Publié par : hirofarepote | juin 5, 2015

Corporatisme syndical : l’un des maux de la société polynésienne

Dans cette période où quelques conflits sociaux éclatent ici et là, provoquant réactions politiques faussement indignées d’une certaine partie de la classe politique locale, discours de ras le bol des organisations patronales et exaspération de la population face à ces prises en otage périodiques, j’ai estimé utile de me replonger dans les nombreux articles que Tahiti Punu News a consacré à cette question. Je rediffuse ainsi un article en date du 6 juin 2013 qui me semble être toujours d’actualité :

« Même pendant la crise, nous constatons que des grèves particulèrement atypiques et récurrentes font la une de l’actualité locale. On pourrait penser que ces grèves concernent les salariés les moins bien lotis de notre société qui auraient du mal à joindre les deux bouts ou qui seraient particulièrement exploités par des patrons sans coeur et avides de profits exorbitants. Eh bien non : on se trompe sur toute la ligne…

En effet, où ces grèves et ces conflits éclatent ?

  • dans les communes : je n’ai pas connaissance que ces communes soient en sous-effectifs chroniques et que leurs grilles salariales et avantages divers soient particulièrement désavantageux. Bien au contraire !
  • dans des établissements publics du Pays : les grilles salariales et avantages divers sont plutôt supérieurs à ceux de l’Administration particulièrement bien lôtie dans ce domaine. De plus, dans les quelques établissements dont l’existence est remise en cause par application très prudente du rapport BOLLIET, les agents concernés on reçu l’assurance d’intégrer l’administration ou de bénéficier de primes de départ volontaires particulièrement généreuses ;
  • dans des sociétés telles que l’Huilerie de Tahiti dont on a pu constater, à travers quelques informations qui ont « fuité » dans la presse, que les avantages obtenus par les salariés sont très enviables;
  • dans des monopoles privés tels que Tikiphone ou la SOMSTAT qui ne sont vraiment pas à plaindre;
  • dans des sociétés ou établissements parapublics « stratégiques » dans la concurrence syndicale que se livrent les centrales locales : Port Autonome, Setil Aéroport, dépôts d’hydrocarbures ou de gaz, oligopole pétrolier, transport aérien interinsulaire….

Depuis des décennies, au bon vieux temps du CEP, le corporatisme syndical a sévi et a « surfé » sur la croissance pour pousser ses avantages catégoriels au sommet de la hiérarchie salariale. Toujours plus par rapport « aux autres » : telle est la devise.

L’exemple le plus caricatural fut celui de la corporation des dockers qui est allée jusqu’à provoquer des émeutes et l’incendie de la ville de Papeete pour maintenir des avantages qui occasionnaient des surcoûts de manutention très importants et faisaient du port de Papeete l’un des ports les plus chers du globe. Cette stratégie jusqu’au boutiste a causé leur perte, puisqu’une réforme drastique a eu lieu suite à la reprise en main de la situation par les forces de l’ordre. Reprise en main au plus grand plaisir de l’oligopole des sociétés d’acconage qui, depuis, fait des profits plantureux en toute discrétion, sans omettre d’en faire partager quelques miettes à leur salariés à l’occasion de conflits sociaux là aussi récurrents…

Il serait trop long de dresser, ici, une liste exhaustive de ces organisations. Mais on peut citer l’OPT, l’oligopole bancaire, la Caisse de Prévoyance Sociale, l’Aviation Civile, le Port Autonome, Electricité de Tahiti, la Brasserie de Tahiti, Gaz de Tahiti, la Setil Aéroport, la SOMSTAT, les compagnies pétrolières, les sociétés d’acconage, Tikiphone, TNS, l’EAC, la flottille administrative, Air Tahiti Nui, Air Tahiti, Carrefour, Newrest, les concessionnaires automobiles…

Il est d’ailleurs frappant de constater que les conflits sociaux qui éclatent dans ces organisations sont particulièrement ésotériques pour le commun des mortels : absence de transparence sur les motifs des conflits et communication minimale des parties en conflit sur les concessions obtenues sont, en général, la règle.

Comme si, par un jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », employeurs et syndicats, avaient conscience de ne pas trop « ébruiter » auprès des citoyens le fait qu’ils sont sur une autre planète par rapport au « salarié moyen ».

Une complicité objective qui s’explique par le fait qu’à trop examiner le fonctionnement de ces organisations, on y découvrirait des choses surprenantes : profits plantureux, avantages exorbitants des directions, subventions du Pays, bénéfices de protections économiques importants ( TDL…), exonérations fiscales du Pays ( sur le carburant en particulier), tarifs administrés en hausse régulière, « assurances politiques » de maintien du monopole ou d’oligopole sans intrusion d’une autorité de régulation de la concurrence indépendante, clientélisme, népotisme, interventionnisme du ministère de « tutelle »…. Bref : pour toutes ces raisons, on préfère laver le linge sale en famille !

Cerise sur le gateau : la concurrence intersyndicale, à l’occasion, notamment, du renouvellement des délégués du personnel, « booste » les conflits, puisqu’il faut démontrer que la centrale syndicale qui « tient » ces bastions stratégiques est « efficace ». C’est ainsi que la CSIP, micro centrale qui a à sa tête l’inamovible Cyril LEGAYIC, est la spécialiste des conflits et des grèves « opportunes » dans le petit périmètre des entreprises qu’elle « maitrise ». Montrer ses muscles est le prix à payer pour que les « grosses centrales », CSTP-FO et Atia I Mua en tête, ne lui « piquent » les petits bataillons de syndiqués qui lui restent.

Quelles sont les conséquences de ce corporatisme syndical ?

Il est l’un des facteurs importants des surcoûts que subissent nombre de nos activités économiques :

  • le Port de Papeete reste cher comparé aux ports du Pacifique : mais il est vrai que les patrons de nos sociétés d’acconage investissent leurs surprofits dans l’hotellerie ou la grande distribution polynésienne. C’est mieux que de placer quelques milliards dans des oeuvres de peintres célèbres pour son propre plaisir personnel…;
  • la plate-forme aéroportuaire de Faaa est connue comme l’une des plus chères du monde, au gros détriment de notre compagnie nationale, Air Tahiti Nui;
  • notre électricité a la réputation d’être la plus chère du monde;
  • le coût de nos communications téléphoniques et de nos tarifs postaux nous place dans le hit parade des tarifs les plus élevés au monde;
  • le prix « unique » du carburant ( à l’exception de la station qui occasionne des embouteillages sur l’avenue Prince Hinoi) est une anomalie qu’aucune autorité de la concurrence dénonce;
  • Air Tahiti Nui a du mal à se réformer pour offrir des tarifs comparables à ceux que proposent habituellement les compagnies « longue distance » au plan international;
  • Air Tahiti vit de ses prestations au sol alors que ses activités aériennes ne lui permettent plus de baisser ses tarifs depuis pas mal d’années (malgré des avions plus performants et les gains de rationalisation permis par le monopole);
  • le Port Autonome et les monopoles de la desserte maritime interinsulaire font payer aux usagers (particuliers et entreprises) des surprofits et un train de vie « administratif  » insolent. Récemment, on a même vu que le Port Autonome et la société Aremiti, malgré leurs petites disputes publiques, ont réussi à faire payer la totalité de la redevance de la nouvelle gare maritime aux usagers-captifs du monopole…;
  • les Carrefour-Champion de la Polynésie ont les plus importants « cash flow » des Carrefour de la planète…. au détriment des consommateurs polynésiens;
  • la Caisse de Prévoyance Sociale demande aux autres ( médecins, salariés, CHPF….) des efforts et des économies qu’elle est incapable de faire chez elle : les frais de gestion de la CPS représentent encore une part des prestations trop élevée, alors même que le volume des cotisations baisse du fait de l’importante destruction d’emplois que le pays connait dans la crise;
  • de nombreuses communes sont clouées au pilori par la Chambre territoriale des Comptes ( dont, récemment, Papara, commune de notre ex-député maire), notamment pour leurs effectifs pléthoriques, leurs primes indécentes, leur productivité médiocre, leur népotisme et leur clientélisme ( du fait de l’absence de concours)…
  • etc,etc…

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire : à vivre dans leur bulle privilégiée, les parties concernées ne se rendent même pas compte qu’on ne peut pas faire monter les arbres jusqu’au ciel. Dans leur égoïsme catégoriel, ces corporations contribuent à creuser les inégalités entre salariés et entre salariés et chômeurs et dégradent de manière très importante le pouvoir d’achat des consommateurs. Sans compter que les subventions ou autres incitations fiscales sont payées, in fine, par les citoyens-contribuables polynésiens.

Dans la crise actuelle, il va sans dire que ce sont là des comportements indécents face à ceux qui sont dans la détresse sociale la plus crue…

Que peut faire le gouvernement ?

Il peut déjà instaurer une grille salariale plafond qui influencera directement et indirectement les grilles salariales des organisations qui vivent de subventions, d’incitations, de protection, de tarifs administrés fixés par les pouvoirs publics. A défaut, les pouvoirs publics pourraient remettre en cause toutes les contre-parties octroyées par la collectivité – c’est à dire nous – à ces organisations. A ce titre, la grille de la fonction publique du Pays est déjà une « grille-plafond » fort honorable.

Il peut supprimer tous les « avantages pas si annexes que celà » qui ont fleuri à l’abri du contrôle des pouvoirs publics que sont l’assemblée de la polynésie française et le gouvernement.

De même, le gouvernement et les responsables de ces monopoles-oligopoles devraient avoir un devoir de transparence vis à vis des citoyens lorsqu’un conflit éclate dans ces organisations.

D’autre part, l’Assemblée de Polynésie française devrait reviser sa copie en matière de droit de la concurrence en créant une autorité de la concurrence véritablement indépendante.La DGAE, par définition, ne peut pas l’être.

La Direction Générale des Affaires Economiques devrait aussi faire preuve d’une grande vigilance en matière de tarifs administrés (tarifs des réparations automobiles, prix du coprah et subventions à la caisse de soutien aux prix du coprah, prix de l’électricité, prix de prestations de services majeures….), à l’exemple de ce qu’elle pratique pour le prix du pain. Ne se gargarise-t-on pas en haut lieu que nous avons le prix du pain le moins élevé du Pacifique, voire de l’ensemble français (attention, cependant au rapport prix-qualité …) ?

En tout état de cause, il est clair que les centrales syndicales ne devraient plus cautionner un corporatisme syndical éhonté qui ne peut que nuire à leur combat pour la défense des salariés qui ont véritablement besoin d’être défendus.

Pourquoi ne pas instaurer une seule centrale syndicale (non subventionnée) au plan territorial, comme celà existe dans les pays scandinaves ? On éviterait ainsi des surenchères préjudiciables à la collectivité. On y gagnerait, par contre, un dialogue social beaucoup plus responsable et harmonisé entre tous les secteurs d’activité économique.

S’il y avait donc un monopole à instaurer, ce serait le monopole syndical ! » (fin de l’article)

Je poursuivrai dans les prochains jours mon voyage en syndicratie, un syndicalisme dévoyé et manipulé qui est devenu depuis longtemps l’un des maux de la société polynésienne.

Publicités

Responses

  1. « fire them all !!! »


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :