Publié par : hirofarepote | mars 24, 2010

Le tourisme polynésien sur le divan

Dans le désarroi général, le café de commerce touristique va bon train. Tout le monde y va de son diagnostic et de ses solutions.

Dans la catégorie diagnostic, celà va du « tout va mal, mais il ne faut rien changer, car on est quand même bon » au « tout va mal et il faut tout changer » en passant par « je ne comprend pas pourquoi tout va mal, alors qu’on se remet tout le temps en question »  et le « tout va mal : c’est la faute aux autres, car moi, je suis bon ».

La promotion ? « Pas bien faite » à  » elle est bien faite, mais tout le reste déconne » ou variante : « comment vendre un produit qui n’est pas vendable ? »

Dans la catégorie solutions :

  • yaka baisser les prix des billets d’ATN, quitte à avoir un déficit important ( après tout, c’est le problème « des autres », pas le mien) ;
  • foutez moi de la PAIX et de la ROMANCE !
  • ne tirez pas sur ATN, car c’est quand même la meilleure compagnie aérienne du pacifique sud !
  • faire baisser le niveau général des prix et réduire les marges, car tout est trop cher « comparé à ailleurs » ;
  • instaurer la concurrence sur certaines activités-clés ;
  • ouvrir un ciel… déjà ouvert…. ou faire atterrir de force les dizaines de compagnies qui nous passent au-dessus de la tête, car il faut bien faire vivre la Sétil, Air Tahiti ( qui s’occupe des prestations au sol), les pompiers et la sécurité ;
  • trouver un magicien pour le GIE Tahiti tourisme ;
  • supprimer le GIE Tahiti Tourisme devenu un placard doré pour ex-futur directrice ou directeur ;
  • écouter les spécialistes extérieurs qui viennent passer quelques jours avec notre gros chèque pour nous trouver LA solution, car nous, nous sommes des amateurs ;
  • « falettiser » un grand nombre de complexes hoteliers, c’est à dire être sauvé par de « richissimes investisseurs » associés à des « fonds de pension confidentiels »;
  • lancer un nouveau slogan pour relancer la destination :  » Faletta, viens à mon secours ! »
  • Interdire la vente d’hotels après défiscalisation ;
  • faukon fasse un film promotionnel mondial financé par le Pays, car personne ne connait Tahiti qui est malgré tout un mythe…et obliger tout le monde à venir le voir…pour que la beauté de Tahiti leur saute aux yeux. Car c’est bien connu, « Tahiti est un trésor mondial caché »;
  • yaka capter les touristes à Tupai, notre futur mini waikiki en carton pâte, casino, boutiques de luxe et chambres immergées (les bungalows sur l’eau, c’est dépassé). Seuil de fréquentation quotidien : 1000 touristes par jour… pour démarrer ;
  • créer une zone piétonnière et d’animation sécurisée à Papeete ;
  • le « COST » dépolitisé, composé de maires,etc…. (sic) et le « plan stratégique à 30 ans qui ne craint pas l’instabilité »;
  • traiter les ordures, les vraies ;
  • interdire l’instabilité ;
  • faire connaitre nos packages promotionnels inconnus… donc… « bien communiquer sur internet » (il serait temps »);
  • se mettre à la page du « e tourisme »;
  • décréter l’amusement général, car, ici, « on s’ennuie pai »;
  • instaurer des cours de « culture autochtone » le premier jour de l’arrivée des touristes ;
  • reconstituer le Queens avec comme « crooners » Christian, Jean Christophe, Michel et les membres du Rotary (ils peuvent bien faire cette oeuvre charitable !) ;
  • « waikikiser » le bord de mer de Punaauia à Papeete et déplacer de force les squatters ;
  • transformer le Hilton en « Casino-Clinique-Carrefour » ;
  • collectiviser le lancement d’évènementiels internationaux ( « festivaux », beachsoccer, congrès…) ;
  • vendre le heiva, « tchawpo » et hawaiki nui aux touristes ( comme si on y avait pas pensé avant et comme si les touristes sont aussi passionnés que nous par des danses au sens ésotérique et qui durent jusqu’à 2 heures du matin…Nombrilisme quand tu nous tiens !)
  • que le Pays finance des spectacles pour amuser le bon peuple et les touristes…et créer une nouvelle SEM pour ce faire ;
  • arrêter les importations, car si c’est trop cher, « c’est à cause que l’on fait venir tout de l’extérieur ». Qu’est ce que ce sera avec une production locale systématiquement 3 à 4 fois plus chère que les importations !
  • instaurer l’euro : comme celà, les touristes s’apercevront au premier coup d’oeil que Tahiti, c’est très très cher ;
  • continuer à servir dans les restaurants de nos complexes hoteliers des plats à plus de 50 dollars, car n’est ce pas, comme l’on se remet quotidiennement en question, nos prix sont calculés au plus juste ( hamburger à 2000 balles, club sandwich à 1500 balles, plats du jour à 3000 ou 4000 balles…) ;
  • se rattraper sur les quelques touristes qui viennent nous voir pour leur faire payer l’absence des milliers d’autres qui ne viennent pas nous voir ( il faut bien que quelqu’un paye le coût de nos hotels vides, n’est ce pas ?)
  • faire jouer au loto le Pays pour qu’il gagne les milliards qu’il n’a pas… pour construire un centre de congrès, subventionner ATN et les hotels vides, multiplier les « ime, cepia » en faveur des « hotelsquirisquentdemettrelaclefsouslaportedèsdemain » dans l’attente de la sortie de crise… Mais ne croyez, pas, messieurs les politiques, qu’il s’agit de chantage…
  • fixer un objectif de « 5 fois plus de sous que maintenant dans 30 ans », car fixer un objectif aussi lointain, c’est mobilisateur…et c’est déjà la moitié de la solution ;
  • remplacer les employés polynésiens par des employés philippins, comme sur les navires de croisière ;
  • « expatrier » Ronald ( quel emmerdeur celui-là !) ;
  • peindre tout en vert, car les touristes recherchent et rechercheront de plus en plus du « tourisme vert »;
  • planquer les chiens errants quand passe un malheureux touriste;
  • mettre plus de pandanus sur plus de bungalows;
  • ne pas « blacklister » les pensions dégueulasses, car elles sont toutes très bien ;
  • n’instaurer un couvre-feu qu’à 4 heures du matin;
  • …..
  • j’en passe et des meilleures …
  • Et…surtout, surtout, il « faut » et « il est indispensable » de faire tout ça en même temps et dans le désordre !

Quant à moi, je pense modestement que chacun doit se poser une seule question : quand je suis touriste, sachant que ( grâce à internet) je suis bien informé des innombrables choix qui s’offrent à moi de par le monde, qu’est ce que je recherche ou qu’est ce que j’attend de la destination que j’ai choisi ? Quand je vais dans un « resort » hotelier d’une belle ile tropicale,  comment veux-je occuper mes journées et qu’attend je en prestations de services ou en rapport qualité-prix des produits et services que j’achète ?

La réponse à cette simple question de base déterminera la stratégie économique globale à mener. La tâche est effectivement immense…


Responses

  1. félicitations punu, quelle excellente analyse !

    le problème, c’est qu’on ne se pose pas les bonnes questions pour que les choses en découlent tout simplement et que toute la chaîne touristique se mette sérieusement et urgemment au travail professionnel comme il se doit!!!

    Arrêtons de jeter la pierre sur l’instabilité politique qui est un faux problème rien qu’à voir les îles fidji et autres …et tout ce qui s’ensuit alors que la promotion est conçue par les professionnels eux-mêmes avec des dirigeants à la tête plus ou moins compétents en fonction des années.

    Il faut déjà mettre les bonnes personnes à la bonne place sur toute la chaîne touristique et il y va de la responsabilité de ceux et celles qui ont ces pouvoirs dans le secteur touristique !qu’ils ne viennent pas s’en plaindre après!!

    ceux et celles qui sont dotées d’un professionnalisme aigu, c’est élémentaire?

    il faut ensuite partir des souhaits de la clientele touristique en fonction des marchés émetteurs , quels sont leurs pôles d’intérêt? leurs besoins, leurs attentes et s’attaquer au problème du rapport qualité-prix sur toute la chaîne que cela soit au niveau de la nourriture, de l’hébergement, du transport, des activités etc…

    C’est cela qui doit être changé en PF! car on n’a pas encore compris que ce n’est pas le niveau des prix tout court qui n’a aucun sens , en terme de compétitivité mais bien le rapport qualité-prix qui doit occuper l’esprit de tout acteur touristique.

    c’est , en général, l’affaire du secteur privé mais il est clair que le rapport qualité-prix de la destination n’est pas au rendez-vous! Il faut donc que le pays désigne un chef de projet en charge du rapport qualité-prix , une personne en mesure de faire du benchmarking et qui a l’habitude de la notion de rapport qualité-prix pour inspecter avec une structure déjà existante à l’appui et attribuer un label rapport -qualité aux structures qui respectent cette notion.

    Il faudrait disposer régulierement dans l’année de clients mystères pour évaluer cette notion de rapport entre le prix et la qualité de service.

    Cela obligera toute la chaîne à se discipliner et ainsi inverser la tendance de la cherté en pF uniquement parce-que son service ou son produit est calamniteux!! par exemple!!!

    c’est un vaste chantier ö combien indispensable à la relance de la destination et viendront ensuite tous les plus concernant le bien-être d’un résident dans son propre pays et forcément par voie de conséquence pour son tourisme.

    Mais par pitié, ne faisons pas l’inverse ni des schémas directeurs sur 30 ans, arrêtons le bla bla longuement initié par le prédecesseur de mr hamblin plusieurs fois ministres du tourisme et qui a privilégié l’inertie en temps de crise , alors qu’il fallait nous remettre en question!et mettre les bouchées doubles!!

    Agissons dans l’intérêt du secteur et prenons les taureaux par les cornes!!

    et misons sur le rapport qualité-prix et les touristes reviendront et seront plus nombreux!!

  2. Bonjour,
    Je pense que des solutions de crise existent…!
    Je suis créateur de Tentes Lodge, tendance,écologique,naturelle, nouveau concept
    beaucoup moins cher à mettre en œuvre (beaucoup moins) et plébiscité par une clientèle internationale,
    de grandes chaines hôtelière ont compris que c’est une partie non négligeable de l’avenir du tourisme de demain….!
    Je vous invite à visiter mon site web!
    je recherche un investisseur et des clients pour développer votre très belle Polynésie, que j’aime et j’ai eu la chance d’habiter quelques temps.
    Jean louis

  3. Très beau site Capsud ! Il existe déjà un concept un peu similaire (moins lodge sans doute), en Polynésie, si je ne me trompe pas sur Huahine.
    (http://www.tahiti1.com/beach-cottages-fr.htm)

    Mais, il me semble rien d’aussi abouti que ce que tu proposes…

    Parahi,
    Charlie, couvreur textuel… 🙂

  4. Découvrez !
    Tourisme de luxe Magazine :

    http://luxe-magazine.com/40-4188-Prets_pour_le_glamping

    Les clients sont là, pour une fois la richesse
    va se trouver de plus en plus proche dans le secteur Asie /Inde/Pacifique,
    La polynesie est certainement, un des endroits les plus beau de la planète, avec la meilleurs Image qu’il soit, une destination qui induit déja le rêve à l’évocation simplement de son nom….!
    à part venise la romantique, et Paris,
    je ne voit pas beaucoup d’autres endroits…
    La polynésie est toujours là, toujours aussi belle,
    les clients (touristes)existent et son nombreux, si il y a un problème, c’est entre les clients chez eux et la poynésie que cela se passe….!
    Cordialement !
    (un professionel du tourisme,ayant vecu et aimant la Polynésie) .
    Le phénomène du tourisme évolue sans cesse, s’enrichit d’aspects et de motivations nouvelles. De ce fait, de nouvelles générations de tourisme apparaissent .
    Amis polynésiens, les temps changent,
    le tourisme évolue,les habitudes aussi,
    si vous voulez sauvez votre tourisme (votre économie) adaptez vous !

  5. Bonjour,

    Actuellement en stage sur l’île de Rurutu dans un écolodge, je tente d’instaurer un label écotouristique et de vendre la destination de ce segment de marché.
    Je prends donc bien note de tous les articles de ce site.
    En tout cas, j’adore ton humour et j’aimerai réellement prendre quelques unes de tes répliques pour mon mémoire
    Merci de créer des sites comme celui là qui permettent de prendre du recul par rapport à la situation de la Polynésie Française. Depuis la métropole, j’ignorais réellement la situation de crise dans laquel le territoire est en train de passer.
    Bien cordialement
    Alizée


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :