Publié par : hirofarepote | août 12, 2009

Polynésie : des bonnes idées et des discours aux actes – acte 2

fierté polynésienne 2Depuis quelques années, en Polynésie, le débat politique est nourri. Les multiples campagnes électorales, les nouvelles majorités politiques, les renversements d’alliances ont été l’occasion de multiples prises de position, commentaires, débats de la classe politique, journalistique et des citoyens par journaux interposés.

De nombreux blogs ont aussi vu le jour : tahiti today, a taui roa, politita, Tahiti Herald Tribune, les quotidiens se sont mis à l’internet et permettent, comme Tahiti Presse récemment, de réagir à leurs articles par des commentaires…. Et les citoyens ne s’en privent pas. De plus en plus, la société civile veut influer sur le cours des choses, désespère de notre classe politique, milite pour un changement de génération (mais “nouveau” veut-il dire forcément “plus compétent” ?), veut proposer de nouvelles voies ou projets qui lui tiennent particulièrement à coeur.

De même, nos entrepreneurs font preuve d’un certain dynamisme, mais ils sont encore trop dépendants de la dépense publique et vivent encore trop d’une rente étatique qui s’éloigne pourtant irrémédiablement. Les remises en cause nécessaires ne font que commencer.

On ne peut donc nier que le débat démocratique polynésien est nourri et les élus sont de plus en plus dans l’obligation de s’expliquer, d’argumenter, de convaincre….et, si possible, d’agir.

Dans ces débats, ont émergé de multiples propositions fondées ou novatrices. Chacun fait assaut d’idées pour surmonter les carences, problèmes, handicaps rencontrés par la Polynésie sur le chemin de son développement. Et les Etats Généraux viennent couronner, si l’on peut dire, cette soif de participation.

Malheureusement, à cette profusion d’idées, de discours et propositions, il faut bien constater une inertie très importante dans l’action. Comme si nous étions poursuivis par une malédiction, à savoir celle d’être de “beaux parleurs, mais pas de bons faiseurs”.

Depuis 2004, cette inertie est flagrante : amateurisme, impréparation, instabilité, chantage, intérêts personnels, attentisme administratif, rotation des responsables administratifs, incompétence de certaines élites techniques…. Autant de raisons qui ont fait que, de séminaires en ateliers et en forums, le verbe ne s’est pas concrétisé par de nombreuses réalisations nouvelles dans tous les secteurs de notre vie économique et sociale.

Il est vrai aussi que de nombreuses propositions sont émises sans prise en considération de nos capacités de réalisation et de financement. Un degré d’irréalisme à la hauteur du degré de mégalomanie de nombre de nos responsables qui, comme pour masquer leur impuissance à agir, font assaut de surenchère dans l’annonce de projets les plus fous. Comme si annonce valait réalisation…

Résultat : la Polynésie et les polynésiens souffrent d’une absence de réactivité face aux évolutions nationales et internationales. Toute décision politique est suspendue aux délais de préparation des mesures par l’administration et aux vôtes de nos représentants. Des représentants qui ne hiérarchisent pas leurs priorités de travail. Un travail législatif  et gouvernemental peu intense (passez devant la Présidence à 5 heures de l’après midi, il n’y a déjà plus personne)…. à un point tel que le sentiment collectif est : trop peu, trop tard.

Autre résultat : une administration, abritée de la crise, enfermée dans sa routine, et ce, en l’absence d’un « chief commander » dynamique, alors que le secteur privé est à la dérive… Deux mondes qui se cotoient, sans que l’un – le secteur public – ne se « défonce » pour aider l’autre- le secteur privé. Jusqu’à quand ?

Ces inerties, ces lenteurs sont de lourds handicaps à notre nécessaire adaptation aux temps nouveaux. Si celà continue, les difficultés accumulées seront insurmontables.

On aurait pu croire qu’un gouvernement d’union élargie serait  une première étape dans la sortie de ce qui apparaissait être de plus en plus comme une impasse. Mais il est de plus en plus criant que celà n’a pas été une condition suffisante : la remise en marche du secteur public, l’impératif de performance des établissements publics et des SEM, la qualité de préparation des mesures par nos administrations et organisations publiques, une certaine dose d’audace et de créativité dans l’élaboration et la mise en oeuvre de nouveaux projets, par exemple dans le domaine des énergies renouvelables, une gestion dynamique des projets d’investissement publics par des professionnels expérimentés, un bon commandement de nos décideurs publics, le respect des devis et des délais prévus, la cohérence de la politique économique….étaient, pourtant, autant de conditions pour qu’on tourne enfin la page de ces années de navigation à vue.

En effet que constate-t-on ?

Un Président du Pays, fataliste ( c’est la crise partout, c’est comme ça…), voyageur (il faudrait qu’il soit tout le temps dans des avions !), spécialiste des déclarations à l’emporte-pièce, qui dépose des dossiers auprès des Ministères parisiens ( il y a une Délégation de la Polynésie française pour celà…), qui estime, de plus, que « déposer les dossiers » est un résultat, qui veut ouvrir des ambassades dans des Pays qui ne font que peu d’affaires avec nous ( et qui ne nous achètent pas grand chose…), qui veut réouvrir des lignes aériennes qui ont été la cause des déficits monstrueux d’ATN dans un proche passé, qui parle de réchauffement climatique ( on ne sera concerné que dans quelques décennies…), qui milite pour un passeport océanien ( ça nous fait une belle jambe…)  et, surtout, surtout, qui sait… « déléguer » ( à force de déléguer, on démontre en fin de compte son inutilité : en effet, pourquoi avoir un Président du Pays si un Vice-Président suffit ?)

Il fut un temps où, à chaque mission en Métropole, on exigeait de notre Président du Pays, des résultats sonnants et trébuchants qui devaient se compter en milliards de F CFP. Maintenant, on se contente d’un Président-secrétaire (qui dépose des dossiers) et on ne commente même plus les retours de missions tant l’indigence des résultats est évidente. L’exemple le plus flagrant est l’absence de renouvellement d’une convention-solidarité pourtant légitime au titre de la « solidarité nationale ».

Une coalition politique où chaque parti, dans le partage des fromages et citadelles, cherche en fait à se renforcer au détriment des autres. Dans le quotidien, chacun se neutralise dans une courtoisie de bon aloi et dans l’absence de débat.

Des Ministres qui se prennent pour de grands féodaux, qui gèrent « leur » pré carré et « leur » budget, qui ne travaillent pas ensemble ( je suis d’accord sur ce point avec Monsieur Patrick GALENON) et qui occupent le terrain comme ils peuvent, par l’annonce de mesurettes sans souci de priorités.

Beaucoup de temps a été perdu et continue à être perdu ; beaucoup de polynésiens en ont souffert et continuent à en souffrir, car cette inertie a été et est toujours synonyme d’opportunités et d’emplois perdus. Beaucoup d’énergie inutile dépensée aussi.

La leçon n’est toujours pas tirée. Il n’y a toujours pas de pilote dans l’avion polynésien, pas de « Roosevelt réformateur » qui impulse et qui réforme, qui dynamise et qui se bat avec les entreprises et les salariés contre la Crise, un Président qui considère qu’une crise, ça se combat et que ce combat là est propre aux Polynésiens.Un Président qui doit se dire une fois pour toute que le temps du verbe est révolu et que le temps du faire est arrivé.  Et il y a tant à faire !

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Responses

  1. excellent article: Tout est dit.

    Nous sommes devenus les spécialistes de la palabre depuis 2004!

    en la matière , nous excellons et on trouve tout et n’importe quoi sans jamais trouver l’essentiel et le concret !

  2. Encore un bon constat Hiro, et toujours aussi démoralisant…
    Oscar, qui aime bien les formules, pourrait appliquer illico à la Polynésie le slogan fameux : JUST DO IT !!!!

  3. aujourd’hui, on nous dit attendez de voir les effets dans quelques semaines voir dans 3 mois et hier , on nous a dit attendez de voir les effets en juillet çàd également dans 3 mois!!

    c’est l’éternel excuse!

    c’est lamentable!!d’être royalement rémunéré pour nous dire cela!

    on nous dit également , c’est partout la même chose, aux etats-unis, au japon, en chine etc..

    Depuis quand on se compare à 300 millions d’habitants, à un milliard d’habitants!cela en devient grotesque!

    nos responsables sont incapables d’avoir une vision claire, précise et cohérente de notre fenua tout en disposant d’un esprit réactif, pragmatique et efficace.

    ne pas reconnaître son incompétence et s’accrocher pour uniquement conforter son bien -être et confort personnel est scandaleux !quand des familles les plus fragiles d’entre nous meurent de faim ou sont mal nourris!

    Tout est réalisé , en période de crise , en dépit du bon sens et jamais rien n’est bien fait et dans l’urgence! à tel point que nous en sommes à plus de 4000 emplois de perdus.

    après l’heure, ce n’est plus l’heure!

    Il faudrait peut-être rémunérer nos responsables politiques aux résultats concrets ! Ils se défonceraient plus plutôt que de parader ou voyager inutilement , aux frais de la princesse!

    Quels résultats pour la délégation au sommet France-Océanie et à Cairns ? calculez le coût total du nombre de passagers + leurs temps de salaires durant la période+les déplacements+les frais de mission etc..?

    En ma qualité de citoyenne, j’aimerai bien que quelqu’un me réponde et me fasse le calcul du retour sur investissement.

    une personne aurait suffi.

    c’est cela notre grand problème ! aucune capacité à hierarchiser les priorités ! en temps de crise, c’est affolant et irresponsable! sans compter bien d’autres choses.


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