Publié par : hirofarepote | juillet 28, 2011

L’offre télévisuelle polynésienne : quelle place pour TNTV ?

Face aux menaces de fermeture de certains satellites du Pays, les lobbys concernés se mobilisent avec plus ou moins de pugnacité pour justifier leur existence : c’est de bonne guerre, question d’aller au fond des choses et de faire en sorte que nos gouvernants pèsent une ultime fois le pour et le contre avec, cependant, l’épée de damoclès d’un plan de redressement chiffré crédible. Une exigence de l’Etat et de son « satellite », l’AFD…

L’organisation « TNTV » est peut être celle qui se démène le plus pour éviter de « passer à la trappe » : acceptation d’un plan social mis en oeuvre loyalement pour « réduire la voilure », argumentaires crédibles pour la mise en oeuvre d’un nouveau « business model » de la part de son directeur général, un vrai professionnel de la télé; application des équipes pour assurer les prestations permises par un budget contraint; plaidoyers de certains relais d’opinion tels que Tahiti today; mise en exergue de certains résultats favorables issus d’enquêtes d’audience; lobbying intensif auprès des groupes politiques de l’Assemblée; initiatives publicitaires volontaires du personnel pour défendre leur emploi; témoignages citoyens relayés par la chaine ( tous « unanimes » dans la défense de tinoutévé…); analyses comparatives d’audience avec Polynésie première…

Comparons, justement, TNTV avec Polynésie première en prenant un peu de hauteur. N‘oublions pas que l’ex RFO est une télévision offerte gracieusement par le secteur public métropolitain (pour ne pas dire l’Etat qui souhaite faire entendre la voix et les images de la France…) aux polynésiens.

Non seulement, elle ne nous coûte pas un sou, mais les dépenses annuelles, chiffrés approximativement à 3 milliards, font partie de ces transferts publics injectés dans l’économie locale et qui font des petits : les 800 millions annuels de rémunérations indexés très confortables ( à faire pâlir les représentants de l’Assemblée) du personnel donnent lieu à des dépenses de consommation courante dans le commerces de la place, à des loyers, à des voyages interinsulaires ou internationaux…. Le sponsoring, les sous traitances, l’appel à des prestataires de services de divers corps de métiers, les dépenses de fonctionnement entretiennent l’activité économique locale… Pas d’appel aux contribuables polynésiens, ni de redevance payée par les détenteurs de postes de télévision… Par contre, l’appel aux annonceurs publicitaires locaux est une sérieuse concurrence pour TNTV, cette dernière n’ayant jamais réussi à accroître de manière substantielle les ressources issues des entreprises locales, tant la plupart d’entre elles sont fidèles au leader de l’audimat ( du moins jusqu’à ces derniers temps)…

Face à cette aubaine pour l’économie locale, il ne faut surtout pas supprimer Polynésie première ! Laissons donc la stratégie de cette entreprise se décider à Paris sans interférer dans celle-ci !

Quels sont les » business model » en oeuvre ailleurs, notamment en France métropolitaine :

  • la télévision publique « historique » : redevance de possesseurs de postes de télévision et subvention de l’Etat; pour la TNT accessible aux polynésiens : offerte à « titre gracieux » par l’Etat aux POM. Qui dit mieux ?
  • la télévision privée « classique » d’une histoire plus récente : ressources publicitaires à partager en autant de chaines privées en concurrence ( ces ressources sont en stagnation, d’où un business model de plus en plus à la peine);
  • la télévision par satellite : abonnements mensuels payés par les consommateurs et/ou paiement à l’acte de consommation;
  • la télévision par cable : abonnements mensuels payés par les consommateurs et/ou paiement à l’acte de consommation;
  • le « pay per view » plus récent : paiement ponctuel à l’acte d’achat ;
  • l’internet-tv accessible par streaming: quasiment gratuit ( pour l’instant) … en attendant la « google-tv » rémunérée par la « publicité mondialisée ».

En Polynésie française, la TNT est gratuite, alors que TNTV est « apparemment gratuite », mais payée de facto – et de manière dominante ( les ressources publicitaires étant limitées) – par les contribuables polynésiens, via le budget du Pays. Les parts d’audience peuvent faire évoluer la donne du côté des annonceurs publicitaires, d’où les « communiqués de victoire » actuels de TNTV…

La télévision par satellite, TNS pour ne pas la nommer, est en situation de monopole sur ce segment de marché, donc coûteuse et de médiocre qualité pour les consommateurs. Quand on voit les mêmes films repasser quelques mois après une première diffusion, l’abonnement est cher payé à cette aune…De même, faire payer un décodeur aux consommateurs est le comble du monopole …Et, cerise sur le gâteau, la présence de certaines chaines sur le bouquet payant de TNS empêche les consommateurs polynésiens d’y avoir accès via la TNT gratuite ( comme en métropole).

Alors, quel business model pour TNTV ?

  • maintenir TNTV en chaine généraliste concurrente de Polynésie première et faire payer une redevance aux possesseurs d’un poste de télévision en faveur de TNTV pour compenser la baisse drastique de la subvention du Pays ? Pourquoi pas si les citoyens sont si unanimes que celà pour vouloir la pérennité de tinoutévé ? Un mixte de subvention et de redevance comme en Métropole ? Pourquoi pas ? Réserver le financement publicitaire polynésien à TNTV et faire un « mix » de « subvention du Pays-redevance- ressources publicitaires » comme l’ancienne télévision publique nationale ? Est-ce légal ? N’y aura-t-il pas de risque de rétorsion de l’Etat du fait de la disparition de cette ressource publicitaire pour Polynésie première ?…. Cependant, la situation actuelle n’est pas tenable en raison de la disproportion durable des moyens entre concurrents en présence.
  • l’atout de TNTV serait sa « proximité » : reportages locaux, présence dans les iles, équipe rédactionnelle réactive…. Dans ce cas là, pourquoi ne pas envisager un partenariat privilégié et rémunéré à sa juste valeur avec Polynésie première ? TNTV deviendrait le département « télévision de proximité » de Polynésie première dans le cadre d’une complémentarité bien comprise. De plus, au fur et à mesure des départs à la retraite du personnel de Polynésie première, le personnel de TNTV pourrait être prioritaire pour un recrutement au sein de cette entreprise. On aurait ainsi un pôle public télévisuel complet qui coûterait le moins possible aux contribuables polynésiens et donc au Pays. Bien sûr, l’obstacle de taille de cette option est de passer d’une logique de concurrence à une logique de partenariat. Mais cet obstacle n’est pas insurmontable pour les « hommes de bonne volonté » !
  • Quant à la « web télé », celle-ci pourrait être une petite filiale de TNTV qui tenterait de s’autofinancer via des abonnements mensuels ou à l’acte d’achat. Mais il ne faudra pas en espérer des miracles et il s’agira en tout état de cause d’une activité mineure….sauf partenariat significatif avec le système éducatif local, l’Université ou toute autre organisation intéressée par l’accès direct à un public spécialisé pour des prestations ciblées ;
  • L’option Bolliet, et à priori, celle du gouvernement (sauf revirement lors du débat à l’Assemblée) : suppression de TNTV pour cause de subvention trop importante du Pays au bénéfice d’une activité non prioritaire en comparaison de besoins sociaux ( plus prioritaires qu’une offre télévisuelle publique) de moins en moins pris en charge par le Pays. Cette problématique dépasse la simple logique d’entreprise du directeur général de TNTV.Dans ce cas extrême, la disparition de TNTV ne veut pas dire disparition d’une offre télévisuelle relativement diverse.

En économie de marché, il y a un « principe sain » : toute « offre valable » trouve sa demande. Autrement dit, il y aura des consommateurs prêts à payer pour accéder à cette offre, soit directement, soit indirectement par des partenariats bien compris entre entreprises télévisuelles. Elle pourrait se traduire par la question suivante aux citoyens polynésiens : êtes-vous prêts à payer une redevance pour maintenir TNTV ?

C’est le propre d’une activité marchande. De par le monde, l’offre télévisuelle déroge de moins en moins à cette règle.

Trouver son marché et vivre de celui-ci sans subvention : voilà le vrai challenge pour l’équipe de TNTV !


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