Publié par : hirofarepote | janvier 15, 2012

A quand une révolution tarifaire dans les TIC polynésiennes ?

Comme il fallait s’y attendre, la révolution tarifaire « Free » a débarqué dans la téléphonie mobile en Métropole.

L’offre de Free se fonde sur un forfait principal, dit tout illimité (appels, messages, internet), sans engagement à 19,99 euros par mois, soit 2400 F CFP par mois ( en arrondi supérieur). Le prix de cet abonnement sera à 15,99 euros mensuels ( 1900 F CFP) pour les clients déjà abonnés à l’accès internet de Free. Appels illimités, y compris vers les numéros étrangers ( 40 pays) et les DOM-POM, et la limite à laquelle ma vitesse de connexion à l’nternet mobile sera diminuée sera de trois gigas par mois, ce qui permet l’accès à des services comme le P2P. C’est une division d’au moins par deux de la facture mobile moyenne d’un français !

Deuxième révolution tarifaire assez incroyable : un forfait d’entrée de gamme destiné aux « petits utilisateurs » et aux personnes à faibles revenus de 2 euros, soit 240 F CFP ( oui, vous avez bien lu : 240 F CFP !) pour une heure de communication et 60 SMS (Free dit être bénéficiaire sur ce forfait) ! De quoi donner une idée pour un vrai tarif social du mobile en Polynésie….française….

On apprend au passage que le coût de production d’un SMS et d’un MMS est infinitésimal et qu’une « vente » à 1 F CFP d’un SMS est encore profitable !

Bien sûr, cette offre a obligé les 3 principaux opérateurs historiques à réagir et à plus ou moins s’aligner sur ce nouveau « standard » mobile du marché. Et cette onde de choc se prolongera encore dans les prochains jours, semaines et mois.

On en vient à la vraie question du « vrai » coût de production et de la « marge juste » qui devrait guider la réflexion de notre monopole historique et de ses filiales monopolistiques.

A ceux qui, d’ailleurs, me disent qu’il ne faut pas comparer ce qui n’est pas comparable, je rétorque que tout est comparable et qu’il est même du devoir d’une entreprise de comparer. C’est ce qu’on appelle le « bench marking », c’est à dire l’analyse comparative des pratiques d’entreprises similaires de par le monde, notamment des meilleures pratiques. Cette analyse permet de positionner nos monopoles par rapport aux meilleurs standards de l’activité concernée. Celà est valable dans le transport aérien, dans l’internet, dans la téléphonie mobile, dans l’électricité, dans le commerce et j’en passe…. Se comparer et, surtout, se réformer dare-dare !

….Et l’on s’aperçoit que ce coût de production n’est pas seulement corrélé à l’échelle de productionDe nombreux autres paramètres rentrent en ligne de compte : montant des investissements initiaux, grille salariale initiale, coût d’amortissement des investissements, niveau des salaires, gains de productivité, effectif du personnel, politique de marge, renouvellement des matériels et des techniques de production, nombre et productivité des agences commerciales, qualité du service à distance, politique de marketing visant à dynamiser la demande….

La preuve en est donnée par de « petites compagnies » qui interviennent sur de petits marchés, tels que des pays insulaires comme le nôtre. Prenons, par exemple, Digicel, qui intervient dans les caraïbes, les Antilles et aussi dans le Pacifique. On sera surpris par les enseignements de cette analyse comparative… L’OPT et ses filiales pratiquent les tarifs parmi les plus élevés de pays insulaires comparables ! Même l’OPT calédonien, qui n’est pas un foudre de guerre, vient d’ajuster certains de ses tarifs, c’est dire…

Dans un précédent billet datant de 2009 ( eh oui déjà), j’avais déjà annoncé que l’heure de vérité allait arriver pour notre colosse aux pieds d’argile qu’est l’OPT. Depuis, il faut croire que l’inertie a prévalu. Je n’ai pas vu de réactivité et encore moins de pro activité des dirigeants de l’OPT face à cette nouvelle donne au sein de l’économie numérique. Après diverses annonces d’une révolution à venir, notamment lors du passage de Monsieur Teva ROHFRITSCH au ministère de la reconversion, on a rien vu venir. Ces derniers jours, on nous annonce le déploiement d’une stratégie, mais j’ai appris qu’en fait,  le gouvernement a donné son feu vert pour que l’on lance « l’étude d’évaluation de cette stratégie ». Autant dire qu’il est urgent de ne pas se presser et, que, dans l’attente éventuelle d’une révolution, le verrouillage face à une éventuelle concurrence sera de mise.

Quid de l’offre triple play ( fixe, internet et télévision) ou quadruple play (fixe, mobile, internet, télévision) en Métropole ? La politique offensive de Free fait que l’on s’oriente tout droit vers une offre quadruple play, en illimité, de l’ordre de 6000 FCFP à 7000 F CFP par mois !

Je réitère ma question : de quel multiple sera l’offre de « super -OPT » quand elle aura absorbé toute ses filiales monopolistiques ? Du triple, du quadruple, du quintuple de ce prix ? Ou plus encore ?

J’en viens à élargir mon propos sur toute l’économie numérique polynésienne : à tous les étages, ce sont « tarifs exorbitants » sur la conception de sites internet,  la télévision numérique payante, la téléphonie fixe,  la téléphonie mobile, la conception d’applications, les abonnements aux journaux numériques…. Nous nous retrouvons avec des prix 4 à 5 fois supérieurs à ce qui se pratique ailleurs….

Cette question est stratégique : tous ces services aux prix exorbitants participent de notre « non compétitivité globale ». Cette accumulation de surcoûts sur tous les postes de dépenses de l’hotellerie ( sans compter les taxis, les navettes maritimes, les animations, la restauration, le prix du vin et j’en passe…) , par exemple, rend la compétitivité de ce secteur problématique.

Plus généralement, c’est un véritable impôt sur la consommation que les polynésiens payent…sauf que cet impôt ne profite pas à la communauté, mais à des entreprises et à des corporations de salariés qui se rémunèrent grassement au passage.

Plus grave, alors que le gouvernement devrait faire un arbitrage en faveur des consommateurs, il se fait le complice de monopoles. Il est vrai que la politique de « surmarge » de ces derniers donnent, in fine, un impôt sur les sociétés significatif ( bien qu’il fonde comme neige au soleil ces dernières années), malgré tous les « surcoûts » délibérément provoqués en amont par les dirigeants de ces compagnies : salaires exorbitants et effectifs pléthoriques ( à l’exemple des divers conseillers auprès du PCA de l’OPT…) pour « acheter » la paix sociale dans l’entreprise et « renvoyer l’ascenseur » aux responsables syndicaux, prix de transfert, prestations de services, rémunérations et redevances diverses, surdotations aux amortissements…..

Et ce n’est pas la création d’un embryon d’autorité de la concurrence logé à la direction générale des affaires économiques qui va couper ce cordon ombilical anormal entre le pouvoir politico-administratif et ces monopoles. Comment cette administration économique, qui, je le rappelle, est amenée à édicter des prix administrés dans de nombreux secteurs de notre vie économique, peut-elle être à la fois juge et partie ? J’y reviendrai.

En conclusion, il n’est plus tolérable que, quand on s’offusque que notre coût de la vie global est de quasiment du double de celui de la France métropolitaine ( Pays qui, je le rappelle a un PIB par habitant de l’ordre du triple de celui de la Polynésie) que le coût de nombre de nos produits et services « locaux », soient du quadruple ou du quintuple par rapport aux prix de ces mêmes produits ou services vendus en Métropole. Il y a là un véritable scandale qui explique une grande part de notre non compétitivité globale et du pouvoir d’achat dégradé des polynésiens. Il est temps de s’y attaquer résolument.


Responses

  1. Petite remarque, les communications vers les TOM de Free ne sont pas incluses dans le forfait, par exemple c’est 41 F la minute vers la Polynésie.
    http://mobile.free.fr/docs/tarifs.pdf
    Pour ma part, j’ai pris un forfait à 2 euros. Ce sera toujours infiniment moins cher que de payer à Vini ses tarifs ahurissants lorsque je suis hors territoire.
    http://www.vini.pf/index.php?id=77&no_cache=1&tx_drblob_pi1%5BdownloadUid%5D=8
    Il me suffit de 20 minutes de communication par an en France pour que l’abonnement annuel free me coûte moins cher que d’utiliser ma puce vini.
    Et si je veux appeler ma famille ici il me suffit de 10 minutes par an pour être gagnant

    Il fut un temps où il ne fallait pas désespérer Billancourt.
    Là, il est plus que temps de désespérer l’OPT.

  2. Surtout quand on voit que Orange qui me facturait 119 euro pour mon forfait a été capable de baisser en deux semaines à 85 euro suite à l’arrivée de free. Depuis combien de temps se faisait on enfler ? (raisonnement à pondérer avec un multiple 1 2 3 4 5 pour Super-Opt)

  3. Spécificité de la PF :
    Tous les arguments cités sont malheureusement vrai, je voulais juste noter un point assez particulier à la Polynésie Fr : les îles éloignées équipées de stations satellite sont très nombreuses et très coûteuses vu le nombre de personnes les utilisant.
    Avec la péréquation tarifaire, on se retrouve avec des communications intra-île de Tahiti égales à la métropole mais des communications au coût réel hyper élevé entre Tubuai et Fakarava par exemple.
    Cet argument ne justifie pas tout, très loin de là, mais c’est un point qui est réel.


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