Publié par : hirofarepote | juillet 15, 2011

Politique de solidarité : face aux dérives, où sont les pilotes ?

En cette période de crise où les souffrances et les exclusions sociales se sont nettement accrues, nos gouvernements – et c’est normal – n’ont pas voulu tailler à la hâche dans les dépenses d’aide sociale et de solidarité et ont essayé de maintenir les budgets alloués aux différentes structures qui interviennent dans ce champ social.

Un régime de solidarité d’un coût annuel de 24,1 milliards de F CFP en 2010, auquel s’ajoutent près de 6000 emplois aidés annuels gérés par le SEFI, « machine bureaucratique » dont le budget a explosé ces dernières années grâce à l’apport financier issu de la Dotation Globale de Développement Economique ( la célèbre DGDE remodelée en début d’année), aides à la formation des adultes dans le cadre du CFPA qui se chiffrent aussi en milliards annuels,  des prestations familiales pour près de 10 milliards de F CFP annuels,  le minimum vieillesse,  les versements aux personnes handicapées qui se sont élevés à 2,8 milliards de F CFP en 2010, l’action sociale relevant du service social de la CPS pour plus de 3 milliards de F CFP par an, et toute la politique d’aide sociale du Pays qui transite par la direction des affaires sociales et par des dizaines d’organismes, pour la plupart associatifs :  prévention de la délinquance, aide aux SDF, prévention du suicide, « service d’écoute », aides à l’éducation ou à la réinsertion des détenus, plans éducatifs locaux, cohésion sociale dans le cadre du CUCS, centre de vacances et de loisirs, insertion par l’économique,  tickets d’alimentation et aides sociales d’urgence….

La liste est longue de ces dizaines de programmes dont seuls quelques initiés connaissent le véritable coût. La collectivité engage donc des dizaines de milliards de F CFP chaque année dans cette nécessaire solidarité vis à vis des plus démunis d’entre nous.Et je ne compte pas les multiples aides communales délivrées par l’ensemble des communes polynésiennes.

Le Pays aide nombre de ces organismes par des subventions comptabilisées et agrégées dans les dépenses dites de transfert du budget général du Pays. Les dossiers de subvention de cette nébuleuse sont instruits par les services du Pays et transitent, « pour avis »,  par la fameuse commission de contrôle budgétaire et financier de l’Assemblée de Polynésie française ( CCBF dans le jargon administratif) présidée par Monsieur Clarentz VERNAUDON, siège vacant pour les raisons judiciaires que l’on connait.  Une commission qui voit passer des centaines de dossiers de subvention chaque année et qui ne peut que faire confiance aux services techniques du gouvernement, faute d’un vrai pouvoir de contrôle d’opportunité sur les sommes allouées à tel ou tel organisme.

Le problème est justement là : si les contrôles des services techniques est déficient du fait d’une certaine déresponsabilisation, cette nébuleuse « sociale » voit se constituer des « électrons libres » chasseurs de subventions de plus en plus opaques sur leur mode de fonctionnement et d’intervention. C’est ainsi qu’après un centre d’éducation pour handicapés qui s’était créé un régime indemnitaire et de « congé maison » particulièrement généreux, on apprend ces dernières jours la déficience d’un centre pour adolescents qui coûterait plus de 120 millions de F CFP par an pour une vingtaine d’adolescents accueillis et la volonté de survie d’un Fare Tama Hau fort d’une quarantaine de fonctionnaires à demeure et dont certains usagers dénoncent la médiocre productivité sur les répondeurs téléphoniques de nos radios.

Face aux récents faits divers qui ont défrayé la chronique, les langues se délient et des techniciens s’expriment enfin pour, éventuellement, remettre en question l’existence de certaines structures associatives peu efficaces et quelquefois plus couteuses qu’un service public offert directement aux usagers. Que ne l’ont-ils pas dit plus tôt ?

Je m’interroge ainsi sur certaines affirmations visant à rejeter la faute sur nos élus du type :  » le politique s’en fout ». Des sommes considérables sont injectées par différents canaux, des techniciens sont nommés ou recrutés pour agir ou contrôler, mais nos décideurs finissent par en perdre le fil, car trop loin du « théâtre d’opérations ». Par contre, que font les féodalités qui agissent justement « sur le terrain » et les services de contrôle administratifs qui sont sensés vérifier le fonctionnement optimal de ces organismes associatifs ? Se défausser sur les politiques est un peu facile, tant c’est la « tarte à la crême » du moment !

Au fil du temps, certaines logiques de fonctionnement peu efficaces se sont installées et confortées et ont, paradoxalement, profité de l’instabilité politique. Jusqu’aux « dérapages » que l’on contate, comme par hasard, au détour de certains faits divers. Les gouvernements passent, mais ces féodalités restent et sont focalisées sur leur propre reproduction derrière des finalités sociales généreuses. Il en est ainsi de la prévention du suicide, du diabète, du sida ou de la délinquance.

Chacun à son niveau est responsable pour éviter tout dérapage derrière le noble paravent de causes et de principes solidaires. Ou comment le  bénévolat associatif est complètement dénaturé dans de nombreux domaines…

A quand un audit généralisé de notre politique de solidarité ?


Responses

  1. J’envoie mon dossier RSA dont je voudrais faire bénéficier les 70 000 personnes « vivant » en dessous du seuil de pauvreté à quiconque çà intéresserait… c’est à dire pour l’instant PERSONNE!

    Ces 70 000, eux, s’en foutent des milliards exposés dans l’article.

    Il suffit de m’écrire à rollstahiti@gmail.com et je transmets l’entier dossier.

  2. « Au fil du temps, certaines logiques de fonctionnement peu efficaces se sont installées et confortées et ont, paradoxalement, profité de l’instabilité politique. Jusqu’aux « dérapages » que l’on contate, comme par hasard, au détour de certains faits divers. Les gouvernements passent, mais ces féodalités restent et sont focalisées sur leur propre reproduction derrière des finalités sociales généreuses. Il en est ainsi de la prévention du suicide, du diabète, du sida ou de la délinquance. »…… Si tu savais à quel point tu es dans le mille !!


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :