Publié par : hirofarepote | juin 1, 2014

Des prix administrés en Polynésie française

 Attendre de la loi sur la concurrence une baisse immédiate des prix, c’est se faire beaucoup d’illusions. Dans l’attente des premiers effets de cette loi, qui ne vont se faire sentir que dans quelques années au mieux, il est nécessaire que le gouvernement mène une action volontariste et concertée du type de celle qui a été menée en Nouvelle-Calédonie, suite aux manifestations contre la vie chère.

Il faudra notamment réviser la politique de « prix administrés » dans beaucoup de nos secteurs d’activité. En effet, en raison de la petite dimension de notre économie et des fameux « effets d’échelle » pour une production optimale de tel ou tel produit ou service, de nombreux secteurs d’activité ne peuvent avoir de nombreux opérateurs qui se font concurrence. On peut citer :

  • la production d’électricité;
  • le transport de l’électricité;
  • le transport maritime interinsulaire (personnes et marchandises);
  • le transport aérien international (personnes et marchandises);
  • le transport aérien interinsulaire (personnes et marchandises);
  • le transport maritime international, notamment d’hydrocarbures;
  • la production, le stockage et le transport du gaz;
  • la manutention portuaire;
  • la téléphonie fixe;
  • l’internet;
  • la téléphonie mobile;
  • les services postaux;
  • les télécommunications internationales;
  • la télévision payante;
  • les services aéroportuaires;
  • la restauration aérienne;
  • le transport terrestre collectif;
  • la fabrication de bière et de boissons (jus de fruits);
  • le ramassage, le transport et le traitement des déchets;
  • le service de l’eau;
  • les opérations bancaires;
  • les services d’assurance;
  • les concessions automobiles;
  • le gros commerce d’importation;
  • le gros commerce de détail spécialisé;
  • le gros commerce généraliste et alimentaire( notamment de certains produits de première nécessité);
  • les travaux publics (enrobage, concassage…), le « gros BTP » et la réalisation d’infrastructures spécialisées ( travaux en milieu marin);
  • les services de santé hospitaliers, les soins spécialisés ( rééducation fonctionnelle…) et les laboratoires d’analyses;
  • la charcuterie industrielle;
  • la fabrication d’aliments pour animaux;
  • la production d’eau de source;
  • les journaux et quotidiens d’information;
  • la fabrication industrielle spécialisée nécessitant des économies d’échelle:
  • les marinas et services nautiques;
  • l’assistance santé spécialisée;
  • la fabrication de matériaux de construction;
  • le services de certaines professions réglementées ( notaires, huissiers…);
  • l’élevage artisanal ou industriel ( crevetticulture);
  • ….

Cet inventaire à la Prévert n’est bien sûr, pas exhaustif, mais lorsqu’on fait le compte, les produits et services proposés par les opérateurs intervenant dans les secteurs cités ci-dessus représentent une part très importante du budget des ménages polynésiens.

Quelquefois, l’aiguillon de la concurrence de produits et services importés limite l’élévation stratosphérique du prix de certains produits et services « locaux », mais comble du comble, la « libre importation » est souvent bridée par les pouvoirs publics dans une drôle de conception de « l’intérêt général »….Parmi les « instruments » usités, on peut citer interdiction d’importation, quotas, conférence agricole, TDL, normes sanitaires et autres outils protectionnistes directs ou indirects…

Pense-t-on que, dans ces conditions et comme par magie, la loi sur la concurrence et l’autorité indépendante de la concurrence vont pouvoir réguler ces activités là ?

Non : malheureusement, il faudra encore longtemps manier l’instrument du « prix administré ». Et c’est là que les choses se compliquent.

En effet, les services sectoriels du Pays ( DGAE, service des transports, service de l’énergie….) ou les grands organismes semi publics ( Caisse de Prévoyance Sociale dans le domaine de la santé ou de la protection sociale) sont-ils armés pour réguler les prix dans tous ces secteurs d’activité de manière optimale ? Peuvent-ils réaliser des études minutieuses pour fixer un « juste prix », à l’instar de la décomposition du coût de fabrication du pain et la fixation de son prix ?

J’en doute fortement, lorsqu’on voit certains opérateurs profiter de la complexité de la formation du prix au sein de leur activité pour « mener en bateau » certains services publics mal armés pour fixer des tarifs administrés « d’intérêt général »….

Dans le domaine de la production d’électricité par exemple, allez discuter avec des polytechniciens qui maîtrisent de main de maitre prix de transferts, amortissements de caducité, « pétace », péréquation des prix entre sources d’énergie renouvelable et énergie fossile…. Il faut être particulièrement « armé » pour discuter d’égal à égal avec de telles puissances économiques….

Nouvel exemple en date : le rachat d’une société de transport maritime interinsulaire par le plus gros conglomérat de production agro alimentaire local. On y apprend par la polémique entre diverses parties prenantes au dossier que certaines lignes de transport maritime interinsulaire sont particulièrement lucratives….alors que ce secteur est strictement encadré et règlementé.

On s’en étonne à moitié, tant la complainte de nos compatriotes des îles sur la cherté du fret interinsulaire est récurrente : des tarifs de transport sur quelques centaines de kilomètres nettement plus élevés que le transport maritime international sur plusieurs milliers de kilomètres. … Certes, on ne mettra pas des navires transportant des centaines de conteneurs sur nos dessertes interinsulaires, mais on peut trouver des vecteurs de transport plus adaptés et plus modernes que des navires datant de mathusalem transportant du fret à prix d’or….

De même, le récent rapport de la chambre des comptes relatif à la mauvaise gestion de la relation du Pays avec la compagnie Air Tahiti est révélateur de la déficience de l’autorité publique face à nombre d’opérateurs en situation de monopole, d’oligopole, de cartel ou d’entente.

Aussi, tant que les tarifs administrés seront nécessaires dans de multiples secteurs d’activité, il faudra bien qu’une autorité de régulation digne de ce nom puisse agir pour défendre l’intérêt général, c’est à dire celui des consommateurs qui voient leur « budget contraint » prendre une part de plus en plus importante dans leur budget global.

Le sondage d’aujourd’hui dans la Dépêche, où tous les citoyens interrogés dénoncent la cherté des prix et le manque de concurrence par des argumentations étonnantes de lucidité, montre que l’enjeu du « juste prix » au sein de nombreuses activités de notre « micro-économie » doit être sérieusement pris en compte par notre ministre en charge de l’économie.

La lutte contre la cherté des prix ne se contentera pas de Lois de Pays et d’une autorité indépendante de la concurrence qui ne pourra intervenir dans tous les secteurs, notamment sur les activités dites de « réseaux »….

Vue la puissance de certains groupes d’intérêt, une autorité de régulation indépendante et générale ayant tout « pouvoir d’auto saisine », d’investigation et d’intervention, y compris dans la fixation de « prix d’autorité », sera plus que jamais nécessaire.

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Responses

  1. Bravo pour l’utilisation du mot « cartel ». Encore un petit effort et la mafia des taxes aériennes aura droit de citer hahahaha rollstahiti@gmail.com

  2. La conclusion de l’article : » Vue la puissance de certains groupes d’intérêt, une autorité de régulation indépendante et générale ayant tout « pouvoir d’auto saisine », d’investigation et d’intervention, y compris dans la fixation de « prix d’autorité », sera plus que jamais nécessaire » est totalement pertinente.
    Dans le domaine du contrôle du service public de l’électricité par exemple, il est parfaitement exact que « les services administratifs sont menés en bateau », mais c’est souvent en raison de leur lien direct avec la hiérarchie politique qui aura été auparavant « démarchée » directement par ces puissants groupes d’intérêt. Beaucoup plus que de la technicité, qui reste bien sur nécessaire, c’est de l’indépendance (notamment) de l’exécutif, qu’a besoin le service de contrôle.
    Lors de la déconfiture du Crédit (Débit!) Lyonnais dans les années 1990 (déconfiture sans doute la plus onéreuse de tous les temps pour le contribuable français), banque alors publique dotée de nombreuses « commissions de contrôles » où siégeaient énarques et autres fonctionnaires tous plus diplômés les uns que les autres, un journaliste ayant investigué l’affaire avait très pertinemment fait remarquer que des analystes de projet, dotés d’un simple BTS de Gestion, mais en réelle situation d’indépendance, auraient assurément recalé toutes les opérations hasardeuses souvent « poussées par le politique » à l’origine de la déconfiture du Lyonnais et ainsi épargné le contribuable de cette colossale perte financière…A méditer

  3. l’indépendance d’esprit n’est pas une question de diplômes , olivier, mais bien d’une rigueur d’esprit au service de l’intérêt général.

  4. L’intérêt général n’a rien à voir avec ceci. Pierre serait là pour te rappeler que des règles comptables sont simples et contrôlables. Et ce sont justement les personnes sensées défendre l’intérêt général qui s’assoient dessus car on trouve toujours un intérêt supérieur, la raison d’Etat et autre pour le justifier.
    Ce terme d’intérêt général est un élément de langage, dans les faits et dans sa définition même car il est impossible de le définir. Ce sera toujours l’intérêt d’une majorité, d’une minorité, et non de tous.
    Il faut une règle et l’appliquer. Et si la règle est jugée mauvaise, on la change et on applique la nouvelle.
    Le politique et « l’intérêt général » ont à se retirer de l’économie.

  5. Wakrap, MERCI.

  6. Salut Wakrap,
    je confirme que les règles comptables sont simples (enfin pas si simple que ça !!) et surtout contrôlables. Je suis souvent surpris quand je tombe sur les comptes de certains établissements publics, SEM, EPIC, SAS,… Pour les comptes des communes, je n’ai jamais pu y avoir accès. J’ai pu les lire pour certaines communes de France qui sont publiés sur internet, mais pour celles de Polynésie, c’est noté « non transmis ??? Reste les rapports de la CTC avec énormément de choses à lire… mais avec quelques années de retard.

  7. l’intérêt général consiste à optimiser le bien -être individuel du plus grand nombre des membres d’une société . c’est en quelque sorte l’intérêt général à la collectivité qui transcende les intérêts individuels .

    La loi de la concurrence a pour but de dynamiser l’économie dans l’intérêt de tous si elle a pour but de réduire le niveau général des prix ……………

    • Bien entendu Hina, on doit tenir compte de l’intérêt général, c’est en principe le but de la démocratie. Les règles comptables n’ont rien à voir avec cela et doivent être, de toute façon, strictement appliquées.

  8. Bah, inutile de parler religion. Je vous laisse à votre croyance.d’intérêt général
    Sinon, tiens en voilà de l’intérêt général avec l’argent des impôts si savamment dépensés par la démocratie et ses représentants.

    http://www.boamp.fr/avis/detail/14-87561


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