“ Nous l’avons fait au service d’un projet, au service d’une vision : celle d’une France qui rayonne dans le monde, d’une France dans laquelle chacun trouve sa place dans le respect de son identité” (Nicolas SARKOZY -discours du 6 novembre 2009).
A la lecture du discours du Président SARKOZY à l’occasion du récent conseil interministériel de l’outre mer, j’ai été pris d’un grand scepticisme. Bien sûr, le Président de la République se devait de fixer des orientations en faveur de l’outre mer en général, mais j’ai eu du mal à en discerner les implications pour la Polynésie française.
Certes, le Président a rappelé que la Polynésie française a permis à la France d’être une grande puissance nucléaire, elle permet à la France d’avoir la deuxième plus grande Zone économique exclusive maritime, presqu’à égalité avec les Etats-Unis et participe à la grande biodiversité de l’ensemble français. Mais la loi du nombre et l’origine guadeloupéenne de la nouvelle “Ministre de l’outre mer” qui n’a pas caché ses ambitions politiques pour la Guadeloupe, fait que le Président a focalisé son regard sur les Antilles et la Réunion.
Les solutions au coût de la vie très élevé outre mer ne concernent pas la Polynésie : il n’y a pas d’observatoire des prix en fonctionnement et il n’y a pas de réelle concurrence entre grandes enseignes. Quand à la saisine de la haute autorité de la concurrence, il me semble que ce ne soit pas possible pour la Polynésie autonome.
Le “Small Business Act” ? Le moratoire des dettes du secteur touristique ? Le soutien aux filières agricoles ? le Pôle en charge de l’outre mer à Bruxelles ? La priorité à l’affectation d’ultra marins en outre mer dans le cadre de la fonction publique d’Etat ? “L’océanisation” des cadres de la haute fonction publique d’Etat ? La lutte contre l’illettrisme ? Le rayonnement international de l’Université ? Les centres hospitaliers d’excellence ? L’intensification des programmes de logement social ? Le développement des énergies renouvelables ? La gestion et la valorisation des ressources naturelles ? Autant de têtes de chapitres intéressantes énoncées par le Président de la République. Il faudra simplement voir si “l’Etat local” en fera une déclinaison chez nous, ici, en Polynésie.
Seule la question de la simplification des procédures d’octroi de visas semble avoir une portée pratique pour nous, notamment en ce qui concerne le développement touristique.
Quant à la participation de la Polynésie aux négociations internationales qui concernent le Pacifique sud, celà a déjà eu lieu dans le passé, notamment lorsqu’il s’est agi de l’interdiction des filets maillants dérivants. Cette avancée, qui plus est inscrite dans notre statut d’autonomie, n’est donc pas une nouveauté pour nous.
D’autre part, l’année 2011 est décrétée “année des outre-mers”.
Il paraitrait aussi que les “comités locaux des Etats généraux” se transformeraient en “comités de suivi des engagements du conseil interministériel à l’outre mer”.
Aimé Césaire écrivait en 1941 que “les hommes de bonne volonté feront au monde une lumière nouvelle”. Pour la Polynésie, je vois une petite lueur, mais la lumière ne m’éblouit pas encore…
*********

Rappel des principales mesures du conseil interministériel à l’Outre Mer:
CONCURRENCE, MARCHE, PRIX :
- abaissement des seuils de notification des opérations de concentration dans le secteur de la distribution de détail
- constitution d’un marché commun du plateau des Guyane(s), notamment avec le Brésil
- aide aux ménages modestes pour souscrire un abonnement téléphonique
PRODUCTIONS LOCALES :
- nomination de trois commissaires au développement endogène aux Antilles, en Guyane et dans l’Océan Indien
- PME : création d’un fonds d’investissement de proximité permettant de défiscaliser à 50% l’investissement dans les capitaux propres d’une entreprise et d’un fonds de garantie à destination des petites et moyennes entreprises
- 40 millions d’euros dès 2010 pour développer les productions agricoles
GRANDS PROJETS STRUCTURELS :
- tourisme : moratoire sur les dettes sociales patronales pour un an et plans d’apurement sur trois à cinq ans, bonification des chèques vacances s’ils sont dépensés outre-mer, groupe de travail sur la possibilité de desservir les Antilles depuis Roissy en 2011
- rendre l’outre-mer autonome sur le plan énergétique d’ici 20 ans : l’Etat va revaloriser de 20% les tarifs de rachat d’énergies propres outre-mer
- la Guyane deviendra une base avancée pour la préparation des sportifs de haut niveau pour la préparation de la Coupe du monde de football au Brésil (2014) et pour les Jeux Olympiques de Rio (2016)
- santé : création d’un cursus complet des études médicales aux Antilles et d’une filière hospitalo-universitaire à la Réunion
- logement social : mise à disposition gratuite de terrains non utilisés de l’Etat, assouplissement des règles d’utilisation des aides, en autorisant les porteurs de projets à se substituer aux communes pour le financement de la surcharge foncière, garantie du niveau des moyens budgétaires de l’Etat sur cinq ans
- défiscalisation pour les câbles sous-marins
GOUVERNANCE :
- extension du pouvoir de substitution des préfets en cas de carence de la collectivité locale
- contreseing du ministre de l’outre-mer pour les nominations des chefs de service de l’Etat
INSERTION DES TERRITOIRES DANS LEUR ENVIRONNEMENT REGIONAL :
- autoriser plus largement la participation des autorités locales, sous mandat, à la négociation d’accords internationaux ayant un impact régional
- organiser un sommet international de chefs d’Etat pour relancer la coopération régionale dans la zone Caraïbes
- assouplissement du régime de 130 visas
EGALITE DES CHANCES :
- nomination d’un sous-préfet à la cohésion sociale et à la jeunesse dans chaque département d’outre-mer et à Mayotte
- diminuer de moitié en cinq ans l’écart entre l’outre-mer et la métropole en matière d’illettrisme
CULTURE :
- faire de 2011 une année de célébration des départements et collectivités d’outre-mer en métropole
- création d’une agence nationale de promotion des cultures de l’outre-mer
- renforcer la visibilité de l’outre-mer dans l’offre télévisuelle nationale et diffuser France ô (actuellement chaîne locale gratuite de la TNT en Ile-de-France) sur l’ensemble du territoire national
Sur les 137 mesures annoncées, 71 sont “transversales“, intéressant “la plupart” des 12 collectivités ultramarines, dont les 4 DOM (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion). Leurs conséquences financières vont s’étaler sur 5 à 10 ans mais leur première traduction budgétaire interviendra dans le collectif budgétaire de 2009.
Une seule mesure est chiffrée précisément: le programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité des départements français d’outre-mer (POSEIDOM) sera abondé de 40 millions d’euros “dès 2010” pour “permettre la diversification et le développement de filières agricoles“.
La reprise mondiale s’annonce très fragile, sauf dans les principaux pays émergents comme la Chine et l’Inde. Les plans de relance massifs font donc sentir leurs effets sur l’activité économique, mais les effets sur l’emploi seront différés.




Après l’arrivée en fanfare dans le troisième millénaire, avec une année 2000 particulièrement faste au plan économique et social , la Polynésie française va de désillusions en désillusions. Le ralentissement de la croissance a fait place à la stagnation. L’année 2008 a été celle du basculement et 2009 sera l’année de la pire récession que la Polynésie ait connue durant toute son histoire contemporaine. Un cycle s’achève.
Face à la crise économique mondiale, et dans la logique des programmes de relance mis en oeuvre au sein de divers pays développés et des puissances émergentes, les autorités polynésiennes, toutes proportions gardées, ont voulu utiliser les mêmes instruments conjoncturels pour passer un cap très difficile que tout le monde espère le plus court possible.




Face à l’austérité généralisée pour cause de récession économique majeure en 2009, la société civile polynésienne souhaite vivement que les sacrifices soient équitablement partagés, ce qui est, en soi, une preuve de sagesse remarquable.
Pendant que la Ministre Armelle MERCERON, bien esseulée, “monte au front” pour réanimer dans l’urgence le “soldat PSG”, le Président du Pays joue les courants d’air en essayant d’amuser la galerie par des ballons d’essai qui valent leur pesant de cacahuettes. Après l’indépendance par le noni, “l’agriculture bio” est le nouveau dada du moment. Il est clair qu’avec le dossier de la salade un peu trop chargée en produits chimiques, il faut redorer le blason d’une agriculture polynésienne laissée complètement à elle-même.
Mes précédents billets étaient -hélas- prémonitoires. Déclin économique structurel, plan de relance mort-né, ressources publiques en chute libre, comptes sociaux catastrophiques obligent nos décideurs politiques à une “gestion de crise à chaud” dans le désarroi le plus total. Résultat d’une politique à courte vue qui dure depuis au moins 5 ans, où les équipes qui se succèdent à un rythme infernal au pouvoir n’ont pas eu la volonté, ni le temps d’élaborer et de déployer une stratégie globale de développement déclinée en stratégies sectorielles dignes de ce nom.
Face à l’intensification du contexte concurrentiel et aux nouvelles évolutions de la demande touristique internationale, les autorités polynésiennes ont encouragé, cette dernière décennie, la modernisation de l’offre hôtelière positionnée sur le haut de gamme ( via la double défiscalisation nationale et locale) par une plus grande implication des investisseurs polynésiens et la maitrise de la desserte aérienne par la création et l’expansion de la compagnie aérienne “Air Tahiti Nui”. Ces axes majeurs de la stratégie ont mobilisé plusieurs dizaines de milliards de F CFP d’aides publiques, sous forme de moins values fiscales et d’aides à l’exploitation.
La Polynésie française possède un patrimoine naturel exceptionnel : c’est son avantage comparatif touristique principal. Malheureusement, cette “base” naturelle extraordinaire, seule, ne peut plus justifier un environnement général médiocre et un prix des biens et des services exorbitant.