Publié par : hirofarepote | juillet 13, 2015

Une reprise très ténue qui peut défaillir

Grâce à la sortie des comptes économiques rapides, initiative heureuse de l’ISPF, de l’IEOM et de l’AFD, nous avons enfin une lisibilité de la dynamique économique globale de la Polynésie française de ces dernières années, et plus particulièrement de l’année 2014.

Evènement important : il se confirme que l’année 2014 est l’année-charnière où la croissance économique est de retour. Certes, elle est très ténue, puisque déflatée de la hausse des prix, elle est très légèrement positive d’un petit pour cent. Une croissance pas encore créatrice d’emplois, d’où notre impression d’une sorte de « faux plat » ou « d’entre deux » à la lecture de divers indicateurs conjoncturels quelque peu mitigés de ces derniers mois.

Le graphique ci-dessus confirme aussi la lente descente aux enfers qu’a connu l’économie polynésienne de 2008 à 2012 : une chute du PIB de près de 55 milliards de F CFP, soit pas loin de 10% de ce même PIB, ce qui est signe d’une profonde dépression économique.

Chute du tourisme et des exportations de biens, crise des finances publiques, déficit croissant des comptes sociaux, chute de la consommation, réduction d’activité des entreprises, destruction d’emplois, chute du pouvoir d’achat des ménages, carnets de commandes des entreprises en berne… Le cercle vicieux s’est mis en place et la Polynésie a du mal à s’en extirper.

Le retournement vers une situation plus favorable a été très progressif et continue à l’être. Il s’est bâti sur une remontée très graduelle du tourisme, la consolidation de certaines exportations de biens, un investissement public un peu plus soutenu, parallèlement à un redressement des comptes publics caractérisé par une réduction significative des budgets de fonctionnement publics (réduction des effectifs, gel du point d’indice pour une stabilisation de la masse salariale, diminution des dépenses d’intervention et des subventions aux tiers, baisse des dépenses de fonctionnement et des achats publics, incitation à une meilleure gestion des satellites du pays…)

La réorientation des dépenses publiques par un arbitrage, sur la durée, en faveur de l’investissement public au détriment de la consommation publique produit des effets positifs. J’ai préconisé de longue date cette orientation. Ce sera encore le cas en 2015 avec l’optimisation de la consommation des crédits de paiement destinés à l’investissement dans le budget du Pays et une plus grande place aux investissements publics dans le bâtiment, plus intensifs en emplois que les travaux publics (plus de béton et moins de routes…).

La question du maintien du niveau d’investissement public en 2016 se posera néanmoins, toutes choses égales par ailleurs, une fois épuisées les reliquats de crédits de paiement disponibles. Faudra-t-il recourir de nouveau à l’endettement, alors que le Pays s’est engagé résolument vers le désendettement ? Tout dépendra du relais de l’investissement privé et du lancement des grands projets….

Nous avons aussi confirmation de la panne relative de l’investissement privé. Il est clair que la  baisse de la consommation publique et la stagnation de la consommation des ménages n’améliore pas les comptes d’exploitation des entreprises tournées vers le marché local et ne leur permet pas de dégager de l’autofinancement pour leurs investissements futurs. Surtout qu’il faut en plus que ces entreprises aient confiance dans la croissance future du marché local, ce qui n’est pas évident…

Reste donc la reprise des investissements dans les secteurs orientés vers l’exportation, notamment le tourisme qui devrait encore contribuer positivement à la croissance en 2015… si l’on se dirige vers l’objectif de 200.000 touristes à la fin de l’année.

Remarquons le ratio 3/4 d’investissement privé et1/4 d’investissement public qui confirme que l’investissement public seul ne peut pas porter l’accélération de l’activité économique. Le secteur privé doit donc apporter sa part à la dynamique de l’investissement productif.

En 2014, l’investissement global aura représenté près de 20% du PIB, ce qui, je l’ai déjà dit, reste insuffisant pour un pays en voie de développement comme la Polynésie française. On devrait plutôt se situer dans la fourchette de 25 à 30 % du PIB. Il faut notamment privilégier les investissements productifs qui visent à élargir notre base productive, encore trop faible. J’y reviendrai.

Au total, depuis 2012, année ou notre PIB a atteint son plus bas niveau, nous n’avons rattrapé que le tiers du chemin perdu depuis 2008. L’année 2015 devrait être encore une année de consolidation caractérisée par une faible croissance. La route est encore longue…

Tout se jouera en 2016 et je ne suis pas loin de penser que l’Etat doit aider la Polynésie à passer franchement ce cap, par exemple,en transformant son avance en subvention, et en lançant avec le Pays un véritable « plan marshall » en faveur du logement social. Ce serait déjà un pas vers l’égalité réelle avec la Métropole. A ce titre, j’attends avec impatience le rapport que rendra Monsieur Victorin LUREL sur ce sujet. Espérons que la Polynésie….française ne soit pas encore oubliée au bénéfice des régions et départements d’outre mer des Antilles ou de la Réunion !

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Responses

  1. Bonjour. Article intéressant sur l’évolution du PIB. Il reste que le calcul du PIB est une manière de tromper le monde et c’est particulièrement visible dans le tableau des différents agrégats. Le PIB est en tête avec d’autres agrégats dessous mais qui ne correspondent pas à son calcul, leur addition est très différente du pib. En réalité ces agrégats mélangent les différentes manières de calculer le pib et occultent la part fiscale dans le PIB. Bref, la furie fiscale mise en place en 2013 et appliquée en 2014 n’est pas identifiable. Il serait amusant d’observer le revenu disponible par habitant une fois déduis les impôts et charges directs. On peut aussi rappeler que la hausse du pib présentée est inférieure à l’augmentation naturelle de la population hors flux d’émigration qui nous sont inconnus.
    Cependant nous sommes très probablement arrivés à un plateau que pour ma part je sens naturel dans un pays où 50% du pib est un simple transfert étatique. Les 10% de baisse de années précédentes sont en réalité 20% de baisse pour la véritable production interne hors ces transferts. Les investissements sont stables malgré une hausse de tva sur les services et de certaine taxes d’importation. Pour finir, comme je l’ai lu plus haut, il faut raisonner en toutes choses égales par ailleurs, or c’est à fiscalité différente et la santé du Territoire m’indiffère, ce qui me préoccupe c’est le revenu disponible par habitant.

  2. Sans parler de l’intégration forcée peu à peu de l’économie libre dans l’économie officielle. Un nouveau coup de boost arrivera avec le plafond des paiements espèces à 120 000f, hausse de pib à venir malgré une baisse du pouvoir d’achat des individus. C’est beau comme un camion la comptabilité etatique.

  3. -La hausse de l’emploi sera le signe d’une véritable reprise économique : y a t il plus de gens au travail aujourd’hui qu’il y a 3 ans?

    -La construction de logements sociaux devraient être confiée au privé; il est surprenant que 20 ans, au moins, d’échecs successifs, dans ce domaine, se suffisent pas à envisager d’autres solutions!!

    -D’après la courbe des investissements, on remarque que, depuis au moins 10 ans, les investissements privés suivent fidèlement les mêmes tendances que l’investissement public; on voit mal comment l’investissement privé pourrait dans ce contexte devenir un moteur économique.

  4. Salut Hiro, les actualités gouvernementales depuis ton article ne vont pas dans le bon sens, hélas ! En tout cas bravo pour ton travail d’analyses et de propositions. Malheureusement dans la réalité des pratiques politiciennes on est toujours dans la grande illusion. Dommage que ton article ne soit pas examiné en conseil des ministres. Je pense que c’est le dernier de leurs soucis. Près de 40 % d’agents fonctionnaires ou para-publics par rapport aux personnes en activité si l’on retire les entrepreneurs, comme en Grèce. Du coup cela suffit à maintenir un minimum d’équilibre pour les autres ils se rabattent sur le pain-pâté Armour. Le dernier interview du nouveau ministre de la relance n’apporte rien de nouveau sauf un slogan « Il faut libérer les énergies » mais il dit pas lesquelles. @ Cricri a raison le véritable thermomètre de la reprise c’est l’emploi, le reste c’est du pipeau. @ Wakrap pour les 120 000 cfp max en cash je suis certain que les contournements existent quant au PIB je pense comme toi, ce ne sont que des chiffres que l’on peut triturer dans le sens souhaité mais il est nécessaire pour engager les préteurs. De toute manière nous sommes une collectivité de la république qui vit sous perfusion donc ce PIB n’a qu’un caractère indicatif de la santé globale mais certainement pas de l’état réel du revenu par habitant et partant du pouvoir d’achat de la population, à l’exclusion des 40 % de fonctionnaires et para-publics qui eux n’ont aucun souci.


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