Publié par : hirofarepote | novembre 16, 2014

Sommes-nous en déflation ?

La déflation « est une période économique caractérisée par une baisse généralisée et persistante des prix ». Concrètement, les ménages pensent que les prix vont continuer à baisser et reportent à plus tard leurs achats. A l’extrême, personne n’achète, personne ne s’endette non plus ( puisque l’on suppose que les taux vont aussi baisser…). Et l’économie plonge….

Car pour compenser la baisse d’activité, les entreprises réduisent leurs coûts : elles produisent moins, baissent leur prix et décident soit de réduire les salaires, soit de licencier.

En parallèle, le poids de la dette s’accentue… Et un cercle vicieux s’enclenche, comme on le voit pour le Japon depuis le début de la décennie 90…

Au regard de la définition, la baisse des prix doit concerner tous les prix des biens et des services, ainsi que les salaires. Et ce, pendant plusieurs trimestres.

Aussi, que dit l’ISPF ces derniers temps ?

Les prix ont baissé de 0,8% depuis janvier. Ils sont également en baisse lorsqu’on les examine sur le mois dernier.

En réalité, les prix sont en baisse importante si on les compare au pic de décembre 2013. Cependant, décembre est la deuxième hausse saisonnière la plus importante dans les prix polynésiens, après celle de juillet.

Or, en juillet de cette année, les prix avaient atteint des sommets. Hausse causée par la haute saison touristique qui tire traditionnellement le prix des billets d’avion vers des sommets. Ce deuxième pic a permis de dépasser de justesse la limite qui enclenche la hausse automatique du SMIG, avant que l’indice des prix ne replonge quelque peu.

Par grandes catégories de produits, on observe que les prix du poisson, des vêtements, des chaussures, de l’informatique, des assurances auto et des médicaments s’effondrent. Les loyers eux-mêmes ont perdu 2,1% sur un an.

Mais en parallèle, le prix des billets d’avion augmente (sur 12 mois), tout comme les restaurants, les coiffeurs, les complémentaires santé, l’alcool, la viande rouge et les services hospitaliers.

« La baisse d’octobre n’est pas une grosse baisse, elle est en ligne avec la fluctuation annuelle, symptomatique de la faible activité économique » explique un économiste de l’ISPF. Sans reprise de l’emploi et des investissements, la consommation est en berne et les prix ne peuvent pas monter dans leur ensemble.

Justement, dans son point de conjoncture pour le deuxième trimestre 2014.  l’ISPF constate que l’emploi continue de baisser, et « si le tourisme repart tout comme les exportations de produits perliers, la consommation des ménages demeure essentiellement concentrée sur les produits alimentaires, tandis que l’investissement des entreprises est atone. Seul le secteur du BTP profite de quelques chantiers d’infrastructures routières. »

Les chiffres confirment cet immobilisme : sur le trimestre les importations sont stables, tout comme les exportations. Le chiffre d’affaires des entreprises baisse de 5% entre les premiers trimestres 2013 et 2014, bien que les patrons espèrent une amélioration de leur trésorerie avant la fin de l’année.

Seuls la perle et le tourisme se portent mieux au deuxième trimestre 2014 « avec une hausse de la fréquentation touristique (+ 11 % entre les premiers semestres 2013 et 2014) assez homogène, puisqu’elle est issue à la fois de la hausse du nombre de touristes terrestres, payants ou non, et du nombre de croisiéristes. »

Sur le front de l’emploi, ce n’est pas mieux. Alors qu’il y a chaque mois entre 400 et 500 nouveaux demandeurs d’emploi, le nombre total de salariés a baissé de 0,7 % entre le deuxième trimestre 2013 et le même en 2014.

Depuis le début de l’année, la montée en force des emplois aidés (les CAE) permet de compenser l’atonie de l’emploi privé pour limiter l’augmentation du chômage. Mais avec entre 160 et 400 emplois « normaux » créés chaque mois par les entreprises et les administrations depuis le début de l’année, le marché du travail « normal » est peu dynamique, illustration d’une certaine stabilité de l’activité économique.

Ajoutons- y l’indicateur subjectif du nombre de rideaux commerciaux qui se baissent dans la capitale, et le tableau n’est pas très réjouissant…

Comme je l’ai toujours affirmé, sans hausse significative de la fréquentation touristique, difficile de renouer avec une croissance franche et durable. Selon les prévisions, cette fréquentation progresserait d’à peine 5000 touristes supplémentaires cette année. Or, il faudrait au moins 20.000 à 30.000 touristes supplémentaires en rythme annuel pour véritablement entrainer le reste de notre économie. Et dire que le précédent ministre du tourisme visait un objectif de 200.000 touristes en 2015….. Le chemin est encore long !

Alors, déflation ou « désinflation », c’est à dire un ralentissement de l’inflation ?

L’investissement public redémarre à peine, l’investissement des entreprises est pour l’instant figé, la consommation locale reste déprimée. On peut penser que la récente hausse du SMIG peut, dans une certaine mesure, éviter que cette consommation ne s’effondre davantage.

Il est certain qu’il ne faut pas se faire peur et faire preuve d’optimisme et de confiance en l’avenir. Agiter le spectre de la déflation ne serait pas très habile, car les ménages risquent de resserrer davantage les cordons de la bourse. Et le cercle vicieux s’enclenchera…

A ce titre, la concrétisation du projet aquacole chinois à Hao, l’accroissement programmé de l’investissement public du Pays pour 2015, l’émergence de gros projets d’investissement privés locaux ( la nouvelle clinique, nouveaux programmes immobiliers…), les investissements de l’Etat, la nécessité de conforter l’investissement des communes (accélération du remboursement de la « dette FIP »), la mise en oeuvre effective d’un programme de logements sociaux volontariste dès 2015, le lancement du nouveau Contrat de Projets Etat-Pays en 2015  et l’encouragement à l’investissement immobilier des ménages dans le cadre du plan de relance sont des signaux positifs. Il en faut d’autres, bien sûr, comme une progression plus forte du tourisme international dans les prochains mois.

Aussi, ménages polynésiens, consommons, consommons…. local, surtout, et faisons nous plaisir pour le Noël qui approche à grands pas.

Nous éloignerons ainsi, tous ensemble, le spectre de la déflation.

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Responses

  1. Bonjour Hiro, et merci de cet article (toujours aussi intéressant), mais permets moi de ne pas partager ta vision optimiste (idyllique ?) de tes derniers paragraphes. Sûrement mon côté « soupe au lait ».

    Tout d’abord, la déflation (et non désinflation, j’appelle un chat par un chat) dure désormais depuis mars 2013 (hors pics conjoncturels de juillet/août et décembre, pas du tout représentatifs du niveau des prix en Polynésie en raison du poste « transport aérien » qui, je fais une digression, augmente ses prix lorsque le pétrole augmente (surcharge carburant) et qui oublie de les diminuer quand il baisse). Le phénomène dure désormais depuis 18 mois.

    Cette déflation devrait non seulement durer, mais même s’accentuer car il y a un point que tu n’as pas cité, c’est la baisse du pétrole qui devrait impacter les prix à la baisse (carburant quand nos amis pétroliers répercuteront enfin cette baisse, transports, matières plastiques, etc…).
    Par ailleurs, j’ai regardé l’indice des prix du secteur BTP qui augmente de 0,6% en octobre, car les entreprises ont répercuté l’augmentation du SMIG. Bref, lorsque les prix augmentent, c’est en raison d’une augmentation des coûts obligatoires (travail, impôts, etc…) et non en raison d’une augmentation des besoins des consommateurs.

    Mais, je suis également absolument d’accord avec toi : l’économie polynésienne ne repartira que grâce au tourisme (et non pas l’investissement public qui n’est finalement qu’un prélèvement sur la richesse privée pour être redistribuée aux entreprises privées). Et la véritable lueur d’espoir, c’est l’augmentation du dollar US, qui permet à notre tourisme d’être plus compétitif (mais a contrario, reporte encore un peu plus les nécessaires réformes structurelles pour diminuer les coûts de production des entreprises, et proposer des prix plus compétitifs à l’international (je donne quelques pistes : marché du travail, fiscalité, protection sociale, etc…)

  2. Bonjour à tous,
    texte tout à fait intéressant, comme d’habitude. Toutefois…
    Je passerai sur la déflation (baisse des prix) qui n’est pas la désinflation (diminution de la hausse des prix) ??, les beaux graphiques de l’ISPF qui ne sont que des images « tape à l’œil », enfin des chiffres et des % auxquels je n’ai rien compris.
    Je retiendrai seulement quelques phrases :
    – « … personne n’achète, personne ne s’endette non plus (puisque l’on suppose que les taux vont aussi baisser…) », je vous assure que mes amis et voisins d’Atohei à Papenoo qui gagnent entre 100 et 150 mille cfp/mois continuent à acheter… et à s’endetter.
    – « Mais en parallèle, le prix des billets d’avion augmente (sur 12 mois),… », cela ne gène pas mes amis qui n’ont jamais mis les pieds dans un avion, idem pour les restaurants et coiffeurs. Quant à la santé, c’est pas un problème, ils sont au RST.
    Bien sur, j’approuve tout à fait le paragraphe « … sans hausse significative de la fréquentation touristique,…. Le chemin est encore long ! », ainsi que le dernier paragraphe en « gras ».
    Au plaisir de vous lire…

    • Bonjour, Pierre,
      Je pense nécessaire de préciser ces définitions pour que tout le monde se comprenne: désinflation : c’est la baisse des prix, c’est ce que connait par exemple depuis toujours le secteur des technologies dont l’informatique: baisse des prix régulière, forts salaires forte croissance.; La déflation est une baisse généralisée des prix, de tous les prix: prix des produits, prix des salaires, baisse du PIB, des volumes….un autre monde. Bref la déflation c’est une désinflation liée à une récession.
      Sinon, la désinflation était la norme au XIXeme, avant les monnaies FIAT.

      • Bonjour Wakrap,
        merci pour ces précisions. Bien sur, j’avais jeté un coup d’œil sur wikipedia avant.
        Ce que je voulais dire (toujours un peu provocateur), c’est que ces textes sont certes intéressants, mais on ne voit pas venir rapidement les actions. Enfin, soyons patients et ne désespérons pas ….

  3. Le probléme c’est qu’on se contente sur le plan touristique d’une année 2014 meilleure que 2013 avec un taux à 2 chiffres ! c’est là où on n’a rien compris .

    Quand vous comparez une meilleure année avec une année mauvaise , cela reste une mauvaise année même si celle-ci est en progression puisque l’accroissement annuel est faible ces 10 dernières années pour ne pas dire dérisoire 5000 touristes par an grosso modo.

    On en vient à se contenter d’un objectif prévisionnel de 200 000 touristes , c’est à peine les années 90.

    C’est attristant !

    Le tourisme , c’est le fer de lance de notre économie et il n’y a depuis environ 10 ans aucun travail de fond pérenne pour aller chercher les touristes à l’extérieur car il n’y a jamais eu depuis 2004 un profil adéquat en matière de marketing touristique international
    çà ne s’invente pas !

    C’est tout un Art ………………………

    C’est comme si on demandait à un administratif de piloter un avion à bon port !!

    salut les dégâts ! LOL

    Les gens consomment le strict minimum car ils n’ont pas confiance en l’avenir de notre fenua ! et pour d’autres ils n’ont même pas le strict minimum pour vivre et vivent au jour le jour de café pain , beurre……….

    Les entreprises, le pays , l’Etat , les communes ,les entreprises publiques , toutes doivent prendre des decisions responsables dans leurs orientations stratégiques .
    Pour ma part , j’estime que l’économie du développement n’est pas suffisamment prise en compte avec des retours sur investissements et qu’en matière d’emplois aidés , il y a un effet pervers !

    les CAE ne devraient pas être autorisées dans le cadre d’entreprises privées mais dans d’autres structures privilégiant l’impact social et environnemental .

    Les entreprises ne jurent que par le CAE pour diminuer leurs coûts de fonctionnement et cela se transforme en effet d’aubaine . Ce n’est pas l’objectif recherché !

    Il est souhaitable de combiner des dispositifs permettant le CAE pendant 2 ans uniquement dans des structures autres que les entreprises privées et parallèlement mettre en oeuvre un dispositif incitant l’emploi pérenne par des allégements fiscaux appropriés pendant 5 ans etc…

    Il y a tant d actions innovantes à mettre en oeuvre dans divers domaines cruciaux !

    le souci de hiérarchisation des priorités fait défaut et le saupoudrage est une erreur fatale en économie.

    GROSSO MODO FAISONS PLUS AVEC MOINS ET MIEUX PAR UN SOUCI DE REDEPLOYER , DE FEDERER ET DE VITALISER DANS L’INTERET DU PAYS.

  4. Bonjour Booste,
    tout à fait d’accord sur le nombre de touriste, c’est 1 million qu’il nous faut atteindre rapidement pour commencer.. à respirer.
    En 1963, l’Aménagement Touristique du Littoral du Languedoc-Roussillon a prévu la création de huit stations balnéaires pouvant héberger un million de touristes. Pour cela, il y a eu une démoustication  » de confort  » avec des traitements sans précédent en termes de superficie (300.000 ha) et de fréquence.
    Je cite cela à titre d’exemple car nous parlons beaucoup des moustiques en ce moment…

  5. Désinflation ? Non déflation, c’est désormais un fait établi :

    En 2014, l’indice général baisse de 0,2 %. L’indice ouvrier augmente, quant à lui, de 0,1 %.
    Et encore, la baisse du carburant du mois de janvier n’a pas encore été pris en compte. Janvier fera mal en terme de déflation…


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