant, par cercles concentriques successifs ? Seul l’avenir nous le dira.

Une chose est sûre : l’avenir de la Polynésie française doit se construire sur la base de cette société entrepreneuriale.

Félicitations à nos valeureux Tiki Toa ! Tiki…. Toa !!!

Je voudrais encore faire de cette fantastique aventure qui fait de Tahiti la meilleure équipe du monde de Beachsoccer du moment un conte exemplaire pour notre Pays.

Il fut un moment où les instances dirigeantes du foot ball polynésien ont décidé d’une ambition à priori démesurée pour nous : organiser la coupe du monde chez nous et croire en nos chances en investissant dans la constitution d’une équipe de haut niveau, grâce, notamment, aux services d’un expert international. Après seulement trois ans de travail acharné,Tahiti organise effectivement la coupe du monde en 2013 et voit son équipe terminer quatrième de cette coupe du monde, soutenue en cela par une ferveur populaire particulièrement rare.

Grâce à cet investissement initial, nos Tiki Toa encore plus aguerris et solidaires entre eux, poursuivent sur leur lancée et sont finalistes d’une coupe du monde qu’ils méritaient de gagner, mais la « chance » était du côté des portugais… Nous avons néanmoins le meilleur gardien de but et le meilleur joueur de cette coupe du monde, ce qui est un exploit remarquable. Bravo à Jonathan TOROHIA et à Heimanu TAIARUI !

Les Tiki Toa nous font un « retour sur investissement » incroyable et je crois bien que ce n’est pas fini. Prenons date pour dans deux ans !

C’est la preuve que, transposée du monde sportif au monde économique, notre « petit » Pays peut faire de grandes choses, à condition de croire en ses chances, d’avoir de l’ambition doublée de volonté et d’investir pour concrétiser cette ambition.

S’en donner les moyens, c’est important, pour dépasser les discours incantatoires et l’élaboration de stratégies sans lendemain.

Il faut arrêter de se contenter du verbe et de penser que ce verbe se substituera à l’ACTION. Il faut AGIR et FAIRE avec ténacité, persévérance, et, surtout, professionnalisme. Que l’on soit professionnel là où en est, c’est essentiel si l’on vise la performance, l’efficacité et l’efficience, car on a rien sans rien…

C’est l’investissement qui prépare les lendemains qui chantent. C’est par la volonté d’agir et de faire que l’on obtient des résultats. C’est cette démarche que nous devons adopter pour assurer notre développement économique et social.

Nous avons voulu notre Autonomie parce que nous avions cette ambition. Celle de croire en nos atouts et de compter sur nos propres forces, d’exprimer nous-mêmes notre propre potentiel et ne plus subir une tutelle trop éloignée de nos réalités et des décisions inadaptées, car prises à 20.000 kms de chez nous par une technostructure de haut fonctionnaires.

Plus de 30 ans après cette conquête de l’Autonomie, où en sommes-nous ?

Soyons lucides et constatons que nous avons régressé dans de nombreux domaines, en particulier dans celui du Tourisme qui devait être le fer de lance de notre économie. Malgré notre patrimoine naturel et culturel exceptionnel, l’économie hôtelière de Tahiti et de Moorea est dévastée et le rapport qualité-prix de nos prestations est, en général, médiocre. Ne parlons pas des autres îles ( Huahine, Rangiroa, Raiatea, Manihi, Fakarava…) où la politique de diversification touristique a été un échec. Il n’y a que Bora Bora, inscrit maintenant comme un « spot » touristique mondial de référence, qui sauve l’honneur…

Tirons-en les enseignements, ne baissons pas les bras et RECONSTRUISONS sur des bases plus solides. Nous avons un Pays magnifique, une qualité de vie rare et une jeunesse qui attend qu’on lui insuffle cet esprit de conquête pour s’investir dans le développement de son Pays.

Fort de ces atouts, que nos professionnels partent à la conquête du monde, soient de vrais commerciaux pour vendre des produits et services touristiques repensés, remis à niveau et différents de ce qui est proposé ailleurs. N’avons nous pas nourri depuis le 19 è siècle le mythe du paradis sur terre ?

Dans la compétition internationale, nous nous sommes faits dépasser par l’île Maurice (près d’un million de touristes), les Seychelles, les Maldives, Fidji (plus de 700.000 touristes maintenant) alors que nous étions au même niveau qu’eux il y a quarante ans … Nous nous faisons même rattraper par les îles Cook et le Vanuatu, c’est dire qu’il y a péril en la demeure …. et même la Nouvelle-Calédonie veut dépasser son plafond de verre de 100.000 touristes par an.

Notre plafond de verre à nous, c’est le seuil de 200 à 250.000 touristes par an. Notre « record » fut atteint en 2000, soit il y a 15 ans, et depuis, ce fut une longue descente aux enfers…. et la bérézina dans l’hôtellerie pourtant largement bénéficiaire de la défiscalisation nationale et locale… Cherchons l’erreur…

Profitons d’un nouveau « big push » des investissements touristiques qui s’annonce pour 2016, grâce à des investisseurs étrangers qui croient plus en nos atouts que nos propres investisseurs locaux…

Que nos entrepreneurs touristiques sonnés par la crise, sortent de leur fatalisme, de leur routine dépassée ou de leur découragement, reprennent leurs esprits et leur ouvrage, que nos syndicalistes les laissent reconstruire la filière touristique s’ils veulent avoir des emplois durables pour sauver « leur » protection sociale, que nos décideurs prennent les meilleures décisions d’accompagnement et concrétisent les stratégies proposées par les experts internationaux chèrement rémunérés pour ce faire….

Et surtout, surtout…que l’esprit des Tiki Toa nous inspire dans cette étape critique de notre développement !

Tahiti Punu News – contes économiques de Tahiti et un petit plus encore…

Publié par : hirofarepote | juillet 13, 2015

Une reprise très ténue qui peut défaillir

Grâce à la sortie des comptes économiques rapides, initiative heureuse de l’ISPF, de l’IEOM et de l’AFD, nous avons enfin une lisibilité de la dynamique économique globale de la Polynésie française de ces dernières années, et plus particulièrement de l’année 2014.

Evènement important : il se confirme que l’année 2014 est l’année-charnière où la croissance économique est de retour. Certes, elle est très ténue, puisque déflatée de la hausse des prix, elle est très légèrement positive d’un petit pour cent. Une croissance pas encore créatrice d’emplois, d’où notre impression d’une sorte de « faux plat » ou « d’entre deux » à la lecture de divers indicateurs conjoncturels quelque peu mitigés de ces derniers mois.

Le graphique ci-dessus confirme aussi la lente descente aux enfers qu’a connu l’économie polynésienne de 2008 à 2012 : une chute du PIB de près de 55 milliards de F CFP, soit pas loin de 10% de ce même PIB, ce qui est signe d’une profonde dépression économique.

Chute du tourisme et des exportations de biens, crise des finances publiques, déficit croissant des comptes sociaux, chute de la consommation, réduction d’activité des entreprises, destruction d’emplois, chute du pouvoir d’achat des ménages, carnets de commandes des entreprises en berne… Le cercle vicieux s’est mis en place et la Polynésie a du mal à s’en extirper.

Le retournement vers une situation plus favorable a été très progressif et continue à l’être. Il s’est bâti sur une remontée très graduelle du tourisme, la consolidation de certaines exportations de biens, un investissement public un peu plus soutenu, parallèlement à un redressement des comptes publics caractérisé par une réduction significative des budgets de fonctionnement publics (réduction des effectifs, gel du point d’indice pour une stabilisation de la masse salariale, diminution des dépenses d’intervention et des subventions aux tiers, baisse des dépenses de fonctionnement et des achats publics, incitation à une meilleure gestion des satellites du pays…)

La réorientation des dépenses publiques par un arbitrage, sur la durée, en faveur de l’investissement public au détriment de la consommation publique produit des effets positifs. J’ai préconisé de longue date cette orientation. Ce sera encore le cas en 2015 avec l’optimisation de la consommation des crédits de paiement destinés à l’investissement dans le budget du Pays et une plus grande place aux investissements publics dans le bâtiment, plus intensifs en emplois que les travaux publics (plus de béton et moins de routes…).

La question du maintien du niveau d’investissement public en 2016 se posera néanmoins, toutes choses égales par ailleurs, une fois épuisées les reliquats de crédits de paiement disponibles. Faudra-t-il recourir de nouveau à l’endettement, alors que le Pays s’est engagé résolument vers le désendettement ? Tout dépendra du relais de l’investissement privé et du lancement des grands projets….

Nous avons aussi confirmation de la panne relative de l’investissement privé. Il est clair que la  baisse de la consommation publique et la stagnation de la consommation des ménages n’améliore pas les comptes d’exploitation des entreprises tournées vers le marché local et ne leur permet pas de dégager de l’autofinancement pour leurs investissements futurs. Surtout qu’il faut en plus que ces entreprises aient confiance dans la croissance future du marché local, ce qui n’est pas évident…

Reste donc la reprise des investissements dans les secteurs orientés vers l’exportation, notamment le tourisme qui devrait encore contribuer positivement à la croissance en 2015… si l’on se dirige vers l’objectif de 200.000 touristes à la fin de l’année.

Remarquons le ratio 3/4 d’investissement privé et1/4 d’investissement public qui confirme que l’investissement public seul ne peut pas porter l’accélération de l’activité économique. Le secteur privé doit donc apporter sa part à la dynamique de l’investissement productif.

En 2014, l’investissement global aura représenté près de 20% du PIB, ce qui, je l’ai déjà dit, reste insuffisant pour un pays en voie de développement comme la Polynésie française. On devrait plutôt se situer dans la fourchette de 25 à 30 % du PIB. Il faut notamment privilégier les investissements productifs qui visent à élargir notre base productive, encore trop faible. J’y reviendrai.

Au total, depuis 2012, année ou notre PIB a atteint son plus bas niveau, nous n’avons rattrapé que le tiers du chemin perdu depuis 2008. L’année 2015 devrait être encore une année de consolidation caractérisée par une faible croissance. La route est encore longue…

Tout se jouera en 2016 et je ne suis pas loin de penser que l’Etat doit aider la Polynésie à passer franchement ce cap, par exemple,en transformant son avance en subvention, et en lançant avec le Pays un véritable « plan marshall » en faveur du logement social. Ce serait déjà un pas vers l’égalité réelle avec la Métropole. A ce titre, j’attends avec impatience le rapport que rendra Monsieur Victorin LUREL sur ce sujet. Espérons que la Polynésie….française ne soit pas encore oubliée au bénéfice des régions et départements d’outre mer des Antilles ou de la Réunion !

Publié par : hirofarepote | juin 22, 2015

Politique économique et sociale : maintenir le cap

 Les rapports, notes et études publiés ces dernières semaines confirment le diagnostic : la Polynésie est enfermée dans une stagnation économique persistante, une sorte de mélasse dont elle a du mal à se dépêtrer, tant les initiatives nécessaires à une sortie de crise manquent à l’appel. Comme dit l’autre, on n’est pas sorti de l’auberge!

Dans un contexte de stagnation de la demande locale, les entreprises locales sont exsangues après au moins 10 années de crise. Crise de rentabilité et perspectives bouchées font que l’investissement privé manque à l’appel, et ce, malgré toutes les incitations publiques mises en place : défiscalisation nationale et locale, baisse du taux de l’IS, exonérations douanières, taux de réescompte des investissements productifs extrêmement intéressants, produits de la SOFIDEP en accompagnement des entreprises…. Donner de l’eau à quelqu’un qui ne veut pas ou ne peut plus boire, car en coma dépassé ou en lente rémission, ne produit pas le résultat escompté !

Dans le commerce, la crise fait le ménage : les entreprises qui ne se sont pas adaptées à la nouvelle donne (gammes large de produits et marges unitaires « raisonnables ») et aux nouvelles formes de consommation via internet disparaissent. De plus, dans un secteur traditionnellement morcelé comme l’est le commerce ( de gros et de détail) polynésien, le processus de concentration se poursuit en s’accélérant. Ce n’est effectivement pas dans ce secteur que les emplois se créeront, car la rationalisation du système commercial est toujours en cours.

En matière d’investissement productif, rien ou presque ne se passe : le montant des investissements productifs défiscalisés n’a jamais été aussi bas ces dernières années, y compris l’année dernière. Quelques rénovations d’hôtels, un nouveau paquebot sur la desserte des marquises… La base productive de notre économie ne se renforce pas, alors que ce processus est nécessaire pour sortir du « modèle » d’une économie basée de manière dominante sur les dépenses publiques.

L’économie hôtelière est toujours en convalescence avec une rentabilité globale d’exploitation encore trop faible, à l’exception notable de Bora Bora qui remonte bien la pente grâce à son image de « spot touristique » international.

Malgré ce tableau peu engageant, j’entend ici et là des revendications qui donnent l’impression (fausse) que la sortie de crise est bien enclenchée : grèves dans quelques entreprises-phares pour toucher des dividendes qui n’existent pas, puisque la croissance n’est toujours pas là, demande de hausse du point d’indice dans la fonction publique alors que les budgets publics sont toujours très contraints pour cause de ressources encore en baisse.

La réforme fiscale de l’année dernière nous donne une image biaisée de notre réalité économique. Les ressources publiques du Pays sont en augmentation du fait essentiellement de la hausse de la TVA sur les services (de 10 à 13%) et de la hausse de la CST essentiellement supportée par les salaires moyens et élevés. A périmètre fiscal constant, ces ressources seraient en nette diminution. Il ne faut pas s’étonner que la demande des ménages soit atone et que l’investissement privé des entreprises soit en chute libre, car l’asphyxie est réelle.

Ce n’est pas parce que la crise est longue que nous sommes sortis de la crise ! Il ne faut pas se tromper de diagnostic

Seule lumière à ce tableau gris : notre économie touristique remonte (trop) progressivement la pente avec plus de 180.000 touristes en 2014 et un objectif « atteignable » de 200.000 touristes cette année. Nos autres exportations de biens ( perles, thon, monoï, vanille, noni…) sont en légère progression, mais leur faible poids dans l’économie n’engendre pas suffisamment d’effets d’entrainement dans l’économie locale.

 Les axes du redressement doivent être maintenus :

  • restauration des comptes publics : réduction des dépenses de fonctionnement, réduction de la masse salariale par une réduction des effectifs, stabilisation de l’endettement public, réorientation des ressources vers l’investissement public, réduction du périmètre du secteur public, meilleure gestion des établissement publics et satellites du Pays, réduction des subventions aux tiers que n’améliorent pas leur gestion par un meilleur autofinancement de leur activité…
  • non revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, car, encore une fois, ce n’est pas parce que la sortie de crise est longue qu’on en est sorti…et qu’il faut repartir dans un accroissement de la masse salariale du secteur public. Dans le secteur privé, les destructions d’emploi sont encore là et le chômage atteint son plus haut niveau. Car n’oublions pas que les salariés du secteur privé…et les chômeurs paient un lourd tribut à la crise… Oui, la sécurité de l’emploi public est une chance relative en ces temps difficiles;
  • amélioration du taux de consommation des crédits de paiement du budget d’investissement. Le seul problème : cette meilleure efficacité de la dépense publique d’investissement est un fusil à un coup… L’année prochaine et les prochaines années, si les grands projets privés ne se réalisent pas comme prévu, il faudra à nouveau accroître l’endettement public par de nouveaux emprunts pour soutenir l’activité. Rappelons que le premier collectif budgétaire du Pays a été partiellement assis sur la mobilisation d’un milliard de F CFP  d’emprunt supplémentaire… Ce n’est rien à côté de ce que les pouvoirs publics devront faire pour éviter l’effondrement économique si rien ne se passe en 2016;
  • stabilisation de la pression fiscale (et sociale : CST, côtisations sociales…) et politique de stabilisation des dépenses sociales, car le Pays n’a plus les moyens de faire face à l’explosion des dépenses par une augmentation ou une réorientation des ressources vers ces dépenses sociales ( RST, minima sociaux….);
  • baisse de la pression fiscale sur les entreprises au fur et à mesure d’un retour à meilleure fortune de notre économie;
  • réforme structurelle de la protection sociale et du système de santé à concrétiser très rapidement maintenant.

Comme on le voit, les efforts sont encore devant nous et considérer les grands projets privés structurants comme la solution-miracle qui nous exonèreraient des nécessaires réformes à mettre en oeuvre serait une lourde erreur. Tout le monde s’y accroche comme à une bouée de sauvetage, mais gare aux désillusionsEn attendant, croisons les doigts !

Le Président FRITCH l’a bien compris. Son déplacement en Chine visait à dire aux investisseurs chinois de concrétiser ce qui était et reste encore des lettres d’intention ou des effets d’annonce.

Heureusement, les choses se précisent :  concrétisation du projet aquacole de Hao, début de venue de touristes chinois par des charters de Hainan Airlines dans l’attente de dessertes régulières et d’investissements hôteliers de ce même groupe, candidatures sérieuses de trois consortia pour le projet de Tahiti Mahana Beach… L’année 2016 sera décisive de ce point de vue.

L’heure n’est donc pas encore venue d’une distribution de fruits de la croissance… car cette croissance n’est pas encore là et il faudra encore quelques années pour voir le bout du tunnel.

Si l’impatience est grande, notre réalité économique est ce qu’elle est. Ne faisons pas dans le déni de cette réalité. Il faut donc maintenir le cap et le résultat sera au bout des efforts consentis.

Travail, courage et détermination : telles sont les qualités qui doivent animer l’équipe gouvernementale qui a la charge de piloter notre redressement collectif.

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