Publié par : hirofarepote | mars 7, 2011

Où est la reconversion économique en Polynésie française ?

 » La guerre (contre la crise économique) est un art simple et tout d’exécution« . Cette adaptation d’une citation de Napoléon 1er reflète bien la situation dans laquelle se trouve la Polynésie française.

En effet, la crise économique et sociale s’est donc approfondie en 2010 et rien ne dit que 2011 ne sera pas pire que 2010. La crise budgétaire que connait le Pays depuis 3 mois est un bien inquiétant signe avant coureur d’une vraie crise des finances publiques. Mais, plus qu’un signe, le contenu du budget 2011 nous fait entrer dans une austérité que nous n’avons pas connu depuis bien longtemps : coupes sombres et aveugles dans le budget de fonctionnement du Pays, budget d’investissement minimaliste du fait d’une capacité d’emprunt de la Polynésie limitée à la portion congrue, réforme structurelle de la protection sociale et du système de santé remise à plus tard et alourdissement des prélèvements sociaux…. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le budget du Pays relance l’activité économique, bien au contraire !

Lorsqu’on rajoute au tableau les exportations en berne, un tourisme stagnant, alors qu’il a repris dans les principales destinations touristiques tropicales balnéaires et les risques d’inflation importée, le tableau est encore très sombre. Seuls les transferts publics métropolitains, bien que stagnants eux aussi, sauvent l’économie polynésienne du naufrage.

Où est la reconversion économique ?

  • la libéralisation du secteur des TIC, annoncée dans de beaux discours, a du plomb dans l’aile. Seule « Viti », en phase de « test » émerge d’un paysage que l’on allait chambouler, y compris avec la privatisation à terme de l’OPT. On me rétorquera que c’est la faute aux divers lobbys « politico-monopolopétistes »… Peut être, mais la réalité est bien là : la montagne a accouché d’une souris et l’ardeur réformatrice s’est heurtée au mur de l’inertie intéressée des acteurs en place. Quant à l’économie numérique, son développement reste « virtuel »;
  • le développement des énergies renouvelables a connu et connait un gros cafouillage, car, là aussi, les oppositions à la relance de la production hydro électrique sont nombreuses et les acteurs sur le terrain n’ont pas été soutenus. Quant au développement de l’énergie solaire, les axes de départ ont été mal définis et les divers porteurs de projets ont reçu des signaux contradictoires… et évolutifs dans le temps. De quoi faire monter au créneau le syndicat concerné pour manque de lisibilité sur la stratégie, le système d’incitation et  des retards dans le traitement des dossiers de défiscalisation. Il est vrai que le changement des règles du jeu en matière de défiscalisation nationale ont sérieusement compliqué la donne, mais la réalité est là : contrairement aux DOM français, l’énergie solaire n’a pas véritablement décollé en Polynésie française ;
  • le secteur de la Perle que l’on voulait réformer avec, comme vecteur principal, la création de la Maison de la Perle, continue, non seulement d’être sinistré – production incontrôlée et baisse persistante des prix – mais, il est en plus en pleine zizanie et règlements de comptes internes. Question du jour : faut-il territorialiser la commercialisation ou laisser- faire les lois de la concurrence ou du marché ? La profession est plus que jamais désemparée et ne sait plus à quel saint se vouer ….;

    • les autres exportations sont en berne, faute d’une stratégie d’accompagnement adaptée ;
    • la création d’entreprises, la révision des modèles économiques en cours, l’émergence de nouveaux entrepreneurs et l’esprit d’innovation ne sont absolument pas visibles « sur le terrain ». Seules, dans ce paysage désolé, surnage les créations d’une antenne locale de l’ADIE et du pôle d’innovation « Tahiti faa hotu », qui, c’est un comble, n’a jamais eu le soutien du Pays, mais seulement de l’Etat ! En effet, ce pôle  a pu accéder aux financements issus d’un appel à projet national. Cette modeste avancée ne suffit pas, car il faudrait multiplier par cent les financements destinés à la recherche développement et à l’innovation ! Les discours sur « la mer, avenir de la Polynésie » ne suffisent pas, il faut passer aux actes. Les plus belles stratégies du monde sur le papier ne peuvent compenser le manque notoire de moyens engagés ;
    • la lutte contre les prix exorbitants est au point mort. Plutôt que d’encourager l’émergence d’un puissant mouvement consumériste, la période a été aux règlements de comptes avec la seule association de consommateurs crédible, à savoir Te Tia Ara . Il est vrai que tenir un compte d’exploitation sur plusieurs dizaines de milliers de produits, à l’instar de celui, bien tenu, du pain, lui aussi augmenté en pleine crise, n’est pas la méthode adaptée, tant elle est hors de portée des quelques contrôleurs des prix d’un service des affaires économiques dépassé dans ses méthodes de contrôle ;
    • de manière générale, nous ne sommes pas capables de produire de manière compétitive, car les dispositifs d’accompagnement négligent complètement la paramètre des coûts de production. L’agriculture et la pêche sont les secteurs emblématiques de cette négligence. J’y reviendrai;

    Conclusion : notre « modèle économique » que tout le monde dit « dépassé » n’a pas connu l’ombre d’un début de réforme à ce jour. La « reconversion économique » a été et reste un voeu pieux.

    Il faut se rendre à l’évidence, tout était basé sur des annonces et sur une stratégie de communication plutôt efficace. La réalité économique et sociale, elle, n’a pas changé. Or, c’est ce qui importe, in fine.

    Certes, le Pays a gagné l’élaboration de quelques stratégies sectorielles dans l’économie numérique ou le secteur énergétique. Cependant, « l’art d’exécution » n’a pas été au rendez-vous. De plus, travailler à son  auto promotion sans s’intégrer dans une stratégie d’ensemble n’est pas efficace.

    Dans un vrai gouvernement, la question essentielle n’est pas d’être « plus efficace » ou « moins mauvais » que son collègue.  Ce n’est pas de conduire des stratégies sectorielles isolées et dont on n’est pas sûr qu’elles soient soutenues par son propre gouvernement. C’est une stratégie de développement globale qu’il faut mettre en oeuvre, car les résultats ne peuvent être « saucissonnés ». La preuve : la crise économique et sociale s’est approfondie.

    Un ministre seul ou qui joue « perso » ne peut réussir. Par contre, un gouvernement solidaire, qui fait preuve de cohésion et de cohérence, peut réussir…. surtout s’il est appuyé par une majorité politique à l’Assemblée de Polynésie française.

    Tout, donc, reste à FAIRE !

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    Responses

    1. Bonjour,

      Comment veux-tu reconvertir une économie si l’on ne s’attaque pas frontalement aux syndicats et corporations?
      Et que le seul projet nouveau est celui du délire solaire à coup de subventions et de surfacturation de l’électricité pour des contribuables qui n’en peuvent plus de payer.

      La reconversion se fera très simplement et naturellement si le pouvoir sort simplement de l’économie par pans entiers. Au lieu de cela on parle de reconversion en favorisant des pans d’interventions du pouvoir et des impôts comme pour le solaire.
      Que le pouvoir sorte du secteur des communications et ce seront des centaines d’emplois immédiats. Et ce n’est qu’un exemple.

      Des décennies que l’on nous bassine avec « y a qu’à faire » de la part du politique avec le résultat que l’on observe aujourd’hui.
      Il serait de passer à « y a qu’à plus faire » de la part du politique, et foutre la paix aux agents économiques et aux contribuables.

      Je mettrais comme conclusion :Plus rien ne doit être fait par le monde politique en économie.

    2. ia ora na,

      comment parler de reconversion lorsque non seulement les acteurs économiques ne jouent pas le jeux mais surtout quand tous les interlocuteurs politiques plombent dans l’aile toute initiative en ce sens par faute de corporatisme et d’ami-ami. bercé d’intérêts financiers.. les ‘fetii’ terme si pratique et vaste pour désigner une ‘nomenclatura’ maffieuse qui tient les rennes du pays depuis 40/50 ans environ ? Les syndicats n’en sont que la manifestation « populeuse » dirait-on ..

      L’exemple des énergies renouvelables dont parles Wakrap précédemment est à mettre en exergue avec la position du groupe EDT/Lyonnaise des eaux qui est en passe de contrôler la totalité du schéma électricité dans ce pays.
      Entre la production et la distribution ne résistes encore à l’heure actuelle que le transport propriété actuelle du pays .. il se murmure que GTS serait en passe de donner son aval à la vente des parts de la société à une filiale de Suez.. si cela s’avérait exact je ne voit pas l’intérêt de parler encore une fois de la chimère énergie solaire qui nous est servie depuis quelques années à tort et à travers qui n’en maîtrise même pas la connaissance si ce n’est celle des avantages fiscaux connexes à la défiscalisation outre-mer.

      Quand à l’exemple de DOM c’est un mauvais exemple et l’origine même de la réforme du système d’avantage fiscaux et de niches fiscales que le gouvernement central tient à l’abus qui en a été fait (une fois de plus diront les mauvaises langues) dans ces mêmes DOM et surtout dans le cher département de notre secrétaire d’état ML Penchard.
      Qui aime bien châtie bien ?

      pärahi

    3. on avait un ministre de la reconversion qui s’est reconverti en çà suffit !

      il y a des citoyens qui pourraient aussi lui dire çà suffit de quitter un parti politique en emportant le siège qui ne lui appartient pas mais bien à son ex- parti, çà suffit car çà contribue à l’instabilité !!!

      ce n’est ni digne ! ni respectueux ! ni un comportement de confiance !

      il faut des pro pour la reconversion pas des pseudos pro ! le vernis finit toujours par craquer un jour !

      Alors, la reconversion s’est faite attendre car même la personne qui avait cette charge ne s’est pas reconverti vertueusement. ( lol !)


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