Publié par : hirofarepote | juillet 15, 2012

Pour une économie bleue polynésienne

Je lisais ce matin que le soleil ne se couche jamais en France….grâce à ses outre-mers.

Grâce à ces mêmes outre-mers, la France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive au monde (11. 035. 000 Km2).Et la Polynésie française, « propriétaire de sa ZEE », lui apporte près de la moitié de cette Z.E.E. (4.804.000 Km2).

On a coutume de dire que les polynésiens sont de vrais « océaniens », car, en l’absence d’arrière pays, ils étaient forcément orientés vers la mer. Ils ont su développer des activités traditionnelles sur leur domaine maritime de proximité : activités de « cueillette » et de pêche lagonaire, aquaculture empirique, perliculture, pêche côtière…

Depuis le début de la décennie 2000, une nouvelle stratégie visant à constituer une flottille de pêche semi industrielle a été mise en oeuvre et a connu un échec relatif. Face aux nations de pêche distantes telles que la Corée du sud, le Japon, Taiwan, la Chine et l’Espagne, la petite taille des unités, l’individualisme des entreprises de pêche, l’absence d’organisation collective de la flottille et la difficulté de constituer des équipages volontaires pour des campagnes de pêche de plusieurs semaines ne permettent pas aux polynésiens d’exploiter les ressources en poissons dont dispose encore le Pacifique sud et de les exporter en quantité significative pour satisfaire une demande internationale en expansion.

C’est le lot, d’ailleurs, de toutes les pêcheries des pays insulaires qui observent, démunies, le début de surpêche occasionné par des flottilles qui ont épuisé les ressources d’autres mers du globe. Les organisations techniques régionales qui essayent, tant bien que mal, de réguler l’accès à ces ressources et de la réserver en priorité aux pays riverains, ne peuvent que constater cette réalité. La puissance des flottes dépend étroitement des capitaux engagés combinés au faible coût de la main d’oeuvre et les petits pays insulaires ne peuvent, bien sûr, pas rivaliser avec ces nations de pêche distante qui écument les zones de pêche encore abondantes…

Malgré cet échec relatif, nous avons quand même gagné l’autosuffisance en matière de consommation de thons, confortant ainsi une partie de notre régime alimentaire traditionnel. Reste, cependant, à faire de cette consommation une vraie consommation populaire par une baisse des prix encore trop élevés du fait de la constitution d’oligopoles locaux qui maitrisent les prix sur cette filière tout en bénéficiant d’avantages fiscaux importants ( prix préférentiels pour leur carburant notamment). Les gains de productivité , l’accroissement constant des quantités pêchées et une politique de marges raisonnables de l’oligopole des mareyeurs peuvent largement permettre une plus grande « démocratisation » de cette consommation locale.

En parallèle, dans le marasme économique actuel, la pêche polynésienne exporte de plus en plus, même si les volumes exportés sont loin des objectifs de départ et retrouvent à peine les niveaux du début de la décennie 2000.

A ses heures de gloire, pendant la période 1995-2000, la profession de perliculteur et de nacréiculteur était forte de plus d’un millier d’entreprises familiales disséminées notamment dans les Tuamotus Gambiers et les îles sous le vent. Preuve que, sans aide particulière de la collectivité, la demande internationale croissante en « Perles de Tahiti » avait suscité un engouement exceptionnel au niveau de la production locale; engouement qui, paradoxalement, a été en même temps l’une des raisons de la crise de la filière perlicole, en raison de l’absence de discipline et d’organisation collective visant à maitriser les volumes et qualités de perles offerts sur le marché international. Néanmoins, l’existence de plusieurs centaines d’entreprises familiales cohabitant avec quelques gros producteurs-négociants démontre que, lorsqu’il y a une demande internationale clairement exprimée, des entrepreneurs polynésiens dynamiques peuvent la satisfaire.

La crevetticulture et la pisciculture issues de la recherche locale « vivote », pour l’une, ou émerge tant bien que mal, pour l’autre. On peut simplement regretter que les résultats de cette recherche – plus d’une quarantaine d’années – ont mis du temps à poindre le bout de leur nez et ont « consommé » des ressources publiques par milliards… sans qu’il y ait forcément de porteurs de projets qui se saisissent de ces résultats à l’issue de ce long processus… Combien, par exemple, d’entrepreneurs piscicoles à ce jour ?

Preuve qu’il faut tourner le dos à une recherche bureaucratisée et exclusivement publique et s’orienter vers une recherche proche des besoins des entreprises, à l’instar de la recherche appliquée japonaise ou chinoise. …A charge pour le Pays d’inciter plus de pisciculteurs à se lancer et aux négociants à l’exportation de sécuriser leur débouchés commerciaux à Hong Kong ou sur d’autres marchés porteurs.

Par exemple, actuellement, le Département des ressources marines nous annonce qu’il forme actuellement quatre porteurs de projets de « parahapeue » : une goutte d’eau dans la mer, après plusieurs centaines de millions engagés dans une recherche publique fonctionnarisée qui a mis la charrue avant les boeufs, à savoir décider d’en haut que c’est cette espèce de poisson qu’il faut élever sans qu’il y ait le tissu entrepreneurial pour le développer… Conclusion logique : la recherche doit s’articuler aux besoins des entreprises porteuses et désireuses de se développer, notamment à l’international.

Tout cet acquis d’un tissu entrepreneurial qui ne demande qu’à s’engager, se développer ou se réorienter ( de la perliculture vers l’aquaculture, par exemple) constitue une base intéressante pour la montée en régime d’une « économie bleue » polynésienne digne de ce nom, à charge pour la puissance publique de « stimuler » intelligemment cette montée en régime.

Comment ?

  • Par la constitution de PME de valorisation des ressources de la mer sur la base du tissu existant, car la « taille critique » des entreprises est une vraie question pour l’exportation. Des PME (à partir de 50 salariés) qui mobilisent plus de capitaux propres et qui auraient facilement accès aux capitaux extérieurs pour assurer leur expansion peuvent naître. Des PME qui seraient aidées par les pouvoirs publics dans leur stratégie à l’exportation;
  • Par la constitution d’organisations collectives à l’exportation (pêche, perliculture, aquaculture…) disposant des moyens d’assurer la promotion et la commercialisation des produits marins. Actuellement, notre nacre, notre perle, notre thon sont vendus à vil prix sur le marché international, car le rapport de forces est trop souvent favorable aux négociants et aux acheteurs internationaux du fait du morcellement, de la taille critique insuffisante des entreprises locales et de l’absence de stratégies collectives adaptées à la réalité du marché international;
  • Par des partenariats gagnant-gagnant avec des investisseurs extérieurs qui vise à éviter – aux deux extrêmes – le protectionnisme sclérosant et le « néo colonialisme économique » de puissances extérieures. Dans ce cadre, le partenariat avec les flottes de pêche européennes pourrait être privilégié;
  • Par le rassemblement des forces de la recherche appliquée locale orientées vers les besoins des entreprises en vue de renforcer leur technicité et leur savoir-faire dans la valorisation des ressources marines locales. L’une des priorités de cette recherche serait, par exemple, le réensemencement de nos lagons appauvris par la cueillette des ressources en poissons lagonaires destinés au marché local;

  • Par la montée en régime du pôle d’innovation  » Tahiti Faa Hotu » dans l’accompagnement des porteurs de projets de valorisation des ressources marines;
  • Par la facilitation de l’accès aux capitaux des nouvelles « start up » qui se crééraient dans ce domaine de la valorisation des ressources marines : AFD, Oséo, fonds d’aide à l’innovation que le Pays devrait mettre en place….;
  • Par la mise à disposition par le Pays et les Communes de zones d’activités viabilisées et aménagées susceptibles d’accueillir à des conditions préférentielles les entreprises de l’économie bleue;
  • par la création d’une première pépinière d’entreprises et d’un premier « incubateur » d’entreprises spécialisées disposant d’un département « recherche appliquée » en leur sein;
  • Par « l’attraction » des unités expérimentales de production de l’énergie bleue : énergie thermique des mers, hydroliennes, éoliennes….dans l’attente que ces énergies soient véritablement compétitives, participent à moyen terme au mix énergétique et à la baisse des prix de l’électricité en Polynésie, ainsi qu’au renforcement de notre autonomie énergétique;
  • Par la création d’un Institut Universitaire Technologique ( plutôt qu’une Université de la Mer) de valorisation des ressources marines visant à former le futur encadrement (biologistes, biochimistes, ingénieurs, « hydro-énergéticiens », techniciens de laboratoire ou de maintenance, capitaines de pêche, « fermiers », commerciaux…) de cette économie bleue du troisième millénaire;
  • Par l’encouragement à l’investissement dans la pisciculture durable;
  • Par la mise en place de programmes de formation au bénéfice de porteurs de projets, localement ou à l’extérieur;
  • Par une aide à l’insertion professionnelle de cet encadrement au sein des entreprises existantes qui n’ont souvent pas les moyens de se structurer avec un encadrement technique et commercial de qualité: bourses de recherche, mesures spécifiques d’emplois aidés, apprentissage…..
  • Par l’étude des potentialités en terres rares au sein de la ZEE polynésienne ou dans le domaine océanique qui l’environne en partenariat privilégié avec les organismes de recherche et les consortium d’entreprises européennes : financement de campagnes de recherche, études de faisabilité, innovations technologiques dans les équipements de prospection et de production…..

Pêche, aquaculture, valorisation de la nacre, perliculture d’excellence, aquariophilie, élevage d’holothuries ou de bénitiers, valorisation de bio molécules, énergies marines, nouvelles filières de conditionnement agro alimentaire, ou cosmétiques, algues des Australes, unités décentralisées de traitement de poissons séchés, terres rares….Comme on le voit, les atouts de la Polynésie française dans le domaine de la valorisation des ressources marines sont réels.

Reste à monter en régime dans le court et le moyen terme dans le cadre d’une stratégie volontariste de « développement durable » associant entrepreneurs locaux et Pays. Reste à transposer les meilleures pratiques constatées ailleurs dans le monde pour la valorisation de ces ressources dans une optique durable et à coopérer avec les pôles internationaux dans ce domaine.

Il faudra, bien sûr, respecter les conditions de renouvellement de ces ressources et éviter le pillage des ressources existantes tel qu’on risque de le constater pour le thon dans les océans autres que l’océan Pacifique, ou, dans une moindre mesure, pour les holothuries très recherchés par les consommateurs asiatiques et ce, à un point tel que les ressources de nombre de pays insulaires en ont été asséchées…Il faudra aussi « canaliser » les nouveaux appétits qui semblent voir le jour avec un projet chinois de grande envergure encore bien nébuleux.

Mais le monde, pour résoudre une éventuelle crise alimentaire à l’horizon 2050, se tournera forcément vers les production et la consommation croissante de produits marins.

La Mer sera bien la nouvelle frontière du XXI siècle, puisque la frontière terrestre atteint de plus en plus ses limites. Le temps que les entrepreneurs polynésiens développent une offre de plus en plus compétitive dans le cadre d’un « écosystème efficace et incitatif » » associant dans une même dynamique Etat, Pays, organismes de recherche, organismes financiers, investisseurs locaux et internationaux, et acteurs économiques locaux.

« L’économie bleue » polynésienne peut donc passer à la vitesse supérieure dans le cadre d’une stratégie concertée, programmée et dégageant les moyens suffisants pour continuer à nourrir la population polynésienne et atteindre une taille critique au plan international.

Oui, on peut fonder des espoirs raisonnables pour cette économie bleue polynésienne, nouvelle frontière prometteuse d’une économie polynésienne à « ré-inventer ».

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Responses

  1. A tout cela s’ajoute le potentiel touristique nautique (plaisance, charter nautique, yachting de luxe et croisière paquebots). L’économie bleue peut aussi s’appuyer sur un tourisme bleu ! :-)

  2. Ia orana tt le monde
    Ia orana oe e hiro tane

    De prime abord, c’est tout mignon joli tout ça, mais si c’est sensé répondre ou résoudre le blêm économique du Fenua, ça ne résiste pas bien longtemps à une toute petite introspection. Tant que nous resterons dans le conformisme financier, il nous manquera toujours le nerf de la guerre.

    Compter sur un investissement privé volontariste relève du fantasme. Et nous savons ce qu’il en est de la capacité du Gvt du Fenua en matière d’investissement. Nul. Et c’est beaucoup dire. Le nécessaire ici est juste faramineux d’autant plus que c’est un effort de très longue haleine que seul un État prospère peut assurer. Demander cela au Fenua est une plaisanterie de très mauvais goût quand notre Hau Metua Farani n’est même pas capable d’un tel effort au Fenua pour lui même. Quand au concours des banques, cela vaut il le coup de se cramer les neurones pour arriver à la conclusion qu’il a été, qu’il est et qu’il sera toujours nul de chez nul?

    Et c’est dommage, parce qu’en adoptant une méthode non académique de refinancement, le Fenua dispose, ipso facto, gracieusement et en nom propre, d’une réelle capacité de financement, à défaut de la totalité de l’investissement tout au moins de l’amorçage de l’outil financier pérenne qui autoriserait le financement de la totalité de ce catalogue de mesures que tu préconises ici dont, soit dit en passant, je ne partage absolument pas la philosophie aussi bien dans son mode opératoire que dans sa finalité.

    Financer un sanctuaire vierge de toute activités intrusives humaines et dédié à la préservation du monde marin serait beaucoup plus approprié et nécessiterait autant d’infrastructures donc d’activités ou d’emplois softs à financer avec l’avantage de préserver ce dont le monde nous envie, ce que nos tupuna nous ont confiés pour le transmettre en bon état à nos enfants.

    Te aroha ia rahi. Parahi ana’e
    petites gens

  3. Ia orana tt le monde
    Ia orana oe e hiro tane

    Quel est cette méthode atypique de refinancement?

    Juste le retraitement de la dette du Fenua (92 milliards en capital, 14,6 milliards d’annuité, 9,8 milliards en remboursement annuel du capital emprunté) motivé par le défaut du Fenua sur sa dette.

    Le pouvoir, prérogative statutaire du président du gouvernement du Fenua, de mettre en place toutes mesures susceptibles de sauvegarder l’économie du Fenua autorise celui ci à proposer unilatéralement aux créanciers du Fenua (institutionnels et privés) une alternative à même de préserver la totalité de leur créance financière sur le Fenua.

    Cette alternative : En lieu et place de la dette en cours, qu’elle qu’en soit sa nature ou sa forme, attribution aux créanciers d’obligations perpétuelle subordonnées (autrement dite aucune date d’échéance ou de maturité pour son remboursement n’est fixée, ni imposée. Elle est de notre seul bon vouloir enfin celui du Gvt du Fenua) à coupon unique (nominal + prime) libérée à échéance.

    L’intérêt? Préserver le Fenua de l’obligation de servir une redevance financière annuelle (intérêts + capital). S’octroyer l’immense privilège d’assumer le remboursement obligataire d’une manière échelonnée, partielle (par tirage au sort) ou totale selon notre seul desiderata, en une seule fois (intérêts + capital) à échéance, suivant les disponibilités financières du Fenua.

    Résultat : les créanciers sauvegardent leur avoir 92 milliards et encaissent les intérêts in fine. Le Fenua économise la redevance financière 24,4 milliards (annuité+capital) l’an pour l’affecter en totalité à l’investissement productif, dont entre autre, le financement (120 millions à minima, 480 millions dans l’idéal) de l’outil financier et commercial pérenne à même d’assumer le financement d’investissements au Fenua et hors Fenua sans oublier le remboursement de la dette elle même.

    Voilà c’est plié, roulez jeunesse, maru roa, hope te reka.

    J’ajoute que ce n’est qu’une toute petite partie de ce que peut fournir la réserve financière intra-muros à disposition du Fenua. Sont aussi disponibles, les fonds issus
    -de la neutralisation volontariste (indolore pour l’économie) des déficits au budget du Fenua et au budget social
    -de l’éradication volontariste (indolore pour l’économie) de la pauvreté, de la précarité avec la mise en place du Revenu Minimum (170 000 Fcfp) pour vivre décemment.

    Nul besoin, façon méthode de gestion académique, de course à la compétitivité, ni d’ablation de pan entier de l’économie et de torture des plus démunis pour financer le listing de mesures censées muscler, (ce dont je doute grave), l’économie du Fenua, comme tu le préconises.

    Oscar ferait mieux de s’y pencher sérieusement, s’il veut à l’avenir échapper à l’accusation de Ho’o Ai’a avéré qui lui pend au nez. Ce n’est déjà pas acceptable de se précipiter dans les serres de prédateurs étrangers quand on ne dispose pas de financement, alors quand on en dispose et que l’on se dispense de l’utiliser, c’est impardonnable et ça se paie Cash. A feruri maitai a tu.

    Te aroha ia rahi. Parahi ana’e
    petites gens


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