Publié par : hirofarepote | mai 7, 2012

Tourisme : rebâtir des business models viables sur toute la filière

A la lecture des propos des nouveaux prestataires extérieurs du GIE Tahiti Tourisme, je me suis dit que, décidément, il n’y avait rien de bien nouveau sous le soleil : « Tahiti est une marque aussi célèbre qu’Hermès » ( sauf qu’Hermès connait depuis des décennies une croissance à deux chiffres, alors que la part de marché touristique de la Polynésie décline constamment par rapport aux destinations concurrentes…), constat d’une destination chère, nécessité d’une diversification des clientèles, rendre le rêve accessible et ne pas le réserver exclusivement aux honeymooners ou aux retraités…. Des portes ouvertes enfoncées depuis longtemps en termes de stratégie. J’espère que les moyens au service de cette stratégie seront renouvelés ou rendus plus efficaces… puisqu’on y apprend que tout n’est pas seulement une question de budget de promotion important, à l’exemple des Maldives. Encore une fois, ce budget de promotion avait doublé en une décennie, alors que le nombre des touristes s’est réduit d’un gros tiers sur la même période.

La question lancinante est toujours : peut-on vendre un produit de moins en moins vendable du fait d’un rapport qualité-prix de plus en plus dégradé ? Il n’y a qu’à voir l’usure prématurée de nos hôtels tahitiens pourtant modernisés et « upgradés » à coup de défiscalisations très coûteuses pour la collectivité. Ainsi, un hôtel de la côte Est, vendu progressivement par appartements, voit la toiture en pandanus de son entrée s’effilocher à la vue des touristes y séjournant. Illustration d’une déliquescence inquiétante pour l’avenir.

Un gros effort de repositionnement de tous les produits et services touristiques sur l’ensemble de la filière sera nécessaire. Avoir vécu sur sa réputation en se déconnectant progressivement de la concurrence a atteint ses limites. Nous ne sommes plus au temps où le paradis se méritait quel qu’en soit son prix.

Pour l’instant, un plan social très coûteux va être mis en oeuvre pour revenir sur l’inflation des effectifs d’une structure – le GIE Tahiti Tourisme – devenue trop bureaucratique et inefficace pour enrayer la baisse continue des touristes depuis le record bien lointain de 2000..

Quant à notre compagnie aérienne Air Tahiti Nui, le chantier d’un retour durable à la viabilité a été à peine ébauché. Certes, la facture de carburant s’est envolée, mais c’est l’arbre qui cache la forêt des multiples surcoûts qui plombent les comptes de la compagnie. Sureffectifs, coûts sociaux induits par un corporatisme suicidaire, rentabilité des vols, demande exigeante des marchés et des clients, modernisation retardée, indécision relative aux alliances commerciales ou choix d’une alliance illogique par rapport au partenariat nécessaire avec Air France, plate-forme aéroportuaire de Faaa trop coûteuse alors qu’elle devrait être un atout pour notre compagnie locale….ll faut savoir s’adapter et se restructurer et le plus tôt sera le mieux.

Le coût du travail, le coût salarial supporté par Air Tahiti Nui est une chose. La productivité en est une autre. La qualité de service en est encore une autre.Il faut étudier ces paramètres dans leur ensemble pour faire face à la situation. Il faut également choisir les bons avions pour l’avenir, consolider les bonnes routes et ne pas être mégalomane. Le temps de la stratégie est derrière nous. Reste au Directeur Général à démontrer ses qualités de gestionnaire rigoureux pour que notre Compagnie cesse d’être un gouffre à subventions que le Pays, de toutes les façons, ne peut plus se permettre.

Décidément, la relance touristique de la Polynésie n’est pas un long fleuve tranquille. C’est et ce sera une action continue de tous les professionnels pour revenir dans la course dans un contexte de compétition internationale qui va encore s’intensifier.Il faudra reconstituer des business models viables sur toute la filière par un « benchmarking » international sans concession. Cet effort, encore une fois, ne peut pas être isolé et doit s’inscrire dans une stratégie de compétitivité globale de l’ensemble de l’économie polynésienne. La Polynésie doit sortir de sa léthargie et urgemment revenir dans le monde.


Responses

  1. Bonjour Hiro,

    Article très intéressant, comme d’habitude! J’imagine que vous avez déjà du en parler dans des articles précédents mais savez-vous à combien s’élèvent les taxes aéroportuaires de l’aéroport Tahiti-Faa’a?
    J’ai cherché les chiffres mais ne l’ai pas trouvé! J’avais cependant cru comprendre que ces taxes étaient assez conséquentes et donc délétères pour la compétitivité-prix des vols vers la Polynésie française.

    Quant à Air Tahiti Nui, le rapport de la Chambre territoriale des Comptes faisant le bilan de la période 1996 à 2007 montre que la société a souffert d’une gestion catastrophique et d’une perte de vue des objectifs initiaux. Ainsi, cette compagnie devait contribuer à faire la promotion de la Polynésie française à l’étranger et nous rapporter 350 000 touristes par an. Cela a servi de justification au soutien financier par la collectivité, actionnaire majoritaire. Progressivement, Air Tahiti Nui est passé de moyen à fin en soi.

    Tout a été bien trop vite (5 avions en 5 ans et plus de 800 agents aujourd’hui si ma mémoire est bonne), si bien qu’il parait aujourd’hui impossible de revenir en arrière. Pourtant, la Polynésie française pourrait grandement bénéficier d’une compétition accrue sur sa déserte qui entraînerait sans aucun doute une forte baisse du coût des billets. Quand on sait que l’on peut trouver des billets aller-retour Tokyo-Honolulu à € 550, il est miraculeux que nous ayons tout de même des touristes japonais en Polynésie.

    Par ailleurs, vous disiez dans votre article « Jusqu’à quand paierons-nous pour la survie d’Air Tahiti Nui ? » daté du 6 juillet 2011, que nous devrions fixer des résultats à atteindre sous un certain délai passé lequel nous devrions arrêter « l’aventure » en cas d’échec.
    Malheureusement, Air Tahiti Nui est probablement l’un des plus gros viviers pour les familles et les amis de nos élites politico-économiques. Ces dernières n’ont donc aucune incitation à ouvrir les yeux et à voir les conséquences à plus long terme de la stratégie actuelle.

    J’ai bien peur que nous ne soyons pas près de voir arriver de véritables réformes structurelles de ce côté-là. Il est toujours plus facile de pointer le doigt vers les autres maillons qui constituent l’industrie du tourisme en Polynésie française, empêchant l’élaboration d’une stratégie générale qui passerait par la mise en place d’un véritable dialogue entre les différents acteurs concernés.

    Bien cordialement,

    Léopold B.

  2. Bonjour,

    Article très intéressant étant donné que je pense que vous posez les bonnes questions: repositionnement stratégique, benchmarking et allons même plus loin brand management.

    La réputation de Tahiti n’est plus à faire à l’étranger: Nous sommes un petit coin de paradis perdu au milieu du Pacifique.

    Je pense que le problème est bien sûr le rapport qualité/prix. Excusez-moi du terme un peu familier, mais « on pète plus haut que notre cul ».
    Qu’est ce que je veux dire par là: On se veut une destination de luxe. Bien, considérant l’éloignement, le prix du transport et le coût de la vie élevée. Mais cela n’est pas cohérent car nous n’avons absolument pas les infrastructures et services adéquates.

    Le gouvernement investi dans l’aménagement du territoire, avec une gare maritime excessivement chère (difficile d’entretien), une place Chirac et j’en passe alors que nos problèmes sont des problèmes de fond. Nous avons du travail a faire en ce qui concerne:

    – la qualité de formation et niveau linguistique des employés dans le milieu touristique (agents d’accueil, serveur, chauffeur de taxi…) qui doit on le rappeler, sont les « ambassadeurs de la marque, de la destination » étant les principaux rapports directs qu’ont les touristes sur place;

    – la qualité des services et des produits offerts; Quels services et produits locaux de luxes offre-t-on réellement à notre clientèle? Merci d’en cité si vous voyez autre chose que la perle, qui rappelons le a perdu beaucoup de son prestige ces 10 dernières années.

    Et pour finir:
    – le manque de sensibilisation et de communication auprès de la population afin de leur rappeler que notre principale source de revenue (malheureusement) est le tourisme! Cela pourrait sans doute éviter des évènements fâcheux, tel que le dépouillement de toute une troupe de danse américaine ou encore l’assassinat d’un touriste allemand aux Marquises.

    –> En gros pour pouvoir jouer sur le positionnement de luxe, il faut indéniablement améliorer notre rapport avec le touriste en terme de respect, de prestation de haute qualité et d’offre de produits/services de luxes.

    Bien sûr, cela est un travail de grande envergure qui demande du temps et la collaboration de tous les acteurs (publics, privés, citoyens…) mais je pense que cela pourrait payer. A cela doivent être ajoutées d’autres actions dont des études de marchés, diversification de l’offre (tourisme vert, tourisme découverte…) etc.

    Cordialement,

    Stéphanie V.

  3. Tout d’abord, le chiffre record de près de 260 000 touristes est 2000 et NON 2010 , il y a certainement une faute de frappe excusable !!

    notre grand souci demeure le rapport qualité -prix de notre destination et notre manque de professionnalisme criant !!

    Nous n’avons pas les bonnes personnes à la bonne place , je le répète souvent .

    Ce sont les humains qui créent les développements stratégiques , qui anticipent , qui prennent les bonnes décisions , qui traçent les voies de l’avenir, qui crée les comportements adéquats , qui sont pragmatiques , efficaces ,dynamiques et j’en passe !!

    Nous avons trop d’incompétents aux postes-clés et trop de fainéants sur le fenua qui pensent plus à leur image médiatique en beaux parleurs que de vrais bâtisseurs , c’est cela aussi notre grande faiblesse !!!!!

    PAUVRES DE NOUS .


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