Treize projets d’énergie solaire ont été annoncés récemment par le gouvernement sans plus de détails. Il semble donc qu’après plusieurs années d’inertie, et bien après la Réunion, leader ultra-marin, nous nous fassions, nous aussi, une « cure de solaire ». Ce dernier a effectivement sa place dans notre « futur mix énergétique ».
Non. Nous n’aurons pas d’unité de production de panneaux photovoltaïques : la Chine, les Etats-Unis, quelques pays européens, dont la France entrée tardivement dans la course, devraient monopoliser les usines et les emplois industriels dans ce domaine. Nous ne serons que des utilisateurs, parmi d’autres, de ces panneaux.
Pour nous équiper de panneaux et de mini centrales solaires, il faudra mettre en concurrence ces sociétés-leaders au plan international et profiter de la chute des prix occasionnée par une surproduction conjoncturelle de panneaux solaires, notamment en Chine, et la multiplicité de projets de construction de nouvelles usines. Cette baisse des prix, accompagnée d’une amélioration progressive des rendements ( technologie en couches minces en substitution à la technologie silicium, en attendant les nanomatériaux…), est donc une aubaine pour la Polynésie.
Pour profiter de ce cercle vertueux, il serait souhaitable de lisser notre demande et nos projets sur les 5 à 10 prochaines années en vue de répercuter les baisse des coûts d’investissement et la hausse des rendements issus de l’innovation technologique sur les prix de notre futur « mix énergétique ». Vitesse, oui, précipitation, non…
Les mécanismes de péréquation seront relativement complexes à instaurer. Il appartiendra à l’autorité publique de réguler l’ensemble du système :
- par une maitrise des aides au titre de la défiscalisation, nationale et territoriale, des exonérations, des subventions, des mises à disposition de terrains… ;
- par une répartition harmonieuse des futures centrales sur l’ensemble du territoire ( par exemple sur les friches militaires ? mise à disposition gracieuse de terrains non agricoles ?….) ;
- par une bonne insertion de ces centrales (ou parcs photovoltaïques) dans le « paysage » ( étude d’impact) ;
- par la fixation définitive d’un prix de rachat de la production d’électricité solaire par le réseau de distribution suffisamment attractif pour les investisseurs ( subvention financée, in fine, par nos impôts) ;
- par l’intégration du prix du solaire dans le prix global final payé par l’ensemble des consommateurs polynésiens, l’enjeu final étant de baisser ce prix de l’électricité considéré comme l’un des plus élevés au monde.
Résoudre cette quadrature du cercle implique d’être très vigilant sur les projets et les porteurs de projets de production d’énergie solaire : en effet, de mauvais choix initiaux peuvent pénaliser l’ensemble de la filière énergétique pendant des décennies.
A première vue, on voit émerger des investisseurs locaux relativement diversifiés : le groupe Wane-Carrefour, le groupe Pacific Pétroleum-Moux, le groupe Auroy, le groupe EDT …
Cette diversité d’investisseurs est déjà intéressante pour la collectivité. Un dicton ne dit-il pas qu’il faut éviter de mettre tous ses oeufs dans le même panier ? Dans ce domaine, en effet, il faut éviter deux écueils : un trop grand émiettement ou une trop grande concentration des opérateurs.
Par exemple, pour la construction de centrales solaires, il serait « sain » de mettre en concurrence les investisseurs, extérieurs ( EDF énergies nouvelles, investisseurs qui investissent dans les DOM…) comme locaux. Pourquoi pas par des systèmes d’appels d’offres ou d’appels à projets, traduction du volontarisme du Pays, qui créérait une saine émulation entre divers porteurs de projets ? Sinon, le risque est grand de voir toujours les mêmes « chasseurs » de défiscalisation, d’exonération de droits sur les matériels importés ou de subvention, faire main basse sur cette filière solaire à construire.
Dans le domaine de l’installation de panneaux solaires chez les particuliers, la porte est grande ouverte pour des entreprises artisanales dynamiques. Le potentiel de marché est immense, puisqu’il se chiffre sur le moyen terme ( d’ici à 10 ans) à au moins 20.000 foyers. Là aussi, une saine concurrence serait souhaitable pour empêcher l’envolée des coûts d’installation au détriment des consommateurs, alors même que les prix des panneaux solaires devraient diminuer parallèlement à l’amélioration de leurs performances.
Premier équipement, puis maintenance : le « gisement » d’emplois en faveur de nos jeunes peut être estimé à plusieurs centaines. Des emplois autrement plus gratifiants que celui de vendeurs de paka…
Cette « économie solaire » est l’un des principaux axes de concrétisation de « l’économie verte » polynésienne. Encore faut-il qu’un immense effort de formation soit mis en oeuvre pour que ces entreprises artisanales puissent recruter le personnel qualifié nécessaire à l’installation de ces système de panneaux solaires sur les toits de nos maisons. Pourquoi pas, aussi, des « fare MTR » de nouvelle génération qui permettraient d’intégrer, en option, des « kits » de panneaux solaires producteurs d’énergie ?
Il est donc primordial que le Pays effectue une veille technologique et économique de l’évolution de l’industrie solaire dans le monde, ne serait ce que pour ne pas se faire « embobiner » par certains aventuriers à l’affut de « bonnes affaires »( importants crédits d’études, surfacturation d’équipements éligibles à la défiscalisation…). La présence locale de l’Adème peut largement y contribuer, à condition que la technologie française soit évaluée selon les mêmes critères de performances et de prix que les technologies d’autres Pays…
Oui, faisons notre cure de solaire, mais de manière « intelligente » pour le bénéfice, avant tout, des consommateurs polynésiens.


Pour éviter une gigantesque crise mondiale, les Etats se sont substitués aux entreprises et aux ménages pour maintenir autant que faire se peut l’activité économique. Ainsi, au sein du G 20, l’expansion budgétaire concertée s’élèverait d’ici la fin 2010 à 5.000 milliards de dollars !



Les Technologies de l’Information et de la Communication ( TIC) font désormais partie du quotidien des polynésiens, même si la fracture numérique sévit du fait du poids exorbitant de ces dépenses au sein de la structure de consommation des ménages. En effet, on peut évaluer qu’une offre de type « triple play » coûte en Polynésie française l’équivalent de 30 à 40.000 F CFP par mois, ce qui serait un coût excessif pour un citoyen « moyen » européen ou américain. Actuellement, les offres de type « triple play » qui se généralisent en France métropolitaine se situent aux alentours de 4000 à 6000 F CFP par mois. On est donc dans un rapport de un à dix ! Il est clair que la situation monopolistique des services TIC de base ( OPT, Tikiphone, Mana, TNS) ne vont pas faciliter le nécessaire rapprochement des conditions d’accès de tout citoyen français (qu’il soit sur le continent européen ou outre-mer) à ces services …
Le débat organisé par RFO sur la concurrence a été intéressant, même si on peut reprocher aux organisateurs d’inviter trop de personnalités dans un temps de débat trop limité. Impossible, dans ces conditions, de développer des argumentaires circonstanciés sans être « coupé » par les journalistes.
La mission gouvernementale conduite par Monsieur Gaston TONG SANG a esquissé le projet de créer une « agence pour les énergies renouvelables ». Si je comprend bien, il est estimé que l’actuel service de l’énergie et des mines ne peut plus assurer ses missions de régulation du système énergétique polynésien, peut être asphyxié par le poids hégémonique du seul producteur d’électricité, à savoir « Electricité de Tahiti » ( EDT).
Dave Chameides, « Sustainable Dave », a créé le blog » 365 jours d’ordures » ( 365daysoftrash.blogspot.com). Il est littéralement en croisade contre la société de surconsommation et de gaspillage dont la société américaine est l’archétype, et ce, dans le droit fil du courant de la décroissance. Il s’est mis, par exemple, en tête de recycler le maximum d’ordures qu’il produit par diverses initiatives, notamment la fabrication de composts par des vers de terre ou la lutte acharnée contre le « junk mail ». Résultat : en douze mois, il a généré moins de 14 kilos de déchets non recyclables. A peine, plus de 1 kilo par mois…alors que l’américain moyen en produit 2 kilos par jour !
En parcourant les diverses revues économiques locales qui se sont penchées sur la conjoncture politique, économique et sociale de 2009 comme le « dixit 2010″, » Fenua économie » ou » Pacific business », j’ai constaté que nous partagions, en substance, les mêmes constats. Pour cause de crise exogène qui n’a fait qu’amplifier et cristalliser une crise endogène larvée datant de plusieurs années, le diagnostic est sombre: sur toutes nos filières économiques, les performances sont catastrophiques. Nous n’y reviendrons pas.
En préambule, bonne année 2010 à vous qui me lisez assidûment.