Publié par : hirofarepote | juin 16, 2009

La Polynésie vit-elle au dessus de ses moyens ?

L’autonomie politique croissante de la Polynésie française s’est traduite par la construction d’un “mini-Etat” qui a cru pouvoir déployer à sa guise, dans son champ de compétences interne, les instruments de cette autonomie : signes et emblèmes, hymne national, fête nationale, télévision, agence de presse, institut de la communication audiovisuelle, compagnie aérienne internationale, établissements publics, sociétés d’économie mixte…

Toutes ces structures publiques et para publiques, récentes excroissances financées par le budget ou par de multiples taxes spécialisées, sont venues s’ajouter aux services administratifs habituels sous la tutelle d’une quinzaine de ministres aux larges délégations de pouvoir octroyées par le Président du Pays. Un gouvernement du Pays sous le contrôle de l’Assemblée de Polynésie française, véritable petit parlement local. Un exécutif et un législatif, dont le coût se situe aux environs de 6 milliards de francs CFP, qui pilotent un système administratif et para administratif très coûteux et au rendement discuté.

A chaque budget, la question de la maitrise des dépenses de fonctionnement est récurrente. Il est vrai qu’un système public au fonctionnement coûteux et qui n’a pas suffisamment de moyens d’intervention est un vrai problème. L’exemple caricatural est celui de l’environnement où les quelques priorités et programmes nécessaires ne peuvent être financés. On pourrait citer l’éducation, la santé, les transports collectifs, le logement social, la culture, l’agriculture ou la perliculture.

C’est – autre exemple- un budget d’investissement du Pays alimenté aux trois quarts par des emprunts, tant notre capacité d’autofinancement des investissements publics est faible.

C’est aussi un budget qui ne peut plus financer notre protection sociale.

Aussi, la question qui vient à l’esprit est : notre “Mini-Etat” peut-il croire qu’il peut tout faire et tout financer ? N’avons-nous pas vécu sur une illusion d’Etat qui se révèle intenable aujourd’hui ? A quoi servent des Ministres qui, pour masquer leur impuissance, en sont réduits à multiplier visites sur le terrain et réunions ou séminaires ?

C’est ainsi que le Conseil des entreprises polynésien, dans son dernier éditorial, en vient à affirmer qu’il faut envisager de fermer certaines sociétés d’économie mixte, rejoignant ainsi mes interrogations sur le périmètre du secteur public. En effet, dans une armée, à quoi sert un général, des dizaines de colonels, des centaines de capitaines et des milliers de fantassins sans munitions ?

La crise actuelle exacerbe ce sentiment que le “roi est nu” : des ministres n’ont pas d’autre choix que de gesticuler sous forme de séminaires ou de Grenelle de l’environnement , de la mer, en attendant celui de la protection sociale. Depuis 2004, on ne compte plus les journées, les assises, les séminaires spécialisés. Les résolutions et les rapports s’accumulent dans les tiroirs et les placards, mais peu d’actions en découlent, car les programmes nécessaires ne peuvent être financés.

D’où la question : peut-on tout faire ? Tous les domaines de compétences du Pays sont-ils aussi importants les uns que les autres ? Ne faut-il pas sélectionner et hiérarchiser les priorités et concentrer les financements sur ce qui peut être vraiment porteur de développement économique ?

Si un musée ne peut être entretenu, ne vaut-il pas mieux le fermer plutôt que le laisser vivoter et payer des fonctionnaires à ne pas faire grand chose ?  Faut-il un Ministère de l’environnement qui coûte 100 millions de F CFP par an, si, dans le même temps, nous ne pouvons pas dégager ce même montant pour lutter efficacement contre la fourmi de feu ? Est-il pertinent de faire payer par les contribuables une seconde télévision publique à raison d’un ou deux milliards de francs CFP par an ? Des dizaines d’interrogations de ce type peuvent être formulés, mais elles peuvent se résumer en quelques unes : a-t-on les moyens de nos ambitions ? A-t-on les moyens de notre train de vie ?

Rappelons cette évidence : un pays normal est un pays qui, par son développement économique porté par des entrepreneurs, a pu offrir un niveau de vie et un niveau de développement social satisfaisant à sa population. C’est la société civile qui, par son dynamisme, crée une vie culturelle et associative riche dans tous les domaines.

En Polynésie, le développement économique est de plus en plus étouffé par un secteur public au médiocre rapport coût-efficacité et par des exigences sociales qui ne peuvent être financées par notre développement économique propre. Le Politique veut rester au centre du jeu, alors que c’est l’entrepreneur qui devrait l’être. Une superstructure politico-administrative fait face à une base économique qui se réduit comme peau de chagrin. Cette distorsion n’est plus tenable.

Sans redéfinition du périmètre du secteur public et des budgets publics, nous allons droit dans le mur. Le temps des décisions courageuses est venu.

Gouverner, c’est décider, c’est choisir, c’est agir.


Réponses

  1. Tous les pays vivent au dessus de leurs moyens à l’exception des pays scandinaves.

    Notre pays est un tout petit pays qui aurait pû mieux s’en sortir si les esprits étaient ingénieux et rigoureux !

    Mais malheureusement , nous manquons cruellement d’économistes financiers dignes de ce nom!


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