Publié par : hirofarepote | mai 23, 2015

Egalité réelle pour la Polynésie française

La Polynésie française est une collectivité spécifique… mais elle est française. Elle l’est tout autant qu’un département, une région métropolitaine ou d’outre mer.

Il n’y a pas de solidarité nationale pour les uns et « assistanat » pour les autres, surtout qu’avec l’autonomie, nous avons pris la voie de la responsabilité que n’ont pas prises d’autres collectivités d’outre-mer.

L’effort total net de la République française pour les Outre-Mers était chiffré en 2013 à environ 22,5 milliards d’euros, ce qui, rapporté aux 1000 milliards de dépenses de l’Etat et de la sécurité sociale représente environ 2,2 % du total. Or, les populations d’outre mer représentent 4% de la population nationale ( 2,6 millions sur 66 millions).

La devise de la République est : liberté, égalité, fraternité.

L’égalité réelle est considérée comme la quatrième étape de l’égalité de l’outre mer, après « l’égalité civique » en 1848 (plus tardive en Polynésie française…), « l’égalité politique » en 1946 ( plus tardive en Polynésie française…) et l’égalité sociale de la fin des années 90 (moins appliquée en Polynésie française que dans les régions d’Outre-Mer…).

Qu’est ce que « l’égalité réelle » ? Il s’agit de mettre les pays et régions d’outre mer françaises au niveau de développement et de richesse de la métropole. C’est là, bien sûr, un « idéal » difficile à atteindre, car le processus à mener dans ce sens est complexe et ne dépend pas uniquement de l’Etat. Mais, le Président de la République s’est clairement engagé dans l’accélération de ce processus et Monsieur Victorin LUREL, ancien ministre des outre-mers, devrait rendre un rapport à ce sujet dans les prochaines semaines.

Il devrait déboucher sur une Loi-Cadre comprenant principes généraux et déclinaison territoire par territoire, d’un plan multifactoriel de rattrapage : santé, protection sociale (RST… qui pourrait intégrer la Couverture Maladie Universelle « française »), infrastructures,logement, éducation et soutien à l’enseignement du reo maohi, transports et continuité territoriale, statut européen de région ultra périphérique (RUP), économie, prévention de la montée des eaux… Cette loi devrait aussi conforter ce qui existe déjà : défiscalisation, lutte contre la vie chère (tarifs bancaires…)… Les objectifs, l’obligation de résultats (mesurables année après année) et la programmation envisagée nous permettront de sortir de la simple incantation de principe.

Le Produit Intérieur Brut par habitant de la Polynésie française représente environ la moitié de celui de la métropole. Après le rattrapage économique et social opéré durant les 40 glorieuses du CEP, les années 2000 à 2015 ont été les années perdues, alors que nous avions démarré en fanfare le 21è siècle (l’année 2000 avait été l’année de tous les records économiques).

Notre économie s’était diversifiée et modernisée, mais elle a régressé pendant cette dernière période. Sur la période 1998-2008, notre Pays a été le plus mauvais de la classe des outre-mers sur le plan de la croissance économique. Notre indice de développement humain ne nous place pas non plus dans les meilleurs, en raison d’inégalités sociales trop marquées (comme en Nouvelle-Calédonie…). Si la CST contrebalance partiellement l’absence d’impôt sur le revenu,on est loin de la politique de redistribution engagée dans une très grande partie de la République…

Cette égalité réelle ne pourra pas être décrétée d’en haut et n’engagera pas que l’Etat. Cette marche impliquera une co-responsabilité entre l’Etat, le Pays et ses forces vives…. voire l’Union Européenne plus tard… C’est un défi lancé à nous-mêmes pour nous montrer encore plus « actifs » dans notre développement autonome et pas seulement « soutenus ».

Nous partons de loin : chômage structurel de l’ordre de 25 % de la population active (le taux de chômage des jeunes est encore plus élevé, puisqu’il est au moins de 40%…), taux de pauvreté qui touche 25 à 30% de notre population, les retards en matière de santé se creusent malgré les progrès fantastiques de ces dernières décennies (il est vrai que l’on se compare au système de santé métropolitain qui est l’un des meilleurs système de santé du monde..), déficit de logements sociaux et importance de l’habitat précaire et insalubre, illettrisme et échec scolaire, partie significative de la jeunesse à la dérive faute de perspectives, coût de la vie très élevé… Autant d’indicateurs du chemin qui reste à parcourir.

Le point de départ étant défini, le point d’arrivée pourrait être, par exemple, le même indicateur de développement humain qu’en métropole et le même produit intérieur brut par habitant. Ce n’est pas utopique, puisque la Nouvelle Calédonie y arrive presque en ce qui concerne le PIB par habitant. Il faudra aussi définir une méthode et une obligation de résultat conjointement avec l’Etat et nos entrepreneurs. Car lorsqu’on parle d’égalité économique, on parle forcément de création de richesses…et nos entrepreneurs sont donc en première ligne.

Il faudra effectivement sortir du modèle administratif hypertrophié et indexé combiné à une économie de rente vers une économie entrepreneuriale.

Nous avons, comme on l’a déjà dit des atouts fantastiques : plus de la moitié de la ZEE française, un patrimoine naturel exceptionnel (dont de larges pans peuvent être classée au patrimoine mondial), base d’un modèle de développement touristique durable, des ressources foncières inexploitées, même à Tahiti (du fait de l’absence d’une route traversière…), une biodiversité qui peut être source de valorisation intelligente, des ressources en énergie renouvelable qui peuvent nous rendre largement autosuffisants ( à condition qu’on le veuille), localisation dans une grande Région Asie-Pacifique en plein « boom économique » qui devrait nous inciter à une meilleure intégration régionale.

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Responses

  1. Bonjour Hiro,
    « Égalité réelle », soyons prudent, c’est pas à sens unique ; cela peut être l’outre-mer (dont la Polynésie) qui monte ou la métropole qui descend…
    Au plaisir de vous lire.

  2. Ha ha, Pierre, ou les deux avec la métropole qui descend plus vite. N’oublions pas que PIB par hab baisse depuis plusieurs années en métropole.

  3. Bonjour Hiro, je vois que tu es un optimiste forcené. Je pense que parler de PIB pour une collectivité territoriale qui vit de subventions et de transferts sans une économie réelle digne de ce nom n’a pas de sens. C’est simplement un indicateur développé à l’interne étant entendu que l’IEOM dispose de chiffres et qu’il faut bien les utiliser. Si nous n’avions pas notre statut les agences de notations nous donneraient sans forcer un CC- (hautement spéculatif). Des pays avec des potentialités il y en encore beaucoup sur la planète sauf que pour exploiter une ressource encore faut-il que ce soit compétitif, et ici tout est dans la démesure question prix. Le pacifique Sud n’a rien à voir en terme de développement avec le pacifique Nord et la région Asie-Pacifique ne concerne que ce dernier. Notre mine d’or a été le CEP et la mine a fermé. Il n’y a pas de trésors caché, tout a été étudié,examiné à la loupe par les grandes puissances y compris par missions d’explorations et satellites. Si il y avait quelque chose d’exceptionnel à exploiter les USA nous auraient chassé du coin depuis longtemps. La France reste car elle a déjà pas mal investi en infrastructures et que cela ne lui coûte pas si cher de maintenir son drapeau dans le pacifique, tu as toi même souligné le faible coût de son outre-mer. Elle possède en pleine propriété Moruroa et Fangataufa et ses atolls peuvent encore servir scientifiquement parlant. En tout cas pour la Loi-Cadre si Hollande s’est engagé je crains le pire, quant à Victorin quels que soient les résultats et propositions de son rapport il butera sur l’article 74 de la Constitution pour ce qui concerne la Polynésie française. Cela étant tes réflexions franchement républicaines sont légitimes. Bon j’arrête là sinon Pierre va me reprocher de pas faire court.

    • @Teva Tamahine : bravo et merci pour cette intervention de haut-vol (sic)

      Voici quelques éléments rendant toute fois l’article 74. en effet, ce n’est pas tant tel ou tel article qui importe, mais le fait d’être « dans la Constitution » hahahaah (justice rendu au nom du peuple français… même pour « notre » population hohohohoho, préambule de la C. de 1946 « tout être humain » a droit à des « moyens convenables d’existence », etc… )

      Voir aussi les obligations du colonisateur en cas de non décolonisation et même après (Haïti et le remboursement de la dette coloniable, la réquisition des avoirs en or et en devises étrangères du 25 décembre 1945 jour de la création des francs des colonies françaises du Pacifique – et de communautés financières hors de « France », etc….

      :))
      rollstahiti@gmail.com
      87 77 71 70

      ==

      *Christian Cointat (…) Le sénateur a également ajouté que la Polynésie française n’est pas dans le droit commun puisqu’elle se trouve dans l’article 74 de la Constitution.
      http://www.ladepeche.pf/article/politique/les-senateurs-et-les-deputes-ont-retabli-la-condition-de-residence

      ** « Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l’Outre-mer prend acte du vote d’une résolution par l’Assemblée de la Polynésie française demandant l’inscription de la collectivité sur la liste des pays non autonomes à décoloniser de l’ONU.

      La ministre rappelle que la Polynésie française est une collectivité d’Outre-mer, régie par l’article 74 de notre Constitution, qui bénéficie dans ce cadre d’une » très large autonomie ». « A ce titre, le gouvernement polynésien exerce de très nombreuses compétences qui lui ont été transférées notamment dans la quasi-totalité des domaineséconomiques et sociaux » précise la ministre de l’Outre-mer.

      « L’Etat est localement le garant de cette autonomie et rien ne permet, à ce stade, de considérer que les populationsde ce territoire aient remis en cause de façon démocratique leur volonté d’appartenance à la République française »estime Marie-Luce Penchard. »

      http://www.tahiti-infos.com/Reinscription-pour-M-L-Penchard-la-Polynesie-dispose-deja-d-une-large-autonomie_a29887.html « 

  4. @Hirofarepote,
    L’intro était bien partie : « La Polynésie française est une collectivité spécifique… mais elle est française. Elle l’est tout autant qu’un département, une région métropolitaine ou d’outre mer. Il n’y a pas de solidarité nationale pour les uns et «assistanat » pour les autres »… avant que le soufflé ne retombe : « surtout qu’avec l’autonomie, nous avons pris la voie de la responsabilité ».
    Gloups ! Viens avec moi faire un tour à Papeete pour expliquer ça aux crève-la-faim ou alors merci de rectifier cette pantalonnade stp.
    Car que ne lis-je plus loin : « (RST… qui pourrait intégrer la Couverture Maladie Universelle « française ») »
    Mais intégrer c’est l’exact l’opposé d’autonomiser !?
    Certes tu édulcolores : « chômage structurel de l’ordre de 25 % de la population active (le taux de chômage des jeunes est encore plus élevé, puisqu’il est au moins de 40%…), taux de pauvreté qui touche 25 à 30% » hohohohohohoh
    Bref, si tu veux veux rectifier le tir je te propose de faire un prochain article qui partira sur la base suivante : les français autonomisés sont des français au même titre que les étrangers de France hohohohohohoho
    Mon procès est le 2 juin 2015 (RSA appelé pension sécurité sociale près la CPS) et tout article sur le sujet avant l’audience est le bienvenu. Mon e-mail: rollstahiti@gmail.com tél 87 77 71 70 (7 jours sur 7)
    René HOFFER

  5. Bonjour, cet article m’a rappelé une vieille lecture dont j’ai retrouvé un extrait sur le net.
    http://www.politique-autrement.org/Alexis-de-TOCQUEVILLE-Egalite-et-liberte

    • Bien vu Wakrap, l’égalité et la liberté ne font pas bon ménage.
      J.P. Marat – Les chaînes de l’esclavage (16 – Du luxe)
      Le mal va toujours en augmentant : à force de vouloir se distinguer on ne se distingue plus ; mais comme on a pris un rang, et que l’envie de se faire regarder subsiste toujours, toutes les cordes sont tendues pour sortir de cette égalité insupportable. Dès lors il n’y à plus de rapport entre les besoins et les moyens, et l’on cherche à se vendre. Que d’esclaves volontaires !


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