Publié par : hirofarepote | janvier 11, 2015

Ne me parlez pas de relance !

 Depuis plus d’une décennie, lorsque l’économie polynésienne a montré des signes de faiblesse, la même recette a été mise à toutes les sauces: relance par de grands travaux visant à « booster » le BTP, dopage de certains secteurs par des mesures sectorielles ou des moins values fiscales et relance de la consommation populaire par des mesures visant à accroitre le pouvoir d’achat des consommateurs.

Le problème, c’est que nous n’avons pas trouvé la pierre philosophale pour relancer une économie. A la base, il y a toujours des fonds publics que nos gouvernants essaient de trouver là où ils peuvent : dans la poche des entreprises, dans la poche des citoyens, dans la poche de l’Etat, ou dans la poche des organismes prêteurs nationaux.

Les prélèvements fiscaux et sociaux atteignent des niveaux de saturation, car trop d’impôt tue l’impôt et toute nouvelle augmentation de la CST dans la stagnation actuelle risque de conduire à une révolte des contribuables qui en auront marre de « payer pour les autres » une protection sociale généralisée bien au-dessus de nos moyens.

L’endettement du Pays atteint un seuil critique, à tel point que le gouvernement veut plutôt revenir à un seuil de 90 milliards de F CFP que dépasser le seuil de 100 milliards de F CFP.

Pourquoi, d’ailleurs, un tel endettement ? Parce que, justement, nos gouvernants précédents ont usé et abusé du levier de la dette pour relancer artificiellement l’économie. Résultat de ces dernières années : l’économie n’a pas été relancée et la dette a explosé…

 

Non. Il faut reprendre les choses à la base par des actions structurelles :

  • consolider et renouveler les modèles économiques de nos entreprises face à l’évolution de la demande locale dans un contexte de stagnation du pouvoir d’achat;
  • améliorer la compétitivité de nos entreprises qui s’adressent à la demande extérieure pour conquérir de nouvelles parts de marché par rapport à une concurrence mondialisée qui s’intensifie. Cette compétitivité de nos entreprises exportatrices passe d’ailleurs par une meilleure compétitivité globale du Pays tout entier : secteur public, comme secteur privé. Compétitivité-prix, comme compétitivité-qualité, car tous les leviers doivent être actionnés dans tous les domaines pour consolider nos bases économiques qui se sont dangereusement éloignées du monde réel. La comparaison avec l’extérieur nous démontre tous les jours que notre économie est largement en dehors des clous en termes de coûts de production dans tous les domaines. Or, il est fondamental de revenir progressivement dans ce monde économique réel ;
  • mettre en oeuvre une vraie stratégie de développement touristique visant une meilleure compétitivité-qualité de notre offre touristique globale;
  • assainir nos finances publiques par une évaluation rigoureuse du rapport coût-efficacité de nos politiques publiques, par une réduction du périmètre de l’action publique, par une réduction des budgets de fonctionnement public et par une augmentation des budgets d’investissement public;
  • reconfigurer une protection sociale à la hauteur de nos propres ressources et moyens.

Malheureusement, la crise structurelle dans laquelle nous sommes plongés et de laquelle nous avons du mal à nous dépêtrer, a largement fait le ménage : des centaines d’entreprises sont mortes et des milliers d’emplois ont disparu avec elles.

Alors, certains se font impatients, sautent comme des cabris et crient : relance, relance, relance !

D’autres disent : mais que fait le gouvernement ? …. quand ces mêmes font tout, par ailleurs, pour l’empêcher d’agir. Rappelons- nous les levées de bouclier quand il s’est agi de faire venir des investisseurs « étrangers », pire, des investisseurs « chinois »… puis, lorsqu’il s’est agi de leur accorder des avantages (incitations fiscales, zones franches de développement, incitations à l’emploi…) pour compenser notre manque d’attractivité économique « naturelle »….

J’entendais ainsi récemment le Président de l’une de nos Institutions, syndicaliste de son état, constater doctement que le gouvernement Fritch, à la différence du gouvernement Flosse précédent, n’avait pas réussi à concrétiser les investissements étrangers, alors que son propre syndicat n’a pas arrêté de mettre les bâtons dans les roues du précédent gouvernement en critiquant toutes les initiatives qu’il prenait pour passer des intentions aux actes ! De qui se moque-t-on ?

Comme quoi, la critique est facile, mais l’art est difficile….

Et pourtant, le gouvernement précédent n’en était qu’aux annonces d’intentions des investisseurs extérieurs. Il y en avait même certains, tel le groupe Forebase » dont on nous annonçait qu’il allait investir plus de 150 milliards, qui se sont évanouis dans la nature pour cause de choix de dessins hawaïens….. Pour du concret, c’est effectivement du concret….

Ce qui est clair, justement, c’est que tout le monde veut du « concret » : des investisseurs concrets, des investissements concrets, des projets qui se concrétisent, des hôtels sortir de terre, de nouvelles compagnies aériennes atterrir,  de nouveaux navires de croisière accoster, de nouveaux touristes arriver, de nouveaux consommateurs consommer, de nouveaux emplois créés…. Tant mieux. On a enfin compris que ce sont les investissements des entreprises qui font l’économie, et non pas le gouvernement.

Maintenant, il est aussi clair que le gouvernement doit accompagner intelligemment, voire accélérer le mouvement en poursuivant une politique « business-friendly » ( pro entreprises en français) : accroitre l’investissement public, améliorer l’environnement incitatif général, aiguillonner le secteur privé en faisant jouer la concurrence et en cassant les rentes, réduire la pression fiscale, maitriser les prélèvements sociaux, concrétiser les programmes d’aménagement et les zones de développement prioritaires, optimiser le fonctionnement du secteur public et des organismes satellites budgétivores….

Conclusion provisoire : pas de relance, mais une stratégie méthodique qui vise à atteindre des objectifs bien réfléchis. Une stratégie rigoureuse et menée sur plusieurs années qui portera de plus en plus ses fruits.

Fini le dopage artificiel. Place aux stratégies opérationnelles.

Il n’y a pas de miracle en économie. Il y a juste le résultat des efforts que nous aurons tous entrepris pour faire de ce Pays un pays « comparable » aux autres au plan économique. Oublions le « Pays-CEP » qui ne reviendra plus. C’est un nouveau Pays qu’il faut construire avec la Foi ou le courage laïc… Car il en faudra, du courage…

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Responses

  1. Bel article.
    Un sujet complexe est évoqué, celui de la protection sociale, en raison de son prix.
    Il va être difficile de faire des choix car personne n’a le courage d’employer les bons mots et de prendre des décisions. Personne n’a le courage de reconnaître que les systèmes tels que le notre, basés exclusivement sur un principe de redistribution et du type celui qui gagne paie pour l’autre et le non malade paie pour le malade, 2 principes sociaux qui sont à l’assurance ce que l’astrologie est à l’astronomie.
    Il est impératif de rendre à l’assurance maladie un principe de gestion assuranciel : tout le monde cotise en fonction du risque qu’il représente et non en fonction de ses revenus. Que l’autorité publique ensuite aide ceux qui ne peuvent cotiser, est aussi une évidence dans notre société, mais il faut impérativement rendre à l’assurance maladie une gestion d’assurance, une gestion du risque, et non plus une gestion des dépenses.

  2. Penser, agir et décider en considérant que l’Energie est supra/vitale à absolument toutes les activités humaines!


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