Publié par : hirofarepote | août 7, 2015

Ne pas tout attendre du Politique ou du Pays-Providence


En économie et surtout en matière de création d’entreprises, les anglo-saxons ont coutume de dire que la principale fonction du gouvernement est de créer l’environnement le plus favorable possible, mais de laisser la société civile à sa libre initiative. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, les entrepreneurs ne demandent rien à l’Etat lorsqu’il s’agit de créer et de développer leur entreprise. Le marché est là, l’offre et la demande se rencontrent, la concurrence s’exprime librement, les investissements permettent de grandir et que le meilleur gagne au plus grand bénéfice des consommateurs libres de leur choix face à la pluralité de l’offre.

En Polynésie, nous avons pris un peu de l’esprit français. Nous nous tournons vers l’Etat ou le Pays-Providence pour lui poser la question de ce qu’il peut faire pour nous, jusqu’à nous sécuriser nos débouchés par la commande publique ou nous protéger totalement de la concurrence extérieure. C’est ainsi que de larges pans de notre activité économique, notamment dans le BTP, sont étroitement dépendants de la commande publique, alors que celle-ci devrait avoir une part minoritaire dans une économie de marché normale.

Ainsi, à la question de : pourquoi n’investissez-vous pas ? Les représentants des entreprises nous répondent : la faute à l’instabilité politique… Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de marché, pas de demande à satisfaire, pas d’opportunités de faire mieux que ce qui existe ! Non, c’est la faute à « l’incompétence » politique… N’oublions jamais que c’est nous qui élisons ces femmes et ces hommes politiques et que nous avons la classe politique que nous « méritons »…

Aux Etats-Unis, les choses se passent-elles ainsi ? Le politique, dans ce pays, est un épiphénomène. La conception la plus répandue est que l’Etat doit « laisser faire ». A la limite, moins il s’occupe des entrepreneurs, mieux c’est… C’est une société de la libre initiative où se retrouvent, se concentrent et s’expriment les meilleurs talents. Ils y investissent leur propre argent, y trouvent de l’argent au meilleur prix auprès du marché, des banques ou des investisseurs prêts à risquer leur propre argent. Les entrepreneurs y réalisent leur idée et FONT.

C’est à croire que « l’opinion », les commentateurs, les esprits chagrins, et malheureusement aussi, la représentation des entreprises, ont besoin d’un bouc émissaire pour expliquer l’inaction ou l’inertie.

Combien de facilités ou d’incitations existent pour permettre l’éclosion des entreprises ? Combien de dispositifs qui mobilisent des milliards de F CFP de la collectivité pour soutenir de larges pans d’activité ? Combien de mesures d’exonération et de défiscalisation mises en place pour faciliter la création et le développement des entreprises? Plus l’Etat ou le Pays en crée, plus certains estiment qu’il n’en fait pas assez…. Jusqu’où aller, alors que tous ces dispositifs n’existaient pas dans le passé, et pourtant, à l’époque,les entreprises se sont créées et les investissements se sont réalisés?

Crée-t-on une entreprise ou investit-on par ce qu’il y a une aide ou parce qu’il y a un marché et une opportunité de profit ?

L’Afrique décolle enfin, et à la base de ce décollage, il y a l’esprit d’entreprise. Dans des Pays où les infrastructures manquent, les entrepreneurs qui avaient vécu dans un esprit de survie et dans la « débrouille » (le système D…) font étalage de leurs talents et créent de multiples activités, notamment dans l’économie numérique. Au Kénya, ils ont inventé le M Paiement, le paiement par mobile, avant les pays développés…. Dans de nombreux pays, où la téléphonie fixe était déficiente, des milliers d’entrepreneurs ont créé des activités grâce au mobile qui a littéralement explosé.

Ils ont compris que le succès ne pouvait tenir qu’à soi-même, sans aucune aide du gouvernement. Grâce aux nouvelles technologies et au développement d’internet, les chefs d’entreprises – petits ou grands – peuvent désormais pallier les défaillances de l’Etat.Le « smartphone » est à l’origine de multiples applications qui facilitent la vie des agriculteurs, des investisseurs, des épargnants, des déposants… Ils ont radicalement changé leur manière de faire du « business ».

Au Nigéria, il existe même des centres commerciaux en ligne où vous êtes livré à votre porte. Leurs fondateurs envisagent même de livrer leurs clients grâce à des drônes pour contourner les immenses embouteillages et les engorgements que connaissent les capitales de ces Etats !

Ce qui compte, c’est le marché. Et les entrepreneurs prennent leurs risques, car ils savent que c’est au bout de l’aventure qu’est le succès.

Ces exemples sont, bien sûr, caricaturaux. Mais ils révèlent un état d’esprit. Celui de ne pas tout attendre de l’Etat ou du Pays.

Que, par exemple, nos entrepreneurs-vendeurs de solaire profitent de la compétitivité accrue de cette énergie (en raison du progrès technique de ces dernières années) pour élargir leur marché auprès des consommateurs polynésiens. Qu’ils leur vendent la possibilité d’une autonomie énergétique individuelle à prix de plus en plus raisonnables, plutôt que de pester en disant « le gouvernement ne fait rien pour nous »… Le marché est là, il vous tend la main… Allez-y et qu’EDT se réinvente face à cette nouvelle concurrence…

Le Pays-providence, c’est à dire nous tous, ne peut pas tout. Laissons le à sa place et faisons plutôt en sorte qu’il fasse bien ce qu’il doit faire. Ce sera déjà bien.

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Responses

  1. Bonjour Hiro,
    Ouf, je suis rassuré, le précédent article m’avait laissé sur ma faim, j’avais pas tout compris. Là, c’est tout bon, je résume « Ce qui compte, c’est le marché. »
    J’attends avec impatience les autres commentaires. En attendant, je partage sur Facebook et Google…

  2. Bonjour, je ne comprends pas en quoi les exemples sont caricaturaux. Bien au contraire, je les vois simples, évidents et généralisés partout dans le monde. Leurs seuls freins sont réglementaires, corporatistes, et dus à la réaction de survie des parasites dépassés par la nouveauté et leur inutilité nouvelle. Et surtout, c’est la terreur du monde politique qui ne sait plus comment y prélever sa dîme pour survivre et entretenir sa clientèle électorale. La réaction de l’Obèse ou du léviathan, se voit dans cette loi qui vise à quasi interdire à terme les espèces afin de contrôler les individus à chaque instant où ils agissent. C’est effrayant, dans ce monde envahis d’États totalitaires et de mouvements violents, d’imaginer que nos décideurs, pour survivre, soient prêts à détruire notre liberté. Comment résister un jour si le besoin se fait sentir si tout échange ou mouvement doit être autorisé surveillé et fiscalisé.
    Chez nous, la quasi totalité du PIB est d’origine fiscale et réglementaire. C’est un miracle qu’il puisse encore exister quelques éléments de survie, mais la CPS et le Fisc veillent à tout débordement qui dépasserait la simple mal bouffe de survie.
    L’exemple des USA me semble bien trop optimiste, les réglementations y sont innombrables et les lois sur les brevets effarantes.


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