Publié par : hirofarepote | septembre 16, 2012

La Polynésie française peut-elle sortir du déclin ?

L’absence de comptes économiques depuis 2006 ( Que fait l’ISPF ???) rend difficile toute évaluation de la situation économique de la Polynésie française. Cependant, il est clair qu’au travers de divers indicateurs conjoncturels, la régression économique et sociale subie par notre Pays est très importante. Notre Produit Intérieur Brut ( PIB), c’est à dire notre création de richesses annuelle, est inférieur d’au moins 15 % à à celui que nous connaissions de 2000 à 2006. Un montant de 60 milliards évaporé de notre économie chaque année : une paille!

Un cercle vicieux qui n’en finit pas, car la crise des finances publiques de l’Etat, du Pays et des Communes se conjuguent à la crise touristique pour déprimer la consommation, qui elle-même déprime l’activité des entreprises et l’investissement privé. Cette demande en chute libre provoque réduction des importations, chute des profits et baisse des recettes fiscales, qui, elles mêmes, entraînent une réduction drastique des dépenses publiques. Une nouvelle spirale baissière s’enclenche alors, dont on se demande si elle finira un jour…

La destruction d’emplois qui résulte de ce cycle dépressif qui s’auto alimente est considérable, puisque ce sont au moins 15 % des emplois salariés qui ont disparu, engendrant une crise de la protection sociale, une paupérisation massive et une absence de perspectives d’avenir pour la jeunesse polynésienne.

Bref : notre « modèle économique et social » basé sur l’effet d’irrigation de la dépense publique ( si tant est que c’était un modèle viable) prend l’eau depuis une décennie. Il suscitait la croissance tant que cette dépense publique était croissante, mais pas le développement, car nos ressources propres n’ont pas augmenté à un rythme suffisant pour se substituer à cette dépense publique considérée comme une rente ad vitam, sauf durant la période 1996-2000. Depuis, nos ressources propres s’effilochent par l’insuffisance et le manque de compétitivité de notre production locale de biens et services, aussi bien pour le marché local que pour l’exportation.

Le temps n’est plus aux sanglots et aux regrets de « l’âge d’or », mais à l’ajustement structurel et au redressement.Malheureusement, l’inertie doublée de fatalisme de nos gouvernants actuels ne laisse pas augurer d’une sortie de crise avant 2015.

Un excès d’idéologie et une conception passéiste de notre devenir économique et social empêchent toute définition d’un cap pour une société polynésienne entrée depuis longtemps dans la modernité. Du coup, c’est la navigation à vue. Seul le rapport Bolliet fait encore figure de boussole, mais alors que le navire du redressement devrait faire 20 noeuds, il ne file qu’à 5 noeuds.

Résultat : l’investissement public du Pays est atone, avec seulement une vingtaine de milliards de francs CFP de disponibles annuellement, soit moins de 4 % de notre Produit Intérieur Brut, un montant bien dérisoire pour jouer un rôle de locomotive du redressement.

Surtout que l’endettement public, principale source de cet investissement public, est durablement bridé par nos bailleurs de fonds publics, à des conditions, qui plus est, de plus en plus désavantageuses. Un montant d’emprunt annuel limité à 10 milliards de F CFP empêche le Pays d’enclencher une dynamique de sortie de crise.

L’investissement privé, quant à lui, baisse, au rythme de la baisse des profits des entreprises. Les exportations, principalement touristiques, s’écroulent avec la compétitivité-prix et hors prix, ce qui se traduit par un déficit commercial record.

Il faut rappeler que notre capacité à générer de la croissance découle de l’esprit d’entreprise visant à satisfaire notre demande globale en biens et services ainsi que la demande extérieure, de la qualité de notre gouvernance – condition de la capacité de notre société à s’adapter – de l’efficacité des infrastructures, du capital humain et de l’innovation.

La réduction drastique du périmètre du secteur public nourri par des impôts et des taxes de moins en moins acceptés par les citoyens et les entreprises, ainsi que des dépenses publiques de fonctionnement de toutes nos collectivités publiques au bénéfice de l’investissement, sont des nécessités cruciales En effet, l’investissement public construit la société de demain par la mise à disposition d’infrastructures nécessaires à notre développement économique et social.

Le plan de départs volontaires bien tardif que va lancer le Pays, condition de l’octroi par l’Etat d’une subvention de 4 milliards va, certes, dans la bonne direction, mais il est largement insuffisant pour recréer une dynamique d’investissement public en 2013.

De même, la réforme de la protection sociale doit être beaucoup plus radicale et nous devons sans tarder nous aligner sur les mêmes conditions de retraite et de prestations de « la moyenne des pays européens ». Certains groupes d’intérêts – y compris nos retraités particulièrement favorisés par les avantages passés – et certaines corporations doivent sortir de leur égoïsme catégoriel pour ne pas retarder davantage les ajustements nécessaires et participer à l’effort de solidarité. Notre « Pays -providence » doit s’adapter avec le concours de tous, sinon il périra.

Notre solidarité est dégradée dans le comble de l’égoïsme et le pire des cynismes, à savoir un droit de tirage illimité sur des transferts sociaux financés par la dette publique dont la charge est reportée sur les générations futures, alors que ces dernières ne trouvent même pas à s’insérer dans un monde du travail qui se réduit comme peau de chagrin !

Economiquement, la surprotection des uns se paie de l’exclusion des autres, notamment des chomeurs et des jeunes. Et le chômage permanent qui résulte de l’asphyxie de la production et de l’emploi privé alimente l’angoisse, qui légitime de nouvelles demandes de protection, donc des hausses d’impôts pour financer les dépenses supplémentaires : régime de solidarité, stages et emplois aidés, aides sociales, minimas sociaux….

Notre nouvelle stratégie doit s’articuler autour de la baisse des dépenses publiques et de la compétitivité par l’investissement et l’innovation. Ce n’est qu’à cette condition que nous réaliserons les changements requis par la nouvelle donne du XXI è siècle.

Face aux chocs et aux bouleversements économiques mondiaux, la France elle-même est à un tournant. Nous devons effectuer ce même tournant en innovant dans tous les domaines : les modèles économiques de nos entreprises, notre service public, notre modèle de santé et de protection sociale… Dans cet univers fluide, instable, en perpétuelle mutation, un Pays et une société à l’arrêt sont condamnées. Nous ne devons pas nous replier sur nous-mêmes.

Le déni du réel débouche sur l’impuissance de la politique, qui devient pure illusion lorsqu’elle n’est plus capable de déboucher sur l’action. C’est la situation dans laquelle se trouvent nos gouvernants actuels. Les difficultés sont là, mais ces derniers évitent d’aborder les solutions qui impliqueraient des choix ou des efforts. L’idéologie plutôt que le réel: telle est leur devise.

Il est venu le temps de revenir au réel et d’agir vite pour réinventer une modernité viable dans la mondialisation accélérée que nous connaissons. Sursaut ou marginalisation, tel est le dilemme.


Responses

  1. Faites moi rire, un tel échec économique se classe dans les plus brillantes réussites…certes néfastes !
    Du terreau pour tous les démagos et gourous new age qui pullulent en ces temps troubles où les bonnes âmes suivent le premier berger qui passe.
    Il y a le bla bla, le je crois, le je veux et le C’est ainsi…!
    Faites moi rire, on est au fond jusqu’au cou …excès d’esprit d’entreprise ou déficit chronique..Fausse Piste ! Mais bon enfonçons les portes ouvertes à défaut de cultiver le discernement nécessaire.
    Un espoir quand même : élevez le débat car vous semblez doué et désireux de, mais n’oubliez pas : l’économie ça s’apprend aussi, longtemps, avant de comprendre, puis de savoir FAIRE !
    Le reste c’est de la discussion de club…j’en suis navré…lire la presse et s’intéresser ne suffit pas pour être capable de faire autre chose que de tourner en rond intellectuellement…
    SAYONARA

    • Bonjour HeavyBabar,

      Merci de vos commentaires et remarques.

      Comprendre l’économie polynésienne? Je ne demande que cela !

      Confronter les analyses, les propositions, les idées ? Bien sûr !

      Je cherche autour de moi : je ne vois pas tant d’analyses que cela….

      A moins que ces analyses ne circulent que dans des cercles d’experts…. ou au sein de partis politiques….Pour l’instant, je ne vois pas poindre l’esquisse de réflexions économiques visant à sortir de la spirale de l’échec.

      Vous vous dites expert en économie. Pourquoi dans ce cas là ne lancez-vous pas votre propre blog?

      Nombre d’économistes français ont leur blog.

      Alors, lancez vous … et je me ferai un plaisir de débattre avec vous.

      Bien cordialement.

  2. […] La Polynésie française peut-elle sortir du déclin ? (Tahiti Punu News-16/09/12) […]

  3. Ia orana tt le monde
    Ia orana oe Hiro tane

    Félicitations pour la qualité de l’analyse de la situation économique du
    Fenua. Encore une fois et comme toujours, pour autant que tu restes confiné au constat, y a rien à retirer ni à ajouter.

    Parceque, hélas, encore une fois et comme toujours, tout se dégrade avec les solutions que tu avances. En matière de déni du réel par idéologie, permet moi de te dire  »tu en fais de belle ».

    C’est bien beau l’orthodoxie comptable mais ça doit rester un outil parmi d’autres et non pas une fin en soi, surtout pas une arme pour accentuer une dépendance avérée.

    Nous sommes censés proposer une vraie solution. Et jamais tu ne t’attaques au seul vrai problème de notre économie. Tu extrais une situation de sa complexité. Tu l’isoles de son contexte fermant ainsi les yeux sur les effets qu’elle produit sur son environnement. Tu copies colles une proposition dans le catalogue des solutions dûment estampillées  »conforme à l’orthodoxie comptable ». Et Pour le coup ici ce sera coupe sombre, restriction, austérité synonyme de ruine et tu nous serines qu’à défaut de s’y conformer nous allons droit à l’apocalypse. Putain de choix.

    Attends quid de la faiblesse de nos ressources?

    Ne t’en déplaise, nous n’avons pas un problème de dépense public pléthorique. Le Fenua est bien loin d’assumer le milliardième des dépenses que la gestion de cette immensité géologiquement menacée requière. Ne t’en déplaise, notre problème, c’est vraiment la faiblesse de nos ressources.

    Il serait peut être temps de s’en préoccuper, tu ne crois pas ?

    Notre économie locale n’a jamais été et ne sera jamais en mesure de générer à elle seule les ressources budgétaires pour faire face à la montagne de dépenses que nécessiterait une gestion sereine et à minima de notre Fenua.

    C’est notre spécificité, notre caractéristique majeure.

    Pour le coup, affirmer le contraire, comme pour la période 1996-2000 que tu cites, sauf à considérer que l’apport financier de notre Hau Metua, quelque soit la forme de cette aide, puisse être comptabilisé en tant que ressources produites en propres par le Fenua, relève de la manipulation, relève du partisianisme orienté maintien dans la dépendance et remet en cause la partialité de tes propos.

    Ça ne me pose pas de problème. Il suffit de le dire pour ne pas laisser perdurer ce type d’ambiguïté et de ne pas se cacher derrière le prétexte de la fourniture de solutions censées nous sortir de la mouise parce que d’une, tes solutions ne nous rendent pas auto-suffisant et de deux, ce n’est pas, apparemment, le vrai objectif des propositions que tu formules. En tout cas c’est comme ça que je le prends.

    Et quand bien même, ce que tu préconises, c’est juste du contrôle de gestion qui ne règle en rien le manque initial de ressources. Ce n’est certainement pas ça qui générera des ressources supplémentaires et suffisantes.

    Par contre foutre des pans entiers dans une merde carabinée, ben y a pas mieux.

    Ce que nous devons faire, du fait de la faiblesse des recettes fiscales locales, de la dégradation du concours d’origine fiscale de notre Hau Metua, c’est adjoindre à l’ensemble existant une structure sous contrôle exclusif de la société civile, du Nuna’a Ma’ohi, chargée de générer les ressources dont le Fenua en a le grand besoin.

    Ce genre de structure est communément appelé  »Fonds Souverain ».

    Et lorsque notre économie sera stabilisée, à ce moment là, tu pourras préconiser tes solutions qui n’ont, en fait comme finalité, que d’optimiser l’utilisation des ressources allouées. Dégraisser le mammouth ne sera plus un drame, l’économie sera en mesure de fournir une alternative acceptable. Punto y aparte. Mauruuru

    Te aroha ia rahi. Parahi ana’e
    petites gens

  4. […] La Polynésie française peut-elle sortir du déclin ?  […]


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