Publié par : hirofarepote | septembre 24, 2011

Une défiance citoyenne inédite face à la malgouvernance upldienne

Oscar Temaru est parti s’égarer dans les méandres onusiennes en plein débat sur la création d’un Etat palestinien et a déserté le champ de bataille polynésien contre la CRISE. Soit. Mais a t-il le droit de partir en mission de lobbying idéologique sur fonds publics auprès d’une organisation internationale telle que l’ONU ? A-t-il été mandaté par l’Assemblée de Polynésie française dans ce but ? Quel est ce mandat ? Sur quelle compétence statutaire se base-t-il pour effectuer une telle mission, alors qu’aux termes du partage des compétences fixés par notre régime d’autonomie, les « affaires étrangères » sont clairement de la compétence de l’Etat ? Mais on peut supposer que le Haut Commissaire ne dira rien pour ne pas être accusé de « néo colonialisme », ce qui serait un comble en pleine démarche de « décolonisation oscarienne » !

Pendant ce temps là, face à cette désertion présidentielle, le « super-ministre » Pierre FREBAULT occupe tout le champ politique pour masquer l’inertie gouvernementale: demande d’emprunt à la CPS, réaménagements fiscaux, commande publique et défiscalisation, impôt foncier, régime indemnitaire des fonctionnaires…. Notre ex-syndicaliste émérite fait feu de tous bois… Au point même d’élargir la majorité par une certaine force de conviction…Bravo l’artiste !

Mais prenons un peu de hauteur et observons.

  • en matière de réduction des dépenses publiques, les mesures qui s’égrènent petit à petit sont cosmétiques et ne répondent pas à l’ampleur de l’effet de ciseau dû à la crise, à savoir la continuation de la baisse des recettes publiques et le maintien des dépenses publiques, faute de cadre d’actions programmé tel que « recommandé » par le rapport BOLLIET. Ainsi, on nous explique que le rabotage de certaines indemnités aboutira à une réduction des dépenses de… 40 millions de F CFP en année pleine…soit 4 jours ouvrables de dépenses de fonctionnement de l’Assemblée de la Polynésie française ( au moins 2,5 milliards de F CFP par an) ! Et on apprend au détour du débat des représentants de l’Assemblée sur cette question que le montant total des indemnités perçues par certains agents publics représente plus de 2 milliards de F CFP par an !

Question : pourquoi un tel régime indemnitaire alors que la grille des salaires issue du statut général de la fonction publique est déjà très avantageuse ( avec un salaire moyen supérieur à 300.000 F CFP par mois) ? Pourquoi un tel traitement inégal entre agents de la même fonction publique, selon qu’ils soient dans un service financier et fiscal ou dans un service « normal » ?

Cela ressemble fort à une mesure alibi vendue aux syndicalistes pour faire un geste « symbolique » vis à vis des dizaines de milliers de chomeurs polynésiens. Bravo l’artiste !

C’est la raison fondamentale de la défiance cioyenne : trop peu, trop tard, trop symbolique !

C’est la raison pour laquelle notre super-ministre n’arrive pas à « vendre » à ces mêmes citoyens-côtisants son projet d’emprunt de 5 milliards de F CFP auprès de la Caisse de Prévoyance Sociale. Sur le fond, cette idée n’est pas dénuée de logique ( usage d’un « capital local justement rémunéré » dans le Pays pour l’affecter notamment au programme de logements sociaux, très en retard, et déclencher ainsi la quote part d’investissement de l’Etat prévu au Contrat de projets pour ce même programme), à la seule condition que la CPS soit considérée comme un créancier prioritaire du Pays avec des garanties béton à l’appui et que le taux d’intérêt soit au moins de 4 %. Là aussi, au détour du débat sur le rendement du placement des réserves ( de plus en plus insuffisantes) de la CPS, on apprend que le rendement moyen de ces réserves ne dépasse pas 3 % par an ! C’est à se demander pourquoi la CPS rémunère royalement un agent comptable pour un si médiocre rendement….

Pourquoi cette défiance ? Parce que la « réduction de la voilure du secteur public » est largement insuffisante. Les citoyens se rendent bien compte que la refonte du secteur public se perd dans les sables. Pour preuve, pendant que les économies se comptent en quelques dizaines de millions de F CFP, les dépenses inutiles se comptent en milliards. Ainsi, l’intégration, sans concours, des agents « inemployés » (sic) de la flottille administrative au sein de la fonction publique ( pour y faire quoi ?) coûtera, chaque année, au moins un milliard de F CFP à la collectivité,et ce, jusqu’au départ à la retraite de ces agents. Coût in fine : assurément plus de 20 milliards de F CFP !!! Comble du comble : la procédure dite des départs volontaires n’a pas été activée à sa juste mesure, faute de ressources ! C’est le serpent qui se mord la queue…

  • La politique de soutien à l’investissement est « nébuleuse ». Il faut dire que le Vice-Président est un communicant particulièrement ésotérique. Ainsi, à la sortie de sa communication sur le BTP, on n’a toujours pas de réponses à des questions aussi simples que celles-ci : quel est le montant d’investissement public effectivement engagé en 2011 ? Comment cet investissement public a-t-il été financé ( part des ressources propres, part des emprunts, part de la quote part de l’Etat au Contrat de projets, part de la dotation globale d’autonomie…) ? Comparé à celui engagé en 2010, ce montant d’investissement est-il en augmentation ? Quelle est la prévision d’engagement pour 2012 ?

Au lieu de celà, on noie le poisson, on se justifie de retards par des arguments plus ou moins crédibles et on laisse miroiter pour 2012, veille d’année électorale, un budget d’investissement regonflé. Surtout, surtout, messieurs les entrepreneurs du BTP, ne mourrez pas avant, à l’instar peut être de la SMPP…

Ainsi, dans le salmigondis issu de la conférence de presse, on apprend que 15 projets d’investissement public sont en cours de réalisation pour un montant total de 17,8 milliards de F CFP. Allez savoir s’il s’agit de projets financés sur des crédits de 2010 ou de 2011…On apprend aussi que 7 milliards de F CFP auraient été versés à l’OPH, mais on ne verra pas la couleur de ces logements sociaux en 2011… Allez comprendre… Ah oui : on réorientera des crédits vers la construction d’abris anti cycloniques. Encore un saupoudrage qu’ont du obtenir les iliens, ceux qui font et défont les majorités pour faire en sorte de « brouter de l’herbe toujours verte »… Quelle cohérence et quelle efficacité dans l’accompagnement du développement économique du Pays !

  • Face à cette « brume » de l’investissement public tardif pour cause d’absence de trésorerie, on pourrait se dire que l’investissement privé  » boosté » par la défiscalisation du Pays va prendre le relais ? Mais là aussi, c’est le flou complet, doublé d’aberrations dans le choix des projets à défiscaliser. L’affaire dite de la défiscalisation d’un centre commercial Carrefour qui permettra à cette enseigne de verrouiller encore plus le marché polynésien à son bénéfice exclusif est très révélatrice de ce point de vue.

La Polynésie française doit bien être l’un des rares pays à défiscaliser un projet commercial d’une  » méchante multinationale française » telle que Carrefour, comme dirait Monsieur Jacqui DROLLET…. Après moultes réformes visant à faire en sorte que la défiscalisation du Pays soit beaucoup plus sélective au profit de projets les plus porteurs de notre développement productif ( valorisation des ressources naturelles, terrestres ou marines, tourisme, charters nautiques, énergies renouvelables…), on débouche, in fine, sur la défiscalisation, entre autres, de tous les projets commerciaux de l’importateur-détaillant le plus prospère du Pays. Une « anomalie » que n’a pas combattu Monsieur Jacqui DROLLET, bien au contraire. Une défiscalisation inutile, puisque ce projet aurait été réalisé de toutes les façons, vu le retour sur investissement prodigieux de l’enseigne sur le marché polynésien. Une défiscalisation aberrante, car elle empêchera, de facto, pendant plusieurs années, la concurrence d’une autre enseigne susceptible de rivaliser avec Carrefour. Je rappelle qu’en Nouvelle Calédonie et dans les DOM, il y a au moins trois enseignes commerciales présentes sur ces marchés.

Au total, les 13 projets d’investissements privés défiscalisés représenteraient un montant de de 23 milliards, dont 9, 9 milliards auront été financés par le Pays, c’est à dire nous tous. En effet, une exonération, une défiscalisation ou un crédit d’impôt est une « dépense fiscale » : au lieu de prélever l’impôt, on en fait « cadeau » aux investisseurs. Mais ces investissements sont -ils spécifiquement de l’année 2011 ou sont-ils échelonnées sur 2010, 2011, et 2012 ?

Bref, annoncer des chiffres dans l’absolu crée plus de confusion qu’autre chose. Ce qui importe, c’est de savoir si le volume d’investissement public et privé est supérieur ou inférieur à celui des années précédentes. C’est de savoir si l’on peut raisonnablement espérer qu’en 2012, ces investissements contribueront à nous sortir progressivement de la crise.

Confusion, car, en parallèle, l’ISPF nous annonce que le secteur du BTP enregistre une sérieuse chute de son activité. En 2010, les chiffres d’affaires diminuent, l’emploi est en retrait ( il retrouve son niveau de… 2001 et ce sont les postes à bas salaires qui sont supprimés), la commande publique est insuffisante, les sous traitants trinquent, 130 entreprises ont disparu dans ce secteur. « Le bilan est très sombre pour ce secteur ».

Il est également fait état de carnets de commandes vides, lesquels dégradent la trésorerie des entreprises et occasionnent des difficultés à obtenir des crédits. Un Pays financièrement aux abois, moins d’argent investi dans l’économie, moins de chantiers pour les entreprises, moins de bénéfices, donc moins de garanties pour obtenir un prêt, la spirale infernale est imparable. »

En conclusion, je fais référence à mes billets précédents : l’explication essentielle de la spirale dépressive dans laquelle nous sommes, c’est la panne de l’investissement public et privé. SI cette panne se poursuit, la crise s’approfondira.


Responses

  1. Salut Hiro,

    Bon là désolé, mais j’ai l’impression que tu envoies une accusation gratuite à l’encontre de l’agent comptable de la CPS

    Je cite « on apprend que le rendement moyen de ces réserves ne dépasse pas 3 % par an ! C’est à se demander pourquoi la CPS rémunère royalement un agent comptable pour un si médiocre rendement…. »

    Est-ce que tu as fait un tour sur le taux des obligations proposées par les états ces dernières années ? Bien sur tu peux acheter de la dette grecque à tes risques et périls, à moins que tu veuille acheter de l’italienne, de l’espagnole, de la portugaise… ? Sinon, tu achète de la néo Z ou de l’australienne, plus rémunératrice mais aussi plus volatile au niveau du taux de change. Sinon, Dexia propose des produits structurés comme elle dit, plus … exotiques.

    Donc, ou tu prends des produits risqués mais rémunérateurs, ou bien tu prends des produits garantis qui ne produisent pas beaucoup. Comment doivent alors être investies les réserves de la CPS, c’est peut être une question à laquelle tu pourrais répondre. Pour ma part, elles doivent être constituées de valeurs garanties par l’Etat, et malheureusement peu rémunératrices actuellement.

    Si tu pense faire mieux, je te conseille d’investir toute ton épargne dans des produits qui sont certains de rapporter plus que 3% actuellement.
    Sinon, tu peux postuler à la CPS qui recherche son nouvel agent comptable, l’ancien étant désormais le Directeur de la DGFP.

    J’espère que mon mot ne te choquera pas, car j’apprécie tes analyses que je partage d’ailleurs très souvent.

    Pour terminer, hors de question que la CPS subventionne le Pays : si ce dernier ne trouve pas les fonds ailleurs, c’est que les taux d’intérêts demandés sont trop élevés compte tenu du risque de Maohi Nui. Je ne vois donc pas pourquoi la CPS ferait ce cadeau entre le taux qu’il est en droit de demander, et celui proposé par le Pays.

  2. Bonjour,

    Pourquoi gaspiller de l’argent dans un salaire? Il suffit de cotiser à un système de pension privé qui a donné plus de 9% de rendement depuis sa création.
    Et je ne plaisante pas.
    http://www.contrepoints.org/2010/09/23/36-le-systeme-prive-de-pension-chilien-sort-indemne-de-la-crise

  3. Bonjour,

    Ho là!

     » En effet, une exonération, une défiscalisation ou un crédit d’impôt est une « dépense fiscale » : au lieu de prélever l’impôt, on en fait « cadeau » aux investisseurs. Mais ces investissements sont -ils spécifiquement de l’année 2011 ou sont-ils échelonnées sur 2010, 2011, et 2012 ? »

    Oh le bon gros gloubi boulga..

    Cette phrase présuppose que l’argent des acteurs économiques est la propriété du Territoire! Faut pas déconner!

    J’ai toujours écrit que j’étais opposé aux défiscalisations, mais ce ne sont en rien des cadeaux, Ce sont des éléments des règles arbitraires fiscales, rien d’autre.
    Ne pas prendre par la force le bien de quelqu’un n’est pas lui faire un cadeau. Prétendre le contraire est un comportement maffieu.

  4. un agent comptable de la CPS est royalement rémunéré et c’est , en effet, son devoir de faire des propositions de placements intéressants au profit des cotisants.

    et vu les montants collossaux à placer , il est vrai que les taux indiqués sont misérables.

    Il est , tout à fait, possible d’avoir de meilleurs rendements en minimisant les risques voire même des risques zéros.

    La CPS a investi dans ATN , dans les hôtels alors que là les risques sont certains compte tenu du secteur qui s’amortit que sur une durée minimale de 25 ans et encore en fonction du contexte.

    personnellement , le prêt de 5 milliards par la CPS ne me choque pas à condition que le gouvernement accélère la réduction drastique des dépenses publiques tout en développant parallèlement les potentialités de développement économique .

    il y a des satellites qu’il faudra absolument fermer , on n’a pas le choix !

    maison de la perle , ead, sagep, atp, tntv, tahiti tourisme et bien d’autres ! Tout ce qui n’est pas utile ou inefficace ou n’apporte aucune valeur ajoutée au Pays en terme de bien-être collectif en terme de logement et de besoins alimentaires ou et d’emplois productifs, il faut avoir le courage de fermer ses structures budgétivores pour un résultat calamniteux !!!!!!

    il en va de la survie du Pays .
    Des réformes structurelles sont à mettre en oeuvre sans tarder , avons 7 ans de retard, c’est énorme !

    nos dirigeants font toujours tout trop tard et trop peu et donc nous mettent dans des situations de danger constantes , c’est irresponsable !!!

    GOUVERNER , C’EST PREVOIR ! et ce slogan n’est pas respecté !

    le cable , par exemple , honotua est grotesque en période de crise quand les gens n’ont plus d’emploi , plus de quoi se nourrir et se vêtir !! 12 milliards pour un résultat lamentable , c’est du luxe qu’on ne peut pas se permettre , par exemple !!

    et des dépenses inutiles , gaspillées sont malheureusement nombreuses !!

    tout çà pour soi-disant être à la pointe du progrès !

    quand le peuple meurt de faim, c’est tout simplement indécent !!!!

  5. […] Une défiance citoyenne inédite face à la mal gouvernance upldienne : […]


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