Publié par : hirofarepote | mai 28, 2013

L’enseigne Casino en Polynésie : chronique d’une mort annoncée

J’avais intitulé un billet en date du 12 aout 2012 : vive la concurrence !

J’émettais un espoir raisonnable quant à l’émergence d’une vraie concurrence face à l’enseigne Carrefour. Un espoir teinté de certaines conditions nécessaires : surface financière du nouveau venu, capacité de négociation internationale, force de frappe pour investir dans un hypermarché digne de ce nom…. Je pointais aussi le risque de duopole, car la concurrence doit s’analyser dans la durée….et je proposais l’instauration d’une « autorité indépendante qui veille à débusquer les abus de position dominante ou les ententes ». 

Las, cet espoir est déçu ! Après seulement quelques mois d’existence, le « petit » vaisseau amiral du « petit » réseau Casino ( 6 è enseigne française) risque de fermer ses portes dans quelques jours : rayonnages qui se vident en l’absence de « réassort », allées désertées, espaces spécialisés fermés, personnel squelettique…. Le Géant Casino n’a pas tenu ses promesses. Triste spectacle…

La faute à qui ou à quoi ?

Il est clair que pour bousculer l’hégémonie de Carrefour, il fallait un choc frontal d’une enseigne au moins aussi puissante que Carrefour, c’est à dire disposant d’une surface financière lui permettant de créer d’emblée un réseau et un hypermarché d’une taille critique minimale. A la place, nous avons eu un « master franchisé » qui a institué un partenariat avec la firme stéphanoise sans avoir les « reins suffisamment solides ».

En guise d’hypermarché, nous avons eu un ancien supermarché reconditionné, à la surface de vente limitée, mal localisé, d’un accès compliqué, qui n’a pas supporté la comparaison avec les hypermarchés « Carrefour ». Les quelques innovations commerciales, notamment les horaires d’ouverture ont été vite copiées par le leader. A un point tel que certains observateurs estiment que le dimanche est désormais la deuxième meilleure journée du Carrefour Punaauia ! Merci, Casino, d’avoir « réveillé » la belle endormie….

Comble du comble, l’initiative de Casino a permis à Carrefour de sortir des cartons des projets prêts depuis longtemps au cas où… C’est ainsi que l’on a appris que le réseau Carrefour-Champion allait s’étoffer encore plus et qu’un Centre commercial allait ouvrir à Taravao….. sur un terrain acheté de longue date. Chose promise, chose due : le centre commercial est bien là.

Résultat des courses : Casino a renforcé le pouvoir de marché de Carrefour. In fine, avec la mort annoncée du Géant Casino, les consommateurs polynésiens se retrouvent avec une enseigne encore plus hégémonique qu’il y a un an ! C’est tout le paradoxe de la situation que nous vivons…

Et demain ?

Notre « investisseur-politicien-ami de fonds de pension américains dont il nous taira le nom- et qui a failli être l’ambassadeur de Tahiti auprès des investisseurs- qui nous réserve une surprise, mais chut,  il ne peut pas le dire » nous donne de plus en plus l’impression d’être une baudruche qui explose en plein vol. Une grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un boeuf. C’est malheureux, car c’était l’un des rares investisseurs extérieurs qui s’était implanté en Polynésie française ces dernières années en rachetant notre principale agence de voyage.

Hélas, notre multimilliardaire se révèle  tout au plus être un multimillionnaire qui n’a pas les moyens de lutter à armes égales contre beaucoup plus fort que lui. En fait, nous n’avons pas eu la force de frappe d’un investissement direct de Casino. Cette enseigne a préféré se positionner comme un consultant-vendeur de ses produits maison, plutôt que comme un investisseur-créateur d’hypermarché. Elle peut, demain, changer d’avis, mais j’avoue que je n’y crois pas trop.

Pourtant, l’implantation d’une autre enseigne est de l’ordre de la nécessité pour les consommateurs polynésiens.

Mais le compte à rebours d’un verrouillage définitif du marché polynésien par Carrefour est déjà bien avancé.

En conséquence, si aucune autre enseigne ne se pointe à l’horizon dans le court terme, il faudra bien que nos gouvernants prennent leurs responsabilités.

Qu’est ce à dire ? 

Que le ministre en charge de l’économie « prenne son bâton de pèlerin » pour convaincre une grande enseigne française ou étrangère de s’implanter « sérieusement » en Polynésie.

Qu’à défaut, il crée rapidement une autorité indépendante de la concurrence qui sera forcément amenée à démanteler partiellement la position ultra dominante de Carrefour pour laisser, justement, la place à une concurrence digne de ce nom.

Les deux partis autonomistes, dont le Tahoeraa, se sont engagés à créer une telle Autorité. Le plus tôt sera donc le mieux.

Il faut espérer que cet engagement ne soit pas enterré du fait de la force d’un lobby particulièrement puissant. En effet, l’un des hommes les plus riches du Pays a déjà démontré par le passé qu’il savait se faire écouter par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis le rachat de l’enseigne historique  » Continent-Euromarché ».

Le Taui n’y a rien changé. Bien au contraire, puisque même un ministre passé, qui fut un temps un fervent socialiste autogestionnaire, a fait en sorte de préserver la « rente de situation » de Carrefour…. en empêchant l’implantation d’un « vrai » Géant Casino.

Je suis persuadé, de plus, que notre milliardaire polynésien n’en demandait pas tant et qu’il doit être gêné aux entournures. Car la disparation prématurée de son nouveau concurrent ne rend que plus flagrante sa position dominante ! Tellement flagrante qu’elle en devient « abusive ». Comme le nez au milieu de la figure…. Gênant, quand même.

Seul l ‘avenir nous dira si le « courage politique » sera au rendez-vous. Wait and See.

Et vive la concurrence !

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Responses

  1. Toujours un régal de lire vos analyses. Précision des références + rigueur du raisonnement + qualité remarquable d’écriture pour mieux vulgariser la connaissance et faciliter la compréhension des mécanismes et des enjeux.

    Si seulement les « plumitifs » de la presse locale (Dépêche, Nouvelles, Tahiti Infos, Radio One, Première, etc …) pouvaient avoir 10% de ces 3 qualités, l’éducation économique des citoyens polynésiens serait bien supérieure et nous aurions évité bien des écueils cruels et des impasses stériles. CONTINUEZ !

  2. La concurrence dynamise souvent l’opérateur historique, quel que soit le secteur d’activité. C’est un fait : il doit se réveiller s’il veut survivre dans ce nouveau contexte…
    Toutefois, votre analyse omet de préciser que le propriétaire du groupe Carrefour est également le premier si ce n’est le plus gros importateur de produits de marque dans nos îles, il avait une carte à jouer, il l’a abattue.
    Les dés étaient pipés dès le départ pour le nouvel entrant dans la grande distribution et quelle que soit son « assise financière », il n’aurait pas pu lutter dans ce secteur que l’opérateur historique a complètement verrouillé.

    Au final, le consommateur qui veut dans ses placards des produits importés y perdra mais s’il est prêt à changer ses habitudes de consommation, le plus grand perdant sera peut être … l’opérateur historique lui-même. La seule carte qu’il n’a pas, c’est nous.


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