Publié par : hirofarepote | septembre 5, 2015

Microentrepreneuriat polynésien : émergence ?

Pendant que l’Adie déploie son accompagnement aux microentrepreneurs sur l’ensemble de la Polynésie française et multiplie les initiatives de rencontres avec des porteurs de projets potentiels, pendant que vont se dérouler les matinées de l’e-business, l’Assemblée de la Polynésie française organise ses traditionnelles journées pour la création d’entreprises, journées lancées et structurées par la représentante Armelle MERCERON.

Cette dernière, très sensible de par son métier initial, à la gestion d’entreprise, fait preuve de constance et de détermination dans l’encouragement aux créateurs d’entreprise potentiels pour passer à l’acte. Elle a conscience que notre Pays ne sortira de la crise que par l’esprit d’initiative des entrepreneurs, petits ou grands. Il faut souligner cette prise de conscience remarquable, encore trop peu partagée par notre classe politique locale.

Se pose alors la question du financement des entreprises. Le dispositif actuel est-il suffisamment accessible et diversifié pour répondre aux besoins de financement de ces entrepreneurs ?

Système bancaire, Sofidep, Adie, épargne personnelle : ces financements classiques sont bien sûr présents. Mais est-ce suffisant pour répondre aux multiples problématiques de financement qui se posent aux entrepreneurs ? 

A mon sens, il manque encore certains dispositifs d’incitation et d’accompagnement financiers ou matériels : mobilisation de l’épargne de proximité par le crowdfunding (financement participatif), business angels polynésiens qui financeraient des start up polynésiennes, notamment dans l’économie numérique (création de plate-formes internet pour la satisfaction d’une multitude de services, comme cela se passe partout dans le monde) à la condition que l’on puisse faire se rencontrer l’offre et la demande de financement, pépinière d’entreprises et incubateurs, zones d’activités viabilisées et aménagées (sur les terrains rétrocédés par l’armée, notamment)….

Je sens comme un bruissement dans la volonté de nombreux polynésiens de passer à l’acte. Les 1500 porteurs de projets accompagnés par l’Adie depuis son implantation récente en sont l’illustration concrète. L’émergence des premières plate-formes de services digitales et des premiers projets d’économie collaborative ( amap, la ruche qui dit oui…) en est une autre. Ce mouvement peut et doit être amplifié par un accompagnement volontariste du ministre en charge de l’économie. C’est là un enjeu essentiel.

En effet, un nombre croissant de polynésiens opteront pour le micro-entrepreneuriat pour en retirer des revenus significatifs, complémentaires ou non. Cette tendance est observée dans la majorité des pays développés dans lesquels, en raison du contexte économique dégradé, il peut paraître plus aisé de créer soi-même son emploi que de le trouver.

En France, par exemple, tirant parti de la flexibilité introduite par la création du statut juridique d’auto-entrepreneur et s’appuyant sur des places de marché digitales en plein essor (accessibles par des apps sur mobiles phones), plus de 200.000 personnes proposent leurs services pour des missions ponctuelles (bricolage, transport de personnes, déménagement, location de vélos, de matériels, etc.). La demande existe : l’achat sur internet est appelé à croître rapidement, pour peu que ces services de proximité soient proposés aux ménages polynésiens et que l’offre et la demande se rencontrent facilement, en tout temps et en tout lieu.

En ce qui concerne les plate-formes digitales, il existe deux sortes de plateformes dont les logiques et les modèles économiques s’opposent : les opérateurs, d’une part, et les plateformes d’intermédiation, d’autre part. Les premiers visent une qualité de service homogène et, à cet effet, sélectionnent leurs prestataires, exigent d’eux qu’ils aient un statut juridique, tentent de les fidéliser via des systèmes de primes, des formations ou des services d’accompagnement, encadrent les prix et gèrent entièrement la relation avec le client. A l’inverse, les plateformes digitales limitent leur intervention à de l’intermédiation et favorisent un large accès au marché, avec les risques que cela peu présenter.

Prémices d’une révolution du travail, celle du « travail à la demande », ou manifestation de la précarisation croissante de nos sociétés : parce qu’elle touche, au-delà de nos modes de consommation, notre relation au travail, l’économie collaborative et le « jobbing » basé sur l’existence d’un capital personnel initial ( logement, véhicule, biens d’équipement, savoir faire et compétences transformées en services aux particuliers…) fait l’objet de débat. On y viendra aussi ici, quand ce foisonnement d’activités existera. Il faudra, bien sûr, adapter davantage le statut de l’auto-entrepreneur et le rendre plus incitatif (fiscalement) et plus flexible pour que celui-ci puisse être adopté par tous ces nouveaux micro-entrepreneurs.

Une fois cette nouvelle économie bien déployée, il sera toujours temps pour le ministère de l’économie de la réguler et de l’encadrer pour éviter dérives et dérapages vers un statut de « précariat » inacceptable socialement.

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Responses

  1. Bonjour Hiro,
    « Microentrepreneuriat « , c’est très bien. Mais se pose toujours la même question : Y a-t-il la clientèle avec un pouvoir d’achat suffisant pour alimenter ces nouvelles micro- entreprises ? Je regrette que cette question reste toujours sans réponse, ainsi que le peu de participation à ce site très intéressant.
    Enfin, si notre ministre des finances maintient son vieux projet de changer l’impôt sur les transactions en impôt sur les bénéfices, je vais maintenir ma patente de comptable car il y aura du boulot pour nous. L’ennui, c’est que ces nouvelles charges pour les TPE, entre autres, viendront s’ajouter aux coûts des produits et services, ce qui diminuera le pouvoir d’achat des éventuels clients ((et maintiendra le mien, ce qui m’arrange car la retraite CPS, déjà 10.000/mois de moins ces dernières années……).

  2. Les entreprises créent la richesse et donc du pouvoir d’achat. Cette création se fait sous forme déflationniste dans le système capitaliste par amélioration de la productivité. La micro entreprise est un système naturel de redistribution social de cette richesse à chacun sans prélèvement fiscal.
    J’ai un regret important, c’est justement que l’Adie ne permette pas le financement des particuliers. L’Adie se pose en monopole et bride le crowdfunding naturel. Son action est utile mais on ne peut juger de cette efficacité car ils brident le développement entre particuliers et les lois bancaires aboutissent à une quasi interdiction du prêt entre particuliers.
    Je crois aussi nécessaire d’évoquer la conclusion de l’article : le CESC s’est auto saisi de la réforme des patentés et les voix sont bien nombreuses vers un noyautage de ces professions pour briser la concurrence ‘déloyale » non réglementée de la micro entreprise. Le monde d’avant contre l’avenir, avec toujours les mêmes arguments éculés et ridicules sur la sécurité, les consommateurs trop cons pour faire un choix, la nécessité de diplômes, d’assurance, de numerus et autres fadaises. Nombreux sont ceux qui préfèrent des pauvres ayant la sécurité de ne pas pouvoir se payer un professionnels réglementé à un pauvre qui peut se payer un professionnel non réglementé.
    Et oui, Pierre, la compta a un bel avenir, mais ne produit rien comme service utile dans bien des cas. Le mec qui va faire quelques jardins pour améliorer son niveau de vie va perdre une partie du produit de sa sueur pour obéïr à des contraintes réglementaires comptables et fiscales. On peut aussi penser à celui qui va faire quelques ménages qui subira le même sort pour ne pas concurrencer déloyalement de sociétés types de celle de celui qui a auto saisi le CESC. Fin du commentaire, la suite serait incorrecte.

  3. Salut Wakrap,
    reçu 5/5. Entièrement d’accord avec ton dernier paragraphe…

  4. Une classe politique complètement dépassée qui ne veut rien changer par peur de perdre ses privilèges, une économie assistée, une paupérisation qui augmente et une classe moyenne qui s’appauvrit, nos jeunes formés à l’étranger qui reviennent pour ensuite repartir en courant. Je sais cela fait défaitiste mais doit-on se cacher la réalité. Le peu de réactions sur tes articles plus que pertinents démontre l’apathie générale autant que la résignation d’une population soit désabusée, soit indifférente soit ignorante malgré son addiction aux téléphones intelligents et autres tablettes. Mettre une selle sur un bourricot n’en fait pas pour autant un cheval de course.

  5. entièrement d’accord…mai c’est ne pas seulement la classe politique qui est dépassé….


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