Publié par : hirofarepote | mars 8, 2010

Nauru : une fable contemporaine

La minuscule île de Nauru ( 21 km2) est un condensé intéressant de certains maux qui touchent les économies insulaires du Pacifique .

Elle connut un passé colonial fait d’exploitation éhontée, par une compagnie coloniale spécialement créée pour la circonstance, d’une matière première comme le phosphate nécessaire à l’Australie et à la Nouvelle Zélande. Les redevances versées à la population nauruane furent marginales jusqu’en 1965.

Sur le plan politique, elle subit une domination anglaise, allemande, japonaise et australienne. Les concessions de l’Australie et du Royaume Uni à l’élite locale furent très tardives jusqu’à l’indépendance, effective le 31 janvier 1968.

Aujourd’hui, l’une des plus petites républiques de la planète est un micro-Etat ruiné, alors que dans les années 1970-1980, c’était l’un des pays les plus riches du monde.

Le phosphate, « cadeau du ciel » devint, au fur et à mesure des années, un cadeau empoisonné du fait de l’imprévoyance, de la gabegie, de la corruption, de l’instabilité politique et de l’incompétence de l’élite dirigeante. Des placements financiers aberrants, des « conseillers » véreux, une gestion opaque du fonds de réserve, les « fuites » sur les comptes personnels des dirigeants politiques successifs, un « socialisme » clientéliste et familial basé sur une multitude d’emplois publics et la gratuité des services publics ( jusqu’à la mise à disposition gratuite de femmes de ménage !), l’arrosage financier des propriétaires fonciers nauruans, l’assistanat généralisé de la population ont conduit à la dilapidation de plusieurs centaines de millions de dollars.

Exemple principal de cette gabegie : la création, puis la gestion hasardeuse de la compagnie aérienne Air Nauru qui a compté jusqu’à 5 boeing dans sa flotte et qui a englouti, à elle seule, plusieurs centaines de millions de dollars !

Les habitants adoptent un mode de vie occidental, importent littéralement tout et dépensent sans compter : véhicules par milliers, équipements ménagers, chaines hifi. Sur l’unique route de l’ile, ce n’est que ballet de voitures, consommation éhontée de plats à emporter avec au bout… le diabète. Nauru détient le record du monde du nombre d’obèses et de diabétiques, véritable bombe à retardement qui risque de conduire à un effondrement progressif de la population.

Au début des années 1990, la gestion « primaire » du phosphate s’épuise dans l’imprévoyance la plus totale de la classe politique locale. La descente aux enfers commence : délabrement des infrastructures, faillite de la banque publique qui entraine la perte des économies des habitants, appauvrissement accéléré d’une population qui a perdu tout sens du travail et des activités traditionnelles, dégradation vertigineuse des conditions de vie et de logement, interruption des versements de salaires aux fonctionnaires, endettement inconsidéré, dilapidation des redevances par toute une génération de politiciens corrompus, vente du patrimoine immobilier qui a survécu aux malversations, notamment du « Nauru House building » de Melbourne en vue du remboursement des dettes. Jusqu’à la saisie des avions d’Air Nauru par des créanciers à bout de patience !

Alors, l’ile se vend à qui bon lui semble : aux taiwanais, aux chinois, aux japonais, aux australiens ( création de camps de rétention pour migrants)…. Paradis fiscal pour banques offshore peu regardantes sur l’argent sale en provenance, en particulier, de Russie, vente de passeports, y compris à des personnes suspectées de terrorisme….Malgré tous ces « coups » qui font office de politique de développement, le délabrement du micro-Etat s’approfondit à tel point que l’on envisage même l’abandon de l’ile et l’exil de ses quelques milliers d’habitants…

Un début d’espoir renait avec la production « secondaire » du phosphate résiduel sous l’égide d’une nouvelle classe politique qui a, semble-t-il, tiré les leçons de l’irresponsabilité  des dirigeants historiques. Mais le développement basé sur une ressource non renouvelable restera fragile et limité.

Désastre écologique et sanitaire, faillite économique, hyperconsumérisme, perte des valeurs, notamment de la « valeur-travail », et de la culture originelle, maladies chroniques tel le diabète, l’histoire de Nauru est un petit concentré de notre histoire. En effet, Nauru parle aussi de nous-mêmes, confrontés à la richesse et à l’abondance. Nauru, c’est l’histoire de l’homme, qui, une fois son confort matériel assuré, néglige sa culture, oublie son passé, perd un certain nombre de valeurs fondamentales et dégrade son environnement.

Toute ressemblance avec Makatea et certains traits du mal développement de la Polynésie n’est que pure coïncidence….


Responses

  1. […] Voir la source : Nauru : une fable contemporaine « Tahiti Punu News. […]


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