Publié par : hirofarepote | août 30, 2009

Le problème central du niveau des prix en polynésie : indice « big mac » et « big bang » nécessaire !

bigmac -2La Polynésie française a, comme on le sait, un problème central : son niveau général des prix.

S’il y a des éléments objectifs pour l’expliquer très partiellement (éloignement, insularité, petite taille du marché…), il n’en demeure pas moins que le coût de la vie atteint ici est « anormal », car, après tout, d’autres pays insulaires ayant les mêmes caractéristiques que la Polynésie ne se placent pas comme elle au « hit parade » de la cherté de la vie.

Faisons une comparaison internationale et utilisons, pour ce faire, « l’indice big mac ». Ce dernier est un produit uniforme vendu dans le monde entier et dont le prix est déterminé par une combinaison d’éléments formant un type de panier diversifié : produits locaux et importés, salaires, services externes, foncier…

Grâce à divers travaux de l’ISPF ou d’autres instituts de la statistique, nous pouvons même avoir une « photographie » sur plusieurs périodes. J’ai choisi deux périodes :

– A mi-2007 ( source : ISEE)

polynésie-indice big mac-2007

En aout 2009 ( source ISPF : travaux des Etats Généraux)

Polynésie-big mac-aout 2009

L’anormalité de la situation, c’est que nous nous trouvons en tête du peloton mondial pour la cherté du big mac, avec des pays qui ont un PIB par habitant qui est du triple ou quadruple du PIB par habitant polynésien ( rappelons que nous avons un PIB par habitant inférieur à celui de la Nouvelle-Zélande).

Il est évident que ce niveau des prix ( je dis bien « niveau des prix » et non pas l’évolution de ces prix, mesurée par le taux d’inflation) « plombe » complètement notre développement, car il est source de « non compétitivité générale » de notre économie.

La belle affaire, me direz-vous, car j’enfonce une porte ouverte.

declic_action-1Le plus important est de répondre à cette question : comment sortir de ce cercle vicieux ? J’ai déjà proposé diverses solutions dans mes billets précédents.

Mais la vraie solution est d’enclencher avec l’accord de tous les partenaires sociaux une nouvelle dynamique économique et sociale d’ensemble car  cette situation mène à l’impasse.

Aussi, je propose le cercle vertueux suivant : que tous les monopoles ( OPT, EDT, producteur-distributeur de gaz, Tikiphone, Mana, TNS, Air Tahiti, Carrefour…), oligopoles ( compagnies pétrolières, compagnies maritimes internationales, compagnies aériennes, armateurs, acconiers, gros producteurs agricoles, mareyeurs, industries protégées, professions à numérus clausus ( pharmaciens, médecins, notaires, avocats, huissiers…) , cartels (commerces spécialisés …),  le gros commerce d’importation…. « rendent » du pouvoir d’achat aux polynésiens et aux touristes en abaissant leur taux de marge « plantureux », voire excessifs. Ce gain de pouvoir d’achat, les consommateurs polynésiens et les touristes vont le « dépenser » dans d’autres activités qui composent notre système économique ( facteur de dynamisme et de création de nouvelles activités). Cette croissance de la consommation va enclencher un cycle de croissance globale dont vont bénéficier les monopoles et oligopoles dynamiques qui auront fait « l’effort initial ».

Exemple : Tikiphone l’a fait récemment, mais isolément. Il faut que ce mouvement soit simultané et collectif : c’est une condition nécessaire à l’enclenchement de ce cercle vertueux à l’échelle de la société.

Ce n’est qu’au prix de ce « sacrifice initial », qui sera largement compensé par un « retour sur sacrifice » élevé pour tous nos gros acteurs économiques ( par la croissance induite qui produira des effets différés et positifs en leur faveur), que nous pouvons espérer démarrer une logique qui se rapprocherait de celle des îles Hawai, par exemple. La réaction de « fuite » devant la consommation des polynésiens et des touristes ( qui ne viennent pas ou qui sont « horrifiés » des prix lorsqu’ils arrivent ici) sera ainsi surmontée. Et on pourra enfin espérer une plus grande compétitivité structurelle de nos activités motrices ( tourisme, exportations de biens et de services…).

Grâce à ce « gain de pouvoir d’achat réel » ( sans hausse de salaires) , on stoppera aussi la surenchère suicidaire de la hausse continue du SMIG qui a gravement accéléré la perte de compétitivité de notre économie, la hausse des prix, l’éviction du marché du travail des entrants potentiels, notamment des jeunes non qualifiés, et qui a écrasé la hiérarchie des salaires ( facteur de découragement et de démotivation des salariés moyennement qualifiés). On ne répond pas à la question de la justice sociale par une hausse du SMIG : il y a d’autres mécanismes de redistribution pour celà ( CST, Impôt sur le revenu….).

En résumé, pour nous sortir de la sclérose et du marasme sur le court et le moyen terme, le gain de pouvoir d’achat des salariés doit s’effectuer exclusivement par la baisse des prix des biens et de services et la forte augmentation de notre productivité globale. Il n’y a pas d’autres options.

Ce « big bang », cette dynamique initiale doit, bien sûr,  être piloté par le gouvernement dans le cadre d’un « nouveau pacte économique et social » qui créera une solidarité de fait de tous les partenaires sociaux sur un horizon de 3 à 5 ans. Cet « électrochoc » redonnera la confiance et permettra une sortie de notre crise structurelle par une compétitivité progressivement retrouvée.

Dans ce cercle vertueux : il n’y a pas de « gagnants » et de « perdants ». C’est la Polynésie qui gagne. Il s’agit là d’un enjeu sociétal fondamental pour l’avenir économique et social du Fenua.


Responses

  1. D’accord avec toi : Option 1, un pacte économique et social avec tous les acteurs.

    Si ça ne marche pas ou que cela prend trop de temps : Option 2 : ouverture à la concurrence internationale dans les monopoles et oligopoles.

    On commence par les télécommunications vu que c’est un secteur en plein boom dans le monde entier actuellement

    Bon bien sur il faudra se préparer à avoir des réactions de blocage de la part de ces corporations de monopoles et d’oligopoles…

    Pourquoi pas ne pas les accompagner sur les chemins de l’innovation pour les rassurer en leur montrant qu’ils peuvent se construire de nouvelles vache à lait ?

    A regarder du coté de la sncf qui se prépare à l’ouverture du marché ferroviaire en France…

  2. En 1992 alors gérant du trafic commande d’une toute petite entreprise d’importation de légumes et poissons du Chili de Nouvelle Zélande et Australie nous importions un « camembert » d’un maitre fromager français installé en Australie. le dit « camembert » était vendu par plateau de 12 pièces d’excellente qualité. le prix du « camembert » rendu à l’entrepôt était de 205 fcp. ceux ci était vendu à « Eurocean ». (Carrefour aujourd’hui), 260 fcp et ils étaient affichés sur les rayons à 850 fcp. cherchez l’erreur.

  3. Iaorana et salut à tous

    2 sujets en 1 : les monopoles et la fiscalité sur les importations.

    1 contexte geographique particulier : 260000 personnes répartis sur une centaine d’îles à 5000km de tout centre important de consommation (180000 dans l’île principale).

    Donc déjà au départ on est pas dans une situation économico-géographique bien favorable, ce qui refroidit beaucoup d’investisseurs potentiels, ce qui conforte les « installés » dans leur situation monopolistique.

    Maintenant si vous rajoutez à un contexte déjà défavorable, une fiscalité inadaptée, peu d’encouragement à l’investissement, et, en prime, une situation politique pas très claire, vous avez la totale.

  4. Iaorana,

    Malheureusement, nous ne vivons pas au pays des merveilles. Ceux qui détiennent les richesses, les acteurs économique qui bénéficient d’un monopole ou d’un oligopole ne veulent surtout pas que les choses changent. Normal, ils veulent garder leur profit au détriment de la population. Il faut vraiment une impulsion politique pour changer les choses. Vu ce qu’il se passe en ce moment avec nos dirigeants, on peut penser qu’on attendra des lustres pour que la situation évolue dans le bon sens.

    L’ouverture à la concurrence dans le domaine de la téléphonie mobile est un exemple qui faut suivre. Si cette décision de l’ouverture à la concurrence n’avait pas été décidé par les plus hautes sphères (euh, je ne parle pas de notre assemblée territoriale, je parle de plus haut), on aurait pu attendre indéfiniment à une baisse SIGINFICATIVE des prix de Tikiphone. Une concurrence saine et sérieuse entrainera obligatoirement une baisse les prix avec la confrontation entre l’offre et la demande.
    Autre exemple, dans l’informatique, l’apparition des discounters (US info, formatick disparu depuis) a également permis une baisse significative des prix des ordinateurs et des composants informatiques en plus de la suppression des droits de douanes sur ces matériels.

    Je suis d’accord avec toi Hiro. Il faut que tout le monde se mette autour d’une table et que tout le monde signe un accord pour une baisse de leur marge.

    La baisse du prix va profiter à la population et aux touristes qui verront leur tarif baisser. Ce qui aura pour conséquence d’un meilleure compétitivité de notre destination.

    Malheureusement, je pense que cet accord sera difficilement mise en place voire impossible à mettre en oeuvre car les différents acteurs économiques ne s’entendront pas. Ils ne verront que leur baisse de leur profit à court terme et ne penseront pas à long terme, et surtout ne penseront pas aux conséquences d’un changement positif de la situation économique sur un plan global (hausse du pouvoir d’achat des ménages donc hausse de la demande, relance de l’économie, baisse du chômage, compétitivité des entreprises, relance du secteur touristique…)

    Est-ce qu’il ne serait pas possible d’imposer et étendre la limitation des marges des commerçants à un taux plafond pour tel ou tel produit comme ce qui se fait pour les PPN puisqu’on sait que le prix élevé provient pour la grande partie des marges des commerçants ?
    Quand je fais la comparaison entre les mêmes produits vendus en France et à Tahiti, on est de quoi tomber sur les nus (4 fois moins chers quelque fois sur certain produit ; ex les esquimaux). Je suis bien placé pour le savoir puisque je suis en vacances en métropole. C’est incroyable que mon pouvoir d’achat est élevé ! Les frais de transports, l’assurance, les droits de douane, le prix d’achat ne peuvent expliquer une telle différence de prix. C’est bien la marge des commerçants qu’il faut « rogner ».


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