Publié par : hirofarepote | février 10, 2013

Economie sociale et social business : un bon potentiel de développement en Polynésie

L’économie sociale et solidaire (ESS) qui regroupe associations, coopératives, mutuelles et fondations, représente 6% de l’emploi total dans l’Union Européenne ( 12 % de l’emploi salarié en France et quelque 10 % du PIB), soit une part significative de l’économie. Elle est caractérisée par des objectifs non lucratifs, un mode de gouvernance participatif ou la finalité sociale de ses activités.

En Polynésie française, aucune étude n’a été effectuée pour évaluer cette économie sociale, mais on sait qu’elle est aussi significative au regard de la vitalité du tissu associatif, voire de l’économie sociale informelle…..

Il faut dire que celle-ci a une histoire récente ici.

L’économie sociale est une manière d’adapter l’économie aux changements sociaux, notamment, mais pas seulement, en période de crise caractérisée par la réduction des revenus et la perte de pouvoir d’achat.

Nombre d’associations ne concurrencent néanmoins pas le Pays, mais en sont des partenaires et c’est particulièrement visible dans le domaine de la protection et de l’action sociale, de la santé, de l’éducation populaire, du sport, de la culture, de l’artisanat…. Par contre, contrairement à la France métropolitaine, l’économie mutualiste est peu présente, même si certaines mutuelles françaises ont implanté des représentations locales. Il n’existe pas, par exemple, de pharmacies mutualistes…

De même, il n’y a pas, à ma connaissance, de SCOP actives dans le domaine agricole, agroalimentaire ou industriel, à l’exception, peut être, de la coopérative des planteurs d’ananas de Moorea.

Le risque de l’ESS est d’être cantonnée à « l’économie de réparation » : insertion, aide aux personnes en voie d’exclusion sociale ou en situation de handicap (entreprises d’insertion, ateliers protégés…). Elle est reconnue comme capable d’agir contre la pauvreté, mais à la marge, à côté des aides sociales octroyées par la collectivité. La création de boutiques et d’épiceries solidaires par la croix rouge polynésienne en est la dernière illustration.

Très souvent, l’accompagnement financier de l’Etat (CUCS), du Pays, des Communes ou de la Caisse de Prévoyance Sociale est indispensable à l’émergence d’initiatives qui combinent bénévolat, volontariat et salariat nécessaire à la professionnalisation de certaines structures. Y a-t-il, d’ailleurs, des valeurs communes entre ces diverses structures ? Quoi de commun entre une association, une mutuelle, une entreprise d’insertion ou une grande association parapublique agissant dans le domaine de la santé ou de l’éducation spécialisée financée quasi -exclusivement sur fonds publics ?

L’accroissement des inégalités, l’accès difficile à certains services collectifs, la perte de pouvoir d’achat incitent certains individus ou groupes sociaux à prendre des initiatives et à changer d’échelle et peuvent notamment contribuer à l’émergence du « social business » tel que le préconise, par exemple, Muhammad YUNUS, prix nobel de la paix 2006, pionnier du micro crédit,en créant au Bangladesh la Grameen Bank. Un micro crédit qui a contribué à redonner leur dignité à des millions de femmes et d’hommes.

Aujourd’hui, des milliers d’institutions de micro finance sont réparties sur la planète. L’Adie, en France et outre mer, s’inspire de cette philosophie pour donner enfin un accès à des services financiers adaptés à des personnes qui ne peuvent avoir accès aux « banques classiques ».

Depuis, Muhammad Yunus s’est lancé dans une nouvelle cause : le « social business » ( cf son livre « pour une économie plus humaine »), car le micro crédit ne peut, à lui seul, résoudre les problèmes de la pauvreté. Il a ainsi lancé des initiatives dans le domaine de la santé, de la nutrition, de l’eau, de l’énergie, de l’éducation, des communications ou des services. Le « social business » se différencie pour lui, de l’entrepreneuriat social et comporte deux types distincts :

  • le type 1 représenté par des entreprises qui ont un objectif social et couvrent leurs coûts sans distribuer des dividendes ;
  • le type 2 qui englobe celles qui cherchent à maximiser le profit, mais qui, étant détenues par des pauvres, permettent de réduire la pauvreté.

Le social business est donc la conception et la création d’une nouvelle forme de capitalisme et d’un nouveau type d’entreprise fondé sur l’altruisme des individus. Il s’agit de résoudre les problèmes sociaux et environnementaux dont l’humanité souffre depuis longtemps : la faim, la privation de logement, la maladie, la pollution, l’ignorance…. Depuis, des milliers d’entreprises se sont créées de par le monde et s’inscrivent dans cette mouvance.

Alors, y a-t-il place pour le développement du « social business » en Polynésie ?

Bien sûr, y compris dans la crise, car cette dernière peut offrir d’énormes possibilités. Quand tout à l’air de s’écrouler, celà donne l’occasion de développer de nouvelles idées, de redistribuer les cartes et de reconstruire.

Quels pourraient être les terrains d’application du social business ? J’y vois quelques uns, évidents :

  • les services de santé et d’aide à la dépendance, services de funérailles (crémation…), maisons de retraite, structures médicales et de soins spécialisės….Certains services publics ou monopoles privés ont fait la preuve de leur rigidité et de leur inefficacité. Il est possible de les déléguer ou de les concéder à des entreprises de proximité beaucoup plus réactives et moins coûteuses ;
  • les services de collecte, de réparation et de recyclage des multiples produits de notre consommation quotidienne, achat et vente de produits d’occasion, location d’engins ou de matériels spécialisés entre particuliers, réseaux d’achats groupés grâce à Internet qui permet de connecter l’offre et la demande pour les transactions entre particuliers à une échelle sans précédent…. J’y ai déjà consacré un billet ;
  • dans le domaine agricole et agro alimentaire : jardins maraichers partagés, aquaculture, circuits courts dans le domaine de l’agriculture bio, par exemple, entreprises de conditionnement et de valorisation de produits vivriers ou de produits de la mer, groupements de distribution de produits agricoles et agro alimentaires, livraison de produits locaux normalisés aux cantines… ;
  • dans les services de logement : de nouveaux dispositifs voient le jour pour rendre accessible la location de logement pour des publics particuliers : scolaires, étudiants, jeunes travailleurs, personnes dépendantes…. De même, dans le domaine de la gestion et de la maintenance de parcs de logements sociaux ou de logements de transition, il y a matière à création d’entreprises de proximité beaucoup moins coûteuses que dans le cadre des contrats passés par l’OPH…

Là aussi, il est possible de compléter les dispositifs d’accompagnement au social business. Par exemple, France Initiative, en métropole, est un mouvement associatif d’appui et de financement pour la création et la reprise d’entreprises. C’est une fédération d’un réseau de 241 plate-formes locales. Elle diffuse et étend un savoir-faire « entreprise ».

Les candidats à la création d’entreprise ont très souvent un savoir-faire métier, mais n’ont pas, en général, un savoir-faire d’entrepreneur. Il est alors possible de monter un dossier avec les porteurs de projets crédibles : plan de financement, business plan à trois ans, agrément par un comité technique d’experts bénévoles, octroi de prêts d’honneur (prêt personnel sans garantie à taux zéro, remboursable sur 3 à 5 ans qui peut être considéré par les banques comme des « quasi-fonds propres »), accompagnement du créateur pendant le temps de remboursement… Les banques peuvent même y trouver leur intérêt puisque c’est un moyen de faire entrer de nouveaux clients solvables dans le système bancaire.

Il y a bien d’autres dispositifs d’accompagnement : Adie, France Active, réseau entreprendre, boutiques de gestion…

Ce mouvement prend de plus en plus d’ampleur , y compris dans les écoles de commerce. Des sociétés de capital investissement spécialisées voient même le jour.

Dans ce domaine aussi, il s’agit de créer un « écosystème favorable » visant à soutenir l’innovation sociale.

Ces entrepreneurs d’un nouveau type inventent une économie de proximité, « low cost-low price », non délocalisable, créatrice d’emplois et génératrice de développement durable, et répondent à des besoins sociaux. De plus, certaines pratiques d’économie communautaire, usitée depuis des décennies en Polynésie, créent un « terreau » favorable au déploiement des initiatives.


Responses

  1. […] L'économie sociale et solidaire (ESS) qui regroupe associations, coopératives, mutuelles et fondations, représente 6% de l'emploi total dans l'Union Européenne ( 12 % de l'emploi salarié en France …  […]

  2. Vous parlez de social business en Polynésie, sans même évoquer MakeSense.org, une association internationale d’aide à l’entrepreneuriat social crée par un polynésien citoyen du monde? Les initiatives de social business polynésien sont déjà présentes, ce n’est pas qu’un potentiel.

    Checkez makesense.org ou le profil de Christian VANIZETTE, Larry TCHIOU et le représentant à Tahiti Nelson LIAO


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