Publié par : hirofarepote | mars 19, 2011

Périgrinations d’un vieux chevrol de Bordeaux à Tahiti

A la réaction de mes commentateurs les plus assidus, j’ai voulu pousser un peu plus loin mes investigations sur le parcours d’un vin de Bordeaux de son terroir d’origine vers les marchés finaux, notamment vers Tahiti.

Le monde des producteurs et des courtiers du Bordelais ( production-transaction- négoce au sein du terroir même) est assez hermétique : aussi je ne m’étendrai pas là-dessus. Si ce n’est pour remarquer qu’il est très difficile, par une première recherche sur internet, d’obtenir un prix « primeur », « producteur » ou « courtier » d’un vin de bordeaux tel que le « Vieux Chevrol », cette information étant en général réservée aux professionnels.

Cependant, hors les crus bourgeois notoires et les grands crus classés dont les prix ont monté en flèche, les vins de Bordeaux traversent une conjoncture maussade. Dans les hypermarchés métropolitains, on trouve des vins de Bordeaux qui démarrent à 350 F CFP au grand dam des viticulteurs bordelais !

Venons en au « Vieux Chevrol ».

Par la magie d’internet, j’ai effectué une petite recherche d’une demie heure et fait les découvertes suivantes :

  • En vente « publique » sur internet :
  Benchmark Wine Group Vieux Chevrol France In-Stock 2004   0.75 12.34
  4Wereld Wijn Web Winkel Dwg001 Rood Château Vieux Chevrol, Lalande de Pomerol 2000   0.75 13.40
  AWinestore.com Chateau Vieux Chevrol Lalande De Pomerol 2007   0.75 14.77
  Robbers & van den Hoogen Château Vieux Chevrol Lalande de Pomerol Ac, Frankrijk 2004   0.75 15.00
  Robbers & van den Hoogen Primeur : Château Vieux Chevrol Lalande de Pomerol Ac, Frankrijk     0.75 15.08

Autres références de prix sur internet cueillies au passage :

Château Vieux Chevrol 2004

Château Vieux Chevrol est un vin rouge de la région Bordeaux à France. Fait par le domaine Chateau Vieux Chevrol à 2004. Ce vin est disponible pour un prix de € 18,03.

Château Vieux Chevrol 2006

Château Vieux Chevrol est un vin rouge de la région Bordeaux à France. Fait par le domaine Chateau Vieux Chevrol à 2006. Ce vin est disponible pour un prix de € 20,55.

En Polynésie française, le Château Vieux Chevrol Lalande de Pomerol, année 2006, est vendu aux particuliers par le principal importateur spécialisé au  prix de : 3 225 CFP ( catalogue sur internet).

En comparant donc ce qui est comparable, le « Vieux Chevrol 2006 » est vendu aux consommateurs européens ou américains à 2500 F CFP, contre 3225 F CFP pour les consommateurs polynésiens, soit une différence de 725 F CFP ( soit + 29 % par rapport au prix public « européen »).

Aussi, l’achat en détaxe de ce type de vin de Bordeaux devrait se situer entre 1000 F CFP et 1500F CFP. L’incidence de la taxe après suppression de l’exonération est de l’ordre de 630 F CFP. Le prix TTC de ce type de vin devrait se situer entre 2000 F CFP et 2500 F CFP. Vient ensuite la marge de l’importateur grossiste qui,  à priori, et selon les indications ci-dessus, devrait être de l’ordre de 30 %. Pour ce type de vin, on arriverait donc à un prix de vente « grossiste » au restaurateur ou  hotelier qui s’échelonnerait entre 2500 F CFP et 3000 F CFP ( soit déjà plus que le prix public européen du vieux chevrol…).

En appliquant le coefficient « normal » de 3, qui correspond, selon l’un de mes commentateurs avertis,  à une marge de 200 %, on arriverait donc « logiquement » à un prix, sur la table du client du restaurant, entre 5000 F CFP et 6000 F CFP, soit bien loin du prix de 8900 F CFP annoncé par les représentants des professionnels ( entre + 40 % et  + 60 % de différence quand même…). Pour mémoire, ce prix de 8900 F CFP correspond à 3,5 fois le prix public européen ou américain….

Voilà pour ces périgrinations d’un vieux Chevrol ou d’un vin équivalent en terre polynésienne.

Ma recherche m’a permis aussi de constater qu’une optimisation du « sourcing » en vin permettrait aux professionnels, grossistes, restaurateurs et hoteliers, de proposer à leur carte des « vins du monde » de qualité à partir de 2500 F CFP. Mais, à priori, cette logique leur est étrangère, puisque leur politique de choix de vins, très sélective, semble privilégier une marge en valeur absolue la plus élevée possible. Dans cette logique, il n’est pas de leur intérêt de dégager un montant de marge faible, malgré un coefficient de 3. En conséquence, les consommateurs polynésiens n’auront jamais ce choix « diversifié ».

Pour mémoire, et par comparaison, j’ai pu constater très récemment que, dans les restaurants de Californie, Etat fédéré des Etats Unis dont chaque habitant dispose d’un revenu moyen 3 fois supérieur à celui d’un polynésien, les prix d’une majorité de vins sur la carte se situent dans une fourchette de 20 à 60 dollars US, soit entre 1800 F CFP et 5400 F CFP.

L’enjeu est là : nos professionnels peuvent -ils proposer, sans exonération, des prix  » aussi compétitifs » ?

La balle est dans leur camp…

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Responses

  1. cher Hiro,

    Bien que fervent lecteur et amateur de tes rubriques je suis surpris que tu te laisses aller à des raisonnements basés sur des calculs arithmétiques trop simplistes pour prendre en compte l’ensemble des composantes qui font notre économie, avec ces inepties et ces faiblesses, que tu décris pourtant si bien;

    Alors que les règles du jeu sont en permanence biaisées par l’absence de concurrence, par l’intervention permanente du politique, par une économie artificielle basée sur les transferts, comment un seul secteur, par miracle pourrait il échapper à des politiques de prix qui paraissent peut être excessives mais qui sommes toute, sont partie entière de notre économie;

    Quoi qu’il en soit, face à nos hôteliers, nos eaux abritent des bateaux de croisière qui eux bien que bénéficiant d’exonérations totales de taxe sur les denrées, n »emploient pas le moindre polynésien;
    Eux peuvent servir à table un excellent Chardonnay à $25 ce qui fait 17 euros.
    C’est donc le danger et la justification de cette équation là qu’il faut observer et non un comparatif avec le prix d’une grande enseigne de distribution ou celui d’un palace en Inde;

    La question que l’on doit plus simplement se poser est la suivante :
    Dans notre société qui ne connait pas le moindre secteur qui ne reçoit d’une façon ou d’une autre l’aide du pays, est il opportun de lâcher subitement, et dans le contexte que nous connaissons, le principal domaine de développement économique et vecteur de cohésion sociale ?
    Même si tu a des doutes sur la justification des prix des vins, cela ne te semble t il pas dangereux de pénaliser ce secteur ? et d’accroître encore le différentiel.

    Je rappellerai que il y a quelques mois de cela, l’aide au soutien de prix du coprah a encore été réévaluée!!! vous m’expliquerai quel en est le rendement économique.

    Aussi n’ayant pas d’IRPP en PF, l’essentiel des ressources fiscales est perçu au travers des taxes à la consommation, ce qui revient a faire payer aux touristes ( via les taxes) une partie de l’impôt qui reviendrait, dans un autre système fiscal, au Polynésien ;

    Le fait de pouvoir alléger la facture fiscale pour le touriste est donc tout à fait défendable et justifiée et devrait être en théorie étendu à d’autres produits ou services.

    Avec mes courtoises salutations et mes compliments pour ton travail.

    AM

  2. Bravo Hiro pour ton article !

    Je persiste et signe! Ce n’est pas normal qu’un pays fasse un effort sur ses recettes fiscales pour que cet effort soit répercuté sur le produit final et que le restaurateur maintienne sa marge malgré cette particularité fiscale , ce qui entraîne au final un coût prohibitif du produit en question.

    Ce n’est pas acceptable car ce n’est pas aux contribuables de soutenir de façon éhonté des marges inacceptables.

    l’intérêt de la mesure fiscale perd son sens et , ce depuis 1987 !!!!!!!çàd 24 ANS !!! c’est incroyable mais VRAI !!

    çà suffit de prendre le consommateur pour un demeuré!

    c’est en ayant ce type de comportement indécent que le commerce va à sa perte !

    des consommateurs pigeons , çà suffit !

  3. Oh, là.

    C’est très bien tenté d’aller donner un exemple bien choisi qui ne correspond pas la réalité du tout.
    Il est strictement impossible d’avoir un rapport de + 29% entre un prix de vente public en commerce entre la France et ici.
    Voici le tableau ISPF des taxes et qui ne chiffre qu’une partie des taxes
    h ttp://www.ispf.pf/ISPF/Libraries/ComExt/chp22.pdf
    Comme tu peux le voir les simples taxes affichées représentent déjà un surplus de 100% auxquelles il faut rajouter toutes les autres listées seulement par leur code dans la colonne de droite et qui représentent aussi dans les 100% encore en plus.
    On est dans la pratique à environ (TVA comprise) à 240% de taxes sur le vin.
    Chacun de nous peut aller pour s’amuser à la CCISM taper en test une importation de bouteille de vin sur le Sofix et verra cette réalité, ou bien prendre contact avec la douane et demander un devis.

    Chacun de nous, a tous les ans le catalogue de carrouf de la foire aux vin et constate systématiquement pour tout vin un rapport de 1 à 2.5 entre la métropole (site internet) et le prix foire à carrouf.

    Cet exemple que tu as du Vieux Chevrol est clairement une anomalie due soit à une bonne grosse fraude d’importation sur le prix, soit à un achat dans des conditions totalement anormales (enchère sur liquidation d’un stock? ou autre raison que je ne peux connaître ou imaginer n’étant pas du métier) pour le plus grand bien des consommateurs locaux.

    Bref, ce serait génial si tu pouvais avoir raison mais tu t’es basé sur une anomalie extrême et incompréhensible pour déduire une généralité.
    Ce serait absolument génial si le prix de l’alcool était de 29% supérieur en Polynésie par rapport à la France.
    Le prix est toujours entre 2 et 3 fois supérieur sauf le vieux chevrol chez cet importateur et clairement pour cette fournée là! Faut en profiter car ça ne peux mécaniquement se renouveller.
    Merci pour le tuyau, je vais aller faire le plein!

  4. On n’en a que faire des surplus de taxes de ce type de produits pour enrayer un fléau , l’alcool comme la cigarette , qui fait des dégâts humains et financiers ô combien lourds pour la personne concernée et la collectivité toute entière !

    il n’y à qu’à regarder ce qui se passe à la CPS avec les pathologies fortement liées à ces fléaux.

    le principe d’efforts conjugués doit être retenu dès lors qu’il y a une exonération des droits sur n’importe quel produit pour privilégier en final le consommateur. c’est logique et honorable , le contraire est incompréhensible et on peut disserter un siècle que ce principe ne s’ébranlera pas!

    il y a des restaurateurs qui jouent le jeu mais qui sont trop peu nombreux !


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