Publié par : hirofarepote | juin 7, 2014

« Cluster » : un concept porteur

Dans la conjoncture difficile – c’est un euphémisme – dans laquelle se trouve la Polynésie française, les professionnels de divers secteurs d’activité semblent vouloir enfin sortir de leur coquille et de leur individualisme farouche. Ils se regroupent donc pour gagner en force de lobbying positif et constructif vis à vis de l’Etat, du Pays et des communes et, surtout, pour réfléchir à des stratégies d’actions concertées dans leur domaine d’activités.

C’est ainsi que des années 2000 à 2010, des « mini clusters » ont émergé sur quelques-unes de nos filières à l’exportation : artisanat d’art, noni, vanille, perles de Tahiti, agro alimentaire. Ces collectifs d’entreprises, qui pouvaient être concurrents, partaient de l’idée que « l’union fait la force » dans la présence sur les marchés extérieurs ( salons, foires…), dans la mise en oeuvre de stratégies de promotion, voire de commercialisation de la gamme des produits de ces entreprises, dans le groupage de fret, dans l’usage de la « marque Tahiti »….. Malheureusement, ces initiatives se sont progressivement éteintes faute d’esprit fédératif prolongé dans le temps.

De même, un cluster articulant organismes de recherche, organismes de formation et entreprises innovantes dans la valorisation des ressources terrestres et marines, notamment dans les domaines énergétique et agro alimentaire a vu le jour : c’est le pôle d’innovation « Tahiti Fa’a Hotu ». Un pôle d’ailleurs plus reconnu – et c’est un comble – par l’Etat et par les pôles de compétitivité nationaux, que par le Pays…. Il faut croire que nul n’est prophète en son Pays….

Cette indifférence du Pays, qui se traduit notamment par l’absence d’un budget de recherche-développement significatif public, se paie cher…..puisqu’il faut compter sur des investisseurs chinois pour créer une aquaculture innovante visant l’exportation, alors que l’on aurait pu créer une filière de production aquacole locale puissante si on y avait mis des moyens importants ces 20 dernières années. Au lieu de cela, l’Ifremer s’est désengagé progressivement et le Pays n’a pas pris le relais….On se placera donc malheureusement sous la dépendance de la « recherche-développement » et de la technologie chinoise sur les 20 prochaines années….

Il y a eu aussi des précurseurs avec les GIE Perles de Tahiti et Tahiti Tourisme, organisations collectives qui étaient censées fédérer les professionnels de nos deux fers de lance à l’exportation, à savoir le tourisme et la perle de Tahiti. Le GIE Perles de Tahiti a fermé ses portes il y a quelques années, sur décision d’une majorité des professionnels-administrateurs de cette structure et le GIE Tahiti Tourisme va suivre le même chemin, faute de stratégie performante et de résultats tangibles. Et pourtant, ce rassemblement des ressources, des énergies et des moyens des professionnels d’un secteur ou d’une filière est une nécessité pour gagner en force et pour mettre en oeuvre une stratégie d’ensemble pertinente et efficace.

Quand on voit, par exemple, les initiatives en ordre dispersé en matière de vente aux enchères de nos perles et la disparition d’une stratégie commerciale offensive sur les marchés extérieurs de la perle, on ne peut que regretter l’absence d’un cluster de promotion et de commercialisation de la Perle de Tahiti…

De même, dans le domaine touristique, plutôt qu’une initiative isolée telle que celle d’Air Tahiti Nui, de vendre 12.000 billets à tarif préférentiel sur nos principaux marchés émetteurs, n’eut-il pas été préférable de lancer une stratégie commerciale concertée de tous les acteurs de notre filière touristique ?

Plus récemment, un « think tank » local préconisait l’émergence d’un « cluster touristique » de la Mairie de Punaauia au « Mahana Beach » sur la commune de Punaauia. Il est clair que la combinaison « Lycée hôtelier, Collège, Université, Marina, prestataires d’animations touristiques, clubs de plongée, restaurateurs, centres commerciaux, complexe hôteliers…. » permet la mise en oeuvre d’une stratégie concertée de tous les acteurs concernés en vue de réussir un nouvelle étape de croissance touristique décisive pour la Polynésie.

Sous l’égide de la CCISM, un cluster « tourisme nautique » se montrait particulièrement actif aux îles sous le vent.

Tout dernièrement, un « cluster maritime » polynésien a vu le jour sous la mouvance du « cluster maritime » français.

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Je cite un extrait de la plaquette de présentation institutionnelle du CMF :  » Le XXIe siècle sera le plus maritime de notre histoire… Recouvrant 71% de notre Planète bleue, la mer est le vecteur de la majorité des flux de biens, services et informations, au cœur de notre économie et de notre mode de vie. Mer nourricière, elle est le réservoir d’abondantes et précieuses ressources qui font d’elle l’avenir de la terre : eau et nourriture, minerais et énergies, algues et autres innombrables richesses vitales pour l’Homme.

La multiplication d’activités en mer ou liées à la mer crée de nombreux marchés d’avenir susceptibles d’engendrer eux-mêmes des emplois, de maintenir et développer des savoir-faire, d’encourager l’innovation et d’assurer le succès de beaucoup de nos professionnels à l’export.

De fait, le secteur maritime est un écosystème qui compte en France de nombreux acteurs, voire des leaders mondiaux, qu’il s’agisse de petites structures ou de grands groupes, dynamiques et visionnaires, tous apportant ou pouvant apporter leur valeur ajoutée à l’ensemble de l’économie nationale.

Pour toutes ces richesses et promesses, la mer, l’un des tout derniers espaces de liberté, est redevenue objet de convoitises et source de conflits. Dans cette guerre géoéconomique, la défense de l’accès à la fois libre et réglementé aux espaces maritimes et aux ressources est une nécessité, qui passe aussi par la protection de ce milieu fragile, unique et essentiel pour l’Humanité.

La mer est avant tout et aussi un atout formidable pour la France dont l’espace maritime de 11 millions de Km2 est le 2e au monde (sans compter une possible extension avec Extraplac). Mais encore faudrait-il que cette étendue soit valorisée et sécurisée. Il est temps que notre pays regarde vers le « Grand Large » et qu’une stratégie soit définie pour permettre le développement économique et social dont elle détient les clefs. »

Il est vrai que le cluster maritime polynésien apporte dans sa corbeille de mariée près de la moitié de la Zone Economique Exclusive française, ce qui est considérable.

J’ai aussi noté que « l’Institut IFM-PC » s’est transformé en  » Centre de formation aux métiers de la mer  » préfigurant peut être une future « Université de la Mer ».

Une définition parmi d’autres tirée du site « franceclusters.fr » :  » les clusters sont des réseaux d’entreprises constitués majoritairement de PME et de TPE, fortement ancrés localement, souvent sur un même créneau de production et souvent à une même filière. L’intérêt premier du cluster est d’augmenter le chiffre d’affaires et l’efficacité économique de son entreprise et ensuite de détecter dans son environnement les facteurs favorisant sa croissance.

Pour faire face à la concurrence réelle ou potentielle à court et à moyen terme, les entreprises doivent développer leur compétitivité, c’est à dire à vendre durablement et avec le profit qu’elles produisent. Le cluster est un ensemble de décideurs qui créent et entretiennent un système relationnel leur permettant d’augmenter leurs opportunités d’affaires et de croissance. La création et l’entretien de ce système relationnel efficace est favorisé par la proximité et l’homogénéité culturelle« .

Reste à sortir des beaux discours et des concepts dont sont friands les hommes politiques, technocrates, universitaires et chercheurs français et à mettre en oeuvre une stratégie concertée et ambitieuse, productrice de résultats concrets, pour la construction d’une « économie bleue » polynésienne !

 

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