Publié par : hirofarepote | juin 13, 2009

Polynésie : la relance mort-née

finpubliques-1La relance polynésienne se perd dans les sables : les dépenses publiques sont censées “faire tenir à bout de bras” une économie complètement anémiée. Malheureusement, l’arrosoir produit du goutte à goutte tardif qui ne peut empêcher les destructions d’emplois salariés et la prolongation du marasme économique. Le gouvernement polynésien agit trop peu et trop tard.

En effet, les notes de conjoncture les plus récentes confirment que le nombre d’emplois salariés régresse. C’est un phénomène nouveau qui ne s’était pas produit depuis bien longtemps, puisqu’il faut remonter à la première moitié de la décennie 1990 pour retrouver une situation similaire de régression des emplois salariés.

Monsieur Georges PUCHON, notre ministre de l’économie et des finances, en se voulant rassurant face aux affirmations alarmistes diffusées par les membres de la majorité politique à laquelle il appartient – merci pour le croche-pied – , et relatives à la chute de nos recettes fiscales de 2009 de plus d’un tiers, confirme tout de même que nous sommes sur un rythme annuel de moins values fiscales de l’ordre de 7 à 8 milliards de F CFP, soit 6,4 % des recettes de fonctionnement.

Notre grand argentier espère inverser la tendance au dernier trimestre de l’année 2009, ce qui revient à dire qu’il n’attend des effets éventuels du plan de relance polynésien que durant le second semestre 2009. En ce qui concerne la relance des investissements privés, hormis quelques projets immobiliers immédiats, il ne prévoit un réel effet  des défiscalisations -nationale et locale – qu’au début de l’année 2010.

Au-delà du doute du Ministre vis à vis des effets positifs du plan de relance, il y a là un vrai casse-tête à régler : seules les dépenses publiques peuvent sauver l’économie polynésienne de son état anémié, mais les moindres rentrées fiscales du premier semestre 2009 obligeront à des économies de fonctionnement au second semestre 2009…et donc à une réduction des dépenses publiques nécessaires au maintien de l’activité économique globale !

Comment sortir de cette contradiction apparente ?

C’est bien sûr la variable de l’emprunt public visant la réalisation d’investissements qui peut faire la différence, mais notre ministre affirme qu’il n’envisage pas d’accélérer la mobilisation des capacités d’emprunt du Pays vis à vis des institutions financières.

Cette attitude quelle que peu “conservatrice”, que d’aucuns qualifieraient de trop “précautionneuse” risque de tuer dans l’oeuf toute sortie du marasme actuel confirmé par une consommation des ménages en baisse et une activité commerciale en berne. Il n’y a qu’à circuler dans les rues de Papeete, observer la fréquentation des commerces ou discuter avec les commerçants pour confirmer cette triste réalité.

Dans nos billets précédents, nous avions déjà prédit cette situation qui n’est que la résultante mécanique de la perte de puissance du moteur annexe de nos ressources propres ( le moteur principal étant le volume des transferts métropolitains de l’Etat) que sont le tourisme et la perle.

Ainsi, les chiffres de fréquentation touristique montrent une baisse de régime de plus de 20 % par rapport à la même période de 2008 ( qui était déjà une année médiocre), ce qui est tout simplement considérable. Une telle baisse est près de 4 à 5 fois supérieure à la récession touristique mondiale annoncée, preuve que la crise économique mondiale n’explique pas toutes nos difficultés dans le secteur touristique, loin s’en faut.

De même, le sauve qui peut généralisé dans la perliculture aggrave la descente aux enfers des cours internationaux de notre perle constatée au cours du premier trismestre 2009. Nos professionnels sont enfermés dans un cercle vicieux infernal : leur besoin de trésorerie immédiat les pousse à vendre de plus en plus de perles de qualité moyenne, ce qui entraine une accélérération de la chute des cours. La chute des cours les oblige à vendre encore plus de perles qui déprimeront encore plus les cours… Bien sûr, la “régulation naturelle”, c’est à dire la disparition ou la “mise en sommeil” accélérée de nombreuses fermes perlières, produira tôt au tard des effets, mais il est certain que la réduction de l’offre de perles et l’amélioration de leur qualité est la seule porte de sortie de la crise structurelle de notre perliculture.

Bref. Rien de bien réjouissant, ce qui démontre encore et toujours qu’il est temps de changer de modèle de développement. Dans l’immédiat, ce nouveau modèle peut se concrétiser par un choix judicieux des investissements à réaliser : soutien aux projets d’énergie renouvelable, accompagnement intelligent des projets d’investissement privés, réalisation d’infrastructures utiles au développement productif ( zones d’activités, Faratea, ateliers-relais, nouvelles marinas, équipements du port autonome, transports maritimes….)

Bien hiérarchiser les dépenses publiques liées à l’investissement public et privé et accélérer leur mise en oeuvre : c’est ce à quoi doivent s’atteler nos élus. Et ça urge !


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