Publié par : hirofarepote | février 9, 2010

La Polynésie va faire une cure de solaire

Treize projets d’énergie solaire ont été annoncés récemment par le gouvernement sans plus de détails. Il semble donc qu’après plusieurs années d’inertie, et bien après la Réunion, leader ultra-marin, nous nous fassions, nous aussi, une « cure de solaire ». Ce dernier a effectivement sa place dans notre « futur mix énergétique ».

Non. Nous n’aurons pas d’unité de production de panneaux photovoltaïques : la Chine, les Etats-Unis, quelques pays européens, dont la France entrée tardivement dans la course, devraient monopoliser les usines et les emplois industriels dans ce domaine. Nous ne serons que des utilisateurs, parmi d’autres, de ces panneaux.

Pour nous équiper de panneaux et de mini centrales solaires, il faudra mettre en concurrence ces sociétés-leaders au plan international et profiter de la chute des prix occasionnée par une surproduction conjoncturelle de panneaux solaires, notamment en Chine, et la multiplicité de projets de construction de nouvelles usines. Cette baisse des prix, accompagnée d’une amélioration progressive des rendements ( technologie en couches minces en substitution à la technologie silicium, en attendant les nanomatériaux…), est donc une aubaine pour la Polynésie.

Pour profiter de ce cercle vertueux, il serait souhaitable de lisser notre demande et nos projets sur les 5 à 10 prochaines années en vue de répercuter les baisse des coûts d’investissement et la hausse des rendements issus de l’innovation technologique sur les prix de notre futur « mix énergétique ». Vitesse, oui, précipitation, non…

Les mécanismes de péréquation seront relativement complexes à instaurer. Il appartiendra à l’autorité publique de réguler l’ensemble du système :

  • par une maitrise des aides au titre de la défiscalisation, nationale et territoriale, des exonérations, des subventions, des mises à disposition de terrains… ;
  • par une répartition harmonieuse des futures centrales sur l’ensemble du territoire ( par exemple sur les friches militaires ? mise à disposition gracieuse de terrains non agricoles ?….) ;
  • par une bonne insertion de ces centrales (ou parcs photovoltaïques) dans le « paysage » ( étude d’impact) ;
  • par la fixation définitive d’un prix de rachat de la production d’électricité solaire par le réseau de distribution suffisamment attractif pour les investisseurs ( subvention financée, in fine, par nos impôts) ;
  • par l’intégration du prix du solaire dans le prix global final payé par l’ensemble des consommateurs polynésiens, l’enjeu final étant de baisser ce prix de l’électricité considéré comme l’un des plus élevés au monde.

Résoudre cette quadrature du cercle implique d’être très vigilant sur les projets et les porteurs de projets de production d’énergie solaire : en effet, de mauvais choix initiaux peuvent pénaliser l’ensemble de la filière énergétique pendant des décennies.

A première vue, on voit émerger des investisseurs locaux relativement diversifiés : le groupe Wane-Carrefour, le groupe Pacific Pétroleum-Moux, le groupe Auroy, le groupe EDT

Cette diversité d’investisseurs est déjà intéressante pour la collectivité. Un dicton ne dit-il pas qu’il faut éviter de mettre tous ses oeufs dans le même panier ? Dans ce domaine, en effet, il faut éviter deux écueils : un trop grand émiettement ou une trop grande concentration des opérateurs.

Par exemple, pour la construction de centrales solaires, il serait « sain » de mettre en concurrence les investisseurs, extérieurs ( EDF énergies nouvelles, investisseurs qui investissent dans les DOM…) comme locaux. Pourquoi pas par des systèmes d’appels d’offres ou d’appels à projets, traduction du volontarisme du Pays, qui créérait une saine émulation entre divers porteurs de projets ? Sinon, le risque est grand de voir toujours les mêmes « chasseurs » de défiscalisation, d’exonération de droits sur les matériels importés ou de subvention, faire main basse sur cette filière solaire à construire.

Dans le domaine de l’installation de panneaux solaires chez les particuliers, la porte est grande ouverte pour des entreprises artisanales dynamiques. Le potentiel de marché est immense, puisqu’il se chiffre sur le moyen terme ( d’ici à 10 ans) à au moins 20.000 foyers. Là aussi, une saine concurrence serait souhaitable pour empêcher l’envolée des coûts d’installation au détriment des consommateurs, alors même que les prix des panneaux solaires devraient diminuer parallèlement à l’amélioration de leurs performances.

Premier équipement, puis maintenance : le « gisement » d’emplois en faveur de nos jeunes peut être estimé à plusieurs centaines. Des emplois autrement plus gratifiants que celui de vendeurs de paka…

Cette « économie solaire » est l’un des principaux axes de concrétisation de « l’économie verte » polynésienne. Encore faut-il qu’un immense effort de formation soit mis en oeuvre pour que ces entreprises artisanales puissent recruter le personnel qualifié nécessaire à l’installation de ces système de panneaux solaires sur les toits de nos maisons. Pourquoi pas, aussi, des « fare MTR » de nouvelle génération qui permettraient d’intégrer, en option, des « kits » de panneaux solaires producteurs d’énergie ?

Il est donc primordial que le Pays effectue une veille technologique et économique de l’évolution de l’industrie solaire dans le monde, ne serait ce que pour ne pas se faire « embobiner » par certains aventuriers à l’affut de « bonnes affaires »( importants crédits d’études, surfacturation d’équipements éligibles à la défiscalisation…). La présence locale de l’Adème peut largement y contribuer, à condition que la technologie française soit évaluée selon les mêmes critères de performances et de prix que les technologies d’autres Pays…

Oui, faisons notre cure de solaire, mais de manière « intelligente » pour le bénéfice, avant tout, des consommateurs polynésiens.

Publié par : hirofarepote | février 7, 2010

L’Etat peut-il se poser en donneur de leçons ?

Madame Marie-Luce PENCHARD, Ministre « des outre-mers », se met dans la même foulée que ses prédécesseurs en tenant un discours de « responsabilisation » aux élus de notre « petite collectivité locale ». En substance, le discours asséné est le suivant : « vous avez voulu votre autonomie, mais vous l’avez mal assumé ces dernières années. En conséquence, l’Etat va vous « inciter » à remettre de l’ordre dans votre maison, quitte à « encadrer » cette autonomie que vous avez tant de mal à assumer ».

Tous les moyens de pression « subtils » de l’Etat sont utilisés pour ce recadrage :

  • pas de financements supplémentaires de l’Etat sous forme de « chèque en blanc » ;
  • si financement de l’Etat il y a, il faudra au préalable lui transmettre des « dossiers en béton » et dans le cadre de « vrais » documents d’orientation stratégiques ;
  • de toutes les façons, s’il y a appel à la solidarité nationale, il faudra que le Pays épuise d’abord la « solidarité territoriale », par l’instauration, par exemple, d’un impôt sur le revenu ;
  • les organismes financiers maitrisés par l’Etat ( CDC, CAECL, AFD…) ne vous prêteront de l’argent que si l’Etat leur donne le feu vert, c’est à dire si vous êtes ou redevenez de « bons élèves », c’est à dire des élèves obéissants ;
  • d’ici là, l’Etat transforme unilatéralement la DGDE en DGA, maitrise son actualisation, et si on vous lâche du lest pour l’usage de 60 % de cette DGA en fonctionnement, l’Etat « copilote » la partie « investissement » et affecte une dotation d’un milliard aux communes (collectivités locales pourtant sous la « tutelle » de l’Etat…). On habille cette reprise en main de la DGDE par une pseudo convention, ceci pour que vous (« élus locaux ») ne perdiez pas la face devant les polynésiens;
  • l’Etat poursuivra dans cette logique, mais ne croyez pas que c’est parce que l’Etat n’a plus de sous. Non, l’Etat veut un « vrai partenariat responsable et durable ».

L’Etat a donc signé la fin de la « récré », tant nos élus locaux, ces « grands enfants », se sont égarés dans l’irresponsabilité sous forme d’instabilité et de gaspillage des deniers publics. Nos élus ont, en quelque sorte, donné le bâton à l’Etat pour se faire battre…

L’Etat omniscient et son bras armé de Hauts, Moyens et Petits fonctionnaires, forcément compétents, notamment en matière de gestion des comptes publics (il n’y a qu’à lire les rapports annuels de la Cour nationale des comptes pour s’en convaincre…), reprend donc la main et le fait savoir. On l’a bien vu avec la « Loi Estrosi » qui devait règler par un coup de baguette magique « l’Instabilité » …

Cette logique est paradoxale par rapport aux évolutions souhaitées pour les DOM. En effet, la gestion directe par l’Etat de nombreux pans de l’activité économique et sociale des DOM a conduit, de l’avis de tous les observateurs, à des résultats désastreux qui se traduisent par plus de dépendance financière, économique et sociale, plus de transferts publics, plus de défiscalisation, plus de RSA, plus d’exonérations sociales, voire plus d’aides salariales directesBref, par plus « d’assistanat ».

Quelle est la réponse de l’Etat pour les DOM ?  C’est….. « plus d’autonomie » ! Proposition de nouveaux statuts « sur mesure », collectivité unique, transferts de plus de compétences aux élus locaux… En effet, l’Etat, ainsi que ces élus locaux, estiment qu’on ne peut décider de « l’avenir de ces collectivités depuis Paris ». Il faut croire que nos leaders autonomistes historiques ont eu le tort d’avoir eu raison trop tôt…

Il faut donc croire que l’Etat souhaite une « autonomie encadrée » pour toutes ses collectivités d’outre-mer. L’apprentissage de la responsabilité est forcément long, n’est ce pas ? …

Mais l’Etat peut-il se poser en « donneur de leçons » en matière de bonne gouvernance ?

Le déficit budgétaire annuel de l’Etat explose : pour cause de crise, il dépasse allègrement plus de 8 % du PIB ( les 3 % « exigés » par la Commission européenne sont bien loin…), alors que, dans le même temps, le budget de la Polynésie française ne peut accuser de déficit….

L’endettement de l’Etat devrait, dès 2010, franchir le seuil de 80 % du PIB. L’endettement de la Polynésie se situe, quant à lui, aux alentours de 15 % du PIB polynésien…

Les comptes sociaux de la Nation poursuivent leur descente aux enfers : déficit de la sécurité sociale, déficit des comptes de la santé, déficit des comptes de l’allocation chômage, déficit des régimes de retraite de base et complémentaires…

La maitrise, puis la réduction de tous ces déficits publics et sociaux est à l’ordre du jour, à commencer par l’urgente réforme de la retraite. Gros chantiers en perspective pour François FILLON, notre premier ministre…

Mais ne croyez pas, bonnes gens des outre-mers, que « l’Etat-Responsable, Omniscient et Compétent » n’a plus de sous. Non, non, non, il suffit que vous soyez aussi responsables et matures que lui. Suivez donc l’exemple de l’Etat !

Aussi, « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais »….

Vous êtes peut être comme moi : j’ai du mal à être convaincu. Et pour cause !

Pour éviter une gigantesque crise mondiale, les Etats se sont substitués aux entreprises et aux ménages pour maintenir autant que faire se peut l’activité économique. Ainsi, au sein du G 20, l’expansion budgétaire concertée s’élèverait d’ici la fin 2010 à 5.000 milliards de dollars !

En effet, le sauvetage du système économique mondial exigeait de mettre entre parenthèses les règles orthodoxes de l’équilibre budgétaire.

Les budgets publics ont été pris dans un « effet de ciseaux ». D’une part, la baisse de l’activité, les difficultés des entreprises et des ménages ont fait fondre les recettes fiscales, ainsi que les cotisations sociales nécessaires au financement de la protection sociale. D’autre part, les dépenses publiques ont continué leur progression, d’autant plus qu’il fallait lancer des plans de relance plus ou moins massifs selon la situation économique et sociale de chaque pays.

La Polynésie française n’a pas échappé à cet effet de ciseaux : le budget du Pays et le budget de la Caisse de prévoyance sociale ont joué ce rôle « d’amortisseur  » de la Crise. Nos dépenses publiques et nos dépenses sociales ont continué sur leur lancée des années passées.

Par contre, contrairement aux Etats souverains, le budget de la Polynésie française ne peut pas accuser de déficits. Cependant,  la question du financement des dépenses publiques reste entière et c’est l’emprunt auprès des institutions bancaires et financières qui a, bien sûr, servi de « variable d’ajustement » en vue de maintenir autant que faire se peut l’activité économique.

Le gouvernement précédent à même lancé un « plan de relance », mais comme je l’ai déjà dit lors de billets précédents, celà n’a été qu’une opération de communication à l’adresse de l’opinion et des entreprises. En effet, notre Ministre des finances de l’époque, en même temps qu’il donnait de la main droite des financements pour la relance, réduisait de manière drastique les dépenses de fonctionnement de la main gauche. Résultat sur l’activité économique : nul.

En ce qui concerne le budget de la CPS, la Ministre de la Solidarité, Madame Armelle MERCERON, , a préféré laissé filer les déficits pour ensuite « proposer » tout récemment un remède de cheval, comme pour « surcompenser » un laxisme coupable. Difficile de se poser en « donneuse de leçons » dans ces conditions… puisque rien n’a été fait et que tout reste à faire.

A l’heure actuelle, je ne connais pas la situation des comptes publics du Pays, mais il y a fort à parier que la situation budgétaire doit être très tendue. Pour la CPS, même s’il faut « lisser » les mesures  de sauvegarde à prendre, notamment en ce qui concerne la résorption du déficit cumulatif du système de financement de notre Santé et la consolidation du régime de retraite, l’attentisme actuel ne peut perdurer.

La situation budgétaire restera très tendue tant qu’une reprise soutenue ne s’installera pas. En effet, comme je l’ai déjà précisé, relever les impôts ou tailler dans les dépenses trop tôt risquerait de « casser » la reprise et serait donc – au regard du sinistre que connaissent nos principaux secteurs d’activité économique – contre-productif.

Aussi, le Président-Ministre des finances doit réguler de manière très, très fine, la gestion budgétaire du Pays : un vrai travail d’orfèvre et d’équilibriste, notamment pour ce qui est du volume d’emprunt nécessaire au budget 2010. La confiance des bailleurs de fonds est encore plus nécessaire en cette période, sous peine d’un durcissement des conditions d’emprunt, et ce , en étroite corrélation avec la dégradation de notre notation par Standard and Poors.

Il faut aussi espérer que l’Etat nous accompagnera dans cette période difficile et n’en profitera pas pour « encadrer » encore plus notre autonomie. Le soutien des organismes financiers sous sa tutelle ( AFD…) sera un test de ce point de vue.

Viendra, bien sûr, le moment où il faudra revenir à l’orthodoxie budgétaire et à la réduction de l’endettement du Pays. Choisir le moment et l’ampleur de cet « assainissement » budgétaire sera une tâche très délicate, car il devra être concomitant avec notre redressement économique. Quand ce redressement  se produira-t-il ? That is the question.

Je me suis déjà risqué à un pronostic pour l’année 2010 : on assistera, au mieux, à une certaine stabilisation par rapport à 2009. Si la reprise mondiale est au rendez-vous comme annoncé par le FMI (forte pour les pays émergents, « molle » pour les pays développés), on peut espérer une certaine reprise de l’économie polynésienne en 2011. Nous aurons donc un temps de décalage et d’ici là, il faudra que le budget du Pays joue encore son rôle de soutien de l’activité économique en 2010.

On peut toujours espérer que l’investissement privé anticipe quelque peu la reprise. Et de ce point de vue, l’annonce de 13 projets d’investissement dans le domaine des énergies renouvelables est du pain béni par les temps qui courent. Encore faut-il que, là aussi, les effets d’annonce se concrétisent dès 2010. Croisons les doigts…

C’est désormais officiel : 2009 fut la pire année de l’histoire du transport aérien international, marquée par un recul du trafic - exprimé en revenu par passager par kilomètre transporté -de 3,5 %, sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a indiqué hier l’Association du transport aérien international (Iata). « Nous avons perdu l’équivalent de deux ans et demi de croissance pour le trafic passagers  », a estimé le directeur de l’Iata, Giovanni Bisignani, qui s’attend aussi à une année 2010 difficile. « Le pire est derrière nous, mais il n’y a aucune raison de se réjouir, a-t-il souligné. L’amélioration des recettes va bien moins vite que celle du trafic et le retour à la profitabilité sera encore plus lent pour les compagnies, qui devraient perdre quelque 5,6 milliards de dollars en 2010 », prévient-il.

Pour 2009, les pertes cumulées des 230 compagnies de l’Iata sont estimées à 11 milliards de dollars, qui s’ajouteront aux 38 milliards perdus depuis 2000. Mais plus que ces pertes astronomiques, c’est la chute du chiffre d’affaires qui a caractérisé cette année noire. Pour freiner la chute du trafic et continuer à faire voler leurs avions, les transporteurs aériens ont en effet cassé les prix, tandis que la clientèle d’affaires s’est reportée massivement sur la classe économique. Résultat, le chiffre d’affaires cumulé des compagnies de l’Iata, qui représente 93 % du trafic aérien international, a reculé de 79 milliards de dollars l’an dernier, à 456 milliards. Soit un recul de près de 15 %.

Autre particularité de cette année de crise : contrairement aux précédentes, elle n’a épargné aucune zone géographique, à l’exception notable du Moyen-Orient, qui a préservé une croissance de 11,2 %. La baisse annuelle atteint ainsi 5,6 % en Amérique du Nord, 5,6 % en Asie et 5 % pour l’Europe.

Cependant, pour le troisième mois consécutif, la reprise de l’activité passagers s’est confirmée et même amplifiée en décembre 2009, avec un trafic en hausse de 4,5 %, pour une offre stable (- 0,7 %). La tendance est particulièrement forte en Asie, où le trafic a bondi de 8 %, sans parler du Moyen-Orient, qui termine l’année par un bond de 19,1 %. Certes, l’Europe et l’Amérique du Nord restent encore à la traîne, respectivement en baisse de 1,2 % et 0,4 %. Mais la baisse du trafic y est désormais nettement inférieure à celle de l’offre, ce qui devrait permettre aux compagnies européennes et américaines d’améliorer leur taux de remplissage et éventuellement leur recette unitaire.

Dans ce contexte général, le redressement d’Air Tahiti Nui entamé en 2009 est une performance relative à souligner. Rappelons en les données telles qu’exprimées par le Président Directeur Général de la compagnie, Monsieur Christian VERNAUDON :

Selon les prévisions de la compagnie, l’équilibre devrait être atteint en 2010, grâce notamment à l’approfondissement de la complémentarité avec Air France,  l’optimisation de l’usage d’un avion ( charters…), par ailleurs nécessaire en haute saison et la poursuite d’accords avec diverses compagnies aériennes internationales.

Ce redressement d’Air Tahiti Nui est fondamental pour le Pays et l’industrie touristique polynésienne. En effet, vu le choix du Pays de miser sur cette compagnie pour assurer le développement touristique du Pays et l’absence de desserte de la Polynésie par de nouvelles compagnies, ATN est devenu un vecteur stratégique sur lequel repose notre avenir touristique. Les grandeurs rappelées lors d’une récente conférence de presse sont révélatrices de l’impact d’Air Tahiti Nui dans l’exportation de services de transport ( une vingtaine de milliards de F CFP par an à proportion de 75 % des touristes visitant la Polynésie transportés par ATN ) et de services touristiques ( 40-42 milliards de F CFP par an).

Cette importance stratégique n’est pas exempte de difficultés :

  • le redressement exige d’améliorer la recette unitaire par passager et ce, au détriment de la demande de baisse des tarifs exprimée par les consommateurs, les tours opérateurs et les hoteliers. De même, la compagnie aérienne intérieure, Air Tahiti, en déficit depuis 2 ans, aurait aussi intérêt à transporter plus de touristes dans les iles et donc à solliciter une baisse des tarifs d’ATN ;
  • pour cette dernière raison, il n’est pas sain qu’une même personne cumule deux fonctions de PDG des deux compagnies aériennes, car il y a risque de conflits d’intérêts. Monsieur Christian VERNAUDON doit donc arrêter de cumuler ces deux fonctions et choisir une fois pour toute.

Il est clair qu’ATN doit poursuivre son redressement à l’abri de tel ou tel lobby, mais il est aussi clair que le Pays ne peut s’abstraire de sa fonction de régulation en arbitrant entre ces logiques contradictoires pour fixer l’équilibre économique général.

Publié par : hirofarepote | janvier 25, 2010

Que nous réserve Honotua ?

Les Technologies de l’Information et de la Communication ( TIC) font désormais partie du quotidien des polynésiens, même si la fracture numérique sévit du fait du poids exorbitant de ces dépenses au sein de la structure de consommation des ménages. En effet, on peut évaluer qu’une offre de type « triple play » coûte en Polynésie française l’équivalent de 30 à 40.000 F CFP par mois, ce qui serait un coût excessif pour un citoyen « moyen » européen ou américain. Actuellement, les offres de type « triple play » qui se généralisent en France métropolitaine se situent aux alentours de 4000 à 6000 F CFP par mois. On est donc dans un rapport de un à dix ! Il est clair que la situation monopolistique des services TIC de base ( OPT, Tikiphone, Mana, TNS) ne vont pas faciliter le nécessaire rapprochement des conditions d’accès de tout citoyen français (qu’il soit sur le continent européen ou outre-mer) à ces services …

En ce qui concerne internet, à défaut de communication transparente des filiales de l’OPT sur ces questions,  les observateurs « estiment » le nombre d’internautes polynésiens à plus de 130.000 ( 27.000 foyers et 3500 entreprises connectées), soit quasiment la moitié de la population polynésienne.

Nonobstant les rebondissements judiciaires attendus sur la passation du contrat et l’attente de toutes les autorisations règlementaires des autorités américaines, la société Alcatel-Lucent Submarine Network procède actuellement à la pose du cable entre Hawaii et la Polynésie française.

Le montant de l’investissement total du projet est évalué à 9,5 milliards de F CFP. L’apport public dans le financement du projet est très significatif : subvention du Pays de 1,5 milliard de F CFP et défiscalisation nationale. La durée de vie « économique » d’un cable sous-marin est estimé à 25 ans. Mais je suis sûr que, comme pour les centrales nucléaires, cette durée de vie peut être facilement prolongée…et modifier le calcul économique des commerciaux de l’OPT…. à la plus grande satisfaction des consommateurs polynésiens…

A la mise en service de Honotua, les débits disponibles seront multipliés par deux, mais l’OPT annonce que les tarifs d’abonnement ne baisseront que de 20 % par rapport à ceux pratiqués aujourd’hui, ce qui est largement insuffisant.

Les applications du haut débit seront enfin possibles : téléenseignement, télémédecine, télétravail, accès à des bouquets de chaines plus diversifiés, service pay perview, télévisions à péage,visioconférences, téléchargement plus rapide de fichiers volumineux ( films, podcast…). De même, avec l’explosion prévisible de l’internet mobile, les besoins de volume en haut débit vont augmenter de manière exponentielle. Avec quelques mois ou quelques années de retard par rapport à des pays ou des iles de la région, la Polynésie française rejoint le « monde numérique » moderne. Il était temps.

Cependant, le cable haut débit n’est qu’un moyen au service du déploiement d’une économie numérique. Nos entreprises sauront-elles se saisir de cette opportunité ? Les dizaines de sociétés de services spécialisées dans le domaine des TIC vont-elles adapter leurs offres de services et de prix en conséquence ? L’OPT a-t-il intégré toutes les menaces ( pour le monopole, mais opportunités pour le consommateur) que font peser des système tels que Skype sur son activité de base ? Envisage-t-il de diversifier ses offres de services en vue de compenser ces pertes potentielles de chiffres d’affaires ? Va-t-on voir émerger de nouvelles sociétés de services qui vont nous faciliter l’accès à toutes les possibilités de l’économie numérique ? Il est clair qu’il y a là de nombreuses opportunités d’emplois, notamment pour les jeunes générations qui baignent déjà dans cet univers numérique.

En effet, n’oublions pas que le cable haut débit permet des flux entrants, mais aussi des flux sortants. Or, « l’outsourcing » ( externalisation) de multiples activités est un risque pour la Polynésie française, faute d’adaptation de certaines professions. Le développement fantastique de l’Inde est en partie dû à cette externalisation de multiples activités des pays développés vers ce Pays. La ville de Bangalore, par exemple, s’en est fait une spécialité ( services comptables, services bancaires, callcenters, réalisation de films d’animation, bases de données spécialisées…)

Qu’en sera-t-il du e-business, à l’état embryonnaire ici ? Combien d’entreprises locales ont leur site internet, vecteur de communication devenu complètement banal dans les pays développés ? Ne parlons même pas du e commerce, activité avec laquelle quelques petites entreprises locales tentent de survivre, alors que le potentiel est important pour un système archipélagique comme la Polynésie.

Là aussi, les coûts et les prix dans ce secteur d’activité des TIC sont exorbitants par rapport aux standards actuels des pays développés. Or, les TIC sont un facteur de compétitivité globale pour tout le reste de l’économie. C’est dire si l’enjeu de l’accessibilité des services TIC à tous les foyers et toutes les entreprises est essentiel pour l’économie polynésienne du troisième millénaire.

Dans ces conditions, le modèle économique de base de l’OPT doit être reconsidéré. Les pouvoirs publics ( Etat et Pays) qui ont pris une part importante du financement du projet Honotua ne doivent pas laisser l’opérateur OPT s’installer dans une « logique de rentabilité globale » visant à compenser des pertes de chiffres d’affaires sur certaines de ses activités traditionnelles par de nouvelles vaches à lait logées dans ses filiales par des mécanismes de « compensation » ou de « péréquation » internes au conglomérat. Il en va de la persistance ou de la réduction de la fracture numérique au sein de la population polynésienne. Nos dirigeants politiques devront donc se déterminer clairement face à cet enjeu.

Le débat organisé par RFO sur la concurrence a été intéressant, même si on peut reprocher aux organisateurs d’inviter trop de personnalités dans un temps de débat trop limité. Impossible, dans ces conditions, de développer des argumentaires circonstanciés sans être « coupé » par les journalistes.

Néanmoins, il est apparu nettement :

  • que les « monopoleurs » avaient bien peu d’arguments pour défendre leur position, si ce n’est des anecdotes sur leur mission « sacrée »de service public ( à quel cout et à quel prix pour les « cochons d’usagers » que nous sommes ? ) ;
  • que même ces monopoleurs ne pouvaient aller contre le bien-fondé d’une concurrence saine et loyale, tant elle incite à l’amélioration des performances, à l’innovation, à l’imagination et à la créativité dans la création de nouveaux biens et services, ainsi qu’à l’amélioration de la qualité de service au « client »;
  • que la régulation de tout monopole par la collectivité est nécessaire ;
  • que cette régulation doit être le fait d’une autorité indépendante et compétente, ce qui suppose que les pouvoir publics la crée et lui  donne les moyens nécessaires et suffisants.

J’ai bien noté que l’OPT est « prêt » à affronter la concurrence et donc que ses salariés se sont préparés à « aller sur le ring ». Il me semble d’ailleurs que c’est plutôt à Tikiphone et à Mana de nous dire s’ils sont « prêts » à se battre, tant ces sociétés servent actuellement de vaches à lait au colosse aux pieds d’argile qu’est l’OPT. Notre office, faute de stratégie dynamique d’adaptation, est devenu, en effet, un holding qui obtient les ressources nécessaires à sa survie grâce aux profits plantureux que lui font remonter ses filiales. Qu’en sera t-il quand les profits de ses filiales vont fondre comme neige au soleil face à une réelle concurrence ?

C’est ainsi que les premiers compétiteurs en téléphonie mobile ne vont effectivement entrer sur le « ring » que 7 ans après l’ouverture « théorique » du marché décidé par les pouvoirs publics, qui ont eux-mêmes agi sous la contrainte d’une opinion insatisfaite des services rendus par ce conglomérat public. Il n’en reste pas moins que l’OPT, derrière le  » bombage de torse » de son directeur général, devra s’adapter très rapidement à la nouvelle donne. Il en va de l’avenir de 1200 salariés.

En ce qui concerne le transport de passagers sur les iles sous le vent, le patron du King Tamatoa et le Président directeur général d’Air Tahiti ont bien clarifié leurs positions. La demande de transport des raromatai est multiforme et chacun de ces patrons pense, avec son offre de transport différenciée, tirer son épingle du jeu. La réalité du terrain dira si les calculs économiques de l’un et de l’autre sont vérifiés où s’il faudra procéder à des adaptations. En tous les cas, il y a accord sur le fait qu’il faut donner le choix aux consommateurs et que la concurrence est un stimulant pour améliorer le service et/ou baisser les prix.

Petite remarque au passage : Monsieur Patrick MOUX, fils de l’un des hommes d’affaires les plus puissants du Pays, Monsieur Albert MOUX, patron de l’un des membres de l’oligopole de la distribution d’hydrocarbures,  nous a avoué à demi-mot que Pacific Mobile Télécom n’allait pas se battre sur les prix. En effet, le fait que le conglomérat Moux ait la majorité des actions et que son partenaire Vodaphone était actionnaire minoritaire permettait de « s’arranger entre polynésiens ». Face à cette possibilité « d’arrangement entre amis polynésiens », on en tire donc la conclusion que Tikiphone n’a pas grand chose à craindre de ce concurrent…. En fin de compte, Digicell est le vrai compétiteur et on comprend mieux pourquoi les pouvoirs publics lui mettent les batons dans les roues … D’où la nécessité d’une autorité de régulation indépendante.

Dans le domaine de la distribution, « l’ombre » du groupe Wane planait au-dessus du débat, tant son pouvoir de marché est exorbitant du droit commun. Une concurrence réelle entre plusieurs enseignes et une règlementation anti-concentration seront donc nécessaires pour l’amélioration du pouvoir d’achat des polynésiens.

Il est bien dommage que dans ce débat, Monsieur Hiro Tefaarere se soit comporté en « politicien »  hors sujet en ménageant son ami Jean-Paul Barral et en oubliant quelque peu les idées-clefs de son rapport. Il ne s’est pas, en effet,  clairement prononcé en faveur de l’urgence de l’ouverture à la concurrence dans les domaines de la téléphonie mobile et d’internet.

D’une manière plus générale, la Polynésie meurt doucement de l’absence de concurrence dans de très nombreux secteurs d’activité: agriculture, agroalimentaire, grands commerces spécialisés, transport interinsulaire, concessionnaires automobiles, entreprises de manutention portuaire, hydrocarbures, gaz… . Les ententes et les cartels de fait pullulent. Les nouveaux entrants réels ou potentiels se heurtent à de multiples barrières à l’entrée dans telle ou telle activité. Il faut avoir les reins solides pour pénétrer ces activités et éviter les « croche-pieds »… On ne peut que regretter que le pouvoir politique manque de courage politique, et fasse preuve, trop souvent, de complaisance avec les amis ou, pire, de complicité.

Il est vrai aussi que le pouvoir politique n’est pas neutre dans de nombreux domaines. Dans le domaine des télécommunications et de l’électricité, notamment, il est juge et partie. En ce sens, je rejoins Monsieur Florent VENAYRE : seule une autorité indépendante de la concurrence disposant des moyens nécessaires pourra fixer les règles du jeu et les faire respecter.

En résumé, il faut insuffler de l’oxygène dans notre système économique. Et cet oxygène, c’est la concurrence. Le gisement de pouvoir d’achat des consommateurs polynésiens est là. De plus, cet oxygène est facteur de dynamisme et de création d’emplois à moyen et long terme. Rester dans le statu quo actuel, c’est se condamner à la sclérose et à la stagnation. Alors , vive la concurrence !

La mission gouvernementale conduite par Monsieur Gaston TONG SANG a esquissé le projet de créer une « agence pour les énergies renouvelables ». Si je comprend bien, il est estimé que l’actuel service de l’énergie et des mines ne peut plus assurer ses missions de régulation du système énergétique polynésien, peut être asphyxié par le poids hégémonique du seul producteur d’électricité, à savoir « Electricité de Tahiti » ( EDT).

Cette nouvelle structure publique viendra-t-elle se substituer au service de l’énergie ou se superposera-t-elle à celui-ci, « enrichissant » le mille feuille administratif polynésien d’une nouvelle bureaucratie ?

A ma connaissance, de nombreux experts ont déjà évalué les besoins énergétiques polynésiens et ont proposé aux ministères successifs une stratégie énergétique basée sur divers scénarios. Les solutions sont connues et les projets « théoriques » sont identifiés. Le mix énergétique polynésien est clairement le suivant :

  • la production existante des centrales thermiques d’EDT ;
  • l’hydroélectricité, elle aussi maitrisée par l’EDT après le rachat de Marama Nui;
  • l’énergie solaire ;
  • l’énergie éolienne ;
  • toutes les autres sources d’énergie renouvelable ( houle, courant des passes, biomasse, géothermie, ETM…) feront, grâce au concours de l’Adème,  l’objet éventuellement de projets expérimentaux, mais ne devraient pas avoir un poids important à un horizon de 15 ans.

Les vraies questions sont de savoir :

  • si le Pays veut vraiment jouer son rôle de « Régulateur » du système énergétique ;
  • si ce même Pays veut impulser de manière volontariste le développement des énergies renouvelables par la mise en place d’un système de prix suffisamment incitatif pour orienter la demande et l’offre vers les énergies renouvelables. Actuellement, par exemple,  il est de notoriété publique que le prix de rachat de la production solaire n’est pas suffisamment incitatif. Il est vrai que le Pays doit choisir entre continuer à faire payer l’usager ou faire payer progressivement le contribuable pour accélérer le développement des énergies renouvelables;
  • si d’autres producteurs d’énergie auront leur place dans le système et pourront « vendre » à l’actuel producteur d’électricité leur production;
  • si EDT va véritablement réactiver la production d’hydroélectricité, après une longue période où il ne s’est plus passé grand chose dans ce domaine, et si elle est prête à « jouer le jeu » avec de nouveaux acteurs ;
  • si les communautés concernées par les nouveaux projets accepteront leur réalisation, notamment en matière hydraulique.

Mais surtout, la question centrale est celle de l’identité des porteurs de projets et des entrepreneurs qui accepteront de s’engager dans ce nouveau système de production énergétique. En effet, ce n’est pas la future agence pour les énergies renouvelables qui investira les milliards de francs nécessaires à la réalisation de ces projets. Reste à savoir si d’éventuels investisseurs locaux ou extérieurs voudront prendre le risque d’investir dans des projets qui ne seront amortis que sur une période minimale de 15 à 20 ans.

Reste aussi à savoir si ce ne seront pas les mêmes groupes dominants qui voudront « verrouiller » à leur avantage ce nouveau système de production énergétique en le faisant payer cher aux contribuables que nous sommes. Il se dit qu ‘un certain conglomérat pionnier dans la production d’hydroélectricité est particulièrement actif dans le promotion de certains projets à la faisabilité et à la rentabilité aléatoires : énergie houlomotrice, biomasse aux Marquises, ETM, climatisation à partir d’eaux profondes… Attention aux coûts des études et aux demandes d’aides formulées par ce conglomérat !

De manière générale, il est clair qu’un système plus économe en ressources et moins dommageable pour le climat doit voir le jour. Comment la collectivité polynésienne procèdera aux ajustements nécessaires ? Il vaut mieux qu’un gouvernement responsable orchestre la mutation, que celle-ci soit librement acceptée par les citoyens que nous sommes et qu’elle soit accompagnée par des acteurs économiques qui y voient leur intérêt bien compris. Nos enfants nous en seront reconnaissants …

Ces acteurs économiques doivent disposer de fonds propres relativement importants et ne devront pas compter sur la seule générosité des fonds publics, bien rares par les temps qui courent, ou sur une défiscalisation trop orientée vers certains « groupes amis ».

Dans ces conditions, le Pays doit effectivement affirmer et assumer sa mission de régulation. Que celà se fasse par un renforcement des moyens du service de l’énergie ou par la création d’une agence, peu importe à la limite. L’essentiel est qu’une fois les règles du jeu posées et les bonnes incitations mises en place, elle laisse des opérateurs qualifiés prendre les risques dans le cadre d’un « marché de l’énergie organisé par nos autorités politiques ».

Une chose est sûre : il faudra à tout prix éviter de créer une nouvelle sinécure pour technocrates et une nouvelle bureaucratie qui moulinera dans le vide.

Publié par : hirofarepote | janvier 16, 2010

Où en est l’économie du recyclage en Polynésie ?

Dave Chameides, « Sustainable Dave », a créé le blog  » 365 jours d’ordures » ( 365daysoftrash.blogspot.com). Il est littéralement en croisade contre la société de surconsommation et de gaspillage dont la société américaine est l’archétype, et ce, dans le droit fil du courant de la décroissance. Il s’est mis, par exemple, en tête de recycler le maximum d’ordures qu’il produit par diverses initiatives, notamment la fabrication de composts par des vers de terre ou la lutte acharnée contre le « junk mail ». Résultat : en douze mois, il a généré moins de 14 kilos de déchets non recyclables. A peine, plus de 1 kilo par mois…alors que l’américain moyen en produit 2 kilos par jour !

Pour éviter de se laisser piéger par l’environnement de surconsommation qui prédomine encore aux Etats-Unis, Dave a noté sur une petite fiche les 12 questions à se poser avant de sortir sa carte de crédit :

  • Ai-je besoin de celà ?
  • Est-ce que je ne possède pas déjà un objet qui servira à la même chose ?
  • Est-ce que je peux l’emprunter au lieu de l’acheter ?
  • Est-ce que je ne peux pas fabriquer quelque chose d’équivalent ?
  • Puis-je l’acheter d’occasion ?
  • Puis-je en acheter ou en commander un produit localement ?
  • Puis-je en acheter un qui ait été fabriqué de manière responsable pour l’environnement ?
  • Puis-je en acheter un qui serve aussi à autre chose ?
  • Puis-je trouver quelque chose qui utilise l’énergie humaine au lieu du gaz ou de l’électricité ?
  • Pourrai-je le recycler quand il ne servira plus ?
  • Quel impact le cycle de vie de cet objet aura-t-il sur l’environnement ?
  • Est-ce que sa fabrication ou sa mise au rebut va nuire à l’environnement ?

Dave est bien sûr, un « citoyen pas comme les autres », mais il est certain que pour commencer à avoir une influence sur l’énorme gaspillage actuel, chacun d’entre nous doit se mettre à penser différemment.

Quelle est la situation du gaspillage et du recyclage en Polynésie ?

Ma perception générale est :

  1. que l’on assiste à un relâchement de la discipline de collecte, de tri et de recyclage des déchets ménagers, à commencer d’ailleurs par les entreprises de ramassage des ordures ;
  2. que l’on s’est arrêté en route en matière de filières de recyclage;
  3. que les campagnes de communication qui ont coûté des dizaines de millions de F CFP ne font plus d’effet et que les montants financiers qui y sont consacrés seraient plus utiles dans des initiatives concrètes de collecte, de traitement et  de recyclage.

Une chose est claire : nous venons et nous sommes encore en Polynésie dans une société de gaspillage. Que fait-on de nos vieilles télés, de nos vinis démodés, de nos appareils ménagers, de nos pîles, de nos huiles usées, de nos vieux papiers, de nos vieilles voitures, de nos batteries, des meubles dont nous ne voulons plus…. ?

Certes, la « société d’environnement polynésienne » (la SEP) a mené des actions pilotes de récupération de divers types de « déchets » (piles, verres, carcasses de voitures) , mais elle admet elle-même que le « taux de récupération » , déjà très insuffisant dans de nombreux domaines, se dégrade progressivement.

En conséquence, une vraie « économie du recyclage et de la récupération » est à reconstruire en Polynésie, en l’adossant, entre autres, à des organisations caritatives, à l’exemple de ce qui existe en France métropolitaine ( Emmaüs, Croix-rouge…). Il y a, certes, des initiatives parcellaires ( récupération de vêtements par la croix rouge ou les « soeurs »), mais elles mériteraient une plus grande lisibilité pour que les citoyens puissent participer à la construction de cette économie du recyclage et de la récupération, notamment en faveur d’une grande partie de notre population démunie ( estimée à au moins 20 % de la population polynésienne).

De même, nombre de « déchets » sont en fait des « produits valorisables » et susceptibles « d’être exportés ». On est loin du compte…

Aussi, au regard du choix effectué par la collectivité de centraliser la collecte, le traitement et le recyclage des déchets par la SEP, il incombe à cette société de reprendre l’initiative, de « revisiter » son modèle économique en démultipliant sur des acteurs décentralisés ( associations, petites entreprises privées, porteurs de projets communaux….) les canaux de collecte, de tri et de recyclage des milliers de tonnes de produits recyclables et ou réutilisables après d’éventuelles réparations ou reconditionnements.

Exemple d’initiative parmi d’autres : décréter un jour dans l’année où nous pourrions nous défaire de ce que nous ne voulons plus chez nous et que peut être des voisins voudraient ou que des entreprises spécialisées récupèreraient. Occasion aussi de renouer des liens sociaux qui se perdent… Je n’invente rien : celà existe déjà dans de très nombreux pays.

Vaste chantier qui, j’en suis sûr, peut créer plusieurs dizaines d’emplois, satisfaire des milliers de familles polynésiennes et créer un « courant d’exportations » significatif vers des filières extérieures de valorisation qu’on ne peut créer ou qui n’existent pas localement.

Il incombe aussi aux pouvoirs publics de créer une nouvelle impulsion par des incitations financières ou fiscales adaptées, par l’orientation partielle des mesures d’emplois aidés vers ce secteur du recyclage, par le financement de mini-centres de collecte et de recyclage dont la gestion, encadrée par la SEP, serait confiée à des entrepreneurs privés…

Il y a là un large champ d’initiatives. Le tout est de décider et d’oser. Je suis convaincu que de  très nombreux citoyens répondront à cette démarche de réduction d’un gaspillage aberrant dont ils sont les premiers à se désoler. Il faut leur donner l’opportunité d’effectuer ces gestes citoyens. Voilà un cercle vertueux à démarrer et à amplifier.

En parcourant les diverses revues économiques locales qui se sont penchées sur la conjoncture politique, économique et sociale de 2009 comme le « dixit 2010″,  » Fenua économie » ou   » Pacific business », j’ai constaté que nous partagions, en substance, les mêmes constats. Pour cause de crise exogène qui n’a fait qu’amplifier et cristalliser une crise endogène larvée datant de plusieurs années, le diagnostic est sombre: sur toutes nos filières économiques, les performances sont catastrophiques. Nous n’y reviendrons pas.

Au chapitre des solutions, l’identification des potentialités est établie et les objectifs peuvent être définis :

  • réactiver notre attractivité touristique par une meilleure compétitivité et en développant de nouveaux segments de marché (golfs, plongée, mariages, éco tourisme, tourisme authentique chez l’habitant dans des conditions de confort irréprochables…) ;
  • « mettre à niveau » l’animation générale de notre « capitale » Papeete;
  • construire ou reconstruire une compagnie aérienne internationale performante et moderne ;
  • accroitre notre autonomie énergétique par un bouquet énergétique optimal ;
  • accroitre notre autonomie alimentaire à des coûts acceptables pour le consommateur ;
  • intensifier l’innovation dans nos activités exportatrices et accompagner les exportateurs les plus « méritants »;
  • améliorer la productivité des activités économiques orientées vers le marché local pour baisser les prix au bénéfice des consommateurs locaux;
  • profiter de l’arrivée du cable haut débit pour « booster » l’économie numérique, source de créations d’emplois pour nos jeunes ;
  • exploiter de nouvelles sources de croissance, notamment à l’exportation : pêche et transformation des produits de la pêche, aquaculture, cosmétologie naturelle, bijouterie-artisanat d’art, agroalimentaire de niche (vanille, jus d’ananas, condiments tropicaux…)

Les stratégies d’accompagnement du Pays et de l’Etat se peaufinent, mais elles sont encore très perfectibles. Il faut leur laisser le temps de se déployer par une certaine stabilité politique, gage de la continuité de l’action gouvernementale.

Mais tous ces objectifs et toutes ces stratégies resteront lettre morte s’il manque un élément essentiel : l’existence d’entrepreneurs et de porteurs de projets dignes de ce nom. Le Pays doit être stratège, il doit être régulateur, mais il ne peut se substituer aux entrepreneurs.

En effet, dans une économie à haut niveau de vie et diversifiée comme l’économie polynésienne, de très nombreuses opportunités existent. Encore faut-il qu’il y ait des entrepreneurs courageux, audacieux, imaginatifs et créatifs qui saisissent ces opportunités. Encore faut-il que ces entrepreneurs aient des fonds propres et soient accompagnés par les banques ou divers organismes financiers spécialisés ( Sofidep, adie, fonds de proximité…), une fois qu’ils ont réalisé leur « business plan » et donné quelques garanties sur la viabilité de leurs projets.

Le vrai défi est là : la communauté polynésienne n’est peuplée que de 260.000 âmes et le nombre d’entrepreneurs est en proportion de cette faible population.

Aussi, tout doit être tenté pour élargir notre communauté d’entrepreneurs, notamment parmi les jeunes générations qui voient se fermer les portes de l’administration, à l’exception, peut être, de la santé et de l’éducation. Tout doit être mis en oeuvre pour faciliter l’initiative, à commencer par la simplification des formalités de création d’entreprise. Tous les dispositifs d’accompagnement habituels aux créateurs d’entreprise en France métropolitaine doivent aussi exister ici. Les incitations financières existantes doivent être complétées et/ou ré examinées pour se focaliser sur les activités et les porteurs de  projets les plus prometteurs.

Tous ces dispositifs ne doivent, bien sûr,  pas gommer la prise de risques inhérente à toute démarche de création ou de développement d’entreprise. Pas question, bien sûr, de compter sur le seul argent public et d’instaurer, à nouveau, une logique d’assistance financière aux entrepreneurs.

Le champ de la « reconversion économique » est donc vaste. Le ministre en charge de cette reconversion devra relever ce défi de revivifier le tissu entrepreneurial pour permettre à l’économie polynésienne de trouver un nouveau dynamisme. Innovation, efficacité, audace, ambition devront être les maitres- mots de l’animation de notre tissu d’entrepreneurs, dans l’espoir que des dizaines de nouvelles vocations émergent par la création d’entreprises ou le développement des entreprises existantes.

Prenons l’exemple du développement des filières d’énergie renouvelables. Où sont les entrepreneurs qui pourront porter des projets de centrales hydrauliques, solaires, éoliennes ? Poursuivra-t-on la politique du laisser aller qui bénéficie au « monopole » EDT ? Y a t-il les capitaux nécessaires et suffisants en Polynésie ? Si non, encouragera – t-on l’arrivée d’investisseurs extérieurs ? Et comment inciter ces mêmes investisseurs à venir chez nous ?

Il faudra s’atteler à un problème récurrent : l’insuffisance de fonds propres de nos entrepreneurs. Ceux-ci peuvent avoir les meilleures idées de création ou de développement du monde, mais sans le nerf de la guerre, à savoir l’argent, ces idées resteront lettre-morte. J’y reviendrai.

En préambule, bonne année 2010 à vous qui me lisez assidûment.

On dit souvent de la classe politique que c’est « bonnet blanc et blanc bonnet ». Le budget 2010 de la Polynésie française nous démontre que ce n’est pas le cas. Alors que le gouvernement Temaru allait « assommer » la population polynésienne de nouvelles taxes, d’augmentation des impôts et de cotisations sociales dans un contexte où elle est déjà assommée par la crise économique internationale, le gouvernement Tong Sang nous a largement épargné de ce lourd fardeau immédiat.

Dans le domaine budgétaire, il y a donc bien eu deux stratégies et tactiques très différentes et il est bien évident que je préfère largement la démarche du gouvernement Tong Sang. Plus d’économies dans le budget de fonctionnement et dans le train de vie des institutions, un redimensionnement des subventions aux multiples satellites du Pays, associations et entreprises, un rétablissement des comptes publics et des comptes sociaux « lissés » dans le temps : l’actuel Président a choisi la voie de la raison.

Mais il est aussi bien évident que rien n’est réglé et que les difficultés sont devant nous. Raison de plus, justement, d’établir et de mettre en oeuvre une stratégie programmée de redressement.

Le remboursement de la dette sociale doit être étalée dans le temps selon une « ingéniérie » que les spécialistes métropolitains sauront nous proposer. La France métropolitaine a, en effet, une longue expérience de gestion de la dette de la Sécurité sociale et le gouvernement est bien inspiré de solliciter l’expertise des organismes métropolitains concernés. D’autre part, les premières mesures de sauvetage de notre protection sociale qui recueillent le consensus des partenaires sociaux doivent commencer à être appliquées sans tarder dans le cadre d’une stratégie à 5 ans. En matière de retraite, l’allongement progressif et annoncé de l’âge de la retraite ne doit pas être une question « tabu ».

De manière générale, l’accroissement inéluctable des dépenses de santé et de retraite, même s’il peut être partiellement maitrisé, est un vrai défi, surtout que notre base de côtisants et l’assiette de fiscalisation du Pays sont étroites et se réduisent, qui plus est, en période de crise. L’ajustement permanent sera de mise sur les 20 prochaines années.

La stratégie d’investissement public doit, elle aussi, être recadrée en faisant une plus grande part à un programme ambitieux de reconversion des activités économiques qui ont les plus gros effets d’entrainement sur le reste de l’économie. Les mesures classiques de relance à court terme ont fait leur temps et il sera nécessaire d’aller plus en profondeur dans la reconstruction de notre économie. Il faudra être plus sélectif dans le choix des investissements d’infrastructure et privilégier ceux qui servent directement à nos filières économiques : tourisme, énergies renouvelables, technologies vertes, environnement, pêche, perliculture, aquaculture et autres ressources marines, agriculture, agroalimentaire, valorisation de diverses matières premières, TIC….

Tout ce qui peut muscler notre appareil productif doit devenir prioritaire :  remise à niveau des cabines et renouvellement progressif de la flotte d’Air Tahiti Nui, Centre des congrès, reconversion « intelligente » des zones militaires, technopole, zones industrielles, ateliers-relais aménagés ou  création de toute autre structure d’accueil « intelligente » de porteurs de projets. Chaque commune de Tahiti doit, par exemple, avoir des zones d’entreprises aménagées dignes de ce nom et attribuées aux entreprises à des conditions préférentielles.

La défiscalisation locale doit se centrer sur les projets les plus porteurs d’avenir. Actuellement, il y a des effets d’aubaine : des investissement qui auraient de toutes les façons été réalisés ( à l’exemple d’investissements de modernisation d’activités rémunératrices telles que charcuterie industrielle ou fabrication de corned beef…) sont défiscalisés. Là aussi, il faut être beaucoup plus sélectif dans les choix de défiscalisation et éviter le « copinage ».

De même, il faudra réviser le système d’incitations du Pays. Les aides à l’investissement ou à l’exploitation doivent être octroyées aux activités économiques qui ont les plus gros effets d’entrainement et doivent faire l’objet d’engagement précis des porteurs de projets : valeur ajoutée locale, amélioration de la productivité et de la compétitivité, qualité de produits, baisse de prix, création d’emplois…

Le » reformatage » progressif de l’administration est effectivement une stratégie appropriée. Les premières mesures ont été prises ( suppression de postes budgétaires, non remplacement des départs à la retraite…) et il faudra poursuivre dans cette voie, car le poste « dépenses de personnel » est trop lourd dans le budget du Pays comme des communes. Une analyse minutieuse des effectifs nécessaires à chaque structure administrative doit être menée en parallèle à une hiérarchisation des missions du Pays : du plus prioritaire au moins prioritaire. Rien n’est pire que de rester dans le non-choix dans ce domaine. Par exemple, le gel temporaire des salaires du secteur public sur 3 ans ne doit pas être une question « taboue ». Toutes les politiques publiques doivent être passées au crible, à l’exemple de la révision générale des politiques publiques métropolitaine.

L’obligation de performance des établissements publics et des SEM rentre dans cette logique globale. Le redressement en cours d’Air Tahiti Nui montre la voie dans ce sens. S’il faut couper le cordon ombilical entre les organes dirigeants de ces structures et le pouvoir politique, il faut le faire. Mais sur le moyen terme, il faut surtout rendre au secteur privé ce qu’il sait mieux faire que le secteur public.

Nous avons encore des marges d’endettement public, mais celles-ci doivent être utilisées pour passer la crise tout en réalisant des choix judicieux en matière d’investissement. La crise passée, il sera toujours temps de revenir à des ratios d’endettement « normaux », à l’instar de ce que le Pays a déjà réalisé de 1991 à 2000.

Bien sûr, le renforcement du partenariat avec l’Etat, dans la concrétisation, notamment, des résolutions des Etats Généraux de l’Outre Mer est un impératif.

Telle est, me semble-t-il, l’orientation générale de notre stratégie de finances publiques, à charge, bien sûr, pour notre élite politico-administrative, de peaufiner cette stratégie. Il s’agit d’une démarche persévérante et continue qui lissera les efforts à faire par l’ensemble de notre communauté dans le temps. Ce n’est qu’à cette condition que ces efforts seront acceptables et acceptés. La permanence de la « réforme intelligente » est à l’ordre du jour pour réduire notre « tête politico-administrative » et muscler notre « corps économique ».

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