Publié par : hirofarepote | juin 7, 2009

Quelle vision polynésienne pour l’avenir ? suite 1

Il parait que les Etats Généraux de « Maohi Nui » vont se dérouler sans TAPU et sans encadrement politique particulier. Liberté sera donc donnée à la société civile pour exprimer un diagnostic et une vision de l’avenir de la société polynésienne.

Au regard des clivages idéologiques importants qui persistent au sein de la société polynésienne, l’exercice prospectif que je préconise doit utiliser la méthode des scénarios.

Tout d’abord, il s’agit de dégager un diagnostic dynamique de notre Pays, sachant en effet que la rétrospective constitue l’assise de toute prospective. Puis il convient de recenser des variables-clés et de formuler un certain nombre d’hypothèses, assemblées à leur tour en micro-scénarios.

Ces scénarios doivent être des scénarios exploratoires, qui envisagent des futurs possibles pour la Polynésie, qui disent ce qui peut advenir ; ce ne sont aucunement des scénarios normatifs, qui se seraient construits en fonction d’un objectif idéal, préalablement fixé. Leur ambition est plus modeste : éclairer la route, déceler les tendances lourdes,les incertitudes majeures, les ruptures déterminantes.

On pourrait déterminer un horizon de temps donné, par exemple 2025.

La variable institutionnelle est, bien évidemment en Polynésie, la variable-cléEn effet, selon le clivage idéologique dominant autonomie/indépendance, le type de société à bâtir est fondamentalement différent. Malgré le « consensus mou » -où plutôt la neutralisation des principaux partis pour cause de « partage des postes », les différences idéologiques sont toujours revendiquées par les uns et les autres. Raison de plus pour que ces partis explicitent leur vision de l’avenir de la société polynésienne au sein de ces scénarios exploratoires à partir de leur vision idéologique.

On pourrait intituler ces deux scénarios majeurs sur le plan institutionnel de la manière suivante :

       – « Faire route avec l’ensemble français et européen » ;

       – « Bâtir un avenir avec ses propres forces sur la base d’une identité « maohi » valorisée ».

Selon que l’on soit « volontariste » ou « gestionnaire », d’autres scénarios dépassant le clivage institutionnel peuvent émerger :

    –  un scénario optimiste : « Cap sur l’intelligence, l’innovation et la cohésion » ;

   – un scénario pessimiste :  » Le spectre du décrochage ».

  • Le scénario optimiste est bâti sur un investissement majeur dans la recherche, la formation et le capital humain. La Polynésie valorise ses atouts tout en les actualisant. Elle est attractive, son partenariat avec la France et l’Europe est renouvelé, son insertion dans la région Pacifique se déploie,  son système de formation est performant, les porteurs de projets essaiment dans des entreprises dynamiques, les services aux entreprises sont développés, les TIC et le cable haut débit servent d’appui à l’intelligence locale ; la gouvernance est volontariste et développe des stratégies sectorielles cohérentes et pertinentes;  les investisseurs extérieurs sont séduits, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et de la valorisation des ressources de la mer ; la qualité de vie polynésienne est confirmée, notamment avec des transports collectifs efficaces; Papeete devient une vraie capitale résidentielle et de services de haut niveau,  réappropriée par la nouvelle classe moyenne, c’est à dire les jeunes polynésiens formés et qualifiés qui trouvent à s’exprimer dans des entreprises performantes ; la société civile est partie prenante au développement par un nouveau mode de concertation avec le niveau politique….
  • Le scénario pessimiste est bâti sur la lignée de la tendance qui a démarré depuis 2004 : une politique gestionnaire qui privilégie le court terme ; l’absence de courage politique pour conduire les réformes nécessaires, notamment la question du coût de la vie, de la restauration de la compétitivité de l’économie polynésienne et de la refondation de la protection sociale ; un discours idéologique radical sans prise sur le réel; l’absence d’un nouveau mode de partenariat avec l’Etat; le déclassement économique par l’absence d’ innovation, de recherche et la poursuite de l’échec scolaire au sein du système éducatif ; des minorités agissantes qui exacerbent les tensions, notamment sur la question foncière ; la non remise en cause de l’économie administrée avec des monopoles peu efficaces et un ensemble d’établissements publics ou de sociétés d’économie mixtes déficitaires et donc consommateurs de ressources publiques trop importantes;  la poursuite de la neutralisation du combat politique par un partage opportuniste et tactique de postes de pouvoir ; l’individualisme, le fatalisme de la société civile et la désespérance des porteurs de projets ainsi que des jeunes; une ville de Papeete qui décline, de moins en moins sûre et à la qualité de la vie très dégradée; le clivage social entre les professions protégées ( fonctionnaires, employés des établissements publics et des grandes entreprises….) et les personnes déclassées ( salariés d’entreprises précarisées par la crise, chômeurs, jeunes non insérés…); l’absence de rigueur dans la gestion des communes ; la non remise en cause du train de vie excessif des institutions….

Ce ne sont là que des exemples de construction de scénarios, mais il y en a d’autres, bien sûr.

A partir de ces scénarios, je propose que s’engagent des débats contradictoires. Chacun des scénarios est discutable et doit être discuté. Il convient d’apprécier leur pertinence ou leur cohérence pour agir sur les leviers susceptibles de rendre réalisable le souhaitable et de peser sur les freins, permettant de conjurer les risques, dont on veut éviter la réalisation.

Je poursuivrai mes éclairages dans d’autres billets.

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