Publié par : hirofarepote | juin 22, 2015

Politique économique et sociale : maintenir le cap

 Les rapports, notes et études publiés ces dernières semaines confirment le diagnostic : la Polynésie est enfermée dans une stagnation économique persistante, une sorte de mélasse dont elle a du mal à se dépêtrer, tant les initiatives nécessaires à une sortie de crise manquent à l’appel. Comme dit l’autre, on n’est pas sorti de l’auberge!

Dans un contexte de stagnation de la demande locale, les entreprises locales sont exsangues après au moins 10 années de crise. Crise de rentabilité et perspectives bouchées font que l’investissement privé manque à l’appel, et ce, malgré toutes les incitations publiques mises en place : défiscalisation nationale et locale, baisse du taux de l’IS, exonérations douanières, taux de réescompte des investissements productifs extrêmement intéressants, produits de la SOFIDEP en accompagnement des entreprises…. Donner de l’eau à quelqu’un qui ne veut pas ou ne peut plus boire, car en coma dépassé ou en lente rémission, ne produit pas le résultat escompté !

Dans le commerce, la crise fait le ménage : les entreprises qui ne se sont pas adaptées à la nouvelle donne (gammes large de produits et marges unitaires « raisonnables ») et aux nouvelles formes de consommation via internet disparaissent. De plus, dans un secteur traditionnellement morcelé comme l’est le commerce ( de gros et de détail) polynésien, le processus de concentration se poursuit en s’accélérant. Ce n’est effectivement pas dans ce secteur que les emplois se créeront, car la rationalisation du système commercial est toujours en cours.

En matière d’investissement productif, rien ou presque ne se passe : le montant des investissements productifs défiscalisés n’a jamais été aussi bas ces dernières années, y compris l’année dernière. Quelques rénovations d’hôtels, un nouveau paquebot sur la desserte des marquises… La base productive de notre économie ne se renforce pas, alors que ce processus est nécessaire pour sortir du « modèle » d’une économie basée de manière dominante sur les dépenses publiques.

L’économie hôtelière est toujours en convalescence avec une rentabilité globale d’exploitation encore trop faible, à l’exception notable de Bora Bora qui remonte bien la pente grâce à son image de « spot touristique » international.

Malgré ce tableau peu engageant, j’entend ici et là des revendications qui donnent l’impression (fausse) que la sortie de crise est bien enclenchée : grèves dans quelques entreprises-phares pour toucher des dividendes qui n’existent pas, puisque la croissance n’est toujours pas là, demande de hausse du point d’indice dans la fonction publique alors que les budgets publics sont toujours très contraints pour cause de ressources encore en baisse.

La réforme fiscale de l’année dernière nous donne une image biaisée de notre réalité économique. Les ressources publiques du Pays sont en augmentation du fait essentiellement de la hausse de la TVA sur les services (de 10 à 13%) et de la hausse de la CST essentiellement supportée par les salaires moyens et élevés. A périmètre fiscal constant, ces ressources seraient en nette diminution. Il ne faut pas s’étonner que la demande des ménages soit atone et que l’investissement privé des entreprises soit en chute libre, car l’asphyxie est réelle.

Ce n’est pas parce que la crise est longue que nous sommes sortis de la crise ! Il ne faut pas se tromper de diagnostic

Seule lumière à ce tableau gris : notre économie touristique remonte (trop) progressivement la pente avec plus de 180.000 touristes en 2014 et un objectif « atteignable » de 200.000 touristes cette année. Nos autres exportations de biens ( perles, thon, monoï, vanille, noni…) sont en légère progression, mais leur faible poids dans l’économie n’engendre pas suffisamment d’effets d’entrainement dans l’économie locale.

 Les axes du redressement doivent être maintenus :

  • restauration des comptes publics : réduction des dépenses de fonctionnement, réduction de la masse salariale par une réduction des effectifs, stabilisation de l’endettement public, réorientation des ressources vers l’investissement public, réduction du périmètre du secteur public, meilleure gestion des établissement publics et satellites du Pays, réduction des subventions aux tiers que n’améliorent pas leur gestion par un meilleur autofinancement de leur activité…
  • non revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, car, encore une fois, ce n’est pas parce que la sortie de crise est longue qu’on en est sorti…et qu’il faut repartir dans un accroissement de la masse salariale du secteur public. Dans le secteur privé, les destructions d’emploi sont encore là et le chômage atteint son plus haut niveau. Car n’oublions pas que les salariés du secteur privé…et les chômeurs paient un lourd tribut à la crise… Oui, la sécurité de l’emploi public est une chance relative en ces temps difficiles;
  • amélioration du taux de consommation des crédits de paiement du budget d’investissement. Le seul problème : cette meilleure efficacité de la dépense publique d’investissement est un fusil à un coup… L’année prochaine et les prochaines années, si les grands projets privés ne se réalisent pas comme prévu, il faudra à nouveau accroître l’endettement public par de nouveaux emprunts pour soutenir l’activité. Rappelons que le premier collectif budgétaire du Pays a été partiellement assis sur la mobilisation d’un milliard de F CFP  d’emprunt supplémentaire… Ce n’est rien à côté de ce que les pouvoirs publics devront faire pour éviter l’effondrement économique si rien ne se passe en 2016;
  • stabilisation de la pression fiscale (et sociale : CST, côtisations sociales…) et politique de stabilisation des dépenses sociales, car le Pays n’a plus les moyens de faire face à l’explosion des dépenses par une augmentation ou une réorientation des ressources vers ces dépenses sociales ( RST, minima sociaux….);
  • baisse de la pression fiscale sur les entreprises au fur et à mesure d’un retour à meilleure fortune de notre économie;
  • réforme structurelle de la protection sociale et du système de santé à concrétiser très rapidement maintenant.

Comme on le voit, les efforts sont encore devant nous et considérer les grands projets privés structurants comme la solution-miracle qui nous exonèreraient des nécessaires réformes à mettre en oeuvre serait une lourde erreur. Tout le monde s’y accroche comme à une bouée de sauvetage, mais gare aux désillusionsEn attendant, croisons les doigts !

Le Président FRITCH l’a bien compris. Son déplacement en Chine visait à dire aux investisseurs chinois de concrétiser ce qui était et reste encore des lettres d’intention ou des effets d’annonce.

Heureusement, les choses se précisent :  concrétisation du projet aquacole de Hao, début de venue de touristes chinois par des charters de Hainan Airlines dans l’attente de dessertes régulières et d’investissements hôteliers de ce même groupe, candidatures sérieuses de trois consortia pour le projet de Tahiti Mahana Beach… L’année 2016 sera décisive de ce point de vue.

L’heure n’est donc pas encore venue d’une distribution de fruits de la croissance… car cette croissance n’est pas encore là et il faudra encore quelques années pour voir le bout du tunnel.

Si l’impatience est grande, notre réalité économique est ce qu’elle est. Ne faisons pas dans le déni de cette réalité. Il faut donc maintenir le cap et le résultat sera au bout des efforts consentis.

Travail, courage et détermination : telles sont les qualités qui doivent animer l’équipe gouvernementale qui a la charge de piloter notre redressement collectif.

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Responses

  1. @hirofarepote, une analyse qui tient bien la route et me conduit à valider mon sentiment que 2016 sera au mieux pareil à 2015. Les investissements chinois ne semble pas vouloir se concrétiser, trop de facteurs pénalisants en Polynésie française d’autant que les chinois sont très difficiles en affaire malgré une attitude toujours courtoise et respectueuse. En outre la démission le 17 juin dernier de Hiria Ottino, à qui l’on doit l’intérêt de la Chine pour la Polynésie depuis ces 10 dernières années ne me paraît pas aller dans le bon sens. Franchement je ne vois rien qui a l’air de se concrétiser, même sur Hao où poser la première pierre d’un projet qui n’a obtenu de la part de l’administration aucune des autorisations nécessaires à démarrer son activité (et elles sont nombreuses), relève carrément de l’enfumage.
    Cette propension à toujours tout attendre de l’extérieure et à se lancer dans des projets trop ambitieux eu égard aux potentialité de notre collectivité doit cesser. Il faut déjà corriger tous les points qui posent problème et que tu signales fort justement. On attend toujours le contenu du plan stratégique initié en janvier dernier et le nouveau ministre de la relance économique reste bien muet depuis sa nomination.
    En voulant rester optimiste tu termines en indiquant « Il faut donc maintenir le cap et le résultat sera au bout des efforts consentis », le problème c’est que pour l’instant le cap dont tu parles c’est celui que tu proposes et pas celui qui est suivi, à supposer que ce gouvernement en ai un. En ce moment j’ai plutôt l’impression que l’on navigue à vue et pas aux instruments. L’espoir fait vivre !!!

  2. Salut Hiro, les actualités gouvernementales depuis ton article ne vont pas dans le bon sens, hélas ! On est toujours dans la grande illusion. Dommage que ton article ne soit pas examiné en conseil des ministres. Je pense que c’est le dernier de leurs soucis. Près de 40 % d’agents fonctionnaires ou para-publics par rapport aux personnes en activité si l’on retire les entrepreneurs, comme en Grèce. Du coup cela suffit à maintenir un minimum d’équilibre pour les autres ils se rabattent sur le pain-pâté Armour. Le dernier interview du nouveau ministre de la relance n’apporte rien de nouveau sauf un slogan « Il faut libérer les énergies » mais il dit pas lesquelles.


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