Publié par : hirofarepote | novembre 19, 2011

2012 : descente aux enfers assurée pour l’économie polynésienne

Entre « le malade qui risquait de mourir guéri » du rapport BOLLIET et le « trop peu, trop tard » du gouvernement UPLD, le bon réglage n’a pas été trouvé en matière de finances publiques du Pays. Résultat : la spirale dépressive de l’économie polynésienne va s’aggraver en 2012…..sauf remontée spectaculaire des recettes touristiques et/ou aide exceptionnelle de l’Etat. Vu les risques de récession économique dans nombre de pays développés et l’état catastrophique des finances publiques de la France, ces deux hypothèses sont très peu probables. Pire, le rabotage des niches fiscales bénéficiant à l’outre mer par l’Etat risque de « plomber » les projets défiscalisés d’investissement immobilier. Et quand la construction ne va pas, une large partie de l’activité économique ultra marine flanche…

En premier lieu, l’erreur de pilotage concerne la réduction des dépenses publiques : la forte inertie des dépenses, notamment de la masse salariale distribuée par le secteur public, face à la baisse importante des recettes fiscales due, elle-même à la récession économique, n’a pas pu être jugulée. Les mesures de réduction des dépenses publiques n’ont pas été mises en rapport avec ce montant de réduction des recettes fiscales, par manque de prévision et/ou de volonté politique. Faute d’anticipation ces dernières années, le gouvernement a été pris de vitesse.

En second lieu, faute d’abondement du budget d’investissement du Pays par un montant significatif d’économies sur le budget de fonctionnement, l’investissement public a commencé à flancher en 2010 pour littéralement s’effondrer en 2011, et ce, malgré la mise en scène de Messieurs Géros et Frébault sur l’importance ( largement fictive pour 2011) des projets d’investissement. Et heureusement qu’il y a l’ex DGDE et le contrat de projets de l’Etat… Ou en serions nous sans ces apports en investissement de l’Etat au budget d’investissement du Pays ? Je me demande même si le Pays pourra apporter sa quote part du Contrat de projets Etat-pays en 2012….

La conjonction de la chute des recettes d’exportation, notamment du tourisme, de la très faible progression des transferts publics de l’Etat et de cette chute des investissements a encore plus déprimé l’activité économique. En effet, une très grande partie de l’économie polynésienne est très dépendante de ces paramètres de base, engendrant des effets en chaine et cumulatifs qui se répandent dans tous les secteurs d’activité économique : BTP, immobilier, commerces et services, transports aériens, agriculture et agro alimentaire….

En troisième lieu, la « contrainte d’endettement public » s’est alourdie : malgré un plafond d’endettement que le Pays s’autorise, fixé à 10 milliards de F CFP – soit un montant largement inférieur à celui des années précédentes – le Gouvernement upldien ne trouve plus les prêteurs qui pourraient lui consentir des prêts à des taux d’intérêt  » acceptables ». Ceci explique la tentative avortée d’emprunt auprès de la CPS et le recours à des emprunts à des conditions largement défavorables à la collectivité : il en est ainsi de l’emprunt – insuffisant en volume – auprès de la Banque de Tahiti, à un taux d’intérêt de 7 % ( soit les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne..), contre un taux d’à peine 3% proposé récemment à la CPS par Monsieur Pierre Frébault…

Pour l’instant, le Pays n’ a pu identifier des possibilités d’emprunt qu’à hauteur de 7 milliards de F CFP. Nul doute qu’il arrivera à trouver 10 milliards de F CFP à des conditions de taux dégradées, mais ce montant sera largement insuffisant pour éviter une baisse considérable du budget d’investissement – de quasiment un quart par rapport à celui – déjà mauvais – du budget d’investissement 2010.

Qui dit transferts publics de l’Etat en stagnation, très forte baisse du budget d’investissement du Pays, finances communales exsangues, absence d’investissements privés significatifs, recettes à l’exportation en faible hausse ( légère remontée du tourisme), dit descente aux enfers assurée pour l’économie polynésienne en 2012….

surtout qu’en quatrième lieu, le gouvernement UPLD fait le choix d’une politique fiscale contre-productive : alourdir les impôts indirects ( droits et taxes à l’importation) pour continuer à faire fonctionner le « mammouth administratif polynésien » est une grave erreur de jugement.

Car que va-t-il se passer ?

Une très grande partie des ménages ( 30 % des ménages en grande précarité et une partie de la classe moyenne du secteur privé) souffre de la crise (explosion des destructions d’emploi et du chômage). Tous les ménages sont et vont continuer à être mis à contribution pour le redressement de notre système de santé et de protection sociale ( hausse des cotisations sociales, hausse de la CST, participation accrue aux dépenses médicales…), subissent et vont subir des hausses de taxes, redevances ( taxe sur les ordures en très forte augmentation ces dernières années, eau…) et impôts locaux, subissent l’inflation( notamment l’inflation importée : prix de l’énergie, de l’alimentaire…) alors que leurs salaires sont figés ou sont réduits du fait de la crise.

Dans ce contexte où, de plus, la prise de conscience des inégalités salariales entre le secteur privé et le secteur public s’exacerbe, le pouvoir politique ne trouve pas mieux que d’aller à l’encontre de toutes les recommandations d’experts par une hausse d’une mauvaise fiscalité indirecte (les droits de douane sur les produits français et européens, alors que ces Etats sont les seuls à nous aider de par le monde !) , très inflationniste et peu redistributive, qui ne peut que déprimer la consommation et accentuer la spirale dépressive dont souffre déjà le secteur privé ! Il fallait oser…

La levée de boucliers de larges pans de la société civile n’est pas étonnante, car le gouvernement creuse effectivement notre tombe collective. Tout çà , par ce qu’il est pris à la gorge par l’effet de ciseau « baisse des recettes fiscales – inertie des dépenses publiques de fonctionnement ». C’est le sauve qui peut au sein de la maison gouvernementale dans l’incohérence la plus totale.

Certes, sur le très court terme, il faut lucidement reconnaitre qu’on ne peut pas faire de miracles. Mais une erreur de politique publique a été commise, c’est de ne pas avoir suffisamment réduit la voilure en matière de dépenses publiques de fonctionnement depuis ( au moins) 2008, ceci pour « booster » les dépenses d’investissement qui seules, ont un effet d’accélération sur l’activité économique. Cette première erreur de pilotage a conduit une seconde erreur de pilotage : prélever des ressources supplémentaires sur les entreprises et les ménages pour alimenter un navire – le secteur public – dont le gouvernement n’a pas réussi à réduire la voilure à proportion de la baisse des recettes fiscales engendrées par la crise.

Ce « trop peu, trop tard », dont est entièrement responsable le gouvernement UPLD va être dramatique pour tous : l’année 2012 va être la pire année économique pour la Polynésie française


Responses

  1. Excellent article !

  2. Que 2012 ne soit pas jolie jolie, personne n’en doute.
    Affirmer que 2012 sera la pire me semble la marque d’un grand optimisme.
    Il faudra bien à un moment sabrer la dépense publique. Quand on le fait,ce sont quelques semestres qui font mal, très mal, mais ensuite le rebond vient et avec vigueur. La pire des années sera celle où l’on agira enfin pour arrêter le cercle vicieux.


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