La crise, quelle crise?
Morosité économique, tremblements de terre, tsunami , inondations, révolutions arabes, incertitude dans la zone euro, lutte contre le réchauffement climatique… Logiquement, 2011 aurait dû être une année noire pour le tourisme international. Mais rien n’y a fait: elle aura au contraire été une année record. Le voyage est plébiscité de par le monde.
Plus de 980 millions d’humains ont en effet effectué l’an dernier un voyage touristique à l’international, soit 4% de plus qu’en 2010. En 2012, le cap symbolique du milliard devrait être allègrement dépassé. Autrement dit, un Humain sur 7 (14%) prend désormais des vacances dans un autre pays que le sien. Et l’on pourrait atteindre le pourcentage de 18% (1,8 milliard de touristes) dans vingt ans. Une croissance qui ne se dément donc pas.
On est passé de 25 millions de touristes en 1950 ( 1% de la population mondiale), à 320 millions en 1985 ( 6,7 % de la population mondiale) et à prés d’un milliard de touristes ( l’équivalent d’un terrien sur 7).
Selon l’organisation mondiale du tourisme, le tourisme constitue désormais une branche importante de l’économie mondiale: 5% du PIB mondial, 6% des exportations et 9% des emplois dans les pays développés et émergents… Le ratio en Polynésie française est à peine supérieur ( environ 7% du PIB), alors que notre Pays est sensé s’être spécialisé dans cette activité où nous disposerions d’un certain avantage comparatif.
L”Europe a attiré plus de 500 millions de touristes ( + 6 %). Rappelons que l’hexagone restait encore en 2010 la première destination touristique mondiale, avec quelques 77 millions d’arrivées.
Le tourisme international reste plus souvent «continental» qu’«intercontinental»: quatre fois sur cinq, un touriste qui quitte son pays reste, malgré tout, à l’intérieur de son continent d’origine. In fine, chaque continent reçoit donc à peu de choses près autant de touristes qu’il en envoie ! Et la Polynésie est bien, bien loin de ces continents…
Plus le tourisme international se développe, et plus le nombre de destinations touristiques s’accroît et se diffuse sur les continents.
La Chine était en 2010 la troisième destination touristique mondiale, après la France et les Etats Unis, dépassant l’Espagne. Et dès 2015, les économies émergentes devraient accueillir plus de touristes que les économies avancées, annonce l’organisation mondiale du tourisme. Et en 2030, elles devraient à elles seules recevoir un milliard de visiteurs. La part de l’Europe dans le tourisme mondial s’est sensiblement amoindrie, passant de 65% en 1980 à un peu plus de 50% aujourd’hui. En 2030, cette proportion devrait descendre à environ 40%.

Et la part de la Polynésie française dans tout çà ? De plus en plus infinitésimale. Faisons un calcul arrondi : 160.000:1 milliard = 0,016 %. Le mythe du paradis terrestre a du plomb dans l’aile…
Je me rappelle encore une déclaration d’une personnalité politique qui affirmait : ” Tahiti se mérite”. Je dirais plutôt que “les touristes se méritent” !
Depuis 40 ans, notre courbe touristique ressemble à une sinusoïdale qui navigue entre 150.000 et 250.000 touristes par an ( et encore, l’année 2000, avec environ 256.000 touristes, a été une année exceptionnelle).
Et pendant ce temps, les principales destinations touristiques tropicales insulaires, qui étaient quasiment au même niveau que la Polynésie il y a 30 ou 40 ans, ont triplé ou quadruplé leur flux touristique. C’est le cas de Fidji, de l’île Maurice, des Seychelles, des Maldives ou, plus près de nous, des îles Cook !
Il faut dire que notre valeur ajoutée touristique, ce sont plutôt des “coûts ajoutés” pour le touriste. La preuve est qu’il ne revient pas beaucoup (à peine un touriste sur 5 revient nous voir…et , encore faudrait-il mettre de côté les “visit family and relatives” …) Peut être estime t-il qu’après un si long voyage, on ne l’y reprendra plus, tant le fameux “rapport qualité-prix” est médiocre…
Constats maintes fois ressassés, mais qui sont – hélas – de plus en plus d’actualité. La “compétitivité-prix” n’étant pas possible vu nos coûts, nous dit-on, notre seule planche de salut est de bâtir une “compétitivité hors prix”, c’est à dire nous “différencier” par la qualité, le caractère “unique” et “exclusif” de notre destination.
Est-ce le cas ? A part quelques produits touristiques exceptionnels qui existent de ci, de là, il faut bien observer que la plupart de nos produits se sont tristement banalisés. Et celà ne s’améliore pas…
Si nos produits de banalisent et se dégradent, malgré une modernisation permise par une défiscalisation massive, bien que discutée, la dimension du prix remonte à la surface. Dans tous les compartiments, à l’exception toute relative du prix des chambres ( celui de nos hôtels, pas celui de nos pensions de famille…), nos prix sont exorbitants : restauration, boissons, activités, taxis, transport aérien international, transport aérien domestique…. J’ai, par exemple, déjeuné ces dernières semaines, au sein de nos fleurons hoteliers de Tahiti : les plats entre 40 et 50 dollars US sont dominants sur la carte. Pour quelle qualité de service ? Et pourtant, ces hotels sont “conventionnés”….

Malgré toutes les usines à gaz ( défiscalisation, exonérations, emplois aidés…) qui sont autant d’emplâtres sur une jambe de bois, notre tourisme coule doucement pour cause de “non compétitivité”.
Et, cerise sur le gâteau, le GIE Tahiti Tourisme engloutissait, bon an, mal an plus de 2 milliards de F CFP pour “vendre un produit touristique de moins en moins vendable”. Plus de promotion, moins de touristes : ceci explique celà….C’est ainsi que le Président du CA du GIE Tahiti Tourisme critiquait notre offre touristique (plus précisément le prix scandaleusement élevé de certaines activités) il y quelques semaines, à la télé, pour masquer son désarroi face à des statistiques touristiques calamiteuses. Effectivement, si cà continue à ce rythme, même le tourisme calédonien nous rattrapera ( plus de 110.000 touristes en 2011). Ce serait un comble !
Là aussi, c’est tout notre “business model” qu’il faut réviser. Celui de notre stratégie de promotion à commencé et il était temps. Le groupe hôtelier patiemment construit par Monsieur Dick BAILEY a, lui aussi compris quelle stratégie déployer : “The Brando” en sera une nouvelle preuve. Rien n’est perdu, donc, si de “nouveaux entrepreneurs touristiques” régénèrent notre activité touristique.
Je proposerais, dans un premier temps, de faire en sorte que notre hotellerie de luxe améliore sa qualité de service en augmentant son taux de main d’oeuvre. Vu le contexte global de “coûts ajoutés” et d’impossibilité pour les hôteliers d’assumer de nouveaux coûts d’exploitation, il faudra encore une “emplâtre publique” : cibler une mesure d’emploi aidé spécifique et permanente pour que nos hôtels respectent enfin un ratio emploi/chambre digne d’hôtels de luxe, gage d’emplois “utiles” supplémentaires et bienvenus en ces temps de chômage grandissant. L’amélioration du rapport qualité-prix de ces produits hôteliers est malheureusement à ce prix, si l’on veut que le tourisme redevienne le fer de lance de notre économie.
Rappelons que plus de 7 milliards de F CFP sont dépensés par le Pays pour sa politique de l’emploi et de la formation professionnelle. Il est plus que temps de la rendre plus efficace et de la mettre au service de notre développement économique. La mesure énoncée ci-dessus va dans ce sens. Il faudra continuer. Nous y reviendrons.

Si tout ce que tu dis est exact, je souhaiterai néanmoins noter que, comme la grande majorité des personnes qui parlent du tourisme, tu parles surtout de l’hôtellerie.
Et c’est là où le bat blesse. l’hôtellerie n’est, au plan mondial, qu’un maillon secondaire du tourisme, or en Polynésie française, c’est l’essentiel de toutes les réflexions,des prises de décision et des montants investis par le pays via les lois de défiscalisation; il suffit de voir la composition du C.A du GIE TT. Alors bien sûr on a beau jeu de dire, il faut faire des campagnes de pub pour sensibiliser la population à un tourisme auquel elle est, par définition, complètement étrangère.
Les problématiques doivent être abordées, non pas sous l’angle de l’ hébergement mais au regard des attentes des clients potentiels ( pas de ceux que nous connaissons aujourd’hui).
L’investissement public doit être orienté vers la création de véritables zones de vie ( autant pour la population que pour les visiteurs) au regards de ces attentes appelées en terme techniques ” segments stratégiques”.
Nos actions actuelles ne visent qu’à essayer de ” sauver les meubles “, or il est bien connu connu qu’il est inutile de pousser les ventes d’un produit qui ne se vent plus;
Pourtant chacun reconnait qu’il faut valoriser les atouts authentiques des populations, des arts, de la culture, du potentiel maritime et sous marin, , nautique, de plaisance et balnéaire, de la montagne, des trésors et richesses de nos anciennes civilisations et de leur savoirs divers et même secrets, sans parler de la bio diversité, des espaces vierges, des réserves de biosphères, des patrimoines uniques, de raau tahiti et des tahua, de la navigation traditionnelle, du surf, du vaa; bref tout ce qui ne figure jamais sur la moindre brochure et que des hôtels internationaux ne seront jamais, au grand jamais ( car ce n’est pas leur vocation) capable de valoriser, quand, pire encore ,certains ( certes involontairement) ne ridiculisent pas notre culture pour des raisons de viabilité économique.
Depuis toujours le pays s’est fourvoyé et a tenté d’échapper à sa responsabilité en laissant croire qu’en défiscalisant, nous aurions des hôtels et donc que nous ferions du tourisme; Quelle naiveté.
Ce n’est qu’en créant les aménagements spécifiques pour les véritables acteurs du tourisme ( je pense aux milliers de petits métiers déconsidérés et oubliés depuis des années) et pour la population, en particulier pour notre jeunesse, que nous nous mettrons sur les rails d’un tourisme authentique, vivant et qui impliquera toute la population . Inutile de vouloir “éduquer” le polynésien ! S’il gagne sa vie avec le tourisme, soyez persuadés qu’il est tout a fait apte à se motiver au delà du nécessaire pour répondre aux principales attentes de nos visiteurs, à savoir, ” le vivre” et “le partage”.
Je souhaite que nos amis hôteliers ne comprennent pas ce commentaire comme une critique, Je sais parfaitement qu’ils font leur métier avec un grand soucis de qualité, et que leur champ d’action actuel dépasse déjà de très loin leurs attributions de base. Ils sont malheureusement contraints de palier aux carences considérables du pays en matière de développement touristique pour garantir un minimum de distraction à leur clientèle.
Par Alain MENARD le février 14, 2012
à 9:21
La réponse n’est pas dans des mesures d’aides circonstancielles. Pour la première fois je suis en désaccord avec toi.
Premièrement il faut remettre à plat la stratégie touristique qui a été la nôtre depuis 25 ans. Elle ne s’est jamais appuyé sur du développement local. Elle n’a jamais tenter de fonder un développement économique, dans un contexte insulaire.
Elle s’est contenter de traire une vache à lait nommée Bora, qui aujourd’hui ne produit plus.
Les produits qui fonctionnent aujourd’hui sont des produits parfaitement intégrés et respectueux du contexte local, dans chaque île. Que ce soit des hôtels, que ce soit l’Aranui, fleuron des produits polynésien, que ce soit comme tu le soulignes la démarche de Richard Bailey (à la fois en hôtellerie et en croisière), que ce soit le tourisme de plaisance dans son ensemble, c’est en s’appuyant d’abord et surtout sur la population, sur les tavana, sur les artisans, sur les commerçants, dans une démarche intégrée de collaboration et d’échange que l’on pourra reconstruire une véritable destination touristique.
Quitte à engloutir des milliards, il faut les engloutir dans la création de produits intégrés, et localement, dans chaque île, en formant et accompagnant des coordinateurs de terrain, des futurs spécialistes de l’ingénierie touristique dans leurs îles et en s’assurant de la volonté et de l’engagement constant des autorités, des différents secteurs touchés (commerce, artisanat, transport, service, agriculture…), et de la population.
Ensuite, construire comme le préconise Alain, des ghettos touristiques, me semble aberrant. On ne crée pas une expérience touristique à coups de bulldozers. Notre force c’est une mama qui apprend à tresser à une touriste hollandaise. C’est dans le partage de l’expérience, du quotidien, des paysages et de quelques activités ciblées que nous réussirons le pari de séduire à nouveau.
Et puis, autre point que tu n’as pas évoqué, c’est la lourdeur et la totale inadéquation de l’administration “touristique” du Pays. Incompétence, vision courte, paperasserie, lourdeurs des procédures, méconnaissance totale du secteur… Cela n’aide pas les porteurs de projets. Cela aussi est à revoir. Et violemment.
Enfin, les campagnes de promotion du Gie, bonnes ou mauvaises, ont effectivement besoin d’un produit à vendre. Aujourd’hui, ce produit est flou, incertain, sans saveur réelle. Et ce n’est pas au Gie de répondre à cette problématique.
Parahi,
Charlie, tresseur
Par charlie2raromatai le février 17, 2012
à 9:22
Notre grand problème touristique est notre rapport QUALITE-PRIX ET NOTRE MANQUE DE STRATEGIE PROMOTIONNELLE APPROPRIEE DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNEES.
Tout part à volo !
les prix flambent et notre pito est renforcé par une fierté inappropriée dans les slogans et les campagnes locales inadaptées.
On confond toujours gesticulation médiatique avec travail en profondeur et ciblé !
l’authenticité et le naturel oui à condition de ne pas prendre le touriste devenu de plus en plus exigeant pour une vache à traire un maximum si je peux me permettre l’expression.
Que l’on soit un hôtel de luxe , un hôtel de moyenne gamme , une pension de famille , une activité , un taxi , un pêcheur, un horticulteur , un maraîcher , etc et etc..tout doit être guidé chez toutes ces personnes sans oublier d’autres métiers liés au tourisme international , tout doit être orienté vers le rapport qualité-prix ! et c’est à cette seule condition qu’on relèvera le secteur avec bien sûr des personnes compétentes dans les fonctions clés du secteur touristique tant sur le plan public que privé !!
Il faut arrêter de croire qu’un touriste américain ou japonais qui vient une semaine à tahiti vient pour notre culture . En une semaine , ils n’ont pas le temps de découvrir quoique ce soit mais recherchent la tranquilité , leur intimité au niveau des couples loin de leurs vies trépidantes des grandes capitales et surtout que cela nous plaise ou pas la beauté de nos paysages ! le reste est un plus mais sans rapport qualité -prix , ces touristes ne reviennent plus car ils se sentent piégés dans la spirale des prix exagérés sans rapport avec le service rendu ! et çà c’est la pire des publicités pour un pays et encore plus en temps de crise !!
Par hina booste le février 24, 2012
à 3:12
Ia ora na, coucou Hina,
ça faisait longtemps…
Presque d’accord avec toi sur tout.
J’ajouterai par rapport aux touristes, que ce qu’il faut leur proposer c’est de l’expérience. Des activités qu’ils peuvent faire ici et nul part ailleurs. Des choses simples (raper un coco, faire du vaa…) à des activités plus recherchées…
C’est vraiment important, pour marquer les esprits et donner envie de revenir pour en découvrir plus…
Parahi,
Charlie, apprenti sorcier.
Par charlie2raromatai le février 24, 2012
à 4:03
Tout à fait , charlie !
Désolée ! je me suis absentée.
DESTINATION AUTHENTIQUE DOTEE D’UN BON RAPPORT QUALITE-PRIX , c’est tout ce que demande n’importe quel touriste sur la planète entière…………nous y compris quand nous allons dans les îles ou ailleurs , en effet .
Par hina booste le mars 20, 2012
à 3:17