Publié par : hirofarepote | janvier 27, 2012

Indexation : un mot perverti dans le débat économico-social polynésien

Les habituelles négociations salariales annuelles ont encore donné lieu à des prises de positions syndicales tout à fait étranges qui en disent long sur l’inculture économique de certains responsables syndicaux. Ces derniers en sont toujours aux mêmes menaces et rapports de forces “appris” tout au long des années-cep, alors qu’ils sont parfaitement éculés.

Il en est ainsi du raisonnement de l’un d’entre eux qui se plaignait du fait que les “employeurs” n’allaient pas approuver leurs “propositions” d’augmentations de salaires au bénéfice de leurs adhérents des divers secteurs d’activité économique. Grosso modo, ces salariés en auraient soit disant “marre” de se serrer la ceinture depuis 2 ou 3 ans et qu’ils n’allaient pas accepter d’être encore à la diète en 2012. Bras de fer et chantage classique dans ce type de négociations.

Alors je me suis interrogé : la profonde crise économique que subit la Polynésie française et qui se traduit par une destruction de richesses (PIB négatif) depuis au moins 3 ans est-elle finie sans que je m’en rende compte ? N’a-t-on pas une disparition continuelle d’entreprises incapables de survivre dans cette crise ? N’a-t-on pas eu plusieurs milliers de destructions d’emplois au sein du tissu économique local ? Les jeunes, y compris les diplômés, trouvent-ils à s’insérer dans les entreprises existantes, dont même nos plus beaux fleurons sont en difficulté ? Que fait-on des milliers de chômeurs de longue durée qui s’agglutinent aux portes du SEFI ?

De telles revendications sectorielles et indistinctes sont aberrantes, tant elles ne prennent pas en compte la réalité économique et sociale que l’on vit actuellement. A vouloir toujours défendre coûte que coûte les “insiders”, c’est à dire les salariés installés, on fragilise encore plus des entreprises à la santé économique dégradée par des années de vaches maigres. De plus, on accepte implicitement que ceux qui veulent être insérés sur le marché du travail restent sur les bas côtés de la route du fait de la fragilisation, puis de la disparition de ces entreprises qui ne peuvent plus absorber ces coûts salariaux supplémentaires. Voilà comment on crée un chomage de masse à un rythme effréné.

Alors j’ai entendu un patron affirmer : une augmentation de salaires pour faire face à la dégradation de pouvoir d’achat du fait de la hausse des prix, oui, mais, en période de crise, on ne peut pas répercuter cette hausse de salaires sur nos prix ! Cet employeur proposait, ni plus ni plus moins, la bonne vieille formule “augmentation des salaires-augmentation des prix-augmentation des salaires….” Spirale infernale où, à force d’indexation des salaires sur les prix et vice versa, on aboutit ce qu’on connait : des prix exorbitants et une non compétitivité globale par rapport au reste du monde absolument affolante.

Le maitre-mot est lâché : “indexation”. Mot à la mode chez les médecins, chez les fonctionnaires et dans de multiples entreprises ( banques, opt, edt, établissements publics, cps, brasserie de tahiti…), qui, explicitement ou implicitement font référence à ce fameux coefficient d’indexation ou de majoration dont la mêche a été allumée au temps des colonies où les fonctionnaires de “la coloniale” se rendaient dans un confetti de l’empire infesté de moustiques par bateau. Il fallait bien des “volontaires” rémunérés à prix d’or pour avoir le courage d’aller dans des contrées particulièrement “insalubres” et dangereuses, qui plus est peuplées de “sauvages”…

Indexation qui s’est généralisée depuis dans toutes les administrations d’outre mer et qui a “contaminé” de proche en proche tous les secteurs d’activité économique. Toutes les professions et les corporations, relayées par leurs syndicats professionnels ou par des cartels sectoriels, se sont adaptées à cette donne et ont abouti au dualisme du marché du travail que l’on connait dans tout l’outre mer : “salariés abrités” d’un côté et “salariés précaires” de l’autre. Deux mondes du travail qui se cotoient et qui donnent lieu à des situations étranges. Il en est ainsi des salariés abrités de l’administration, aux salaires confortables, qui sont “au service” des salariés précaires et autre catégories de population défavorisées, par exemple….

Indexation. Mais de quelle indexation parlons-nous ?

  • Indexation des salaires sur les prix ?
  • Indexation des prix sur les salaires ?
  • Indexation des salaires et des rémunérations par rapport à ceux d’une “Métropole” au PIB par habitant trois fois supérieur au nôtre et dont le salaire médian est aux alentours de 200.000 F CFP par mois ?
  • Indexation sur un coût de la vie estimé à 1,4 fois sur celui de la Métropole ?

Le problème de ces indexations est qu’elles font toutes abstraction de notre propre capacité à créer des richesses !

Pourquoi pas une indexation sur l’évolution du PIB ? Pourquoi, avec un PIB qui régresse depuis au moins 3 ans, nos salaires ne seraient-ils pas eux aussi négatifs ? N’est ce pas logique que lorsqu’on crée des richesses, nos salaires augmentent, mais que, lorsqu’on détruit des richesses, nos salaires baissent ?

Pourquoi pas une indexation des salaires sur l’augmentation de la productivité ?

A force de rester dans des réflexes obsolètes et dans des rapports de forces qui ne reposent sur aucun critère économique pertinent, on “tue” une entreprise, une économie et un Pays.

La solution est dans la “flexibilité” : flexibilité par rapport à la situation de l’entreprise où l’on travaille, flexibilité par rapport à la situation économique de son Pays, flexibilité par rapport aux performances de l’entreprise, flexibilité par rapport à la capacité de l’entreprise à générer des profits, flexibilité par rapport à la capacité de l’entreprise à redevenir rentable, à surmonter une crise ou à trouver des débouchés…

Flexibilité qui n’interdit pas qu’à un salaire donné, les salariés puissent être bénéficiaires de primes lorsque leurs entreprises voient leurs bénéfice croître du fait de leur activité collective et solidaire.

Quant aux administrations, aux établissements publics au secteur parapublic, aux monopoles, oligopoles et aux professions protégées ( médecins, pharmaciens…), une révision progressive des grilles salariales et des rémunérations devient nécessaire. La “non-augmentation” des salaires pendant une période de 10 ans, telle qu’elle a été entamée dans l’administration du Pays est la moins mauvaise des solutions…. pour en finir avec de funestes “INDEXATIONS” qui conduisent nos entreprises et notre pays droit dans le mur !


Réponses

  1. Bonjour Hiro,

    Tout d’abord tu affirmes que notre PIB diminue depuis 3 ans, certes. Mais dans quelle mesure ? L’ISPF n’est pas capable de nous fournir des chiffres de croissance pour la Polynésie alors que l’INSEE te les donne dans le trimestre qui suit. Je sais que tu avais déjà écrit sur ce sujet.

    Alors je me suis donc amusé à un petit calcul basé sur l’augmentation de la masse monétaire corrigée de l’inflation, en considérant que cette variation correspond à l’évolution de notre économie (sachant que l’IEOM n’est pas la FED ou la banque d’Angleterre qui fait tourner la planche à billets pour financer notre économie). J’atteins une dépression de près de 11% en 2 ans !
    Et cela continue, M3 continue de diminuer de mois en mois : la Polynésie détruit de l’argent…

    Alors bien entendu, je suis absolument d’accord avec toi avec le gel des salaires pendant 10 ans, mais mécaniquement chaque rémunération augmentera avec le phénomène GVT. Et avec certains syndicats pyromanes et nos dirigeants incompétents et lâches qui cèdent dès que tu lève le petit doigt, impossible de mener une politique salariale de rigueur…

    Flexibiliser le marché du travail comme au Danemark par exemple, serait plus qu’utile mais encore une fois la pauvreté intellectuelle de nos syndicats annihile toute possibilité de réforme.

    Mais pour en revenir à la masse monétaire, une mesure certes impopulaire pourrait consister à taxer à 16% toutes les transactions financières faites à ou vers l’extérieur de la Polynésie et qui ne seraient pas professionnelles : les entreprises importatrices de biens (pour les revendre ou les transformer) ne seraient pas pénalisées ni les acheteurs finaux de ces biens. En revanche, cela freinerait le “tourisme shopping” et la fuite de capitaux, tout en privilégiant la consommation intérieure.

    Autre possibilité, cela ressemble un peu à du communisme et ses tickets de rationnement, et je n’ai surement pas mesurer les tenants et aboutissants de cette réforme, mais peut être qu’une solution pourrait consister à l’octroi de “bon d’achats à consommer sur place” et uniquement dans certains domaines (le logement ne serait pas inclus par exemple) équivalents au montant de l’indexation des fonctionnaires pour les obliger à dépenser sur place

    Bon, cela peut paraitre extrémiste : mais quand le malade a la gangrène, on ne met pas de sparadrap… On coupe !

  2. Etonnant, ce n’est pas du tout extrémiste mais c’est du sparadrap, obliger les acteurs économique à persister à utiliser leur argent dans un système gangrené, ce n’est pas couper, bien au contraire.

    Sinon : “Mais pour en revenir à la masse monétaire, une mesure certes impopulaire pourrait consister à taxer à 16% toutes les transactions financières faites à ou vers l’extérieur de la Polynésie et qui ne seraient pas professionnelles : les entreprises importatrices de biens (pour les revendre ou les transformer) ne seraient pas pénalisées ni les acheteurs finaux de ces biens. En revanche, cela freinerait le “tourisme shopping” et la fuite de capitaux, tout en privilégiant la consommation intérieure.”
    J’oubliais, on n’enseigne pas Bastiat et ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas.
    Tu ne vois pas que dans ce cas c’est la création de richesse, l’activité qui va disparaître, tout simplement, en j’en serai un des premiers à me casser vite fait, bien fait, à ma toute petite échelle.
    Quand j’ai fait un devis chez Facinov pour 30 m de tissus pour chez moi et qu’il me donne 240 000f alors que je l’ai acheté à l’étranger à 85000F DHL et taxes douanières comprises, tu crois que mettre des taxes pour avoir sorti l’argent sans passer par Facinov va améliorer les choses ici? Le seul résultat sera de baisser de 16% mon pouvoir d’achat, pour dépenser l’argent chez un producteur local, et il y en a, qui ne prend pas les clients pour des gogos.
    Comment peut-on croire que c’est par encore plus de taxes et de contrainte que l’on résous une situation crée par ces taxes et contraintes.

    • Bonjour Wakrap

      Ton commentaire m’étonne peu. J’avais déjà remarqué ta pensée “reaganiste” ou à la Van Buren. Personnellement, le laisser faire, laisser aller je n’y crois pas.

      En même temps, je suis un financier par un économiste… J’ai donc tendance à croire que, et surtout dans un petit pays comme le notre, si la puissance publique est bien gérée et ses finances saines, l’économie suivra naturellement ensuite par la redistribution des ressources dans le milieu économique.

      Donc, rétablissons les comptes du Pays par une diminution drastique de ses dépenses et une augmentation obligatoire de ses ressources, et alors l’économie pourra repartir par une injection des dépenses vers le secteur privé.

      Quant aux estimations du PIB, et les méthodes de calculs du gouvernement, je préfère attendre ceux de l’ISPF et avoir des données validées. Surtout que si l’on suit les estimations du gouvernement, le PIB devrait plonger de plus 8% en 2012 (sans compter l’inflation), soit la plus forte baisse qu’on ait jamais connu. Bien heureux les ignorants qui pensent que cela ne peut pas être pire : à ce taux, ce n’est plus la dépression économique, ce sont les abîmes qui nous attendent…

      • Reagan a augmenté les dépenses aux USA. Il a bénéficié de l’effet Laffer par ses baisses d’impôts qui ont au final augmenté les recettes de l’Etat, mais il a augmenté les dépenses, donc ce n’est pas ma tasse de thé de ce point de vue.

        Sinon, ta réponse, je la partage, mais quel rapport avec le point que j’avais souligné: protectionnisme accentué par la perte de liberté des consommateurs?

      • Question de “solidarité fiscale”. Encore une fois, je ne suis pas économiste mais financier : donc certes, le contribuable perd en pouvoir d’achat mais de toutes façons, en consommant à l’extérieur, il ne rapporte rien aux ressources du Pays. Désolé d’être trivial, mais je vais chercher l’argent où il est puisque tu décide de l’utiliser pour un achat, et je ne peux pas faire de sentiment.

        Tu pourrais me dire que le taux de prélèvement obligatoire est trop élevé localement, et je suis d’accord avec cela, mais je n’ai pas les moyens de le diminuer. Donc encore une fois, j’augmente mes recettes, et réduis drastiquement mes dépenses (quand je disais je coupais, là non plus je ne fais pas de sentiment :service de l’équipement, SDR, protocole, cabinets faisant doublons avec les services territoriaux, etc… je les supprime ou réduis à leur portion congrue. Ce n’est qu’ensuite, lors que j’aurai dégagé les marges de manoeuvre budgétaires que je les injecte dans le secteur privé, puis réduis le taux d’imposition. D’ores et déjà par exemple, je supprime l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui les investissent dans des investissements productifs, et surtaxe les dividendes distribués.

        Pour terminer avec Reagan,, il n’a augmenté (explosé) les dépenses militaires, mais pour le reste cela a été une cure d’austérité pour les autres programmes. mais il a aussi réduit plus fortement les impôts, d’où une explosion de la dette.

      • Tout d’abord, je ne suis pas plus économiste que toi financier dans nos propos. on parle de politique économique.
        La faille dans ton propos et qui est constante partout sur cette planète, c’est que je me casse dans ce cas, et ta recette espérée non seulement ne vient pas mais toutes les autres que je consentais encore vont disparaître.
        Il arrive un moment où l’augmentation des impôts et des contraintes et réglementations produit l’effet contraire, une baisse des recettes fiscales.
        Dernier point, mon pouvoir d’achat est plus important que celui de l’autorité publique, et ceci est valable pour chaque habitant de ce pays et de tous les pays.

        Comme il devient naturel de finir sur Reagan en tant qu’)exemple Laffer http://en.wikipedia.org/wiki/Reaganomics
        Oui la dette globale a augmenté et sacrément, mais les dépenses ont augmenté en moyenne de 2,5% par an durant son mandat et le déficit fédéral est passé de 6 à 3%, l’effet Laffer a donc joué à plein par les baisses d’impôts: baisse du déficit malgré une hausse des dépenses(et sans les dépenses militaires de ces foutus néocons, le budget aurait été excédentaire à la fin).

  3. Pour ce qui est de l’évolution du PIB, voici les chiffres (estimés – source gouvernement, rapport d’information financière 2011, document du débat d’orientation budgétaire 2012, rapport de présentation du budget 2012)
    2007: 546,3 Md
    2008: 557,3 Md
    2009: 543,2 Md
    2010: 534,6 Md
    2011 (prév) 526 Md
    2012 (prév) 483 Md
    Depuis 2003, le PIB a perdu 54 Md

  4. [...] background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } hirofarepote.wordpress.com – Today, 5:59 [...]

  5. Ou alors, désadosser le XPF de l’euro, comme ça on laisse jouer les syndicalistes à la “protection des salariés” et le libre échange s’occupe de faire la peau à l’indexation. Mais ça va être violent.


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