Publié par : hirofarepote | décembre 11, 2009

La Polynésie pourra-t-elle mettre en oeuvre son nouveau modèle de développement ?

Les lecteurs, internautes, auditeurs, représentants auto-proclamés de la société civile se répandent en constats alarmistes sur notre situation politique, économique et sociale et chargent nos élus par des critiques acerbes sur leur responsabilité dans cette situation. Il est vrai que ces dernières années ont été caractérisées par une malgouvernance historique faite d’amateurisme, d’instabilité, de palabres et de relative inertie. Il est vrai aussi que le coût de nos institutions devient insupportable face aux piètres résultats observés.

Mais il faut prendre garde à ce que nos élus ne soient pas les boucs émissaires d’une carence plus générale dans le domaine économique. Dans nos divers secteurs d’activités économiques, les acteurs ont-ils été  à la hauteur ? Quand on voit le déversement de milliards d’aides publiques sous forme de subventions, incitations, défiscalisation… on peut légitimement s’interroger.

Pourquoi la pêche polynésienne est-elle si peu performante alors que les navires ont fait l’objet d’énormes subventions ?

Pourquoi le rapport qualité-prix de notre industrie touristique est-il si médiocre malgré la défiscalisation, les milliards de promotion financés sur fonds publics, et les aides à l’investissement et à l’exploitation reçues par tous les acteurs de la filière ?

Pourquoi notre perliculture est-elle si mal en point malgré un dispositif d’acccompagnement qui s’est étoffé au fil des années et plus de 7 milliards de F CFP de promotion sur les marchés internationaux ?

Pourquoi notre agriculture produit-elle des produits d’une qualité discutable et vendue à des prix astronomiques ?

Pourquoi nos activités de services assurent-elles des prestations à des prix eux aussi exorbitants ?

Certes, on l’a déjà dit, notre économie insulaire souffre de handicaps structurels, mais n’est ce pas un prétexte facile pour ne pas remettre en cause nos comportements, habitués que nous étions à la vie facile des « 40 glorieuses » que la Polynésie a connu ? N’avons-nous pas été drogués par un biberonnage permanent aux fonds publics de l’Etat et du Pays ? Le Pays n’a t-il pas succombé, lui aussi,  à la facilité d’augmenter les prélèvements obligatoires pour alimenter un train de vie au-dessus de nos moyens, pensant que la croissance économique allait être indéfinie ?

Ces dernières années, nous sommes malgré nous à la diète et devons de plus en plus compter sur nos propres forces. Le temps du « sevrage » forcé est venu. La bise est venue et la cigale crie famine…

En effet, le problème est que le budget d’investissement du Pays est réduit à la portion congrue. L’aveu du Vice-Président de 10 milliards de F CFP de crédits de paiement non financés en 2009 en est la dernière illustration.

De même, la DGDE, le fonds d’après-CEP normalement réservé à l’investissement, devient de plus en plus la bouée de sauvetage du Pays pour assurer son fonctionnement. On en est à négocier avec l’Etat une répartition de 60 % de la dotation en fonctionnement et 40 % en investissement….

Les Communes sont, à l’exception des grandes communes de Tahiti, entièrement dépendantes du Budget du Pays et de l’Etat pour leur fonctionnement et leur investissement, faute de ressources propres importantes.

Je n’ose imaginer la situation désastreuse dans laquelle la Polynésie se trouverait si le Président Chirac n’avait pas octroyé cette DGDE  de 18 milliards de F CP par an !

La réalité est là cruelle : les ressources d’investissement, porteuses d’avenir, se font de plus en plus rares. Les « vrais » entrepreneurs deviennent des oiseaux rares, alors que les opportunités de renouveler notre tissu économique sont immenses.

Lorsque j’entend un ministre dire qu’il y a des « idées » qui circulent depuis années en maitère de transports collectifs ou d’énergies renouvelables, je tombe des nues. Nous en restons au stade des « idées » , alors que nous devrions être au stade de la réalisation de vraies stratégies. A-t-on réglé la question des emprises foncières pour de nouvelles voies de circulation ? Allons-nous décider enfin d’un vrai système de transports collectifs ? Nos programmes d’énergies renouvelables vont-ils enfin passer au stade de projets concrets ?

L’ère des constats est terminé. Les Etats Généraux sont passés par là. Il ne sert à rien de se gargariser de mots creux tels que « projet de société » qu’on est incapable de définir. Nous ne pouvons plus nous contenter d’écouter de beaux parleurs. Il nous faut être de « bons faiseurs ».

La distorsion entre la multiplicité des « idées » et la faiblesse des moyens disponibles pour mener à bien les projets « mûrs » et pertinents devient abyssale.

Quand il faudrait mettre en oeuvre un « plan marshall » pour la reconversion de notre économie et le renouvellement de notre modèle de développement, nous n’avons plus que des miettes de financement.

Quand nous aurions besoin d’une nouvelle classe d’entrepreneurs, il nous faut nous contenter des orphelins de la subvention publique à tous crins.

A nouveau modèle, nouvelle classe d’entrepreneurs et nouvelle élite politico-administrative ? Peut être. Mais il ne faudrait pas en faire un préalable à l’action, car la situation économique et sociale est grave et ne peut plus souffrir d’immobilisme ou de reproduction de mauvaises habitudes.

L’ère de l’après-CEP, longtemps retardée par la générosité des fonds publics de l’Etat et du Pays, a bel et bien commencé. Il faut qu’on en ait tous pleinement conscience et qu’on se retrousse sérieusement les manches.

Place aux nouveaux entrepreneurs de la Polynésie nouvelle à construire !

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Responses

  1. Ces nouveaux entrepreneurs pourraient-ils aussi venir de l’extérieur ?

    Je développe des activités en ligne (sites de e-commerce, services en ligne, services innovants) et Tahiti m’attire… malgré la situation économique, politique et sociale. Tahiti dispose de nombreux talents dans les métiers du web, ce qui me permettrait de baser mon activité sur place.

    La seule chose qui m’empêche de m’installer aujourd’hui est la faiblesse de l’accès internet. Il est probable qu’une fois honotua opérationnel, j’envisage plus sérieusement de m’installer pour au moins 2 à 5 ans.

  2. Deux exemples pratiques m’interpellent :
    1 – Je viens d’acheter des papayes au supermarché du coin au tarif de 1455 CFP le kilo
    2 – Je viens d’apprendre que les canettes de jus Rotui mangues ou ananas ( produites avec de la purée de fruits importée par la Brasserie de Tahiti pour laquelle, entre autres, on a inventé la TDL) sont des PPN !
    Je signale que dans ce cas précis, par exemple, la marge autorisée est de 5CFP. Donc, le revendeur en période de crise, a tout intérêt à supprimer les jus Rotui de son frigo !
    En clair, on sponsorise une caste d’entrepreneurs locaux (plus les médecins et dentistes etc…) mais on continue à presser le consommateur !
    Le mal est vraiment en profondeur !


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