sarkozy-3“ Nous l’avons fait au service d’un projet, au service d’une vision : celle d’une France qui rayonne dans le monde, d’une France dans laquelle chacun trouve sa place dans le respect de son identité” (Nicolas SARKOZY -discours du 6 novembre 2009).

A la lecture du discours du Président SARKOZY à l’occasion du récent conseil interministériel de l’outre mer, j’ai été pris d’un grand scepticisme. Bien sûr, le Président de la République se devait de fixer des orientations en faveur de l’outre mer en général, mais j’ai eu du mal à  en discerner les implications pour la Polynésie française.

Certes,  le Président a rappelé que la Polynésie française a permis à la France d’être une grande puissance nucléaire, elle permet à la France d’avoir la deuxième plus grande Zone économique exclusive maritime, presqu’à égalité avec les Etats-Unis et participe à la grande biodiversité de l’ensemble français. Mais la loi du nombre et l’origine guadeloupéenne de la nouvelle “Ministre de l’outre mer” qui n’a pas caché ses ambitions politiques pour la Guadeloupe,  fait que le Président a focalisé son regard sur les Antilles et la Réunion.

Les solutions au coût de la vie très élevé outre mer ne concernent pas la Polynésie : il n’y a pas d’observatoire des prix en fonctionnement et il n’y a pas de réelle concurrence entre grandes enseignes. Quand à la saisine de la haute autorité de la concurrence, il me semble que ce ne soit pas possible pour la Polynésie autonome.

Le “Small Business Act” ?  Le moratoire des dettes du secteur touristique ? Le soutien aux filières agricoles ? le Pôle en charge de l’outre mer à Bruxelles ? La priorité à l’affectation d’ultra marins en outre mer dans le cadre de la fonction publique d’Etat ? “L’océanisation” des cadres de la haute fonction publique d’Etat ? La lutte contre l’illettrisme ? Le rayonnement international de l’Université ?  Les centres hospitaliers d’excellence ? L’intensification des programmes de logement social ? Le développement des énergies renouvelables ? La gestion et la valorisation des ressources naturelles ? Autant de têtes de chapitres intéressantes énoncées par le Président de la République. Il faudra simplement voir si “l’Etat local” en fera une déclinaison chez nous, ici, en Polynésie.

Seule la question de la simplification des procédures d’octroi de visas semble avoir une portée pratique pour nous, notamment en ce qui concerne le développement touristique.

Quant à la participation de la Polynésie aux négociations internationales qui concernent le Pacifique sud, celà a déjà eu lieu dans le passé, notamment lorsqu’il s’est agi de l’interdiction des filets maillants dérivants. Cette avancée, qui plus est inscrite dans notre statut d’autonomie,  n’est donc pas une nouveauté pour nous.

D’autre part, l’année 2011 est décrétée “année des outre-mers”.

Il paraitrait aussi que les “comités locaux des Etats généraux” se transformeraient en “comités de suivi des engagements du conseil interministériel à l’outre mer”.

Aimé Césaire écrivait en 1941 que “les hommes de bonne volonté feront au monde une lumière nouvelle”. Pour la Polynésie, je vois une petite lueur, mais la lumière ne m’éblouit pas encore…

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Rappel des principales mesures du conseil interministériel à l’Outre Mer:

CONCURRENCE, MARCHE, PRIX :

  • abaissement des seuils de notification des opérations de concentration dans le secteur de la distribution de détail
  • constitution d’un marché commun du plateau des Guyane(s), notamment avec le Brésil
  • aide aux ménages modestes pour souscrire un abonnement téléphonique

PRODUCTIONS LOCALES :

  • nomination de trois commissaires au développement endogène aux Antilles, en Guyane et dans l’Océan Indien
  • PME : création d’un fonds d’investissement de proximité permettant de défiscaliser à 50% l’investissement dans les capitaux propres d’une entreprise et d’un fonds de garantie à destination des petites et moyennes entreprises
  • 40 millions d’euros dès 2010 pour développer les productions agricoles

GRANDS PROJETS STRUCTURELS :

  • tourisme : moratoire sur les dettes sociales patronales pour un an et plans d’apurement sur trois à cinq ans, bonification des chèques vacances s’ils sont dépensés outre-mer, groupe de travail sur la possibilité de desservir les Antilles depuis Roissy en 2011
  • rendre l’outre-mer autonome sur le plan énergétique d’ici 20 ans : l’Etat va revaloriser de 20% les tarifs de rachat d’énergies propres outre-mer
  • la Guyane deviendra une base avancée pour la préparation des sportifs de haut niveau pour la préparation de la Coupe du monde de football au Brésil (2014) et pour les Jeux Olympiques de Rio (2016)
  • santé : création d’un cursus complet des études médicales aux Antilles et d’une filière hospitalo-universitaire à la Réunion
  • logement social : mise à disposition gratuite de terrains non utilisés de l’Etat, assouplissement des règles d’utilisation des aides, en autorisant les porteurs de projets à se substituer aux communes pour le financement de la surcharge foncière, garantie du niveau des moyens budgétaires de l’Etat sur cinq ans
  • défiscalisation pour les câbles sous-marins

GOUVERNANCE :

  • extension du pouvoir de substitution des préfets en cas de carence de la collectivité locale
  • contreseing du ministre de l’outre-mer pour les nominations des chefs de service de l’Etat

INSERTION DES TERRITOIRES DANS LEUR ENVIRONNEMENT REGIONAL :

  • autoriser plus largement la participation des autorités locales, sous mandat, à la négociation d’accords internationaux ayant un impact régional
  • organiser un sommet international de chefs d’Etat pour relancer la coopération régionale dans la zone Caraïbes
  • assouplissement du régime de 130 visas

EGALITE DES CHANCES :

  • nomination d’un sous-préfet à la cohésion sociale et à la jeunesse dans chaque département d’outre-mer et à Mayotte
  • diminuer de moitié en cinq ans l’écart entre l’outre-mer et la métropole en matière d’illettrisme

CULTURE :

  • faire de 2011 une année de célébration des départements et collectivités d’outre-mer en métropole
  • création d’une agence nationale de promotion des cultures de l’outre-mer
  • renforcer la visibilité de l’outre-mer dans l’offre télévisuelle nationale et diffuser France ô (actuellement chaîne locale gratuite de la TNT en Ile-de-France) sur l’ensemble du territoire national

Sur les 137 mesures annoncées, 71 sont “transversales“, intéressant “la plupart” des 12 collectivités ultramarines, dont les 4 DOM (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion). Leurs conséquences financières vont s’étaler sur 5 à 10 ans mais leur première traduction budgétaire interviendra dans le collectif budgétaire de 2009.

Une seule mesure est chiffrée précisément: le programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité des départements français d’outre-mer (POSEIDOM) sera abondé de 40 millions d’euros “dès 2010” pour “permettre la diversification et le développement de filières agricoles“.

Publié par : hirofarepote | novembre 6, 2009

La Polynésie française dans la conjoncture économique de 2010

empruntLa reprise mondiale s’annonce très fragile, sauf dans les principaux pays émergents comme la Chine et l’Inde. Les plans de relance massifs font donc sentir leurs effets sur l’activité économique, mais les effets sur l’emploi seront différés.

En raison de sa flexibilité, l’économie américaine devrait connaitre une croissance légèrement supérieure à celle des autres pays développés.

La France métropolitaine connaitrait une croissance légèrement inférieure à 1 %, les ressources issues du grand emprunt national devant relayer le plan de relance relativement modeste lancé en 2009.

Croissance-prévisions-1

 

En donnant la priorité à la reprise de l’activité économique, l’Etat, en France métropolitaine, va laisser filer le déficit et l’endettement public.

France-déficit-dette-

 

Le déficit public atteindra 8,2 % de PIB en 2009 et en 2010, faisant grimper la dette publique à 84 % de PIB l’année prochaine. Lourd fardeau pour les citoyens et les générations futures…

Il est clair que, dans ce contexte, toutes les collectivités de l’ensemble français seront à la diète. Et la Polynésie française n’y fera pas exception.

La baisse des transferts publics de l’Etat en 2009 par rapport à 2008, la continuation du plan de désengagement militaire,  les menaces sur le montant réel de la DGDE et la volonté de l’Etat de conditionner de plus en plus l’usage de cette dotation, l’absence de réponse des ministères centraux aux appels de plus en plus pressants à la solidarité nationale du gouvernement polynésien dans le domaine de la protection sociale et de la santé, sont des indicateurs très clairs du durcissement de la contrainte budgétaire.

Conséquence : il faudra que la Polynésie française vive de plus en plus avec ses propres moyens. Où lorsque l’ Etat prend à la lettre notre volonté d’autonomie, au point d’oublier de plus en plus que nous sommes encore une collectivité de la République. Une petite comparaison avec les DOM démontre cette différence de traitement de plus en plus visible entre notre Pays d’outre-mer et les autres collectivités ultra marines.

Indicateurs sociaux-comparaison

 

Transferts Etat-comparaison

 

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Notre autonomie, voie courageuse voulue par notre classe politique depuis la seconde moitié des années 70, est de plus en plus un chemin semé d’épines. Le choix d’un statut institutionnel “optimal” pour la Polynésie française sera encore une question d’actualité dans les prochaines années : pourquoi pas un statut de région ultrapériphérique particulière de l’Union Européenne ? A méditer…

Quelle sera l’incidence de ce contexte international et national sur la conjoncture économique polynésienne en 2010 ?

Comme d’habitude, la reprise économique sera décalée en Polynésie française. Elle ne fera sentir ses effets qu’en 2011 au mieux. Les transferts de l’Etat devraient être stables et n’auront pas d’effet moteur sur notre activité économique globale.

Après le plancher historique de 2009, la fréquentation  touristique devrait à peine s’améliorer. Nos exportations de produits seront encore à la traine, à l’exception des produits de la mer.

La stagnation du pouvoir d’achat des ménages sera encore une réalité. Face à l’énorme déficit de nos comptes sociaux, la hausse des prélèvements obligatoires est déjà programmée et se traduira par un accroissement de la CST sur les plus hauts revenus. Le chômage s’aggravera puisque le marché du travail ne pourra pas absorber l’arrivée des nouveaux actifs ( environ 2.200 actifs potentiels supplémentaires).

La croissance des pays émergents ne nous apportera rien, si ce n’est une hausse du cours du pétrole et des produits intermédiaires.

Durant la transition de 2010, le recours du Pays à l’emprunt ( 29 milliards de F CFP en 2009 ; au moins autant en 2010) sera donc nécessaire et massif pour éviter une nouvelle récession économique.

Lourd fardeau de l’endettement pour nos futurs budgets … Il faut espérer que 2011 verra enfin une éclaircie salvatrice.

Publié par : hirofarepote | novembre 3, 2009

La Polynésie française peut se ressaisir

boussoleAprès l’arrivée en fanfare dans le troisième millénaire, avec une année 2000  particulièrement faste au plan économique et social , la Polynésie française va de désillusions en désillusions. Le ralentissement de la croissance a fait place à la stagnation. L’année 2008 a été celle du basculement et 2009 sera l’année de la pire récession que la Polynésie ait connue durant toute son histoire contemporaine. Un cycle s’achève.

Il s’achève par une double crise politique et morale qui mine la combativité et la capacité de la société polynésienne à se projeter dans l’avenir : les polynésiens abordent une nouvelle étape de leur histoire économique et sociale dans un grand désarroi. En quête d’un sens à donner à ce nouvel ordre économique mondial au sein duquel ils ne sont pas certains de trouver leur place tant la mondialisation malmène leur économie et remet en cause les situations acquises.

Cette crise de confiance est paradoxale, car elle prend de l’ampleur au moment même où la planète est entrée dans une phase de progrès technique sans précédent et où les pays dits “émergents” connaissent une croissance phénoménale.

Il y a donc place pour l’innovation pour mieux satisfaire notre demande interne et ces milliards de nouveaux consommateurs, notamment dans le domaine alimentaire.

Or, ces évènements sont vécus comme une menace pour notre économie et pour notre modèle social. Comme si mondialisation devait forcément rimer avec régression.

Nous ne sommes nullement condamnés à quoique ce soit pour peu que nous reprenions confiance en nous.

Favoriser la croissance, encourager la production efficace de biens et services, améliorer notre productivité collective par plus de travail, moderniser et adapter notre système de protection sociale, mieux dépenser l’argent public, résister à la mondialisation en étant aussi créatifs que les concurrents pour inventer des produits et services différenciés, mener une politique économique inventive et efficace, tout celà est possible.

Ce que d’autres ont su faire, pourquoi ne serions-nous pas capables de le mettre en oeuvre, en l’adaptant aux spécificités polynésiennes ?

Le pire serait de céder à la tentation de se protéger de la concurrence extérieure en élevant des barrières. Ce serait la sclérose assurée.

Je ne crois pas au repli. Je ne crois pas non plus à l’ultra libéralisme, car l’Etat et le Pays doivent piloter notre développement collectif en affectant et en mobilisant les ressources de la manière la plus judicieuse qui soit. Il faudra de plus en plus interroger la pertinence de telle ou telle action publique et le contenu de telle ou telle dépense.

La priorité doit donc aller à la ­reconstitution d’une offre compétitive dans la mondialisation, à la maîtrise des coûts , à l’amélioration de la qualité des services publics et à la réhabilitation du travail. Le Pays doit donc devenir, avec l’appui de l’Etat,  un “Pays-stratège”. Il doit prévoir, identifier correctement les problèmes quand ils se produisent, manifester la volonté de les résoudre une fois qu’ils ont été identifiés et à y parvenir une fois que la volonté de le faire s’est manifestée. Celà exige de la cohérence dans la durée.

Je perçois dans de trop rares initiatives – stratégie sectorielle pour la pêche et la perliculture, volonté de bâtir enfin un vrai schéma de transports interinsulaires ou d’élaborer un cadre stratégique “pour un tourisme durable et équitable”- l’esquisse de début d’une telle stratégie. Celà va dans le sens de ce que j’ai préconisé dans mes précédents billets. Cependant, il faut accélérer le pas, car un énorme retard a été pris.

A nos décideurs d’ouvrir la voie en inventant, en étroite concertation avec les acteurs économiques et sociaux,  une politique économique et sociale adaptée, efficace et au service de tous.

relance-1Face à la crise économique mondiale, et dans la logique des programmes de relance mis en oeuvre au sein de divers pays développés et des puissances émergentes, les autorités polynésiennes, toutes proportions gardées, ont voulu utiliser les mêmes instruments conjoncturels pour passer un cap très difficile que tout le monde espère le plus court possible.

Ainsi, , comme en 2008 lorsqu’il s’est agi du budget 2009, la laborieuse discussion budgétaire à l’Assemblée de la Polynésie française va viser à adopter un budget 2010 basé essentiellement sur la “relance par la commande publique”. Depuis 2008 et 2009, les crédits budgétaires mis sur la table vont sembler être suffisamment importants pour franchir le cap de l’année 2010 sans “casse supplémentaire” ( déjà très importante), pour peu qu’ils soient effectivement consommés et affectés judicieusement.

Premier obstacle : l’administration territoriale et communale savent  ”à peu près” gérer l’existant, mais n’arrivent pas à passer à la “vitesse supérieure” lorsque des crédits plus importants sont disponibles. Pour preuve, les médiocres résultats en termes de “liquidation de crédits” depuis de nombreuses années.

Il en résulte que les dizaines de milliards annoncés pour la relance sont partiellement fictifs, car l’organisation et la performance publique, “perfectibles”, ne peuvent pas absorber l’ampleur des actions nécessaires pour les dépenser en temps et en heure. De reports en reports sucessifs, on entretient l’illusion de l’abondance des crédits publics,alors que l’on parle, en fait, des mêmes crédits… La question fondamentale est donc là : comment améliorer l’organisation et la performance publique à moyens constants pour “assumer” un programme d’investissement public ambitieux ?

Deuxième obstacle : cette relance budgétaire, par nature conjoncturelle, est nourrie essentiellement par l’impôt payé par les contribuables polynésiens. En période de crise, les rentrées budgétaires diminuent et – qui plus est – on ne peut plus solliciter ces mêmes contribuables pour des “efforts” supplémentaires. En conséquence, une fois épuisée l’arme budgétaire de la relance par la dépense publique, il n’est pas possible de la réutiliser chaque année avec la même ampleur. En résumé, on ne peut tirer qu’un seul coup, en espérant que l’on a visé juste….

On voit d’ailleurs se profiler le débat à l’Assemblée de Polynésie française : l’opposition ne veut pas entendre parler d’augmentation des impôts, alors que la majorité, face à la très sérieuse impasse budgétaire qui s’annonce, souhaite le faire par le biais de la TVA et de la CST. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, rappelons d’ailleurs que le gouvernement TONG SANG avait, en 2008, réduit d’un point la TVA. Drôle de retournement de situation en à peine un an d’intervalle…

Mais c’est surtout la population, durement frappée par la crise par une réduction de son pouvoir d’achat et l’aggravation du chômage, subissant, dès le 1er janvier 2010, le redressement au forceps de notre protection sociale (hausse des cotisations sociales, réduction des prestations, hausse des déboursements…), qui risque de refuser cette contraction supplémentaire de son pouvoir d’achat. La question de la répartition équitable de l’effort se posera donc avec de plus en plus d’acuité.

Pour ceux qui sont encore plus volontaristes, ils voudraient y rajouter l’instrument de l’emprunt. Puisque la Polynésie française a encore une capacité d’emprunt disponible importante, allons-y franchement dans la relance par la commande publique en imaginant une politique de grands travaux ambitieuse, dans la lignée de ce que propose le Président Obama pour les Etats-Unis.

Cette politique, si elle n’alourdit pas le fardeau des contribuables polynésiens actuels, alourdit par contre, le fardeau des générations futures. Celles-ci vont hériter de nos dettes, surtout si cette politique de grands travaux a été source de gaspillages et de surcoût en l’absence de compétences suffisantes pour les mener à bien. Or, on l’a vu, même avec les moyens budgétaires disponibles, les compétences manquent… De même, l’arme de l’emprunt a des limites – l’épuisement de la capacité d’endettement et la hausse des taux d’emprunt du fait de notations moins favorables par les agences de notation spécialisées –  et il convient donc de la manier avec discernement.

Conclusion : certes, en cette période de crise, la puissance publique ( Pays et Etat) dispose – quasiment seule – de moyens pour nous sortir d’une crise majeure que l’on espère provisoire. L’investissement public et l’emprunt sont effectivement, dans ce sens, deux moteurs annexes de soutien de l’activité économique pour compenser la faiblesse de la demande et de l’investissement privés. Mais ce sont deux instruments à manier avec précaution. Plus fondamentalement, ils seront d’autant plus efficaces que nos autorités sauront mener en parallèle les réformes structurelles nécessaires pour affronter le grand large de la mondialisation. Sinon , ils risquent d’être une emplâtre sur une jambe de bois.

Publié par : hirofarepote | octobre 30, 2009

La Caisse de Prévoyance Sociale est-elle performante ?

bateaucouleIl faut croire que le devoir de transparence et d’information qui s’impose aux Institutions et à l’administration ne s’applique pas à la Caisse de Prévoyance sociale : on apprend ainsi que les 4 derniers rapports d’activité de 2005,2006, 2007 et 2008 n’ont pas été validés par le Conseil d’Administration. Et pourtant, la CPS gère le deuxième plus gros budget du Pays, puisqu’il s’agit de notre “budget social”, plus connu sous le nom de protection sociale généralisée. Qu’on en juge ( source : Ministère de la solidarité).

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En 2009, la barre des 100 milliards de F CFP de charges a été franchie.

La Caisse de prévoyance sociale gère-t-elle ce budget de manière performante ?

Difficile de répondre à cette question, car, paradoxalement, l’évolution du budget de fonctionnement, du nombre de salariés ainsi que d’éventuels indicateurs d’activités ou de résultats ne sont pas étudiés tels quels. C’est à peine si, dans les tableaux ci dessous, un chiffre est esquissé sous le terme neutre de “charges diverses” : 4,513 milliards de F CFP en 2007. En 2009, la Dépêche de Tahiti, dans un article de ce jour,  estime ce budget de fonctionnement à 4,795 milliards de F CFP.

Cette même direction daigne énoncer un indicateur de performance : “pour 1000 F CFP dépensés, 46 francs financent le fonctionnement de la CPS…”. En d’autres termes, les frais de gestion représenteraient 4,6 % des prestations versées. Ce n’est pas ce que dit le document ci-après (source CPS) publié par l’IEOM : les frais de gestion étaient évalués à plus de 5,4 milliards de F CFP en 2006 et 2007, soit plus près de 6 à 7 % de frais de gestion. Où sont les bons chiffres ?

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La Direction, peu diserte sur le site internet de la CPS à ce sujet, annonce “autour de 2 milliards de F CFP de rémunérations, hors avantages en nature, versées en 2009 pour un effectif de 486 salariés” et “le salaire moyen est de 366.000 F CFP par mois au 1er janvier 2009″ ( c’est à dire avant l’augmentation de salaires qui a fait tant de vagues en début d’année…). Question que ne s’est pas posé le journaliste : que représentent les 2,795 milliards de F CFP hors masse salariale ?

En ce qui concerne le salaire moyen de 366.000 F CFP par mois, il est possible de le comparer aux salaires moyens de divers autres secteurs d’activité :

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Le salaire moyen à la CPS est supérieur de 100.000 F CFP au salaire moyen global. Il est supérieur au salaire moyen de l’administration publique ( de l’ordre de 30.000 F CFP en plus). Les salariés de la CPS font donc incontestablement partie de “l’élite salariale” du Pays. A n’en pas douter, le syndicalisme-maison a été particulièrement efficace dans la défense des droits et des revendications des salariés.

On peut aussi s’interroger sur l’impact des TIC et de l’informatisation de la CPS sur la productivité globale de cet organisme. A l’ère des téléprocédures, la CPS est largement en retard et l’outil d’internet est particulièrement délaissé, alors qu’il serait très utile pour un pays archipélagique comme le nôtre.

Conclusion provisoire : la CPS peut beaucoup mieux faire en terme de rapport coût-prestations versées. Un objectif raisonnable serait d’atteindre un ratio frais de gestion-prestations de l’ordre de 3 %. Au nouveau directeur général de faire ses preuves de gestionnaire efficace face au corporatisme interne…

Publié par : hirofarepote | octobre 29, 2009

Crise économique et coût des institutions polynésiennes

Polynesie_francaise_drapeauFace à l’austérité généralisée pour cause de récession économique majeure en 2009, la société civile polynésienne souhaite vivement que les sacrifices soient équitablement partagés, ce qui est, en soi, une preuve de sagesse remarquable.

En effet, nos gouvernants n’ont pas (encore ?) devant eux une levée de boucliers telle que les sacrifices financiers sous forme de hausse de hausse des prélèvements obligatoires (impôts et taxes notamment) soient refusés par les citoyens. Nos compatriotes voient bien que la crise est grave et qu’ils sont prêts à se serrer la ceinture à la condition expresse de respecter le principe d’équité.

A la lecture des réactions des lecteurs et des auditeurs qui s’expriment dans nos médias,  les yeux se tournent systématiquement vers nos institutions ou certains organismes publics qui gèrent des ressources publiques ou quasi-publiques conséquentes. Le récent scandale de “l’aménagement de confort” du Ministre du tourisme, installé en plein milieu du GIE  Tahiti Tourisme, “organisme de droit privé”, aux dires de ce même ministre, les renforcent dans ce sentiment d’inéquité.

Commençons par nos Institutions du Pays. Qu’en a-t-il été en 2008 ?

En ce qui concerne le Gouvernement, près de 3 milliards de F CFP ont été nécessaires au fonctionnement de la Présidence et des ministères, dont près de 2 milliards de F CFP de charges de personnel ( membres de cabinets).

L’Assemblée de la Polynésie française a disposé d’un budget de près de 2,5 milliards de F CFP, budget qu’elle gère à sa guise.

Le conseil économique social et culturel a dépensé près de 230 millions de F CFP, dont 90 millions de F CFP de charges du personnel permanent. Il a rendu 10 avis, soit un coût de 23 millions de F CFP par avis. Il faut espérer qu’à ce tarif, ces avis aient été entendus par le gouvernement et l’Assemblée….

Le Haut Conseil a coûté 80 millions de F CFP . Il a rendu 20 avis et 13 consultations juridiques, soit un coût moyen supérieur à 2 millions de F CFP par « expertise », ceci pour que le Pays ait le privilège d’édicter des actes quasi-législatifs, intitulés « loi de Pays ».

Globalement, nous nous approchons du chiffre de 6 milliards de F CFP par an, soit plus de 1 % du Produit Intérieur Brut polynésien, PIB qui connaitra en 2009 un recul “historique” comme la Polynésie n’en a pas connu depuis des décennies.

Je m’étais déjà interrogé sur les “performances” de notre système institutionnel, ceci pour respecter la logique d’évaluation des politiques publiques amorcée depuis quelques années en France métropolitaine. Il faut bien constater que cette évaluation s’est arrêtée aux frontières de la Polynésie. Si, formellement, nos politiques publiques sont déclinées en missions et en programmes, les objectifs de ces politiques et programmes ne sont pas clairement identifiés. Et sans objectifs, pas de résultats ni d’indicateurs de résultats.

Si notre classe politique veut restaurer un blason bien terni auprès des citoyens, il faudra bien qu’elle rende clairement des comptes et démontre l’efficacité de son action législative, règlementaire et administrative. Rappelons en effet que, depuis la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 aout 1789, chacun de nous a droit à cette information.

En tout état de cause, dans la grave crise dans laquelle nous sommes, il faudra que nos institutions fassent preuve d’exemplarité. On est encore très loin du compte…

Publié par : hirofarepote | octobre 28, 2009

Une classe politique polynésienne en plein désarroi

CRISE-3Pendant que la Ministre Armelle MERCERON, bien esseulée, “monte au front” pour réanimer dans l’urgence  le “soldat PSG”, le Président du Pays  joue les courants d’air en essayant d’amuser la galerie par des ballons d’essai qui valent leur pesant de cacahuettes. Après l’indépendance par le noni, “l’agriculture bio” est le nouveau dada du moment. Il est clair qu’avec le dossier de la salade un peu trop chargée en produits chimiques, il faut redorer le blason d’une agriculture polynésienne laissée complètement à elle-même.

Des décennies et des décennies de lycée agricole, de formation permanente, de vulgarisation se sont perdues dans les sables. Un récent reportage de RFO nous a fait froid dans le dos quant au dosage à la louche opéré par certains planteurs de pastèques et de melons. La crise de confiance en la qualité de nos produits agricoles est à prendre au sérieux, tant nombre de nos concitoyens avouent ne plus consommer de produits agricoles locaux dangereux pour leur santé.

De là à faire croire que notre agriculture passera du moyen âge au XXI è siécle par des incantations de “tahua”, il y un fossé qu’il ne faut pas franchir. Déjà, passer de l’agriculture déraisonnable à “l’agriculture raisonnée” serait une formidable avancée.

En effet, convertir massivement nos agriculteurs au bio et éloigner du chômage nos jeunes en les orientant vers l’agriculture est une vue de l’esprit. Notre milieu tropical insulaire est tellement propice aux attaques de nuisibles en tous genres qu’il est illusoire de se fixer cet objectif. Perte de productivité, surcoûts pour nos agriculteurs et prix excessifs pour les consommateurs sont au bout du chemin. Sans compter qu’il faut un temps de conversion  incompressible des sols et des organismes de certification dignes de ce nom pour assurer la “traçabilité” des produits bio. Il serait, en effet, trop tentant pour certains agriculteurs de faire croire qu’ils sont “bio” pour profiter de la nouvelle mode bio lancée au sommet de la pyramide politique locale. Les belles paroles ne suffisent pas, il faut des preuves irréfutables.

Les pays les plus avancés dans le domaine du bio ont réussi à convertir entre 5 et 15 % de leurs surfaces agricoles. Nous qui partons de rien, serions bien inspirés de nous fixer des objectifs raisonnables, de l’ordre de 2à 3 % de nos surfaces agricoles à un horizon de 3-5 ans. Encore faut-il déterminer une stragégie et un programme d’actions à tenir pour ce faire

Et c’est là que le bât blesse. Croire qu’il suffit de lancer une idée géniale pour qu’elle se réalise est pure illusion. Et les polynésiens ne veulent plus vivre d’illusion. Avec les dizaines de milliards qui sont prélevés dans leur poche, ils veulent du concret, du tangible, des réalisations. Or, ils sont comme soeur Anne, ils ne voient rien venir.

L’actuelle préparation budgétaire en est une nouvelle illustration. Le débat d’orientation budgétaire est un théâtre d’ombres. Les dossiers sont étudiés au compte-gouttes dans le cadre d’une “concertation” chaotique. Les marchands de tous bords sortent leur tapis et les accouchements de “décisions consensuelles” se font au forceps. La pirogue polynésienne coule dans la crise, mais la palabre hypocrite bat son plein.

Le ministre des finances essaie de colmater les énormes brêches de la pirogue annoncées pour 2010, observant avec compassion les efforts démesurés de sa collègue de la solidarité pour surmonter les obstacles corporatistes. A l’exception du ministre de la pêche et de la perliculture qui esquisse une stratégie sectorielle pour sortir ces deux secteurs de la catastrophe, les autres ministres en sont réduits à préparer dans leur secteur respectif l’austérité annoncée. Les belles promesses électorales se sont envolées depuis bien longtemps.

Ils diront en choeur : “c’est la faute à la crise” et “la crise est partout”. Prétexte tout trouvé pour masquer l’absence de vision, de stratégie et de volonté “d’aller au charbon” pour redresser sérieusement la barre. A l’heure de l’austérité généralisée, la société civile polynésienne en vient à s’interroger à voix haute sur l’utilité d’une telle superstructure politique qui coûte au moins 6 milliards de F CFP par an. Et là, les gisements d’économie sont très importants. Mais a-t-on vu quelque part une classe politique se faire hara kiri ? Même pas au Japon, c’est vous dire !

Publié par : hirofarepote | octobre 25, 2009

Sauve qui peut généralisé : la société polynésienne à la dérive

crise-5Mes précédents billets étaient -hélas- prémonitoires. Déclin économique structurel, plan de relance mort-né, ressources publiques en chute libre, comptes sociaux catastrophiques obligent nos décideurs politiques à une “gestion de crise à chaud” dans le désarroi le plus total. Résultat d’une politique à courte vue qui dure depuis au moins 5 ans, où les équipes qui se succèdent à un rythme infernal au pouvoir n’ont pas eu la volonté, ni le temps d’élaborer et de déployer une stratégie globale de développement déclinée en stratégies sectorielles dignes de ce nom.

On perçoit très nettement les limites de cette politique du chien crevé au fil de l’eau. Notre économie est en plein marasme et ne peut plus financer le niveau de développement social que nous avions instauré du temps des vaches grasses. Les vaches sont devenues maigres, ce qui fait dire à certains que nous vivons de plus en plus au-dessus de nos moyens.

Conclusion logique, lorsque nous constatons que nos ressources propres ont régressé de manière considérable. Au bas mot, 30 à 40 milliards de F CFP de valeur ajoutée globale, dont 10 milliards de F CFP de salaires ( 4000 emplois détruits) se sont évaporés cette année. Nous en voyons les effets en chaine : perte de recettes fiscales et de cotisations sociales sont la face émergée de l’iceberg, les drames sociaux que vivent nombre de familles polynésiennes en étant la face immergée.

Nos gouvernants en sont réduits à parer au plus pressé : redressement au forceps des comptes de la protection sociale généralisée, séminaires budgétaires pour faire avaler à l’opinion publique des prélèvements fiscaux supplémentaires inévitables qui seront une combinaison d’augmentation de la CST et de la TVA, l’impôt sur le revenu ne faisant pas “consensus”, bien au contraire.

Comme je l’annonçais, l’administration sera à la diète avec -15 % d’économies sur le budget de fonctionnement de l’année 2010. Dommage collatéral : les budgets d’intervention qui viennent en appui au secteur privé sont, eux aussi touchés. On peut même se demander si la défiscalisation locale accordée aux “entreprises amies” ne sera pas remise en cause. Le message aux entreprises est clair et le Président du Pays l’a même explicitement déclaré : débrouillez-vous!

Tout est passé à la moulinette : non remplacement des départs à la retraite, gel des postes vacants, remise en cause de  la programmation des concours administratifs. Nos jeunes diplômés sont les sacrifiés de cette austérité draconienne. Ils sont priés de rester chez “papa-maman”, le temps qu’on revienne à meilleure fortune. Celà ne sera pas avant 2011-2012. Et encore … L’aggravation du chômage, notamment celui des jeunes, est inévitable.

On en est pas encore réduit à vendre les bijoux de famille, mais presque., puisqu’on demande à l’OPT et aux opérateurs de téléphonie mobile d’anticiper le paiement de certains droits d’entrée et que certains envisagent de privatiser la TEP… La discussion sur le périmètre du secteur public s’amorce à peine, mais on ne fera pas l’économie de cette réflexion. Tant les marges de manoeuvre s’amoindrissent devant la dégradation accélérée des finances publiques du Pays et des communes.

Quant au secteur privé, il en sera encore réduit à réduire la voilure, à comprimer les coûts encore et encore, quitte à précariser la situation des salariés ou à détruire les emplois. Il faut dire que deux années de marasme et de relances avortées ont mis à mal les comptes d’exploitation des entreprises. Face au pouvoir d’achat en berne des ménages, une majorité d’entreprises en est à chercher les moyens de la survie. Dans ce domaine, la crise économique va accroitre le nombre d’entreprises qui vont rester sur le carreau. Seules vont survivre celles qui sauront faire preuve de leur capacité d’adaptation à la situation.

Cercle vicieux infernal : récession, chômage accru, demande des ménages en berne, chute brutale des ressources publiques face à une certaine inertie des dépenses, budgets d’investissement et d’intervention réduits à la portion congrue qui nécessitent l’alourdissement de la fiscalité, et ce, en pleine crise économique où le pouvoir d’achat des ménages est en régression…. L’effet cumulatif de la récession en chaine ne pourra être limité que par un recours accru à l’endettement. Mais là, le flou artistique est total en ce qui concerne les intentions du gouvernement.

La cohésion sociale sera mise à mal, car les tentatives de rejeter la charge de l’effort “sur les autres” sera très forte. On voit clairement les débuts de cette défausse lorsqu’il s’agit du sauvetage dans l’urgence de la protection sociale généralisée. La remise en cause des acquis ne se fera pas sans cris et raidissements corporatistes. Société de défiance alors qu’il s’agit de restaurer la confiance….

La tentation est donc très forte d’appeler à l’aide l’Etat au titre de la solidarité nationale et de la “République une et indivisible”. Un Etat qui promet à condition que…, qui observe, qui donne des leçons… mais qui ne “lâche rien”, bien au contraire. Le désengagement des dernières années se voit de plus en plus. Les transferts publics croissent, certes, mais à un rythme de plus en plus faible. Jusqu’à une “reprise en main” dont on  ne perçoit pas encore la forme ? Les discussions âpres entre l’Etat et le Pays sur la Dotation Globale d’Autonomie ( date et montant de l’indexation de cette dotation, proportion réservée au fonctionnement et à l’investissement…) sont l’un des nombreux signes d’une conditionnalité accrue de l’aide de l’Etat dans tous les domaines.

La sueur et les larmes dans l’urgence n’est que le signe avant-coureur des nécessaires réformes qui nous attendent dans les années à venir. Encore faut-il faire preuve d’esprit de prospective pour éclairer notre avenir. “Il n’y a pas de vents favorables pour ceux qui ne savent pas où ils vont”. (Lucius Annaeus Seneca – Sénèque).

Publié par : hirofarepote | octobre 21, 2009

Le déclin du tourisme polynésien : quelques constats

bungalow-1Face à l’intensification du contexte concurrentiel et aux nouvelles évolutions de la demande touristique internationale, les autorités polynésiennes ont encouragé, cette dernière décennie, la modernisation de l’offre hôtelière positionnée sur le haut de gamme ( via la double défiscalisation nationale et locale) par une plus grande implication des investisseurs polynésiens et la maitrise de la desserte aérienne par la création et l’expansion de la compagnie aérienne “Air Tahiti Nui”. Ces axes majeurs de la stratégie ont mobilisé plusieurs dizaines de milliards de F CFP d’aides publiques, sous forme de moins values fiscales et d’aides à l’exploitation.

L’extension du parc de pensions de famille a, de même, été encouragée par des aides à l’investissement.

Comme chacun sait, le “retour sur investissement” sur tous ces axes, notamment en ce qui concerne le remplissage des avions d’Air Tahiti Nui ( censée nous ramener plus de touristes que les “compagnies étrangères”) et des hotels ( un peu plus de 50 % les années antérieures à 2009, aux alentours de 45 % de remplissage moyen hotelier depuis le début de l’année) n’est pas au rendez-vous. Et ce constat est antérieur à la crise internationale qui nous frappe cette année.

Malgré les énormes moyens affectés au système de formation hotelière initial ( nouveau et beau lycée hotelier), la qualification des personnels n’est pas en adéquation avec le positionnement haut de gamme de nos fleurons hoteliers. Il en résulte un médiocre rapport qualité-prix des prestations offertes. Combinée à la stratégie de minimisation des coûts (qui joue négativement sur la qualité du service : baisse du ratio emploi par chambre, temps partiel, abus d’extras et de stagiaires…) et de maximisation des redevances des chaines hotelières à qui a été confiée la gestion de nombre de nos hôtels, il en résulte aussi une politique tarifaire est de plus en plus inadaptée. Ainsi, la recette moyenne par chambre a du être ajustée à la baisse d’au moins 15 %. Soit disant du fait de la crise, mais je pense, en ce qui me concerne, que cet effort de baisse devra se maintenir, voire même s’accentuer. Nos chaines hotelières devront donc reconsidérer sérieusement leur “business model” pour reconstruire une compétitivité qui s’enfuit.

La stratégie de promotion touristique a été et est toujours concentrée entre les mains du GIE Tahiti Tourisme. Le budget de cette organisation est passé de 785 millions de F CFP en 1993 à 2,3 milliards de F CFP à 2007, soit un quasi-triplement de ses ressources en 15 ans. Pendant ce temps là, la fréquentation touristique de la Polynésie n’a pas triplé, loin de là. Comme je l’ai montré dans un précédent billet, nous sommes presque revenus au chiffre de fréquentation touristique de 1998, voire de 1986 ( 160.000 touristes) ! Cependant, je n’irai pas jusqu’à dire que le rendement de notre promotion touristique a été divisé par 3, comme les chiffres semblent “mécaniquement” l’indiquer …

En 2009, face à une conjoncture budgétaire difficile, le budget normal du GIE a été abondé par une dotation exceptionnelle issue de la Dotation globale de développement économique à hauteur d’un montant prévisionnel d’un milliard de F CFP.

Il y a quelques années, les autorités attendaient beaucoup d’une rationalisation de la promotion par la fusion de trois GIE en un seul, notamment une meilleure efficacité dans l’action. Aujourd’hui, au regard des résultats constatés, cette attente a été largement déçue. Comme la société civile l’a exprimé lors des états généraux, le problème réside dans le médiocre rapport coût-efficacité de cette structure, du fait d’une certaine bureaucratisation des équipes et d’une absence de pilotage du GIE par de vrais professionnels du tourisme. En 2009, les erreurs tactiques se sont multipliées ( campagne invest in your love dont tous les observateurs estiment qu’elle est un fiasco, conflit avec les pensions de famille….) et la mainmise du ministre du tourisme sur cette structure de droit privé ( qui a pourtant un Président du Conseil d’Administration…) est totale. Il faut croire que c’est le principe du “qui paye, dirige” ( les subventions du Pays,, la DGDE et la redevance de promotion touristique composent effectivement la quasi totalité des ressources de ce GIE).

A côté de cette promotion budgétivore, les professionnels du tourisme ne font aucun effort de promotion significatif sur leurs ressources propres et se reposent quasi-exclusivement sur le GIE Tahiti tourisme. C’est là une grande différence avec l’industrie touristique de l’île Maurice ou d’autres pays.

En 2010, le Ministre du tourisme, qui dit n’avoir tiré aucun enseignement des états généraux, a annoncé la couleur : le budget du GIE Tahiti Tourisme ne doit pas souffrir de l’austérité ambiante. Et globalement, il réclame au ministre des finances, par voie de journal interposé, 4 milliards de F CFP de budget d’intervention. Il faut espérer qu’à ce tarif là, de vrais indicateurs “coûts-efficacité-résultats” seront mis en place. Sinon, c’est le tonneau des Danaïdes ou le bateau ivre qui continue à dériver…

En matière de stratégie sectorielle, il y a des lustres que le schéma de développement et d’aménagement touristique n’a pas été actualisé. Ou s’il l’a été, il n’a pas été rendu public.Le Pays semble donc, jour après jour, subir les évènements et le Ministre jouer au pompier, quitte à abandonner ses dogmes économiques. Ainsi pour sauver le segment de notre offre touristique que sont les navires de croisières, il multiplie les concessions fiscales aux “renards capitalistes” étrangers, ces méchantes multinationales de la croisière basées à Miami ou ailleurs.Le saut périlleux idéologique de notre ministre est quand même impressionnant ! Il est vrai que la réalité a toujours raison de l’idéologie. Tant mieux, car seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, et en plus, c’est pour la bonne cause, à savoir le sauvetage en catastrophe de notre industrie touristique.

A défaut de stratégie, c’est donc la méthode Coué qui prédomine. Exemple caricatural et anecdotique : le salon du tourisme a rapporté 250 millions de F CFP , soit 0,6 % de nos recettes touristiques annuelles ( une quarantaine de milliards de F CFP par an). Et le ministre s’en gargarise… Et encore, on apprend que la moitié de ces recettes sont le fait des promotions d’Air Tahiti. Croyez-vous que sans ce salon, mais avec ces promotions, les billets d’Air Tahiti n’auraient pas été vendus ? Ou alors, fort d’un tel succès, que le Ministre organise un salon du tourisme par mois ! Décidément, dans un contexte de bérézina touristique, on a les bonnes nouvelles qu’on peut, quitte à faire de l’autosatisfaction à bon compte….

Désenchantement et désarroi : tels sont les mots qui me viennent à l’esprit pour caractériser l’état d’esprit de ceux qui pilotent notre industrie touristique.

Publié par : hirofarepote | octobre 18, 2009

La médiocre attractivité touristique de la Polynésie française

Fierté polynésienneLa Polynésie française possède un patrimoine naturel exceptionnel : c’est son avantage comparatif touristique principal. Malheureusement, cette “base” naturelle extraordinaire, seule, ne peut plus justifier un environnement général médiocre et un prix des biens et des services exorbitant.

Jusqu’à présent, notre “élite” qui pensait la stratégie de développement touristique a eu le tort de considérer le tourisme comme un secteur d’activité comme les autres, alors que ce dernier est de nature transversale. Paradoxalement, à agir exclusivement pour les touristes, on ne mobilise pas l’ensemble de la population. Par contre, agir pour l’ensemble de la population, c’est aussi agir en faveur des touristes.

En fait, la base de mon raisonnement est celle-ci : on ne peut pas faire de la Polynésie française un pays “agréable” aux touristes, s’il n’est pas d’abord “agréable” aux polynésiens. Il faut donc construire un pays où il fait “bon vivre d’abord pour les polynésiens”. Si cette qualité de vie est au rendez-vous, il n’y a pas de raison que les touristes ne s’y sentent pas aussi bien que les résidents. C’est donc à un “ajustement tous azimuts” qu’il faut procéder dans tous les secteurs de notre vie économique, sociale et culturelle.

Cette affirmation a de lourdes implications face aux carences constatées et dénoncées quotidiennement par les courriers des lecteurs de nos journaux locaux :

  • un niveau général des prix de plus en plus inacceptable pour les consommateurs-citoyens polynésiens ( cf mes billets précédents) ;
  • Papeete, notre capitale, n’est pas agréable pour les polynésiens : saleté, puanteur, rues défoncées, insécurité nocturne, marché municipal en voie de détérioration accélérée et au fonctionnement anarchique ( vendeurs de perles sur le trottoir, pseudo-artisanat de produits polynésiens fabriqués à Bali, revendeurs de produits agricoles à des prix exorbitants, joueurs de kikiriri, SDF dans le besoin…), bureaucratie  municipale pléthorique, absence d’investissements significatifs, vie culturelle minable, pollution, centre-ville submergé par l’automobile, quartier piétonnier minuscule, paysage urbain dégradé qui ne ressemble à rien, immeubles miteux et non rénovés, patrimoine historique nul, commerces dépassés tout autour de l’hôtel de ville, unique centre commercial digne de ce nom…. Comment voulez- vous que cette ville soit agréable aux touristes ? Même les japonais, au budget “shopping” important, n’arrivent pas à trouver leur bonheur de dépenser leurs précieux yens…
  • Les seuls investissements notables sont le fait du Pays ( le front de mer dont l’embellissement prend deux décennies, record du monde de lenteur battu) ou d’établissements publics comme le Port Autonome. Pouvez-vous me citer des investissements significatifs réalisés par la ville ces dernières années ? Après nous avoir fait croire qu’il fallait payer l’hotel de ville-bonbonnière pendant une quinzaine d’années, l’équipe municipale actuelle gesticule en saupoudrant quelques dizaines de millions de F CFP par ci et quelques autres dizaines de millions par là ( ah le gazon artificiel et nauséabond du stade de Tipaerui…) Rien n’est fait pour la qualité de vie des 80 à 100.000 citadins qui la fréquentent quotidiennement ( à l’exception de la petite brigade qui s’évertue à entretenir les rare parterres de fleurs perdus dans la jungle automobile urbaine…). On est vraiment loin de la gestion municipale d’une ville similaire en France métropolitaine…
  • De manière générale, la “propreté” et le traitement des déchets laissent à désirer, notamment dans les îles. Pourtant les personnels communaux sont généralement pléthoriques ;
  • L’absence de transports en commun dignes de ce nom du fait d’un laisser aller coupable des pouvoirs publics face à une corporation irresponsable ;
  • Des taxis dont le mode de fonctionnement est aberrant : plutôt que de circuler intensivement en transportant plutôt des résidents à des tarifs raisonnables, ceux-ci préfèrent arnaquer les touristes par des rares courses aux prix exorbitants. Publicité négative et cercle vicieux assurés !
  • Des milliers de chiens errants dont on commence à peine à s’occuper ;
  • L’absence de parcs, de jardins publics, d’aires de jeux,  de parcs naturels, de sentiers de randonnées balisés dignes de ce nom ;
  • L’absence de police verte visant à sanctionner les gestes inciviques d’une minorité de nos compatriotes ;
  • L’absence de centres commerciaux et de complexes cinématographiques récents ;
  • L’absence de centre de congrès ;
  • Des cliniques privées indignes d’un pays à haut niveau de vie ;
  • Des infrastructures hotelières qui exploitent notre patrimoine naturel exceptionnel sans proposer une qualité de service conforme à leur positionnement “haut de gamme” et au niveau de prix affiché : restauration hors de prix, absence de vraie cuisine gastronomique, prix des boissons exorbitant… alors même que le Pays exonère de taxes beaucoup de ces produits à hauteur de plusieurs centaines de millions de F CFP chaque année. Les incitations fiscales du Pays n’ont donc plus de contre-partie visible de la part des hoteliers en termes de prix ;
  • De nombreux “spas” qui ne sont pas à la hauteur des prix pratiqués, en l’absence de personnels qualifiés ;
  • Des activités para hotelières, elles aussi hors de prix, effet pervers, mais logique d’un niveau général des coûts et des prix trop élevé dans l’ensemble de l’économie ;
  • Des évènementiels trop nombreux, morcelés… et donc peu professionnels. C’est seulement l’année prochaine que les principaux évènementiels, suffisamment programmés à l’avance seront “communiqués” aux touristes potentiels ;
  • Un musée bureaucratisé et un autre à l’abandon… ;
  • Une culture “folklorisée” dans l’enceinte des hotels et de plus en plus déconnectée de la vie quotidienne des polynésiens ;
  • Un village culturel “associatif” privé qui essaie de faire revivre un village tahitien, et ce, sans aucune subvention publique ;
  • Un heiva nombriliste et ésotérique pour les “allochtones” ( car l’élite des autochtones le veut comme tel…) ;
  • Des îles ennuyeuses dès la nuit tombée, sauf, éventuellement, pour les honeymooners qui peuvent profiter des charmes de leur bungalows hors de prix ;
  • Un hébergement chez l’habitant disparate,  de plus en plus concurrencé par l’hotellerie classique et dont on a du mal à discerner le bon grain de l’ivraie. On est souvent loin du “boutique hotel” à l’anglo saxonne, du “bed end breakfast” de qualité néo-zélandais, ou de l’hébergement chez l’habitant de charme à la française… ;
  • La privatisation des bords de mer ;
  • L’absence de valorisation d’un éventuel patrimoine architectural historique ( disparu de toutes les façons depuis belle lurette…) ;
  • L’insécurité de certaines routes de desserte intérieure, dont certaines sont livrées à des racketteurs professionnels qui se réfugient derrière des “prétextes fonciers”;
  • Des syndicats d’initiative locaux et autres “comités du tourisme” préoccupés par leurs budgets de fonctionnement et qui étalent au grand jour leurs divisions ;
  • La dégradation accélérée des sites touristiques du fait de l’incivilité de certains ;
  • La reproduction d’évènements culturels au public de plus en plus confidentiel ( à l’exemple de multiples salons artisanaux éparpillés à droite et à gauche tout au long de l’année) ;
  • L’absence de mise en valeur de marchés municipaux ou locaux “typiques” ;
  • L’abandon de multiples petits centres touristico-commerciaux dans nos principales îles touristiques ( notamment à Moorea), du fait de la dispersion et de l’éparpillement des initiatives qui empêchent ces infrastructures spécialisées d’atteindre une taille critique ( les îles hawaiiennes ont su ne pas tomber dans ce travers). Les projets urbanistiques qui ont une vision d’ensemble font cruellement défaut ;
  • Les maisons artisanales qui vivôtent ou à l’abandon…

J’arrêterai là cet inventaire exclusivement et délibérément à charge. Il se veut illustratif du fait que c’est notre stratégie de développement globale qui est en jeu : si celle-ci contribue à restaurer une qualité de vie pour l’ensemble des citoyens polynésiens, elle améliorera nécessairement notre attractivité touristique. Il n’y a donc pas une politique de développement touristique sectorisée et compartimentée d’un côté, et une politique de développement “générale” de l’autre.

C’est en ce sens qu’une “stratégie de développement durable globale” associant le Pays, l’Etat et les Communes est à bâtir et à mettre en oeuvre d’urgence. C’est dans ce cadre général mobilisateur que les acteurs privés seront motivés pour améliorer leurs propres activités de production de biens et de services, notamment dans le secteur touristique. En l’absence d’une telle mobilisation collective, il ne faudra pas s’étonner de nos piètres performances touristiques.

Ceci étant dit, celà n’exonère pas nos responsables du tourisme polynésien d’une stratégie efficace. J’y viendrai dans mon prochain billet.

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