Publié par : hirofarepote | avril 13, 2015

Nos politiques sont-ils impuissants face à la situation ?

 Face au jeu de contraintes de toutes sortes qu’ils rencontrent, nos politiques ont-ils des marges de manoeuvre pour réformer ?

On entend souvent dire que la politique ne peut plus rien. Les enjeux sont devenus mondiaux, ils dépassent les Etats et encore plus, une petite communauté comme la nôtre perdue au milieu du grand Pacifique. Les multinationales font fi des frontières physiques et géographiques et dictent partout leur loi. Les monopoles locaux dictent leur volonté au pouvoir législatif et exécutif. L’Etat et le Pays sont endettés jusqu’à la gorge et ils n’ont d’autre choix que de couper dans leurs dépenses.

Notre insertion dans l’économie mondiale, notamment en matière touristique, de transport aérien international et domestique et d’exportation de biens, nous impose de fortes contraintes de compétitivité. Notre dépendance commerciale à l’importation n’a jamais été aussi forte et nos capacités à l’exportation aussi faibles. Notre dépendance financière nous oblige à une stricte gestion budgétaire pour améliorer notre notation et nos facilités d’emprunt.

Nos malheurs plongent leurs racines à l’intérieur. La réponse est donc aussi intérieure. Encore faut-il faire preuve d’audace et d’inventivité pour la donner.

Qui a fait une politique de réformes ces dernières années ? Nos gouvernements ont toujours agi trop peu et n’ont procédé au mieux qu’à des demi-mesures, insuffisantes tant sur la forme que sur le fond.

Cette impuissance se voit sur la maitrise de notre système de protection sociale, que cela soit la maitrise des dépenses de santé, la retraite ou le filet de solidarité pour les plus pauvres. Nos politiques voient bien depuis au moins 15 ans que notre système économique dépassé ne peut plus financer notre système de protection sociale. Ce dernier prélève une part trop importante de nos richesses, qui sont, elles, en décroissance ces dernières années. Notre base économique squelettique ne peut pas financer notre développement social.

Impuissance dans l’amélioration des performances de notre secteur public démesuré et hypertrophié. Dépenses publiques et alourdissement de la fiscalité et des prélèvements sociaux sont allés de pair et installent une méfiance fiscale des entreprises et des ménages, méfiance qui est aujourd’hui à l’origine du manque d’oxygène de la reprise. Sortir de l’interventionnisme pour créer un environnement « pro-business », où les entreprises pourront se passer des béquilles du Pays, sera un vrai challenge.

Impuissance dans l’accompagnement du développement de notre secteur fer de lance à l’exportation qu’est notre tourisme. Nos parts du marché touristique tropical balnéaire n’ont fait que régresser depuis longtemps.

Impuissance à « accoucher » d’activités porteuses d’avenir dans l’économie bleue, verte, circulaire ou les énergies renouvelables, basées sur de la recherche-développement. Impuissance à penser l’économie des services « à la demande » qui s’élargit de plus en plus dans le monde et à la condition sociale « post salariale ».

Impuissance face à l’échec scolaire et au chômage massif qui touchent les jeunes de nos quartiers dits prioritaires de la politique de la ville. Faut-il encore plus d’argent et plus de moyens ou faut-il plus d’efficacité et d’inventivité pour surmonter ces dysfonctionnements de notre système social ? Donner aux écoles des projets, insister sur l’école dès 2 ans, ouvrir la porte aux entreprises et à l’apprentissage sont des pistes à défricher rapidement.

Impuissance dans la politique du logement, alors qu’il faut accroitre la mixité du parc social.

Impuissance dans l’adaptation du droit du travail à nos réalités. Le « copier-coller » du code du travail métropolitain est un désastre.

Impuissance à penser une « flexisécurité » polynésienne face aux mutations nécessaires dans l’emploi. Quel parcours d’accompagnement durant toute leur vie d’individus qui seront amenés à perdre leur emploi et à changer d’emploi, sinon de métier ?

On a fait les réformes par petits bouts par manque de courage. On les fait mal aussi par manque d’idées.Les derniers gouvernements ont comme intégré le fait que les finances étant asséchées, que les syndicats étant de toute façon « contre », on ne peut faire que des pseudo-réformes embellies par de la « com ». C’est vrai que les divers corporatismes qui se réveillent ici et là, anticipant un peu trop rapidement la sortie de crise, révèlent l’égoïsme catégoriel et le refus d’adaptation aux nouvelles réalités. Pour eux, tout doit aller « comme avant », alors que, justement, rien n’est comme avant.

Et quand on y rajoute les gué-guerres politiques,causes d’instabilité chronique, on peut comprendre que la vision de l’avenir de nos concitoyens et de nos entreprises devient floue. Au point que cela concourt à repousser le retour à la confiance, qui seule peut provoquer l’investissement et la sortie de crise.

Tout est faisable à condition de briser les tabous et de lever les milles obstacles qui interdisent l’inventivité. Tout est faisable à force de volonté et de mobilisation collective. Comme le colibri face à l’incendie, chacun doit « faire sa part ».

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Responses

  1. Bravo Hiro ! rien à redire… c’est un « coup de poing dans la figure » qui nous réveille et nous rappelle la réalité. J’ai apprécié « les gué-guerres politiques » que je voulais baptiser « la foire d’empoigne »…
    à suivre…

  2. D’après Keynes pour qu »une économie fonctionne il faut qu »il y ait le carré magique de la croissance , du plein emploi, de la stabilité des prix et d’une balance commerciale excédentaire.
    Pour nous pour y arriver, pour impulser l’un des 4 éléments du carré magique il faudrait détenir le levier monétaire. Notre situation peut changer si nous batissions une zone économique du Pacifique dabord francophone avec une souveraineté monétaire.

    • Bonjour hnt,
      je ne suis pas entièrement convaincu par ton argument. Certes la monnaie est un outil indispensable à notre développement ; mais l’outil, aussi performant qu’il soit, ne peut rien faire si l’ouvrier est incompétent et s’il n’y a pas de travail à effectuer…
      J’apprécie Keynes, mais n’est-il pas un peu dépassé par la « mondialisation » ?

      • Vous parlez de John, celui qui était président de l’Eugenics Society jusqu’à un an avant sa mort et celui qui a dans son testament demandé à ce que toute sa correspondance soit détruite. Dépassé dis-tu Pierre? Ouaip, un peu comme Jean Marie, autre temps, autres moeurs. Bon c’était facile comme commentaire.

      • Exact la monnaie n’est qu’un outil, dans mon commentaire je dis que les décideurs doivent s’attacher à construire notre zone économique du Pacifique pour avoir un réel socle économique , maintenant là carabasse je te rejoints : en ont-ils la volonté ou voir la compétence…

    • Notre zone économique est la planète. Simplement car notre première exportation est et ne peut être que le tourisme.
      83% des échanges mondiaux sont en valeur des biens industriels. Nous ne pouvons pas vendre de production industrielle d’ici vers le monde sauf micro niche qui ne peut qu’être ultra marginale. Les seuls biens que nous pouvons vendre n’ont pas de limitation due à la distance: les services dont le tourisme ou la perle, le reste est peanuts.
      Pour être concurrenciels, il faut soit faire pareil pour moins cher et organiser la déflation salariale ou monétaire, soit monter en gamme pour le même prix c’est à dire améliorer le capital qui sert à produire. Ce capital est humain et financier (immobilisation).
      Pour le capital humain c’est par la formation, et pour les finances c’est en favorisant son accumulation dont une des voies est la création de fond de pension pour initier une bascule du système de retraite de répartition pure et condamné, vers un système mixte.
      Pas de soleil Titaua, mais du labeur, de la sueur, et le résultat qui va avec, au lieu du déclin lent et certain que nous vivons.
      Les décisions politiques en particulier concernant la PSG2 vont montrer la voie choisie, soit celle qui plait aux syndicats et qui nous mène dans le mur, soit celle d’une économie moderne qui sait exploiter et faire fructifier pour le bien de tous le capital.

  3. Un tableau dépeint avec réaliste dans la morosité, que proposez- vous pour que ce tableau devienne un ensoleillement ?

  4. Salut Wakrap,
    oui, facile et pas constructif…
    Bon, Keynes est mort en 1946, il a écrit sa « Théorie générale… » en 1936, les temps ont bien changé depuis. Trouvons autre chose….

  5. Politiquement; un gouvernement issu de la majorité mais soutenu par l’opposition est un gouvernement qui ne fera RIEN parce qu’il ne pourra rien faire!

    Financièrement: pas d’argent à l’horizon ni de la France ni du Mahana beach, des chinois etc… et des emprunts à rembourser à des taux (avec le principal) bien supérieurs à notre taux de croissance (ou plutôt de décroissance) alors que la France emprunte sur 10 ans proche de 0.4 %!

    Bonnes nouvelles: un euro et le pétrole qui baissent mais de misérables répercussions sur notre énergie polynésienne, des prix de billets d’avion toujours aussi chers. Tout ça est quand même un peu décourageant.

    Les dépenses de santé sont parfaitement maîtrisées en Polynésie ce qui n’est pas le cas des retraites.
    En quoi la mixité du parc social est elle aussi déterminante dans la politique du logement? Construire quelques logements pour ceux qui en ont besoin serait déjà pas si mal.

    « Encore faut-il faire preuve d’audace et d’inventivité »
    deux qualités absentes chez nos politiques mais qui existent chez nos entrepreneurs en herbe. Laissons les faire; eux seront audacieux et inventifs. La seule chose que l’on demande aux politiques c’est de leur foutre la paix et d’arrêter de les taxer de façon éhontée. Ils sont en train de partir tous à l’étranger.
    Ils ne restera bientôt en Polynésie, que des CAE, des fonctionnaires, des retraités et nos « chers » syndicalistes.

  6. Excellent article comme à l’habitude. Désespérant de voir année après année, gouvernement après gouvernement, les mêmes incohérences, les mêmes abus, le même enfumage. Des projets toujours plus ambitieux dont l’annonce est faite avant même d’en avoir apprécié la faisabilité et la viabilité économique. La conclusion de Cricri est hélas pertinente. La mondialisation au lieu de nous servir nous achève. Aucune attractivité et un déclin inéluctable depuis la fin des essais et la période de l’argent facile. Il ne suffit pas de mettre une selle sur un âne pour en faire un cheval de course. En plus l’instabilité politique est de retour. Bon on termine sur une note positive, la mer est belle, le ciel est bleu et la population de manière générale est plutôt attachante, bien plus que dans nombre d’autres endroits de la planète.

    • Merci Teva pour la mer est belle, le ciel est bleu, etc… mais il y a de quoi être pessimiste pour l’avenir. Je comprends pourquoi nos jeunes partent travailler ailleurs ou ne reviennent pas à la fin de leurs études (voir un article sur un autre site que tu connais bien).


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