Publié par : hirofarepote | avril 30, 2014

Quelles pierres pour la refondation économique ?

Nuihau LAUREY, notre vice-président en charge de l’économie, souhaite entamer une démarche de refondation économique qui s’inscrira sur le moyen et le long terme. Démarche à laquelle je souscris entièrement et nombre de mes billets sont orientés dans ce sens, à savoir la mise en oeuvre de réformes structurelles nécessaires à l’émergence d’une économie de marché concurrentielle et « démocratique ».

La première pierre de cette refondation sera sans nul doute l’instauration d’un droit de la concurrence ( interdiction des ententes et des abus de position dominante, contrôle des concentrations d’entreprises, pilotage et sanctions par une autorité indépendante) respectant les meilleures pratiques de régulation instaurées par de nombreux pays dans ce domaine.

On pourra ainsi comparer et observer, éventuellement, si certains lobbys locaux particulièrement puissants n’ont pas « infléchi » les projets de loi de Pays qui seront examinés très prochainement par l’Assemblée de la Polynésie française. Ce sera enfin l’aboutissement d’une longue gestation qui aura duré plus de 10 ans….

Rappelons qu’en situation de concurrence :

  • chaque entreprise participe à une procédure d’enchère ou de rabais pour l’emporter sur ses rivales (par le prix, les quantités, la qualité…. et la différenciation…);
  • chaque entreprise décide de son action en fonction des actions de ses concurrents.

Ce contexte de compétition entre entreprises ne peut qu’accroître le bien être économique général de la population. D’où l’intérêt pour la puissance publique d’assurer une régulation par la promotion de la concurrence et la liberté des prix. Et on comprend que dans une économie encore très administrée et truffée de monopoles, d’oligopoles et d’ententes comme l’économie polynésienne, le chantier est gigantesque…

Pour compléter le tableau, il serait souhaitable que l’intérêt collectif des consommateurs soit défendue par une « vraie » association de consommateurs. Malheureusement, les associations polynésiennes concernées sont en sommeil pour cause, notamment, de « notabilisation » de leurs responsables au sein du CESC…Dans une société démocratique, il est toujours bien d’avoir des contre-pouvoirs…

Si, de plus, la concurrence n’est pas suffisante du fait de l’étroitesse du marché polynésien, il est donc fondamental qu’elle puisse surgir de l’extérieur, par le biais d’un recours aux importations développé par des grossistes ou des distributeurs locaux. Si l’on érige des barrières artificielles réglementaires, l’entrée sera nécessairement contrainte, avec les risques induits de dérapage des prix. Nous le constatons tous les jours en ce qui concerne les produits agricoles,agroalimentaires et de la pêche en particulier, secteurs surprotégés par des règlementations protectionnistes dépassées et défiant le droit commercial international….

D’autres pierres devront donc s’ajouter à l’édifice de la refondation et viseront à reconsidérer le rôle du Pays dans une économie de marché moderne.

Cela passera forcément par une suppression des barrières non tarifaires à l’importation (interdictions à l’importation, quotas…), la réduction progressive des barrières douanières et tarifaires (exonérations indues qui vont à l’encontre de la vérité des prix, taxe de développement local…), la suppression des obstacles aux investissements directs étrangers, la réforme des dispositifs de contrôles archaïques des prix et des marges, une nouvelle régulation des industries de réseaux ( énergie, postes et télécom, internet…)

De même, les dispositifs d’aide sectorielle devront être revisités au profit d’actions visant l’amélioration du cadre général et fiscal favorable à l’initiative.

En parallèle, la réduction du périmètre du secteur public et la réorientation d’une partie croissante des ressources publiques vers l’investissement permettront sur le moyen terme une baisse des prélèvements fiscaux et donneront de l’oxygène au secteur privé qui pourra ainsi plus et mieux investir dans de nouvelles activités.

Passer d’une économie de rente, d’un secteur public hypertrophié ainsi que d’un secteur privé surprotégé qui prospère au détriment du pouvoir d’achat des ménages et de la compétitivité du secteur privé non protégé (tourisme, exportation, petit commerce, restauration, artisanat, etc.) à une économie productive et concurrentielle moderne est effectivement oeuvre de refondation.

Elle doit être conduite avec cohérence, rigueur et une volonté sans faille car ce ne sera pas un long fleuve tranquille. De nombreux obstacles et intérêts particuliers se dresseront sur la route, mais l’intérêt général est au bout…


Responses

  1. Bonjour Hiro,
    voilà un texte qui est intéressant (comme d’habitude) et qui me plait. Je vais le relire à tête reposée…
    Mais j’ai déjà noté un phrase que j’apprécie : « … en sommeil pour cause, notamment, de « notabilisation » de leurs responsables au sein du CESC ». Tout à fait vrai, quand va-t-on supprimer ce « machin » qui ne sert à rien et nous coûte cher ?

  2. Refondation, refondation…exemple :

    http://www.contrepoints.org/2014/04/30/6709-alberto-ullastres-1914-2001

  3. oui suis d’accord avec carabasse quand va t-on supprimer le CESC qui ne nous représente pas mais ne représente que les personnes qui y sont hormis peut-être certains syndicats de patrons et de salariés.

    nous n’avons plus les moyens d’entretenir cette demeure dont le niveau d’intervention ainsi que celui des rapports est désolant !

    Excellent billet, hiro , pour une refondation de l’économie !

    c’est exactement ce que préconisent nos experts universitaires de qualité mais qui ont eu droit de la part du ministre nuihau Laurey une condescendance inadmissible quand il dit que notre pays compte des experts de l’économie théorique , qui , en réalité, ne sauraient même pas gérer une roulotte ambulante .

    Ce n’est pas un langage digne d’un ministre de l’Economie. Il n’accepte pas la critique constructive et pense détenir la science infuse.

    Ce qui me fait dire que je ne pense pas que la refondation économique espérée par beaucoup, ce ministre l’ait bien compris.

    Vous me direz il n’est jamais trop tard pour bien faire , hiro, mais quand je vois que notre ministre de l’économie, en temps de crise , met un an, pour nous parler de simplification administrative sans qu’il n’y ait encore la moindre application concréte dans les faits pour libérer l’énergie privée ! je donne un carton rouge !

    je dis qu’il ne peut pas nous dire qu’il est un pragmatique à tendance optimiste car si c’était vraiment le cas , il aurait dû , parallèlement à sa réforme fiscale qui a consisté à nous ponctionner tous ( et là j’y souscris puisque nous étions au plus bas ) engager concrétement cette modernisation administrative avec résultat à la clé dans les 3 mois de sa prise de fonction !

    car dans le privé , le temps c’est de l’argent et encore plus en temps de crise persistante !

    Quand on demande des sacrifices à toute une population , on se doit, en sa qualité de ministre de l’économie et des finances démontrer par des actes concrets pour le commun des mortels que l’administration fait des efforts en matière de réduction drastique appropriée des dépenses publiques . A ce niveau , on a rien vu de transcendental pour le moment !

    c’est un ministre qui a de la chance d’avoir une quinzaine de collaborateurs , aucun ministre de l’économie et des finances de tout temps n’a eu autant de moyens humains pour un résultat que je trouve personnellement pas à la hauteur de l’enjeu économique que nous traversons .

    Le plan de relance a été très tardif et pour moi , à part certaines mesures phares dans le bâtiment et les investissements publics incontestables qui relanceront l’activité dans ce domaine grâce à la perspicacité du président du pays , le reste constitue plus une feuille de route pour chaque ministère.

    C’est mieux que rien mais c’est encore très insuffisant en matière de refondation économique car le terme est très fort.

    Pour moi , une refondation économique , c’est significatif , ce n’est pas du plâtre !

    Il faudrait une politique macro-économique claire, coordonnée, cohérente avec des priorités fondamentales ( modéle de société pour notre petite île tropicale ) et des réformes dans la gouvernance économique PRO-ACTIVE qui mettent l’accent sur la création de richesses et de l’emploi .

    Nous sommes à un tournant crucial de notre histoire où les politiques publiques menées vont conditionner l’ancrage de notre vision à MT et LT.

    Notre contexte est fortement marqué par l’urgence et non le train train quotidien de l’administration car nous disposons de plusieurs facteurs de risques à prendre en compte , la détresse sociale inimaginable au XXI éme siècle , la dégradation environnementale et les aléas climatiques .

    Il faudrait une politique plus volontariste , plus pragmatique , plus pro-active pour permettre à l’économie de croître durablement .

    Il faudrait des politiques et réformes appropriées qui soient résolues pour stimuler l’investissement et libérer les énergies créatrices .

    Il faudrait des gains d’efficacité importants pour le tissu dense des PME.

    Il faudrait rechercher systématiquement et de façon permanente les gains rapides dans le cadre de toutes les lignes de politique publique afin d’optimiser sur le CT les bénéfices pour la population.

    Il faudrait construire les moteurs de la croissance avec les acteurs économiques de façon pédagogique en hiérarchisant les priorités fondamentales ( le saupoudrage est un luxe qu’on ne peut plus se permettre et qui est malsain de surcroît ) et faire LE CHOIX ENSEMBLE D’UNE TRAJECTOIRE DE CROISSANCE ACCELEREE qui passera indubitablement par la relance dynamique des secteurs porteurs à haute valeur ajoutée pour notre petite communauté ( tourisme et ressources marines ).

    Ce n’est pas la peine de nous disperser , il faut mettre le paquet sur ces 2 domaines dont un est une locomotive incontestable en matière d’effets multiplicateurs ( x3 ) !!

    Il faudrait privilégier les ressources humaines adéquates pour booster avec un professionnalisme aigu ces 2 activités phares de notre île .

    Et cette refondation économique doit aussi s’accompagner d’une refondation sociale avec un systéme de santé plus responsable ( il n’y a pas lieu de couvrir le maximum de pathologies , nous n’en avons pas les moyens ni financiers ni humains , il vaut mieux privilégier les evasans dans ces cas de figure précis par exemple mais il y a tant d’autres gaspillages à dénicher et bannir en matière de santé dans les différentes structures ) et un systéme éducatif privilégiant l’apprentissage à l’anglo-saxonne et :ou à l’allemande tout en conservant bien sûr nos spécificités locales .

    Ce grand chantier de la refondation économique incluant le social doit prévoir la mise en oeuvre d’une politique facilitatrice du développement pérenne , l’appui à l’investissement privé local et étranger , et la dynamisation et la valorisation des 2 secteurs clé tourisme et ressources marines ( l’agriculture ayant encore besoin d’une restructuration profonde avec des produits de qualité sans pesticides dans nos assiettes avec une nappe phréatique à renouveler sainement avant d’envisager un fort développement local quand on sait qu’il faut 12 ans pour pouvoir qualifier une nappe phréatique saine sans pesticides avec une agriculture bio en surface , il reste du chemin à faire !), la mise en oeuvre d’une véritable industrie du secteur des services et notamment des personnes , le développement des ressources énergétiques.

    GROSSO MODO : favoriser l’investissement privé, condition sine qua non pour retrouver une croissance durable , favoriser la consommation des ménages pour stimuler la confiance nécessaire au moral des entreprises et créer le contexte indispensable de création de richesse et d’emplois productifs.

  4. Bonjour Hina,
    je suis en gros d’accord avec toi : cette refondation ne va pas assez vite et les exemples « chocs » manquent à l’appel. Mais soyons patient, je sais par habitude qu’il faut au moins 10 ans pour faire passer une modification importante (et j’ai de nombreux exemples sous le coude). Madame la directrice de la DICP a annoncé une informatisation des déclarations fiscales pour 2016 ou 17, nous allons enfin abandonner l’encrier, le parchemin et la plume d’oie… pour le reste de sa déclaration, je ne m’étendrai pas 🙂
    Concernant le propos du ministre Laurey « … des experts de l’économie théorique , qui , en réalité, ne sauraient même pas gérer une roulotte ambulante », ton exemple est mal choisi. J’en ai fait l’expérience en prenant la gérance du snack du nouveau marché de Pirae en Aout 1969 : j’ai craqué au bout de 3 mois !!!

  5. carabasse , je parlais de la condescendance du Ministre à parler ainsi des experts de l’économie théorique pour les diminuer c’est plutôt dans ce sens !
    c’est sa façon de dénigrer les experts de l’économie théorique qui me choque !
    c’est une façon de faire croire que ces experts restent dans la théorie et sont incapables de passer dans la pratique même d’une gestion d’une roulotte ambulante !
    ce qui est faux de surcroît car j’ai 2 connaissances qui ont une roulotte ambulante et ils savent comment la gérer et efficacement de plus !

    mais j’estime que ce n’est pas une façon de parler ainsi de nos experts en économie et que l’exemple qui est donné est condescendant !

    faire croire que nos économistes sont abstraits et lui dans le concret uniquement parce-qu’il est Ministre, c’est une aberration ? Tout tient à la personnalité de chacun et cela n’a rien à voir avec les fonctions occupées !

    POUR LE CONCRET EN CE QUI CONCERNE NUIHAU LAUREY , JE N’AI PAS VU ENCORE GRAND CHOSE DANS LE DOMAINE ECONOMIQUE CELA ME RAPPELLE UN GRAND AMI A LUI TEVA ROFRITSCH POUR NE PAS LE NOMMER ET QUI A ETE MINISTRE DE LA RECONVERSION ECONOMIQUE ET LA AUSSI IL N’Y A EU QUE DE LA FUMEE EN MATIERE DE RECONVERSION ECONOMIQUE.

    PIM, PAM, POL lol qui coûtent excessivement aux contribuables et à la génération montante sans perspective d’une once de développement durable ! mesures critiquées par notre ministre de l’économie actuel nuihau Laurey qui les a pourtant avalisé lorsqu’il faisait parti du cabinet de son cher Ami Ministre Teva.

    La liste des exemples est très longue ……………………………….je m’arrêterais donc là !

  6. Te fâches pas Hina, c’est juste l’exemple qui m’a sauté aux yeux. J’ai souvent travaillé par le secteur de la restauration mais uniquement en tant que comptable. Je n’ai fait que de la comptabilité, cela ne m’empêche pas de me défendre dans d’autres secteurs comme le modélisme naval.
    Pour Tevaro, entièrement d’accord avec toi, ce n’est que de la poudre aux yeux et même des mensonges. Pour donner un avis sur l’action de Laurey, j’attendrais encore un peu, mais j’ai déjà critiqué son augmentation de la TVA sur les prestations de services et la main d’œuvre locale.

  7. Bravo Hiro pour ce billet tout a fait pertinent comme d’habitude.

    Sur la régulation des industries de réseaux relevant du domaine du service public de l’électricité (transport et distribution de l’énergie électrique), il est important de noter l’annonce faite par le VP Nuihau Laurey ce 28 avril sur les ondes de Taui FM qui a indiqué que, comme en Nouvelle Caledonie, l’autorité de la concurrence (autorité administrative indépendante) dont la création doit être votée lors de la présente session administrative, cette nouvelle autorité régulera les activités de service public délégués.

    En conséquence, on peut donc (enfin) espérer que l’opérateur EDT soit correctement régule et c’est fondamental car il faut rappeler que la facture d’électricité représente selon l’ISPF le quatrième poste de dépense des ménages polynésiens ( après alimentation, logement, voiture).

    Toutefois, il y aura encore loin de la « coupe aux lèvres ». La filiale locale de GDF-SUEZ, les gens s’en doutent mais n’imaginent peut être pas a quel point, exerce dans notre pays une influence formidable et pour tout dire inquiétante.

    Il est primordial que les citoyens soient vigilants et se mobilisent en la matière car sinon, non seulement les abonnés que nous sommes continueront à être tondus ras de manière inique, mais de plus nous irions alors immanquablement vers un échec en ce qui concerne la pourtant vitale transition énergétique, échec qui aurait donc des conséquences extrêmement fâcheuses pour les générations à venir de polynésiens.


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :