Comme vous, j’assiste à la partie finale du lobbying effréné que se livrent deux groupes de pression économique pour la conquête du marché du transport de passagers ( et de véhicules pour l’un des protagonistes) sur les îles sous le vent, en vue d’emporter la décision politique.
Première question : pourquoi, en économie libérale, des investisseurs privés ont-ils besoin d’une autorisation politico-administrative dans ce secteur comme dans d’autres (les grandes surfaces, par exemple) ?
Ce qui serait choquant aux Etats-Unis ne l’est pas en Polynésie. Car, en effet, cette autorisation politique est nécessaire du fait que le schéma de desserte des îles est encadré par la “puissance publique” depuis plusieurs décennies. Ce secteur est donc “administré” sans que l’on y trouve rien à redire. C’est un fait. Point.
On ne peut donc s’interroger sur le bien fondé de ce cadre règlementaire. A-t-il été envisagé de l’actualiser, de le faire évoluer ou de le réformer ? On n’en sait rien, car il faut croire que ce cadre se discute en circuit fermé, entre spécialistes ou initiés.
Deuxième question : sur quoi se fonde l’avis de certains de ces initiés, rassemblés dans une commission consultative des transports interinsulaires ? Une commission consultative, composée notamment d’armateurs qui ont des intérêts directs ou indirects dans le jeu qui se joue actuellement…notamment en ce qui concerne le transport de marchandises ou de véhicules vers les Iles sous le vent… Y a t-il un rapport étayé de cette commission qui motive un avis en faveur de l’un ou de l’autre ? Ce rapport est-il public ? En d’autres termes, certaines des personnes qui siègent au sein de cette commission peuvent-ils être juges et parties ?
Troisième question : en quoi les pouvoirs publics sont-ils compétents pour évaluer les risques pris par les investisseurs privés ? Nos techniciens et dirigeants sont-ils omniscients pour effectuer les calculs économiques et pouvoir parler à la place de ces investisseurs ?
On apprend ainsi, par la bouche du Ministre compétent pour ce secteur que les deux projets sont “viables” et qu’il incombe au Président et au gouvernement d’arbitrer. Sur quels critères a-t-on jugé de cette “viabilité” ? Au rapport d’un fonctionnaire bien calé dans son bureau ? A la courte paille ? A la pression de tel ou tel allié politique ? A des arguments plus sonnants et trébuchants ? Pourquoi ne pas se livrer, tant qu’à faire, au tirage au sort ?
Ce que je sais, c’est que l’un des protagonistes a profité du cadre règlementaire en place pour littéralement tromper la population des iles sous le vent il y a quelques années, lorsque l’un de ses navires a été détourné de sa destination initiale, à savoir les iles sous le vent, pour être affecté à la desserte de Moorea, et ce, en pleine guerre des ferrys sur Moorea.
Ce que je sais, c’est que ce même protagoniste annonce un navire “théorique” dans deux ans, alors que l’autre protagoniste annonce son navire pour le second semestre 2009, c’est à dire demain. Et si cette personne n’avait sorti ce navire comme on sort un lapin d’un chapeau, rien que pour empêcher l’entrée d’un concurrent dangereux ? Celà ressemble à s’y méprendre à la “guerre” des enseignes Casino-Carrefour…. Carrefour sortant un projet en même temps que Casino. Et qui croyez-vous que le politique a choisi dans le cadre, là aussi administré, de l’autorisation d’implantation de grandes surfaces ?
Ce que j’ai compris, c’est que la commission consultative préfère l’option du navire théorique pour après-demain à celle du navire pour demain. Il est vrai que l’un des protagonistes est un “copain armateur local”, alors que l’autre n’est pas encore dans la corporation…
En somme, nous avons là tous les ingrédients discutables d’un système “mixte”, public pour l’autorisation, privé pour la mise en oeuvre. Un système ouvert à des jeux d’influence politique et qui peut déraper sur d’éventuelles compromissions où les renvois d’ascenseur entre protégés privés et protecteurs publics risquent de se produire ( s’ils ne se sont pas déjà produits).
Ces “cadres administrés” qui requièrent des autorisations du politique sont, en fin de compte, dangereux. Car a défaut de transparence, les dés risquent à tous moments d’être “pipés”. On apprend ainsi que deux protecteurs politiques défendent chacun un poulain différent. Pense-t-on vraiment que la décision s’effectuera sur des critères purement techniques ?
Si l’on veut rester dans un cadre administré, pourquoi ne pas procéder à une consultation populaire auprès de la population des îles sous le vent, après une “campagne électorale” de chacun des protagonistes ?
Pour ma part, je pense que le cadre administré du schéma de desserte maritime de la Polynésie française est un cadre obsolète qui perpétue des rentes de situation. Les prix scandaleusement élevés du transport des marchandises sur les archipels, dont se plaignent constamment nos compatriotes des iles, ne sont que la conséquence de ces rentes de situation. Toujours les mêmes armateurs qui se partagent le gâteau. Ces mêmes armateurs qui clament à qui veut les entendre que la desserte des archipels est déficitaire… Sont-ils bien masochistes, ces gens là, pour vouloir continuer à investir dans une activité déficitaire et à s’y accrocher ?
Je pense que les investisseurs privés sont assez “grands” pour évaluer le risque de leur investissement.
Je pense aussi que la concurrence sur les iles sous le vent est salutaire pour le consommateur. S’il y a ensuite duopole et entente entre acteurs, il sera toujours temps de règlementer les prix. C’est là la voie de l’intérêt général.
Aussi, qu’on laisse ces investisseurs investir sans interférer dans leur décision de capitalistes responsables.
Ce qui est incroyable et inadmissible au XXI éme siècle, c’est de vouloir statuer sur un projet qui n’en est pas un car il n’en est qu’à son avant-projet précipité uniquement parce qu’il y a un projet , lui, en revanche, finalisé .
Et le gouvernement se complaît dans ce type de situation et vient nous faire croire que les 2 copies sont à revoir.
c’est cela qui est scandaleux!
On étudie un projet mûr mais on n’est pas en droit de mettre en concurrence délibéré 2 dossiers qui n’en sont pas au même stade pour attendre que celui qui est le préféré d’un tel par rapport à celui qui est le préféré de l’autre.
C’est absurde et irrationnel.
Des investisseurs privés veulent investir dans une desserte et ils sont les seuls à être prêts et bien qu’ils assument la ligne maritime réclamée par la population des îles sous -le vent à leurs risques et périls.
et le second dossier sera examiné quand il sera mûr.
On ne s’y prendrait pas autrement en république bananière! qu’en faisant ce qu’on a fait!!
Par poto le juillet 10, 2009
à 10:14