Publié par : hirofarepote | mai 10, 2009

Que veut dire “développement endogène” pour la Polynésie française ?

adj. endogène (du gr. gennân, engendrer)

DIDACT. Qui prend naissance à l’intérieur d’une structure, d’un organisme, d’une société, sous l’influence de causes strictement internes (par opp. à exogène): Le développement endogène d’un pays.

Opposition entre développement exogène -basé sur l’attractivité de forces extérieures- et développementendogène –basé sur le soutien aux forces internes.

Monsieur Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’outre mer, préconise pour la France ultra-marine, un “développement endogène”. Qu’est ce à dire ?

Il est tout d’abord surprenant d’utiliser ce terme plutôt connoté ” à gauche” dans le corpus idéologique des théories économiques du développement, car il rappelle étrangement le concept de “développement autocentré” très en vogue dans les années 70 et 80.

Rappelons que le développement autocentré visait la multiplication d’activités locales de petite dimension orientées vers le marché domestique dans un schéma à la limite de l’autarcie économique. Schéma au sein duquel la politique de “substitution aux importations” visant la protection des activités locales face aux importations, avait toute sa place. Face au désastre des applications de ce développement autocentré de par le monde, ce type de stratégie a été abandonné pour laisser la place à des stratégies “libérales” de compétitivité basées sur l’ouverture vis à vis de l’extérieur et l’attraction des investissements étrangers.

Aussi, qu’entend-on par “développement endogène” ? Ce terme recouvre-t-il les mêmes dimensions pour les acteurs économiques et sociaux de l’outre mer ? Renforce-t-on les protections existantes pour un développement plus endogène, et ce, au risque d’accroitre les effets pervers d’une telle protection tels que constatés dans de multiples rapports ? En matière alimentaire, peut-on atteindre l’autosuffisance comme le prône le Président Oscar TEMARU ?

La Loi pour le développement de l’outre mer crée une première confusion, puisque les débats font apparaitre qu’ l’une des actions majeures d’un développement plus endogène…. est constituée par la création de zones franches globales d’activités qui intéresseraient en premier lieu les activités…. orientées vers l’exportation….fortement encouragées par ailleurs dans le cadre de l’orientation visant une plus grande intégration des économies ultra marines au sein de leur environnement régional. Comprenne qui pourra….

Il est clair que ce concept est plus un élément de discours de responsabilisation des acteurs locaux par l’Etat qu’un élément structurant d’une nouvelle stratégie de développement économique. Il faut craindre que la pratique soit une stratégie de “non choix”, voire de statu quo face aux lobbys de toutes sortes et aux intérêts contradictoires.

Le développement local, c’est-à-dire la recherche d’un équilibre local par le biais d’une certaine auto-suffisance qui s’appuie sur la diversification et l’intégration des activités, peut être vu comme une réponse efficace à la dépendance économique, financière et commerciale de l’outre mer français.

Surtout que la crise actuelle amène à privilégier le plan local par rapport au plan national et rencontre sur le terrain des poussées sociales, culturelles et identitaires. Le local s’approprie en quelque sorte le développement pour en faire un concept et une pratique globale, une stratégie territoriale intégrée, solidaire, durable.

Bien sûr qu’il faut aller dans ce sens, mais toute la question est : à quel coût ? à quel prix ?

L’accumulation  entre les mains des acteurs locaux de l’économie du  capital, des ressources en savoir faire et des capacités  de production est vitale  pour le développement économique. Encore faut-il être réaliste dans le diagnostic de la situation et se donner les moyens d’une telle politique.

Les questions qui se posent à notre gouvernement sont les suivantes:

- Comment soutenir ces acteurs économiques locaux et les accompagner efficacement ?

- Quels sont les services d’accompagnement mis en place par le Pays qui  influencent le plus la viabilité de ces petits acteurs économiques ?

- Comment s’organiser pour que ces services puissent avoir un  impact optimal ?

- Quelles certitudes peuvent avoir les élus sur l’efficacité de leurs actions ?

Si, du fait de nos handicaps d’éloignement, d’insularité, de dimension économique, nous ne pouvons pas être “absolument” compétitifs, la question du “bon dosage” entre protection et ouverture qui minimise les effets pervers est centrale dans la stratégie de développement renouvelée à bâtir.


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