Publié par : hirofarepote | décembre 15, 2013

Incertitude économique

Le nouveau gouvernement Flosse s’est installé et a promis la rupture face à la malgouvernance Temarienne. Une malgouvernance qui n’a rien tenté pour sortir la Polynésie française du marasme économique et d’une crise sociale chronique caractérisée par la précarité grandissante d’un tiers de notre population.

Notre économie manque de ressorts. Le tourisme ne redécolle pas. Nos autres exportations stagnent, à l’exception notable du regain des exportations de thons.

L’économie locale est comme tétanisée par la baisse du pouvoir d’achat de la classe moyenne polynésienne. Cette dernière voit son budget de plus en plus contraint par la hausse des côtisations sociales, de la CST et de la TVA sur les services.

A l’exception du report de la hausse de sa facture énergétique et de la baisse tendancielle du prix des télécoms grâce à l’émergence d’une concurrence face au monopole historique de l’OPT et de ses filiales, les dépenses contraintes sont toujours à la hausse : prix alimentaires, prix du carburant et hausse des redevances municipales et territoriales grèvent de plus en plus lourdement les dépenses des ménages.

Face à l’explosion des dépenses sociales, l’économie de la santé se porte moins mal que les autres secteurs d’activité économique. Mais cette économie, « solvabilisée » par la hausse continue des prélèvements sociaux, doit être mieux régulée, mieux organisée et doit voir ses « coûts de production » mieux maîtrisés, notamment par la constitution et la modernisation d’un pôle de santé privé plus efficient. Avec un revenu par habitant inférieur de moitié à celui de la France métropolitaine, la Polynésie ne peut se permettre d’avoir un système de santé « plus coûteux et moins productif » que celui de la Métropole. On comprend mieux pourquoi nos gouvernants successifs veulent se sortir du piège de l’indexation généralisée des coûts par rapport à ceux de la métropole, du corporatisme administratif et des réseaux de connivence métropolitains pour bâtir notre propre système de santé en toute autonomie et à un niveau conforme à nos moyens.

Nos administrateurs de la Caisse de Prévoyance Sociale ont justement manqué de « prévoyance » en laissant notre système de retraite s’enfoncer dans l’abîme. Il pensaient encore que l’on pouvait vivre, et surtout, partir en retraite, « au-dessus de nos moyens ». Ils ont mal anticipé l’ampleur de la crise structurelle dans laquelle nous nous sommes enfoncés depuis plus d’une décennie. Trop peu, trop tard, pour redéfinir le cadre d’un système de retraite trop généreux à base de retraite anticipée à partir de 50 ans et de retraite à partir de 60 ans, alors que la norme moyenne de tous les pays développés est au moins de 65 ans. Il est trop tard pour une simple réforme paramétrique et la migration vers un système par points est effectivement souhaitable.

Notre économie s’est rigidifiée, voire sclérosée. Les monopoles et les rentes de situation ne changent pas vraiment de stratégie face à leur baisse de chiffre d’affaires et à l’érosion de leurs marges. L’adaptation des modèles économiques face à la nouvelle donne de la perte de pouvoir d’achat des ménages est bien trop lente. Ainsi, à l’exception de la grande enseigne commerciale bien connue, le commerce non alimentaire et spécialisé local est complètement sinistré et n’est pas vraiment passé à l’ère numérique face à la concurrence de l’e commerce international.

Du fait de l’effondrement de notre économie touristique depuis une décennie, ce sont, par effet boule de neige, plus de 70 milliards de F CFP de richesses annuelles qui se sont envolées. Avec des conséquences en chaine dramatiques dans toute notre économie : chiffres d’affaires des entreprises en nette baisse, budgets publics de plus en plus contraints,crise des finances communales, budgets sociaux en grave déséquilibre, régression du BTP, transport aérien domestique fragilisé, transport aérien international qui n’a comme porte de salut que l’accroissement futur du flux touristique, oligopole bancaire qui voit son produit net bancaire s’effondrer malgré les prix exorbitants des services bancaires, concessionnaires automobiles qui doivent se contenter d’un marché qui a fondu de moitié en l’espace d’une décennie, entreprises hôtelières qui surnagent grâce à la fermeture de certains de leurs concurrents….

L’investissement privé est en berne. Peu de nouvelles entreprises motrices émergent dans nos secteurs productifs, à l’exception notable de la pêche. Les porteurs de projets à risque se font rares et ce ne sont pas les micro-projets financés par l’ADIE qui vont bouleverser une économie entrepreneuriale en panne.

Dans ce marasme ambiant, le nouveau gouvernement tente bien d’insufler un électrochoc salutaire avec la volonté annoncée d’élargir le Partenariat Public Privé. Le cluster touristique d’Outumaoro et la « nouvelle économie » aquacole portée par l’investissement chinois concentrent tous les espoirs d’un nouveau redémarrage économique.

Mais rien n’est joué si l’on ne porte pas attention à notre attractivité globale vis à vis des investisseurs et à notre compétitivité économique globale. Car il faudra notamment remplir les futurs hôtels et ce n’est pas le modèle économique hôtelier actuel qui le fera… Au regard du nombre de nouvelles chambres annoncées à terme, il faudra qu’à un horizon de 10 ans, nous accueillions de 300 à 500.000 touristes supplémentaires ! Nous aurons donc besoin de tout le monde sur le pont pour déployer un marketing touristique efficient…. une fois la compétitivité de notre offre touristique reconstituée….

Le budget 2014 du Pays n’est pas aussi porteur qu’annoncé pendant les élections. Il semblerait que les conseils de prudence face à une contrainte d’endettement global qui risquait d’atteindre 100 milliards de F CFP, soit plus de 20% de notre Produit Intérieur Brut, ont freiné les ardeurs de relance par l’investissement et l’endettement public. Si le taux de consommation des crédits d’investissement s’améliore, ce budget jouera un léger effet positif sur l’activité économique globale en 2014.

Aussi, l’année 2014 risque, si l’attentisme du secteur privé perdure, d’être une nouvelle année d’incertitude économique.

Plus que jamais, il faut que la société polynésienne croit en son avenir car elle a encore des fondamentaux sur lesquels elle peut encore bâtir. Pour celà, il faut que les consommateurs polynésiens consomment, que les investisseurs investissent dans les projets qu’ils ont dans leurs cartons, que les nouveaux entrepreneurs prennent des risques et fassent évoluer les modèles économiques sclérosés, que les monopoleurs et rentiers modifient leurs stratégies et prennent des initiatives en termes de baisses de prix pour inciter les ménages à consommer plus…. Confiance, Optimisme dans l’avenir et passage à l’offensive sont les maîtres-mots du redressement économique et social.

Il est effectivement temps que les professionnels de tous nos secteurs sortent de leur posture défensive et passent résolument à l’offensive, à l’image symbolique du Brando Hotel qui verra le jour en 2014.Ce n’est qu’à cette condition que nous tournerons le dos à cette crise qui n’a que trop duré.

Yes, we can…


Responses

  1. MERCI DE PENSER AUSSI AUX COMPETENCES HUMAINES POUR SORTIR NOTRE PAYS DE CETTE CRISE PERSISTANTE ! SANS QUOI ON A BEAU METTRE EN OEUVRE UN BUDGET , UNE STRATEGIE LA PLUS BELLE QU’ELLE SOIT SI ON A PAS LE PERSONNEL ADEQUAT AUSSI BIEN DANS LE PUBLIC QUE DANS LE PRIVE , ON N’OBTIENDRA PAS LES RESULTATS ESCOMPTES……………………

    IL Y A EU TROP DE LAXISME CES DERNIERES ANNEES AVEC DES INCOMPETENCES NOTOIRES DANS DES SECTEURS CLES MAIS IL EN RESTE ENCORE MALHEUREUSEMENT POUR NOTRE FENUA ET LE PROFESSIONNALISME A CERTAINS ENDROITS ET DANS CERTAINS SECTEURS CLES N’EST PAS ENCORE AU RENDEZ-VOUS…………………………………………………

    C’EST ATTRISTANT ET INTOLERABLE EN TEMPS DE CRISE OU DES MILLIERS DE PERSONNES SONT AU CHOMAGE !!!!!!!!!!

    ON N’A PAS DROIT A L’ERREUR ET ENCORE PLUS DANS LES TEMPS DIFFICILES!

  2. Comment imaginer une sortie de crise avec une économie à ce point « étatisée » ou « territorialisée », c’est à dire dépendante à ce point des orientations des pouvoirs publiques en matière budgétaire ou économique?
    Un peu comme l’ex URSS où le gos plan réglait la vie économique jusqu’à la mettre à mort.
    Ce qu’on pouvait attendre de ce gouvernement, c’est à dire une relance par l’injection d’argent frais, n’aura pas lieu.
    Où en serait la Grèce si ses partenaires européens n’avaient pas injecté plus de 300 milliards d’euros d’aide?
    Où va la Polynésie parce qu’elle n’a pas reçu cette aide économique (toute proportion gardée)?
    J’ai la douloureuse impression que nous sommes sacrifiés sur l’autel de l’Austérité.

  3. Bonjour ,

    Suis un fidèle lecteur de votre billet depuis plusieurs années !

    Entrepreneur depuis 25 ans en Polynésie, je suis sur le point de lancer l’organisation du salon de la perle Te Poe Kanakana d’ici fin avril 2014.
    Aussi peut être pourrions nous échanger sur le sujet et mettre quelques unes vos excellentes idées à exécution!

    Cordialement

  4. Actuellement la furie fiscale turbo progressive du gouvernement fout en l’air ce qu’il reste d’économie. Ils viennent de faire une « pause » en annulant du our au lendemain le fameux impôt sur le revenu des patentés qui est une hérésie et tient du racisme social.
    Ils ont créé une progressivité monstrueuse sur la CST (jusqu’à 25%) pour une taxe qui alimente une prestation sociale, ce qui est une folie.
    Dans le monde entier les prestations sociales sont financées par des impôts ou taxes proportionnels et souvent plafonnés car seule une partie de la population les percoivent, ce qui constitue une progressivité dans la prestation. Là, on rajoute à la progressivité de la prestation une progressivité monstrueuse de la cotisation. C’est dingue.
    Eh oui, on a une sacré incertitude économique à prendre des mesures aussi folles qui n’existent nulle part à ma connaissance sur la planète.(Hors Cuba ou la Corée des tarés)


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