Publié par : hirofarepote | juin 18, 2009

« L’important ce n’est pas la destination, c’est le voyage »

Monsieur Oscar TEMARU, Président de la Polynésie…encore française, a, dans un nouveau discours visant à remobiliser des militants tétanisés par la crise profonde que notre Pays traverse et l’inertie politique ambiante, cité Stevenson : “l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage”. J’en suis resté bouche bée….

Il est certain qu’avec ce genre de citation, il n’est pas étonnant que Tahiti et ses iles cherche ses touristes, qui, s’ils sont partis en voyage ne sont jamais arrivés à destination, c’est à dire…. à Tahiti et ses îles.

Il est certain que ceux qui étaient sur le radeau de la méduse ont apprécié leur voyage….

Il est certain que les milliers d’ancêtres maohi qui ont pris leur pirogue de haute mer et qui se sont perdus à jamais dans l’immense océan sans toucher terre ont dû apprécier le voyage….

Il est certain que les centaines de passagers du Titanic qui ne sont pas arrivés à bon port ont dû apprécier le voyage….

Il est certain que le Capitaine Bligh, chassé de son navire par les mutinés de la Bounty, a dû apprécier son voyage à bord d’un canot … et qu’à contrario, Christian Fletcher a dû apprécier le voyage à bord de ce même navire, mais moins la destination qu’était Pitcairn… Et que le héros Tavae, ami de notre président, fut ravi de son voyage de plusieurs dizaines de jours à la dérive dans l’immensité du Pacifique… et moins de la destination que fut Aitutaki.

Il est certain que les comoriens qui se ruent à Mayotte pour y accoucher, se faire soigner, y travailler et…avec un peu de chance, avoir la nationalité française, ont dû apprécier le voyage… mais préfèrent une destination autre que les Comores indépendantes.

Dans une envolée littéraire qui restera dans les mémoires (le niveau des conseillers techniques de la Présidence monte…), le “Roi absent” a fixé le cap des Etats Généraux : l’indépendance. Plus précisément, une “indépendance non autarcique, mais dans l’interdépendance-mondialisation et l’accompagnement puissant de la France, notre amie”. Que de précautions sémantiques pour avoir le maximum de “compagnons de route” ! Il est vrai qu’il ne faut pas que ces derniers ne se transforment en compagnons d’infortune…

Indépendance ? Pourquoi pas, après tout. C’est effectivement un scénario possible et je l’ai envisagé dans un précédent billet. Mais la grande différence d’appréciation, c’est qu’un scénario, comme un livre, celà s’écrit. Et un scénario, comme un livre ou comme un film, a une fin. Et une fin compréhensible, en général.

Il est malhonnête intellectuellement de proposer à ses compatriotes de “cheminer”, sans décrire la destination. Comment peut-on accepter un voyage sans se préoccuper de la destination ? I have a dream…but I have also a “promise land” dirait Martin Luther King. Comment sera cette terre promise ? That is the question.

… A moins que le voyage soit aussi la destination… puisque le cap, c’est l’indépendance ! La fin est le moyen et vice versa : la dialectique idéologique est redoutable. Mais cette dialectique ne confond-elle pas “voyage” et “aventure” ? Il y a, comme celà, des pasteurs qui ont conduit leur troupeau à l’abattoir…

Le “voyage vers l’indépendance” est un billet sans retour. Impossible de revenir si la destination ne vous plait pas.

Pour moi, c’est clair : je ne monte pas dans l’avion ” Tahiti Nui” si je ne sais pas où je vais. Robinson Crusoe est un joli mythe littéraire, mais je n’aimerais pas le vivre.

Aussi, je prend l’envolée lyrique de notre Président telle qu’elle est : un morceau littéraire d’anthologie sans lendemain qui ne dépassera pas les frontières polynésiennes. N’est pas Victor Hugo qui veut.

Les Etats généraux “encadrés” par un tel cap sont mal barrés. La société civile se trouve en quelque sorte piégée et instrumentalisée avant même d’avoir commencé à réfléchir. Je trouverai donc tout à fait logique que certains des membres de cette société civile refusent de se laisser embrigader par cette parole présidentielle. Une parole devenue encore une fois partisane, alors que l’on croyait avoir un Président respectueux de la sensibilité idéologique de toutes les composantes de sa majorité. Cherchez l’erreur…


Réponses

  1. le cap de l’indépendance fixé par Ocar Temaru, est scandaleux car il a annonçé en sa qualité de président de la PF, çàd de tous les polynesiens.

    ni le haut-commissaire , ni ses alliés de la majorité actuelle n’ont eu le réflexe adéquat surtout la pensée adéquate de dire qu’il n’ y a pas de sujet tabou certes, comme l’a dit le president de la republique mais qu’en aucune façon , il n’a le droit de le dire dans le cadre de ses fonctions officieilles.

    Il peut, en sa qualité de president du tavini en parler dans l’atelier concernant les institutions s’il le souhaite mais en aucun cas il n’a le droit de s’exprimer ainsi en sa qualité de president de la PF.

    On aurait aimé qu’Oscar soit rappelé à l’odre par le HC et GTS et JCB et bien rien de rien. c’est cela qui est inquiétant!

    manquer de courage dans ses fonctions , c’est ce qui ouvre la porte au non respect de la démocratie !

    ceci n’est pas tolérable et extrêmement malheureux pour la population. celle-ci ne mérite pas ce manque de considération.

    Certains de nos soi-disant élites manquent de convictions autonomistes et républicaines tout court! pauvres citoyens!!


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