Publié par : hirofarepote | mars 26, 2011

Standard dégradé pour la Polynésie française :est-ce mérité ?

Les analystes de Standard and Poor’s ont encore frappé : après une analyse « virtuelle » et à distance de la situation économique et financière du Pays, rédigée, je suppose, à partir des notes de l’IEOM ou de l’ISPF, ils ont encore dégradé la note de la Polynésie française de BBB- à BB +, estimant que « l’instabilité politique contrarie la mise en oeuvre de réformes structurelles essentielles« . Drôle de paramètre d’analyse financière ….

« Chance » opportune pour ces analystes en chambre : ce n’est pas le dépôt de la énième motion de défiance qui contredira ce jugement….

Cependant, cette appréciation me laisse quelque peu perplexe. Si la situation économique de la Polynésie française s’est encore aggravée en 2010, en est -il de même de la situation de nos finances publiques stricto sensu ?

Il me semble que, malgré les contraintes politiques qu’il a rencontré, le Président-Ministre des finances a utilisé tous les leviers qu’il avait à disposition pour redresser les finances publiques. C’est ainsi que le rabotage des dépenses de fonctionnement s’est poursuivi, que les effectifs de la fonction publique décroissent de manière significative, que les dépenses de transfert ont été largement révisées à la baisse, que les SEM et établissements publics ont été sommés de rétablir progressivement leurs comptes d’exploitation et que les budgets d’intervention ont été réduits drastiquement en attendant des jours meilleurs.

Certes, ce ne sont pas les réformes radicales que préconisait le rapport Bolliet, mais cette « gestion d’épicier » porte progressivement ses fruits, puisque « l’effet ciseau » entre baisse des recettes fiscales du fait de la crise et inertie des dépenses publiques est derrière nous. C’est ainsi que l’exercice 2010 s’est conclu par un excédent de 9 milliards de F CFP et par une capacité d’autofinancement nette de 4 milliards de F CFP. On était à -1 milliard de F CFP en 2009.

A titre subsidiaire, la vente de l’ATR présidentiel et du trop fameux Rocklands Hotel sont une réalité….

En dynamique et par comparaison, la gestion « TONG SANG » de 2010 a donc été beaucoup plus « économe » que la gestion « TEMARU » de 2009. C’est un fait objectif qu’il convient, si l’on veut être honnête intellectuellement, de relever.

Autre élément important, en 2010, le recours à l’endettement a été beaucoup moins important que par le passé : au lieu d’un montant moyen d’emprunt de l’ordre de 30 milliards de F CFP par an, le Pays n’a emprunté que 19 milliards de F CFP en 2010. Moins 11 milliards de F CFP d’emprunts, c’est quand même significatif. Grâce à ce coup d’arrêt dans la course à l’emprunt, le ratio endettement du Pays/ PIB a été quelque peu stabilisé.


En ce qui concerne le redressement des finances publiques, il n’est donc pas contestable que l’encore – Président actuel du Pays « a fait sa part du job ». Peut être a-t-il eu recours, dans le cadre de « son » budget primitif 2011, tel qu’il l’exécute, aux stratagèmes habituels d’une certaine minimisation des dépenses obligatoires et d’une certaine maximisation de quelques recettes fiscales de poche, mais l’effort de rigueur est perceptible et significatif.

Les « analystes distants » de Standard and Poor’s n’ont donc pas « donné quitus » de cet effort de redressement, alors même que le paramètre de la maitrise des finances publiques devrait être le plus important de leur appréciation. Je comprend fort bien le sentiment « d’injustice » qui prévaut au sommet du Pays.

Aussi, le reproche que je ferai aux agences de notation, c’est qu’au lieu d’avoir une vision d’anticipation, elles sont victimes du syndrome du « mouton de Panurge » : quand l’ISPF ou l’IEOM décrivent une situation favorable, la notation prend acte et « surnote » de manière très favorable. Rappelez-vous, le temps où la Polynésie était noté AAA+ ou AA – n’est pas si éloigné que celà… Par contre, quand l’IEOM ou l’ISPF font état d’une situation défavorable, la notation amplifie l’appréciation à la baisse. Je dirais donc qu’au lieu d’enfoncer une porte ouverte, ces agences la démolissent pour être sûres d’y entrer…

En conclusion, le chemin du redressement des finances publiques est encore long, mais la démarche engagée va dans le bon sens. Ce que l’on gagne, d’ailleurs, au niveau des finances publiques, on le perd en matière de soutien de l’activité économique. Malheureusement, on ne peut pas gagner sur les deux tableaux : maitrise des dépenses publiques et accompagnement de la relance économique. Il fallait faire un choix et celui de la réduction continue des dépenses publiques qui induit une nécessaire réduction des prélèvements fiscaux est le bon.

Enseignement de cette dégradation de la note : en 2011, il faudra poursuivre la mise à la diète du secteur public et encore moins emprunter.

Une seule solution de compensation au fait que le budget du Pays ne joue plus un rôle moteur dans notre activité économique, bien au contraire : que les entrepreneurs relativisent l’importance de la sphère politique et fassent preuve d’un  surcroit de dynamisme entrepreneurial.

Je sais que mon assertion n’est pas évidente, car la « société de confiance » – c’est un euphémisme ! –  n’est pas encore là. Mais en même temps, nos entrepreneurs doivent garder en ligne de mire que la Polynésie fait encore partie du petit noyau des pays développés, que les ménages polynésiens ont une capacité de consommation réelle, que les clients potentiels en ce vaste monde sont nombreux, que notre appartenance à l’ensemble français nous offre un « filet de sécurité » appréciable. Cette dernière donnée est d’ailleurs loin d’être nouvelle et il est surprenant que Standard and Poor’s feint de s’en apercevoir…

Bref : si notre classe politique n’est pas un atout, nous en avons d’autres. Et c’est tant mieux !

Publicités

Responses

  1. Madame la directrice de Standard & Poor’s,

    La lettre ci-jointe mérite quelques éclaircissements, mis à part que depuis quelques heures le dépôt d’une énième motion verra l’actuel usurpateur de la fonction de « président de la Polynésie française », Gaston TONG SANG, mis au rebut.
    http://tahitipresse.pf/2011/03/depot-dune-motion-de-defiance-contre-le-gouvernement-tong-sang/

    Concernant la missive plaintive, le multi-mis en examen Gaston TONG SANG se prévaut de « son » gouvernement. Certes s’il est lui-même « Minister Präsident » puisque ministre des finances et ordonnateur du budget, l’article 5 de la loi orga-nique 2004-192 fait tout de même du « président de la Polynésie française » la première institution indigène… et le conseil des ministres la deuxième. Il ne saurait dont chapeauter les deux. Ni amalgamer le tout.
    http://tahitipresse.pf/2011/03/cable-honotua-g-tong-sang-mis-en-examen-a-son-tour/

    Cet UMP insulé fait aussi état de « son » « Pays », majuscule incluse. Or le Premier ministre vient de transmettre au conseil constitutionnel un projet de loi orga-nique où il ressort que le « Pays » du TONG SANG de service est en fait, depuis 2007, une collectivité. (2011-627 DC)

    Dans ce cas se pose la question de la double compétence de Standard and Poor’s de pouvoir noter comme elle l’a fait, une collectivité EN DEHORS du cadre national d’une part, et d’autre part en une devise autre que celle de « la France ». (L’euro au vu de l’article 111-1 du CMF)

    La lettre relevant le « prisme déformant » de la presse locale, ces précisions ne pourront que mieux éclairer encore Standard & Poor’s sans qu’il ne soit besoin de relever encore d’autres et innombrables débilités exposées dans la missive regrets-gationiste.

    Je suis actuellement en France (France) et joignable au 06 77 70 45 01.

    Avec Honneur

    Le président de « la Polynésie française », des françaises et des français
    René, Georges, HOFFER
    Tél (689) 77 71 70
    rollstahiti@gmail.com
    Ecrou 3301P Prisonnier politique le 22 juin 2010 : 70 ans après une autre défaite historique. (22 juin 1940)

  2. Bonjour,

    Ce texte est finalement très optimiste.
    Malheureusement, le développement de la sphère publique continue de progresser. Il ne faut pas oublier que ces organismes de notation ne sont pas dupes des mensonges comptables franchouillards, en particulier ceux consistant à ne pas provisionner les engagements retraite. Le passage du monde communal au statut de fonctionnaire est une pure folie qui doit bien représenter ,in fine, un coût bien supérieur au non renouvellement des CDD de l’administration, car mis à part les CDD, aucune baisse de la masse publique n’est envisagée.
    Au niveau communal, c’est une perte de productivité monstrueuse à long terme qui en sera la résultante, et une bonne grosse et bien baveuse imposition locale qui va se développer. Bref, exactement le contraire de nos besoins.

  3. une chose est sûre, c’est que quelque soit le gouvernement et dans la mesure où la polynésie Française reste dans l’ensemble français , la notation ne peut pas se dégrader surtout s’il y a eu des efforts financiers , même s’ils sont insuffisants !!

    les notations des agences doivent se baser sur du concret et du tangible et non sur des sentiments subjectifs.

    Or , celles-ci sont construites par des humains qui sont plus ou moins et toujours dans quelques domaines que ce soit susceptibles d’être défaillants.

    et c’est là où le bât blesse !

    tout cela n’est pas très cartésien !!!

    POORS DE NOUS !


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :