Depuis plus de quatre ans, les indicateurs économiques de la Polynésie française passent les uns après les autres au rouge.
La raison ? Un aveuglement collectif et un refus des réformes nécessaires. La mondialisation fait son oeuvre, mais rien ne doit changer : “politics and business as usual”. C’est tellement plus facile et tellement plus confortable de penser que l’on est dans un cocon douillet à l’abri du monde extérieur qui évolue à la vitesse grand V ! L’Etat et le Pays Mamma doivent nous préserver de toute perturbation externe ou de toute difficulté par “l’arrosage” de fonds publics.
Malheureusement, rien n’est et ne sera comme avant. L’Etat, après plusieurs années d’attentisme, s’est engagé avec Sarkozy dans un cycle de réformes un peu désordonné qui donne le tournis. Il en va de la place de la France dans le concert mondial…
L’outre mer est concerné par la politique de réforme, comme on l’a vu récemment. Tout “abus”, c’est à dire ce que l’Etat lui-même avait décidé il y a plus ou moins longtemps, et qui a aussi pour terrain d’application les DOM et les COM, doit être supprimé : retraités métropolitains à la recherche d’effets d’aubaine, ITR, “niches fiscales”, effectifs et bases de l’armée peu en phase avec la nouvelle doctrine militaire, sureffectifs de fonctionnaires… Tout est passé au tamis de la “révision des politiques publiques”. Bref : le moteur de l’Etat, redimensionné à la baisse, jouera de moins en moins son rôle de moteur principal de nos économies ultra-marines, justement.
Les moteurs annexes, c’est à dire les exportations de biens et de services, marginalisées dans l’environnement ambiant et qui servaient au mieux d’alibis dans les discours politiques “volontaristes”, déclinent de manière catastrophique pour cause de non compétitivité. Pour la Polynésie française, le déclin a commencé en 2001 et il s’accélère.
Normal : à vouloir mettre à l’abri de la compétition extérieure toutes les activités économiques locales et à créer des rentes de situation pour tout un tas d’entreprises aux performances médiocres, championnes dans la chasse aux avantages divers et variés, celles-ci sont devenues un boulet pour le secteur exportateur. De toutes les façons, pour les partenaires sociaux, tout occupés à raisonner comme ils l’ont fait pendant des décennies -protectionnisme pour les employeurs, “toujours plus” pour les syndicats – le mot “compétitivité ” ne fait pas partie de leur vocabulaire. Le mot “maintien des avantages acquis” est encore beaucoup plus porteur. Pour combien de temps encore ?
Au mieux, pour compenser divers handicaps, de nombreuses usines ”usines a gaz” ont été construites a droite et à gauche à coup de subventions, de défiscalisation et d’exonérations diverses. Malgré celà, tout s’effondre comme un chateau de cartes. Le système a atteint ses limites. Derrière des barrières artificielles, il n’est tout simplement pas viable.
Et ce n’est pas la “faute à l’instabilité politique”. C’est beaucoup plus profond que celà. La préoccupation du court terme, l’application des mêmes recettes dans un système dépassé aboutit à des actions de plus en plus inadaptées.
Un système économique dépendant vit la fin de ses jours. Il est à l’agonie et les acteurs politico économiques, désemparés, font mine de ne pas le voir. L’Etat reste encore la branche à laquelle se raccrocher et on l’appelle au secours, mais l’Etat fait la sourde oreille ou n’a plus les moyens d’injecter toujours plus de transferts financiers dans le système.
Un nouveau système économique plus autonome est à contruire.
Tout le monde doit se remettre en question et se retrousser les manches. Faire le bon diagnostic pour définir la bonne stratégie.
Et c’est là que tout commence…
