Publié par : hirofarepote | juin 7, 2010

L’Aménagement numérique de la Polynésie française : vaste chantier

Actualité des Etats Généraux du Numérique oblige : je vais entamer une série de billets sur l’enjeu majeur de « l’aménagement numérique de la Polynésie française ». Avec un propagandiste comme le Ministre en personne, transformé en publicitaire zélé de l’évènement ( et de sa propre image ?), je ne pouvais y échapper!

Il est d’ailleurs bien dommage que le débat reste délimité à la petite frange de la « technostructure publique et privée » du Pays, alors que cette technostructure n’a pas démontré, depuis une bonne décennie, un très grand dynamisme dans cet avènement du numérique. Il n’y a vraiment pas motif à autosatisfaction et le peu d’indicateurs fiables disponibles sont là pour le prouver. Nous y reviendrons.

Qu’on ne s’y trompe pas : c’est une véritable révolution qui modifie nos façons de communiquer, de travailler, de nous divertir. Les réseaux forment l’infrastructure essentielle de la société de la connaissance de demain. Mais, si ces nouvelles technologies constituent une formidable opportunité, notamment économique, le risque est grand d’élargir la fracture numérique territoriale avec une Polynésie à deux vitesses où les conditions d’accès en débit et en couverture ne seraient pas les mêmes pour tous.

Il est évidemment plus facile de déployer les réseaux supportant ces communications dans une zone à forte densité de population comme l’agglomération urbaine de Papeete. Le dualisme « Tahiti et les archipels », ainsi que « l’agglomération de Papeete et son milieu rural désertifié » risque de s’accentuer. Il serait, par exemple, inacceptable de laisser ces espaces de vie à l’écart des innovations technologiques avec un « internet des iles » et un « internet urbain ».

Internet haut débit, téléphonie mobile, télévision numérique terrestre sont ainsi devenus les éléments déterminants de l’attractivité et de la compétitivité de nos territoires dispersés sur une superficie vaste comme l’Europe.

Si l’aménagement numérique du territoire devient un objectif de politique publique majeure, c’est bien parce qu’il répond au principe légitime de l’égalité territoriale. Mais c’est aussi parce qu’il est un enjeu de développement économique essentiel. Le numérique est en effet un multiplicateur de croissance et de productivité. Selon les experts, un investissement dans ce secteur a trois fois plus d’impact sur la productivité que n’importe quel autre investissement.

C’est la raison pour laquelle je pense que la Polynésie française en tant que collectivité ne doit pas laisser le champ libre aux seuls opérateurs de télécommunication pour son désenclavement numérique. Il en va de la maximisation du taux de pénétration du Haut débit et d’une offre de services à des tarifs les plus bas possibles. L’accès à une défiscalisation plus généreuse que prévu et un éventuel abondement de fonds publics devraient rendre possible cet objectif.

Mais les nouvelles technologies de l’information ont quelque chose du mythe de Sisyphe. Rien n’est jamais définitivement acquis et le risque d’une fracture numérique apparaît à chaque nouvelle technologie. Si le haut débit et la deuxième génération de téléphonie mobile couvrent désormais une large majorité de la population, la perspective du Très Haut Débit (THD) fixe et mobile, de même que la Télévision Numérique Terrestre ( TNT) suscitent des interrrogations en ce qui concerne la couverture de l’ensemble de la Polynésie . Il me semble que, sur cette question, peu d’informations filtrent, alors que c’est pour bientôt.

Par delà, perce déjà la question de l’abandon de l’analogique et du passage au « tout numérique » (radio, télé, internet fixe et mobile de quatrième génération…)

Pour répondre à l’accroissement considérable du trafic et à l’émergence de nouveaux usages (interactivité, simultanéité des usages, vidéo haute définition, etc.…) deux grands défis doivent être relevés : celui de la capacité et du débit et celui de la mobilité dans une société où la connexion doit être permanente.

Le très haut débit est une nouvelle frontière avec ses promesses en termes de gisement d’emplois et de croissance mais aussi avec ses menaces de laisser pour compte les trois quarts de notre territoire et un gros tiers de notre population, si l’on s’en remet aux seules forces du marché. Pourquoi ne pas élaborer une loi de Pays relative à la fracture numérique qui définirait une stratégie globale et un schéma d’aménagement numérique territorial avec abondement des financements par l’Etat et le Pays ?

Cette stratégie doit veiller à promouvoir des complémentarités :

  • entre les technologies, puisque la fibre optique n’ira pas partout rapidement. D’autres technologies comme le satellite ou encore l’hertzien devront encore être sollicitées. La couverture du territoire en Très Haut Débit (THD) sera nécessairement multimodale;
  • entre les opérateurs privés et les pouvoirs publics. Des financements publics trop faciles décourageraient l’initiative privée. En revanche, il est clair que pour les zones les plus excentrées, l’intervention publique sera décisive.

Il s’agit d’un vaste chantier de plusieurs années, mais qui déterminera la place de la Polynésie de demain « dans la mondialisation numérique ».

J’aborderai dans mes billets ultérieurs des thématiques plus spécifiques.


Responses

  1. Bonjour Hiro,

    Je ne réagirai pas directement à ton post, somme toute très intéressant.

    Je ferai une digression sur les états généraux du numérique proprement dits.

    Tu parlais de mythe de Sysiphe pour qualifier l’absurdité d’une réflexion à un instant T sur les conséquences d’une technologie alors que celle ci est en perpétuelle (r)évolution, et ce qui est valable aujourd’hui ne le sera plus demain.

    Pour ma part, je parlerai de l’Arlésienne, où l’on nous annonce que ces états généraux déboucheront sur quelque chose de concret.

    Pour ma part, j’en suis revenu : j’ai participé aux états généraux de l’outre mer, et ai usé de la méthode Coué en me persuadant que nos réflexions amèneront un changement de société. Pff, naïf que j’ai été !!!

    S’agissant donc des états généraux du numérique, je ne vois vraiment pas l’intérêt de nos décideurs de tuer la « poule bien grasse ».
    Aussi, participer à une nouvelle séance collective de masturbation d’esprit, non merci !!!

    La seule conclusion valable qui pourrait en ressortir, c’est que la concurrence favorise l’émulation et le progrès technique. Or, le monopole public de droit ou de fait favorise le clientélisme électoral et les systèmes clanique et oligarchique.
    Et aujourd’hui, nos décideurs sont bien contents de cet état de fait et n’ont aucun intérêt d’y donner le moindre coût de canif.

    Maintenant, quid de la pérennité de TNS face à la TNT et la TV sur internet, de la téléphonie fixe et GSM face à la voie sur IP, ou de l’économie locale face au supermarché mondial, sont autant de questions qui leur sont tout à fait accessoires… De toutes façons la Polynésie restera centrée sur elle même en surprotégeant certaines castes locales au détriment de la majorité de la majorité de ses habitants.

    Alors à quoi bon réfléchir….

    Au plaisir de te lire.

  2. Pour les états généraux de l’outre-mer, j’avais, à l’époque dit ce que j’en pensais et pourquoi je ne voulais pas y contribuer car c’est une perte de temps et une vraie mascarade pour faire croire une nième fois que les choses vont bouger.

    c’est un leurre ! et qu’est-ce qu’il y a eu de concret!

    RIEN , RIEN ET RIEN. et tout ce beau monde sur l’ensemble de l’outre-mer a coûté cher aux contribuables en temps de crise pour pavaner à Paris.

    c’est cela notre grand problème, nous sommes moins bons que les anglo-saxons parce-que nous sommes incapables d’être des pragmatiques avec une culture du résultat et du suivi.

    Nous nous contentons et travaillons uniquement sur notre image personnelle avec un semblant de concertation élargie pour faire croire à une interactivité qui n’aboutit à rien si ce n’est à faire semblant de travailler et donc de gesticuler avec qui plus est un coût à la collectivité sans retour sur investissement.

    Nous sommes incapables d’agir concrétement avec des mesures phares efficaces mais champions dans la palabre des états généraux de ceci et de cela pour dorer et redorer le pito de la soi disant élite incapable de pragmatisme et de réactivité et de retour sur investissement à la clé.

    des réunionites et des réunionites , des conférences et des conférences , des séminaires et des séminaires , etc et etc et j’en passe et le pays dans tout çà , pauvre de lui, il n’avance pas d’un pouce et on aura nullement hiérarchiser les priorités en temps de crise .

    certains dirigeants nous prennent vraiment pour des demeurés à tel point qu’ils confondent travail acharné avec gesticulation médiatique !!

    c’est cela le triste constat des pitos exacerbés
    qui enfoncent le pays en travaillant sur leur propre image au détriment d’actions rapides et en profondeur!!!!! qui impactent sur la vie socio-économique de notre fenua.

    c’est cela qui est désolant! tellement ils ou elles sont encore trop nombreux dans des sphères importantes ! et il n’y a aucune excuse pour les diplômés ayant ce type d’attitudes , c’est pire et grave pour le pays.

    FAIRE CROIRE , FAIRE CROIRE ET RIEN DE CAPITAL N’EST FAIT DANS L’INTERET DES POPULATIONS .

    LE VERNIS CRAQUERA TOUJOURS UN JOUR! MAIS LE FENUA SE RELEVERAT-IL?


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