Publié par : hirofarepote | août 7, 2015

Politique économique, fiscale et sociale : situation d’étape par Nuihau LAUREY

Monsieur Nuihau LAUREY, inspirateur du programme économique du Tahoeraa, a une situation privilégiée : il assure la continuité de l’action, depuis l’élaboration de ce programme jusqu’à sa mise en oeuvre, toujours en cours.

Sa logique argumentaire rejoint, sur de très nombreux points, les réflexions que j’ai pu vous adresser grâce à ce blog.

Résumons-en les principales lignes.

  • Redressement des finances publiques et désendettement

Après avoir hésité entre plus d’endettement pour lancer la politique de grands travaux voulue par le Président Gaston FLOSSE et une plus grande prudence dans les montants de prêts à mobiliser, le Vice-Président a arbitré : ce sera une politique de désendettement. D’un peu plus de 14 milliards d’emprunts mobilisés en 2014, le Pays est passé à 8 milliards en 2015.

L’amélioration du ratio dette/PIB (inférieur à 20%, ce qui est tout à fait correct) a pour finalité d’améliorer la notation de la Polynésie française et, in fine, d’obtenir des taux plus bas pour nos futurs emprunts. Car il n’est pas normal que pour une collectivité moins endettée que la France métropolitaine, le différentiel de taux d’emprunt « subi » soit de l’ordre de 2% entre le Pays et l’Etat.

Pour 2015 et 2016, la commande publique peut quand même s’accroître en « optimisant la consommation des crédits de paiement ». Derrière ce jargon, l’Administration, notamment celle de l’Equipement, est appelée à faire preuve de plus d’efficacité dans la dépense d’investissement ( taux de liquidation de 42 % en 2013, de 50% en 2014 et objectif entre 60 et 65% pour 2015).

La priorité en faveur du logement social, pour laquelle je milite beaucoup, car cette activité du bâtiment est intensive en main-d’oeuvre peu qualifiée, est réaffirmée. J’ai , en ce qui me concerne, proposé un véritable « plan Marshall » en partenariat avec l’Etat, une sorte de contrat de projets « spécial logement social » pour compenser l’échec du précédent contrat de projets dans ce domaine. Reste à savoir si les capacités de financement et de réalisation opérationnelle par l’opérateur historique et de nouveaux opérateurs suivront...

Dans l’un de mes billets précédents, je constatais que l’investissement public (19 milliards en 2013 à 24 milliards en 2014) a été le facteur principal de la croissance réelle positive de 2014 (+1,8%), encore trop faible pour créer des emplois durables. L’investissement public peut être encore au rendez-vous pour 2015, voire 2016… mais pas plus, sauf à se réendetter, toutes choses égales par ailleurs.

  • L’investissement privé, en panne, ne relaie pas l’investissement public

Selon le Vice-Président, entre 2007 et 2012, l’investissement global en Polynésie est passé de 137 milliards de F CFP à 95 milliards de F CFP. Nous sommes repassés à 106 milliards en 2014 (+11 milliards de F CFP, soit le quart du terrain perdu).Son objectif est de reprendre 5 à 10 milliards d’investissements supplémentaires (public et privé) jusqu’à la fin du mandat.

J’ai déjà eu l’occasion d’expliciter ce problème. La fragilisation des structures financières de nombre d’entreprises (dégradation des ratios de rentabilité) durant la longue crise que nous avons connu et les paris plutôt pessimistes des chefs d’entreprise sur le court terme peuvent expliquer cette absence de relais.

J’y rajouterais que la « réforme fiscale » de 2013 a été la réforme de trop, car elle s’est traduite par un accroissement substantiel des prélèvements sociaux sur les ménages et les entreprises face aux importants besoins de financement de notre protection sociale et à la politique d’aide sociale voulue par le Président Gaston FLOSSE.

A un moment donné, le « trop d’impôt, tue l’impôt » dans un contexte dépressif devient une réalité….Comme je l’ai suggéré, il faudra encore poursuivre la baisse des dépenses publiques de fonctionnement pour alimenter la dépense publique d’investissement et le financement des stratégies sectorielles d’accompagnement des entreprises. Et progressivement, avec le retour à meilleure fortune de nos finances publiques, commencer une politique d’allègements fiscaux ciblés en faveur des entreprises.

Il faudra donc poursuivre une politique de réduction des dépenses sur deux gros postes budgétaires : les dépenses de personnel et les aides financières « aux tiers », à savoir, les établissements publics, satellites du Pays et les myriades d’associations- partenaires qui gèrent des activités sur financements publics.

A ce titre, il faudra bien effectuer une revue très précise et opérationnelle des programmes en cours, de décider résolument d’arrêter les programmes qui n’ont pas fait preuve d’efficacité ou d’efficience et de réorienter les financements vers de nouveaux programmes ou les programmes qu’il faut amplifier (logement social, accompagnement ciblé des entreprises offensives…). La « politique du rabot budgétaire » est épuisée et il faut passer à autre chose…Cela passe par un audit opérationnel de toutes les dépenses publiques en vue de leur optimisation.

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  • De modestes signes de reprise : frémissement des créations d’emplois, recettes fiscales au premier semestre 2015

Le Vice-Président est aux premières loges pour observer l‘évolution des recettes fiscales. Il nous annonce une hausse de 6 à 7% de ces recettes au premier semestre 2015 par rapport au premier semestre 2014, ce qui est un indicateur favorable pour mettre en place une politique économique et fiscale vertueuse telle que je la préconise.

  • Pas d’instabilité politique

Je passerai vite sur cette dimension, car on ne peut comparer les épiphénomènes actuels avec ce qu’on a connu dans la « décennie perdue » ( 2002-2013). Le gouvernement peut mener son action, principalement orientée sur la réalisation du programme budgétaire voté par l’Assemblée de la Polynésie française. Quant au programme règlementaire, il faudra bien trouver un modus vivendi avec les représentations politiques de l’Assemblée pour faire passer l’intérêt général avant les intérêts partisans. En effet, la population ne comprendrait pas que les jeux politiciens du passé reviennent au premier rang des préoccupations de nos élus.

On nous annonce une « clarification majoritaire » pour la session budgétaire. Wait and see…

  • La concrétisation des investissements étrangers

Après les effets d’annonce qui nous ont faire croire que tout était facile, vient le temps de la concrétisation des investissements annoncés… Et ce temps est plus long qu’on ne le croyait. Les phasages actuels nous amènent à des réalités de démarrage des travaux vers la fin 2016.

La Polynésie française doit proposer à ces investisseurs une attractivité maximale, tant nous avons encore des handicaps sérieux, tel notre coût du travail excessif. J’ai fait des propositions d’allègement de ce coût, qui, bien sûr, hérissent le poil de nos syndicalistes, mais c’est une question de survie de notre économie, et surtout, de re-création d’emplois durables au bénéfice des milliers de chômeurs non qualifiés que compte la Polynésie.

Ce qui est rassurant : 3 pools d’investisseurs étrangers et locaux sont encore intéressés à investir dans notre Pays. Espérons que le pool choisi sera le bon, et, surtout,qu’il respectera ses engagements dans le déploiement de son modèle d’affaires.

  • la continuation maitrisée du traitement social du chômage par les CAE

J’ai commis pas mal de billets à ce propos. Ei dire que le Président de l’APF souhaite faire passer leur nombre de 3.000 à 6.000, soit passer de l’ordre de 3 milliards de dotation budgétaire consacrée à cet effet à 6 milliards de F CFP ! Avec quel argent, quand les besoins de financement, notamment de notre protection sociale, sont immenses ? Faut-il encore une réforme fiscale du type 2013 pour aller chercher les ressources nécessaires dans la poche des entreprises et des ménages ?

L’objectif de léger accroissement affiché est raisonnable, mais il faudra une vraie décrue de ces emplois aidés dès retour à meilleure fortune de notre économie, car ce traitement social comporte de nombreux effets pervers et n’est qu’une emplâtre sur une jambe de bois. Viendra cependant le temps (le temps d’une conjoncture beaucoup plus favorable) où il faudra bien aborder avec les partenaires sociaux la question de l’indemnisation du chômage et l’équivalent d’un RSA polynésien qui serait un droit, et non pas une aide sociale octroyée à la « tête du client »… Se posera surtout la question de quel mode de financement à mettre en face, alors que le mode de financement de notre protection sociale est déjà une épée de damoclès sur la tête du Pays et des partenaires sociaux… Les chantiers sociaux qui nous attendent sont gigantesques…

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  • Le rappel de la réforme fiscale de 2013 dont les effets peuvent être discutés

Le Vice-Président ne rappelle que le volet fiscal en faveur des entreprises, mais les prélèvements fiscaux et sociaux significatifs ont été aussi une réalité. Il eût été souhaitable qu’il procède à une analyse systémique plus globale pour nous dire si, in fine, les effets positifs de cette réforme l’ont emporté sur les effets négatifs. Mais peut être estimait-il qu’il fallait, dans ce cas là, qu’il fasse une analyse critique de son action….puisqu’il a été le principal artisan de cette réforme menée sous la commande d’un Président du gouvernement qui souhaitait mettre en oeuvre une politique sociale largement au-dessus de nos moyens budgétaires de l’époque

  • Quelques axes budgétaires pour 2016

Poursuite du redressement des finances publiques par la réduction de la masse salariale du secteur public et par la maitrise des subventions aux établissements publics et satellites du Pays;  stabilisation de l’endettement public; réorientation dominante des investissements publics vers le logement social, après la gestion catastrophique du précédent contrat de projets dans ce domaine (40 % de l’enveloppe globale perdue, du fait principalement de la déficience du seul opérateur de logement social du Pays).

Le gros morceau sera, bien sûr, la réforme de la protection sociale généralisée et la maitrise des dépenses de santé. Il est bien que le Président monte au créneau sur ce sujet, car, au regard des enjeux sociaux très importants, cette réforme, attendue depuis trop longtemps, engage l’avenir du Pays.

Sur la base des propositions mises sur la table depuis de nombreuses années, j’ai amorcé quelques pistes de solutions dans de nombreux billets récents. Vient le moment tant retardé de la vraie décision politique en matière de niveau de développement social de notre Pays. Une décision courageuse, car forcément impopulaire. Mais ce sont dans des moments comme celui-là que l’on voit la « trempe » des vrais hommes politiques…

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Responses

  1. Je n’ai pas répondu à l’avant dernier billet et j’ai bien fait car avec le dernier autant faire un tronc commun. Que des voeux pieux, de l’illusion sur les capacités de ce gouvernement ou du secteur privé à redresser la situation qui est tout simplement catastrophique si on avait connaissance des vrais chiffres économiques et comptables. Tout ce beau monde reste dans l’incantation histoire de gagner du temps jusqu’au prochaine élections. Nuihau Laurey n’est pas différent sinon il n’aurait pas mis tant d’ardeur dans sa stratégie de cumul des mandats. A présent, après Bouissou l’ex-ministre de la relance et le président Fritch, c’est au tour du président de l’APF d’aller faire ses emplettes dans l’empire du milieu une fois achevé son faapu dans les jardins de l’assemblée. Je me marre, le chômage s’est durablement installé on est en décroissance et personne n’y pourra rien, il est déjà trop tard !!!!

  2. Bonjour Teva,
    je suis intéressé par les « … vrais chiffres économiques et comptables. »
    Tu sais où me joindre…

  3. Bonjour, je crois difficile parler d’un problème de coût du travail de manière générale. Ce coût est à observer individuellement ou par catégorie non sociale, mais par corporation. Du haut en bas de l’échelle, la quasi totalité de la fonction publique est hors de prix. Certaines professions réglementées sont chères, d’autres non. Le lien entre capacité productive et salaire est souvent étrange dans le privé( cooptation, népotisme, copinage…)
    Souvent on relève le coût du travail non qualifié. Habituellement cela se règle par un système de redistribution fiscale (impôt sur le revenu progressif ou non) ou social par exonération de charge sur les bas salaires. Le premier point ne peut exister par absence de fiscalité sur les revenus. Le deuxième par l’absence de cotisation sociale sur les plus gros revenus catégoriels du territoire, les fonctionnaires d’Etat. Nous touchons là un vrai tabou et le simple fait de l’évoquer rend humides les dessous de tout politique.
    Le salaire moyen en Polynésie est de 280 000 en gros selon l’ISPF. Une simple recherche Google donnera à chacun le salaire moyen de la fonction publique en France, à majorer de 84% sans compter les petites primes diverses. On se retrouve au double du salaire moyen. Bref, si ce monde était simplement soumis au droit commun, enfin théoriquement commun, de tout résident avec obligation de cotiser à la CPS, il serait possible d’opérer une politique de redistribution sociale pour gérer le coût du travail peu qualifié, à défaut de pouvoir monter tout le monde en qualification.
    Est-ce un homme qui s’est battu pour profiter des avantages du palais du Luxembourg qui va agir en ce sens?


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