Publié par : hirofarepote | septembre 19, 2012

Quel projet de société nos partis politiques proposent-ils ?

L’instabilité politique récurrente que nous vivons depuis huit ans a engendré un gigantesque ras le bol de la population polynésienne. En effet, cette dernière attend des partis politiques polynésiens qui aspirent à accéder au pouvoir pour conduire notre destinée, une capacité à définir et à mettre en oeuvre un projet de société adapté à nos ressources économiques et à notre appartenance à l’ensemble français.

Malheureusement, on note depuis quelques années une certaine désillusion des citoyens envers les partis, qu’ils ne considèrent plus forcément comme leurs meilleurs représentants et intermédiaires. L’augmentation du taux d’abstention jusqu’à récemment, aux élections présidentielles et législatives, traduit cette réalité.

Rappelons que les partis politiques remplissent deux fonctions :

  • Ils sont les intermédiaires entre le peuple et le pouvoir : le parti élabore un programme présentant ses propositions qui, s’il remporte les élections, seront reprises dans le projet du gouvernement. Les partis de l’opposition peuvent proposer des solutions alternatives à la politique de la majorité en place et ainsi remplir une fonction « tribunicienne » en traduisant le mécontentement de certains électeurs;
  • Les partis ont aussi une fonction de direction : ils ont pour objectif la conquête et l’exercice du pouvoir afin de mettre en œuvre la politique annoncée. Si dans les régimes pluralistes (où existent plusieurs partis) la conception traditionnelle est que le pouvoir exécutif est en charge de l’intérêt du Pays indépendamment des partis, ceux-ci assurent bien la conduite de la politique générale par l’intermédiaire de leurs représentants au gouvernement et dans la majorité parlementaire. Ils légitiment et stabilisent le régime démocratique , en le faisant fonctionner. Animateurs du débat politique, ils contribuent aussi à structurer l’opinion publique. De plus, avec la tendance à la professionnalisation de la vie politique, les partis ont acquis un rôle de sélection des responsables appelés à gouverner.

Le clivage entre partis politiques polynésiens n’est pas entre une « droite » et une « gauche » tel qu’il structure le débat politique dans de très nombreux pays, mais un clivage « autonomie »(avec de nombreuses « nuances » incompréhensibles pour le commun des électeurs) ou « indépendance ». Le degré de « conservatisme » ou de « progressisme » est plutôt interne à ces partis et est subordonné au clivage dominant : autonomie ou indépendance.

C’est ainsi que de très nombreux partis politiques – 36 de mémoire – proposent une offre politique très diverse au point qu’elle est très morcelée, notamment dans le camp autonomiste ou « républicain ». Nombre de ces partis autonomistes n’ont d’ailleurs qu’une existence sur le papier ou limitée à la période d’avant les élections. On peut d’ailleurs se demander pourquoi certains de ces partis existent, tant leur programme politique est sommaire ou simpliste. Peut être un résidu de nombrilisme insulaire des leaders auto proclamés de ces partis-cules….

La dernière réforme électorale et l’expérience des récentes élections législatives ont provoqué au sein de nombreux partis une prise de conscience de leur disparition possible de l’échiquier politique – du fait de leur faible représentativité électorale – et de la nécessité induite de nouer des stratégies d’alliance ou de regroupement. En raison de la proximité de la mère de toutes les batailles politiques, à savoir les élections territoriales, les grandes manoeuvres ont donc commencé et l’on voit s’échafauder sous nous yeux divers scénarios.

Chez les indépendantistes- souverainistes, les choses sont claires : le Tavini est le parti hégémonique et quelques groupuscules viennent s’agglomérer à ce parti pour y former l’UPLD. Dans ce camp, le leadership politique n’est pas contesté et repose sur le charisme du leader du Tavini, Monsieur Oscar TEMARU, ci devant Président du Pays. Fort de son autorité, il « classe et place » les personnalités politiques qui lui font allégeance en fonction de sa perception de leur compétence supposée. Le programme politique indépendantiste n’a pas été actualisé depuis quelques années et est fortement teinté d’idéologie peu en phase avec le réel.

Qu’en est-il chez les autonomistes ?

On constate :

  • Un regroupement limité autour du parti politique autonomiste dominant, et tel que constaté aux dernières élections, qu’est le Tahoeraa ;
  • Des stratégies individuelles de leaders de partis qui croient – qui croient toujours – en leur destinée personnelle et qui veulent évaluer leur représentativité au premier tour des élections territoriales pour – éventuellement – monnayer leur ralliement aux partis dominants « sortis des urnes »;
  • L’accouchement annoncé d’un conglomérat composite de maires et de leaders de petits partis qui veut capitaliser une électorat « municipal » et « territorial » pour peser dans le rapport de forces du premier tour des élections territoriales.

Cette diversité de stratégies révèle un leadership autonomiste non stabilisé et la volonté d’un certain nombre de personnalités d’exister ou de se maintenir politiquement coûte que coûte, et ce, malgré le sondage en grandeur réelle des élections récentes.

En effet, en l’absence de programme politique connu alors que nous ne sommes qu’à quelques mois des élections territoriales, le camp autonomiste n’est, depuis quelques années, qu’un champ de lutte entre personnalités politiques dont la finalité est de siéger à tout prix à l’Assemblée de la Polynésie française, tant certains voudraient faire de leur mandat politique une « carrière professionnelle ».

La question de la reconnaissance d’un leadership autonomiste incontesté est donc posé depuis quelques années et n’a pas encore eu une issue positive.

Dans ce paysage, je suis particulièrement surpris par l’attelage composite de maires et de personnalités politiques qui veut renouer avec la perspective d’un conglomérat du type  » to tatou ai’a », rassemblement électoraliste et opportuniste de personnalités d’horizons divers qui a explosé en plein vol après quelques mois d’exercice du pouvoir.

Un nouveau mouvement de dernière minute qui ressemble à un « sauve qui peut » après que d’autres « combinazione » aient été explorées.

Nous sommes à 6 ou 9 mois des élections et nous voyons le même type de rassemblement opportuniste tenter d’émerger, initiative dont la logique est de regrouper d’abord des personnalités aux idées et aux pratiques politiques très différentes et de ne parler programme et leadership que dans un second temps. Une drôle d’échelle de priorités qui vide de toute substance la vocation des partis politiques rappelée précédemment.

L’idée sous jacente de ce rassemblement est clairement de combiner les « troupes électorales » qu’un maire est supposé avoir derrière lui – du fait du clientélisme municipal – et les supposées « compétences » intellectuelles ou professionnelles de personnalités politiques à faible représentativité électorale. Une sorte de mariage de la carpe et du lapin visant avant tout à passer « l’obstacle électoral ». Après, vogue la galère et le risque de nomadisme politique vers la majorité politique, qu’elle quelle soit.

Que pèse une charte déontologique face à l’attraction du pouvoir chez certains ? Que veut dire déontologie chez le maire de Rangiroa ou le maire de Taiarapu Ouest ? Quel est le « bilan territorial » du Maire de Punaauia ? Quelle est son ambition et son programme pour le Pays ? Que penser des maires des Marquises qui passent d’un bord à l’autre entre deux élections ?

Des maires dont nombre d’entre eux – tel le Maire de Papara – se sont vus décerner des « bonnets d’âne » par la Chambre Territoriale des Comptes du fait de leur mauvaise gestion des finances communales. Des maires qui ont fait de leur politique de recrutement de personnel des instruments de clientélisme, voire de népotisme. Des maires qui, forts de ce bilan déplorable veulent capter davantage de ressources financières pour « leur » commune avec l’arrière pensée de s’assurer ainsi avec l’argent du Pays leur réélection….et de monopoliser les postes de pouvoir: dans « leur » Mairie d’abord, à l’Assemblée de la Polynésie française ensuite…

Que valent les grands discours de certains sur la « morale en politique », le nomadisme, les « girouettes » et l’instabilité politique quand on voit ces mêmes donneurs de leçons s’associer aux individus qui se sont faits les champions de ce nomadisme ?

Alors, dans la dernière ligne droite, certains « compétents » de ce rassemblement vont, dans la meilleure des hypothèses, nous « pondre » un programme électoral , alibi à un tel échafaudage hétéroclite, pour monnayer une place éligible dans une liste « fourre-tout » ou carpes et lapins feront bon ménage le temps d’une campagne électorale.

Les polynésiens méritent mieux de nos partis politiques. Ce sont de moins en moins des « veaux » (selon l’expression de Charles De Gaulle) embrigadés derrière un « tavana » aux visées hégémoniques qui voudrait faire croire que ce qu’il ne sait pas faire au niveau communal, il le fera au niveau territorial.

Faire quoi ? Telle est effectivement la question.

Les Polynésiens attendent des partis politiques polynésiens que ceux ci leur proposent des voies de sortie de la crise profonde dans laquelle le pays est englué. Des partis qui ont réfléchi à un projet de société et qui confrontent – projet contre projet – leurs idées lors d’un débat public digne de ce nom. Des partis qui proposent un « schéma de développement » , un « plan de développement » dont se gargarisent certains et dont on ne voit jamais la couleur.

Oui, il est temps que tous les partis nous proposent leur vision de notre avenir économique et social et les voies et moyens pour y parvenir.

C’est à cette condition que notre petit pays deviendra une démocratie majeure et « moderne ».

Car nous sommes des citoyens et pas des veaux….


Responses

  1. […] Quel projet de société nos partis politiques proposent-ils ? (Tahiti Punu News-19/09/12) […]

  2. Pour ne pas être un veau, il faudrait avoir une demande autre que la vision économique des partis, il faudrait parler de séparer l’économe du politique, il faudrait abandonner la religion étatique, la religion du pouvoir en particulier dans le domaine économique.
    Un bon petit article de Guy SORMAN à ce sujet.
    http://gsorman.typepad.com/guy_sorman/2012/09/le-d%C3%A9ficit-p%C3%A9dagogique.html


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