Publié par : hirofarepote | mars 12, 2014

Faa’a : la nef des fous !

Que vive la démocratie locale !

Contrairement à d’autres, je ne souffre pas « d’overdose » d’articles, d’interviews ou de débats sur les communales, tant ces débats sont instructifs sur la perception de notre démocratie de proximité par la société civile et par les plus de 4.400 candidats aux fonctions de maire et de conseiller municipal.

Il parait même que la Polynésie française est au-dessus de la moyenne nationale en ce qui concerne le nombre de candidats rapporté à la population. 4.400 citoyens souhaitant s’investir dans la vie de la « cité » : c’est réjouissant et cela démontre la vivacité de notre vie démocratique interne.

Hier, j’ai donc suivi le débat sur Polynésie première. Un débat mené par un James Heaux passé maître dans la connaissance du fameux CGCT , le code général des collectivités territoriales (que l’on résume trop souvent au diptyque « eaux- ordures » qui aurait dû être réglé depuis longtemps par TOUTES nos communes…),et qui discernait les affaires de compétence communale et celles de compétence du Pays (…sauf que les choses deviennent moins claires lorsque l’on a à faire à des satellites communaux sous différents statuts juridiques, des structures intercommunales ou des syndicats mixtes ouverts…. )

Un débat opposant le maire de Faa’a tant aimé par sa population (c’est lui-même qui le dit à la place de ses concitoyens, et ce dans un exercice de communication politique très nombriliste et auto satisfait…) et ses « challengers » partant à l’assaut de cette citadelle que l’on dit inexpugnable (même si, aux territoriales, il fut minoritaire chez lui…)

La candidate-représentante ATP, ancienne compagnonne de route du maire et en plein divorce politique ? Peu à l’aise (aussi bien en français qu’en reo maohi), se contentant de diagnostics sommaires, anecdotiques ou formulés maladroitement et de propositions particulièrement évasives. Une absence de projet surprenante pour quelqu’un qui connait pourtant les rouages municipaux de l’intérieur.

Le candidat Teiva Manutahi, jeune loup très politique et idéologique, qui n’a pas hésité une seconde à se mettre sur le terrain du prophète indépendantiste, qui lui-même se mettait au niveau de Nelson Mandela. Rien que cela. Mégalomanie oscarienne, quand tu nous tiens…

Un jeune loup qui, à l’aide de quelques photos bien senties, a cassé le portrait auto-satisfait d’un maire particulièrement agressif et vindicatif, semblant considérer que c’était un crime de lèse-majesté que de vouloir rivaliser avec lui dans « sa » ville.

La candidate Isabelle Sachet,  bien secondée par Jean Temauri en reo maohi, une candidate particulièrement affûtée dans ses propositions concrètes et qui a manifestement approfondi son diagnostic des maux que vit cette commune depuis de très longues années.

Enfin, le maire, notre « Mandela local », qui n’a pas manqué de « territorialiser » le débat par des propos provocateurs et à l’emporte-pièce, muet sur son bilan et peu disert sur sa vision, son ambition et ses projets pour « sa » commune qu’il voudrait bien « gouverner » ad vitam…

Un maire qui – à l’écouter et à observer son attitude irrespectueuse, voire agressive vis à vis de ses « concurrents » – a déjà tout pensé et tout fait pour « sa » population, qui considère que sa commune est exemplaire, que les logements insalubres qui peuplent une grande partie des quartiers de la commune sont infiniment plus « confortables » que les favelas de Rio, que le dépotoir sauvage n’est pas un problème, que l’absence de marché municipal est un « détail », que les peuplements sauvages dans la zone de sécurité de l’aéroport ne valent même pas qu’on en parle…. et qui est prêt à accueillir des milliers de touristes chez l’habitant pour leur faire « sentir » la culture maohi urbaine…..J’en passe et des meilleures.

Transports urbains ? Résorption de l’habitat insalubre ? Sécurité ?Assainissement ? Qualité de l’environnement ? Qualité de vie ? Qualité de l’eau et de l’air ? Qualité de traitement des déchets ? Qualité des services communaux à la population ? Densité des entreprises ? Qualité de l’accueil de ces mêmes entreprises dans des zones aménagées ? Qualité de la voirie ? Qualité et nombre des infrastructures communales ? Nuisances sonores ?

Qualité et nombre des équipements sportifs ? Délinquance et consommation de drogue ? Jeunesse marginalisée ? Violence scolaire et dégradation des biens publics ? Lieux de sociabilité urbaine ? Absence de disponibilités foncières pour des équipements communaux structurants ( marché, marina, salle polyvalente au bénéfice des associations communales….) ? Politique d’animation communale ?

Propreté et aménagement urbain dépassant le stade du bricolage et de l’embellissement « cosmétique » ? Centre-ville, concentration et accessibilité des services publics ? Schéma directeur prospectif, schéma de transports urbains, PGA, PGEM, PADD ? Zones d’activité commerciale, artisanale ou industrielle ?

Circulez, il n’y a rien à voir !

Faa’a, une commune qui gère pourtant un budget considérable de plus de 5 milliards de F CFP par an (budget principal et budgets annexes loin de s’autofinancer…), dépense une trop grosse partie de son budget dans le fonctionnement (plus de 3,5 milliards de F CFP), dispose d’un personnel pléthorique, en grande partie dévouée à son maire (et pour cause : une partie significative a été recrutée par népotisme, clientélisme et « parti pris »… avant l’obligation de recrutement par voie de concours, un personnel sous encadré et peu performant du fait de la démagogie du maire à son égard) et qui a peu investi depuis 20 ans (sinon, cela se « verrait » quand même….)

Imaginez une commune qui aurait dégagé 2 milliards de F CFP de capacités d’investissement par an (par une maximisation des ressources propres et des apports des partenaires et par une minimisation de son budget de fonctionnement), qui aurait collaboré de manière pragmatique avec l’Etat (rappelons-nous de sa participation tardive à la politique de la ville et au CUCS…)  et le Pays (résorption de l’habitat insalubre, traitement des ordures, logement social, modernisation et aménagement de la plate-forme aéroportuaire…). N’aurait-elle pas un visage différent de celui qu’elle semble vouloir cultiver, à savoir celui d’une commune enfermée dans une culture de marginalisation et de ségrégation sociale ?

L’exemplarité de la gestion « façon Temaru », c’est de capitaliser des réserves et des provisions financières résultant du faible écart entre ses ressources et ses dépenses de fonctionnement et c’est de sous-investir. Je me rappelle même qu’il y a quelques années , le conseil municipal ne savait pas quoi faire de son « trésor » ou de son « pactole » qui s’élevait à plus de 2 milliards de F CFP.

Avez-vous entendu parler de projets significatifs hier soir ? Non. Monsieur le Maire préfère thésauriser et avoir, si possible zéro en endettement. Quelle belle « ambition » pour sa commune !

La bonne gestion d’une commune ne se confond pas avec une gestion de « petit épicier ». L’énormité des besoins sociaux et en infrastructures et les possibilités de démultiplier l’action communale par des partenariats ciblés avec les autres collectivités que sont l’Etat, le Pays et les autres communes auraient pu éloigner Faa’a de cette image de commune-dortoir et d’espace de relégation de catégories sociales marginalisées. Encore faut-il le vouloir !

Une commune qui a pourtant la chance d’avoir sur son sol le seul aéroport international de la Polynésie française. Plate-forme dont on sait qu’elle est un vecteur d’activité économique très important pour toute commune qui sait valoriser cet atout. Pensons simplement au fait qu’il n’y a pas d’hôtel ou de centre commercial digne de ce nom à proximité de cet aéroport comme cela se passe n’importe où de par le monde… Et observons l’espace étriqué dans lequel se déploient les entreprises à proximité de l’aéroport… Où se développer dans ces conditions ?

La vision du développement économique communal du maire ? Une commune qui veut généraliser « l’accueil façon Peace boat » par un hébergement chez l’habitant se comptant par centaines…. Il faut du grand pour créer des centaines d’emplois, pas de la « gnognotte » comme un marché municipal, n’est ce pas ?

Mais monsieur le maire a quand même évolué sur ce point : il n’est plus question d’accueillir « gratuitement » les touristes chez l’habitant, comme il nous l’avait annoncé il y a moins de deux ans, lorsqu’il était ministre du tourisme avec les résultats que l’on sait (fermeture d’hôtels, absence d’investissements étrangers, chute de la fréquentation….) Maintenant, ces touristes devront quand même débourser 6 ou 7000 F CFP par jour pour avoir le privilège de séjourner dans des « habitats » quand même plus « sympas » que les favelas de Rio (favelas qui ont, selon lui, beaucoup plus de succès que Copacabana auprès des touristes internationaux….). On va examiner les résultats dans un ou deux ans…

Et monsieur le Maire de conclure qu’il faut vôter pour des gens sérieux et non pour des listes « hapooraa ore« . Un peu culotté quand même !

Mais gageons que le « prophète proche de son peuple » pourra encore compter sur le vote « avec les tripes » d’une bonne partie de sa population qui a l’idée indépendantiste chevillée au corps. N’est ce pas le réservoir électoral le plus important du Tavini dans sa lutte pour « l’émancipation » et la souveraineté (collective à défaut de l’émancipation individuelle…) ?

Alors à quoi bon avoir un projet communal cohérent pour la population de Faa’a ? Pourquoi  « importer » des schémas de développement rationnels ? A quoi bon tenir un discours cohérent et responsable ? Ne suivront-ils pas le prophète aveuglément comme ils l’ont fait jusqu’à présent ?

« Tavana, we don’t love you …as you love yourself ! »

L’équipe communale de Faa’a ou la nef des fous…

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Responses

  1. « 4.400 citoyens souhaitant s’investir dans la vie de la « cité » : c’est réjouissant et cela démontre la vivacité de notre vie démocratique interne. »
    Là, les idéaux de chacun peuvent diverger: 4400 souhaitent diriger la vie des autres. C’est pathétique à mon sens


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